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L'équilibre n'est pas l'équité
Extraits du script de l’intervention de Nicolas Sarkozy le 12 juillet 2010
« …Monsieur Pujadas, vous êtes un journaliste trop sérieux pour se laisser aller à des formules. Laissez ça à d’autres. Laissez ça à d’autres. Ca n’apporte rien. Je vais m’expliquer, il suffit que vous me posiez les questions. Je vais y répondre, je n’ai absolument rien à cacher. Absolument rien.
De tous les pays du monde, je veux le dire à mes compatriotes, la France est celui qui taxe le plus les contribuables aisés. Il n’y a pas un pays au monde , ni les Etats unis, ni l’Allemagne, ni la Grande-bretagne, ni l’Espagne , ni l’ Italie, il n’y a pas un pays au monde qui connaisse une fiscalité sur les plus riches plus forte que la nôtre. Premier point. A cause de tout. Deuxième point. Je veux que les français, vous savez moi je ne suis pas un idéologue, j’essaie d’être un homme honnête , de dire la vérité , en tout cas la mienne, je ne suis pas quelqu’un qui dissimule.Tenez vous bien en 1997 les socialistes allemands ont supprimé l’impôt sur la fortune en Allemagne . Pourquoi l’ont-ils fait ? Parce que les socialistes allemands ont compris quelque chose, c’est que si il n’y a plus de capital en Allemagne il n’y a plus d’entreprises. Et que les entreprises appartiennent aux fonds de pension, aux financiers et non pas au capitalisme familial. Grâce à cela, l’économie allemande est prospère et a plus d’entreprises que l’économie française. Mieux que ça. En 2008 les socialistes espagnols , Monsieur Zapatero, socialiste espagnol, ont supprimé l’impôt sur la fortune en Espagne . Pourquoi ? Parce qu’ils ont compris une chose. Parce que s’il n’y a plus personne qui n’a d’argent en Espagne, ça fera pas l’affaire des plus pauvres en Espagne. Je veux pas être trop long mais je veux m’expliquer vraiment là dessus. J’ai refusé de supprimer l’impôt sur la fortune en France. J’ai refusé. Nous sommes le dernier pays d’Europe à avoir un impôt sur la fortune parce que je l’ai voulu. Je l’ai voulu. Parce que je considère dans les valeurs qui sont les miennes que quand on a de l’argent , c’est normal de payer des impôts. Il n’y a pas à s’en plaindre. Et je ne le supprimerai pas. .
Dernier point le bouclier fiscal. Ce n’est pas une idée que j’ai eu comme ça un matin en me levant . Ou est ce que j’ai trouvé cette idée ? Quel est notre principal concurrent ? C’est l’ Allemagne. Quel est notre principal client ? C’est l’Allemagne. Quel est notre principal voisin ? c’est l’ Allemagne . Moi j’admire le modèle allemand. Je veux dire le modèle économique. Je préfère que la France, l’économie française, les entrepreneurs français s’inspirent des premiers en Europe plutôt que des derniers. Je préfère que l’on s’inspire de ce qui fait la force de l’ Allemagne plutôt que d’autres pays que je ne veux pas citer. Le bouclier fiscal existe en Allemagne depuis plus de 20 ans. Les socialistes allemands ont été au pouvoir 8 ans dans les années 90 en Allemagne , ils n’ont pas touché au bouclier fiscal . Moi je me suis dit je crois en l’ Europe , la France est en concurrence avec l’ Allemagne , je vais donc faire la même chose qu’en Allemagne en France .
Enfin bouclier fiscal cela veut dire quoi ? que personne en France ne paye plus de 50 % à l’état de ce qu’il a gagné. Vous avez parlé de Madame Bettencourt. Honnêtement , je comprends bien pourquoi vous le faites, mais enfin la patrie des droits de l’homme on devrait être plus respectueux des gens. Madame Bettencourt, j’ai pas le droit de dire ce qu’elle paie comme impôt . Elle paye plusieurs millions d’euros d’impôt par mois. Par mois !
Le bouclier fiscal, qu’est que c’est ? il existait avant mon élection des contribuables qui payaient 100 % d’impôt , c'est-à-dire qu’ils gagnaient mille , ils payaient mille. Et ils partaient tous. Mais si en France on n’a plus personne pour investir , on a plus personne pour dépenser , si on a que des gens qui n’ont rien , comment on va faire tourner l’économie française ? On est dans un monde nouveau Monsieur Pujadas. L’emploi se délocalise, le capital se délocalise , les jeunes voyagent , les images font le tour du monde , les informations ne sont plus nationales seulement mais internationales c’est le monde d’aujourd’hui.
Enfin je voudrais dire un dernier point si vous le permettez Mais qu’est ce que c’est depuis quelques semaines que cette attitude vis-à-vis de l’argent ? J’entends des gens qui disent leur détestation de l’argent Mon dieu ! l’argent corrompt, oui ça c’était la formule de Monsieur Mitterrand je m’en souviens, vous aussi apparemment on doit avoir les mêmes souvenirs Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l’argent que des gens qui le détestent. Ça revient aux mêmes choses. C’est un rapport malsain. L’argent n’est pas une fin, c’est un moyen. Et toute famille souhaite grimper dans l’échelle sociale , avoir un meilleur appartement et de meilleures conditions de vie pour ses enfants Arrêtons de tourner de façon malsaine autour de cette question et quant à moi ,quand je vois ce que disent un certain nombre d’opposants politiques, mais n’y a-t-il pas autre chose à dire de moi, de ma politique , de mon engagement que ces mensonges. Si j’avais été un homme d’argent , j’aurais fait une autre carrière. J’aurais fait une autre carrière que de m’engager dans la vie politique au service de mon pays comme je le fais depuis 35 ans . 35 ans après jamais je n’ai eu affaire à la justice , jamais on m’a accusé de quoi que ce soit de sérieux , jamais ! Jamais ! vous savez j’aime les gens qui font des choses , j’aime les journalistes passionnés, j’aime les chefs d’entreprise qui construisent . C’est un métier difficile que d’être journaliste , c’est pas facile , je le comprends parfaitement. Je suis chef de l’ état , ce n’est pas mon rôle. Faites votre travail le mieux possible , j’ai déjà assez de travail à faire moi-même. Je ne suis pas naif , je vois bien que derrière tout ça il y a des officines , il y a des gens de la même façon qu’il y a quelques hommes politiques qui ont porter une tache sur l’ensemble de la classe politique de manière injuste parce qu’elle est honnête de la même façon il y a des comportements de quelques uns qui ne font pas honneur à la profession mais la profession dans son ensemble fait un travail très difficile avec l’exigence du public qui est de plus en plus grande, je veux dire par là j’ai conscience de la souffrance en France mais je dois être un homme d’équilibre, de sang froid, et de dire à la société française l’invective, la dénonciation, la détestation , c’était la formule de Saint Just « Prouvez votre vertu ou choisissez la prison » et bien non , nous sommes dans une vraie démocratie , une vraie démocratie et croyez moi Madame Bettencourt qui est propriétaire de L’Oréal , je souhaite qu’elle reste propriétaire de L’Oréal et que L’Oreal 17 milliards de chiffre d’affaire, 64 000 employés ne parte pas dans un autre pays parce qu’à ce moment là qui le paierait ? qui le paierait? C’est pas les commentateurs , c’est les salariés qui perdraient leur emploi et ça je ne le veux pas… »
Liliane Bettencourt paie-t-elle des impôts ?Par THOMAS PIKETTY directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
13/07/2010 à 00h00 (mise à jour le 15/07/2010 à 11h03)LIBERATIONAu-delà de l’évidente question du conflit d’intérêt avec le pouvoir en place, l’affaire Bettencourt illustre à la perfection plusieurs défis fondamentaux auxquels se trouvent confrontées les sociétés contemporaines : le vieillissement de la fortune ; l’importance croissante de l’héritage, évolution longue qui remet profondément en cause l’idéal méritocratique ; et, par-dessus tout, l’inéquité de notre système fiscal. «Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune», dit l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme. De toute évidence, le fait que Liliane, octogénaire, et sa fille Françoise, quinquagénaire, contrôlent le capital de L’Oréal et siègent à son conseil d’administration, n’est que de peu d’utilité pour l’économie et la société françaises. Ce ne sont pas des entrepreneuses : ce sont des héritières, des rentières, surtout occupées à se battre comme des chiffonnières. Un système fiscal rationnel, c’est-à-dire juste et efficace, fondé sur l’utilité commune, devrait en toute logique les taxer lourdement, de façon à ce que leurs titres soient progressivement vendus à des actionnaires moins riches et plus dynamiques.
Or c’est exactement le contraire qui se produit. Certes, Liliane a annoncé fièrement qu’elle avait payé au total «397 millions d’euros» d’impôts sur ses revenus et sa fortune en dix ans. Sans s’en rendre compte, elle nous révèle que son taux d’imposition est bien inférieur à celui des salariés de L’Oréal, et de tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. D’après les magazines, sa fortune est estimée à 15 milliards d’euros. En dix ans, elle a donc payé l’équivalent de 2,5% de son patrimoine en impôts, soit 0,25% par an. Supposons que sa fortune, gérée par la femme du ministre, lui a rapporté en moyenne un rendement de 4% par an - ce qui n’est pas fameux. Cela signifie que son taux d’imposition moyen au cours des dix dernières années était d’à peine plus de 6% de ses revenus annuels (6% de 4% égalent 0,24%). Comment cela est-il possible, et comment se fait-il dans ces conditions que Liliane Bettencourt ait bénéficié du bouclier fiscal ? Tout simplement parce que le concept de revenu fiscal utilisé par le bouclier n’a rien à voir avec le revenu économique réel. Par idéologie, et sans doute aussi par incompétence, le bouclier fiscal institué par le pouvoir en place fonctionne de facto comme une machine à subventionner les rentiers. Supposons que Liliane déclare 15 milliards d’euros au titre de l’impôt sur la fortune. En principe, elle devrait payer chaque année près de 1,8% de sa fortune au titre de l’ISF, soit 270 millions d’euros d’impôts. Avec un rendement de 4%, sa fortune devrait lui rapporter un revenu économique réel de 600 millions d’euros par an. Mais Liliane n’a pas besoin de tant d’argent. Pour payer son majordome, sa bonne, etc., il lui suffit sans doute de se verser 10 millions d’euros de dividendes annuels sur les bénéfices de la société Clymène qui gère sa fortune (le reste s’accumulant tranquillement dans ladite société). Dans ce cas, le fisc considère que son revenu fiscal est de 10 millions (et non de 600). Avec un impôt sur le revenu de 40%, soit 4 millions, Liliane paie donc au total 274 millions d’impôts, soit nettement plus que la moitié de son revenu fiscal de 10 millions. C’est inique, nous expliquent en cœur les ténors de l’UMP : Liliane travaille plus de six mois par an pour le fisc ! C’est vrai, elle travaille dur, Liliane. Elle aura donc droit au bouclier fiscal, c’est-à-dire à un chèque de 269 millions, qui en gros lui rembourse son ISF.
C’est ainsi qu’en toute légalité les Liliane de ce monde peuvent se retrouver à payer 5 millions d’impôts pour 600 millions de revenus, soit un taux d’imposition inférieur à 1%. Par construction, plus le rentier est gros, moins il a besoin de se servir un revenu fiscal important, et plus la ristourne est élevée… Une belle invention, en vérité. En l’occurrence, Mme Bettencourt a reçu un chèque de seulement 30 millions au titre du bouclier fiscal, sans doute parce que son patrimoine imposable déclaré à l’ISF ne dépasse pas un ou deux milliards - le reste de sa fortune bénéficiant de la niche fiscale pour biens «professionnels» ou étant déclaré par sa fille (elle-même sans doute grosse récipiendaire du bouclier fiscal). Dormez tranquille, tout est prévu.


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La réalité toute nue d'un système d'impôt sur mesures...