Thématiques du blog
Faut-il aider Ennahdha à gouverner le pays?
Bien que je sois loin de leurs idées, je pense qu'il est criminel d'acculer le parti Ennahdha à gouverner seul, ce qu'il avoue ne pas pouvoir ni vouloir faire, l'attitude négative de les mettre à l'épreuve ou en difficulté par sanction étant improductive car pénalisante en premier lieu pour la jeunesse et les populations marginalisées de l'intérieur.
En apparence, après leur victoire, les islamistes ont le triomphe modeste, toutefois émaillé par des attitudes arrogantes de certains de leurs dirigeants dans le cadre d'un partage de rôles adroitement étudié. Nous ne doutons pas de la valeur intrinsèque ou de la compétence de certains cadres de ce mouvement et il faut que les grands commis de l'état et les administrations leur apportent assistance dans l'identification des solutions et projets et les aident dans leur gestion. De toutes les façons, ce mouvement peut être rassuré par le fait que certains hauts cadres - notamment doués de grands talents de transformisme, notamment des ex-rcd qui ont des choses à se reprocher, sont en train, par opportunisme de faire leur mue qui en se laissant pousser la barbe, qui en prenant leurs cartes d'adhésion au parti, ou en fréquentant la prière du vendredi tout en prenant leur apéritif en catimini pour ne pas hypothéquer leurs carrières ou pour se prémunir contre les épurations supposées ou attendues. De son côté, ce mouvement ne doit pas profiter de son poids électoral pour asseoir un quadrillage de l'administration censée rester neutre notamment au niveau des collectivités locales surtout dans la perspective de la prochaine échéance des élections législative et municipale. Vu la situation gravissime que traverse le pays, l'effort de tous est requis sans réserve car nous ne sommes pas assurés de venir à bout de sitôt des problèmes urgents dont le chômage des jeunes, à fortiori si certains ont des velléités revanchardes d'opposition négative et systématique à toute action ou mesure intrinsèquement salutaire d'Ennahdha. Les dirigeants de ce mouvement sont assez intelligents pour savoir que s'il est facile de jouer avec certaines libertés individuelles en serinant au détour d'un discours une allusion à un fait sociétal, l'économique ne peut souffrir d'improvisation et la réussite dans ce domaine pour produire des effets concrets mesurables n'est pas assurée malgré les efforts qui seront consentis (Au-delà de la mobilisation financière, un projet c'est d'abord une vision juste, des compétences et l'adhésion de tous ses acteurs) Quelles que soient les insuffisances du programme économique d'Ennahdha qui table notamment sur un calcul erroné du volume et taux du chômage prospectifs en y associant des hypothèses de croissance qui ne vont pas obligatoirement être au rendez-vous, il n' y a pas de honte à phagocyter les programmes des autres partis ou associations en y puisant les mesures les plus judicieuses, les plus réalistes, ou celles qui sont chiffrées scientifiquement même si leur programme y perd de la cohérence. Nul n'étant dépositaire exclusif de la vérité absolue ou du bon sens, quel est l'inconvénient du
matching des différents programmes pour décanter ce qu'il y a de meilleur pour le pays, au momentoù certaines voix s'élèvent contre le plagiat de certaines mesures? Le plagiat en la circonstance vaut convergence !
Surtout pas le portefeuille de l'éducation nationale à Ennahdha
Autant il faut qu'il y ait mobilisation de tous pour faciliter la gouvernance d'Ennahdha pour ce qui concerne les infrastructures ou le fait économique, autant il faut que les forces progressistes surtout parmi les coalisés avec ce parti s'opposent fermement à ce que les portefeuilles de l'éducation et de la culture leur échoient comme le rappellent beaucoup de citoyens dont le penseur Talbi. La motivation de ce point de vue tient du fait que si le mouvement Ennahdha a eu un discours ouvert et rassurant envers les investisseurs et opérateurs que nous ne pouvons mettre en doute vu que les islamistes sont par essence libéraux au sens économique du terme, il a eu le même discours mielleux envers la société civile et envers la frange féminine pour ce qui concerne le Code du statut personnel dont beaucoup de citoyens ont des raisons de douter. Certains sont rassurés par la nécessaire implication dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale ou d'intérêt national, des partis de centre gauche CRP et Ettakattol censés ne pas transiger sur les libertés fondamentales, mais nous savons qu'en politique certains responsables enivrés par les sirènes du pouvoir sont prêts à vendre leurs père mère et leurs âmes pour des maroquins. Ennahdha a forgé l'image que les islamiques tunisiens étaient des justes, martyrs de Ben Ali, propres sur eux, intègres, respectueux de Dieu de l'islam, proches des déshérités , qu'ils étaient les seuls à avoir rompu avec le passé et les seuls dépositaires de la défense de l'identité arabo-musulmane. Par opposition, les modernistes ont été diabolisés -notamment dans les prêches des imams dans les mosquées- en tant que laïcs, pro-occidentaux, francophones, bourgeois, athées, mécréants, communistes, libertins voire homosexuels et adultères, associés opportunément d'ailleurs aux voyous et malfrats de l'ancien régime. Quand au détour d'un discours, le guide Ghanouchi soulève le problème de la Kafala (pour ce qui est de l'adoption) ou de la polygamie ou quand la Sara Palin du mouvement Mme Souad Abderrahim parle tantôt de la nécessité d'instaurer plus de morale tantôt pour dénoncer les mères célibataires et de jeter le discrédit sur les enfants naturels, on peut affirmer sans ambages que cela n'est pas fortuit mais obéit à une stratégie de communication bien étudiée en deux canaux à des segments ciblés de la population tunisienne. On peut arguer à Mme Abderrahim qu'il y a de fortes chances que la majorité des filles mères soit davantage d'un milieu conservateur (les puristes interdisant l'avortement) que l'inverse et que pour ce qui est de la morale, une fille en niquab peut aussi bien faire le tapin (ceux qui ont voyagé au moyen orient peuvent l'attester) qu'une fille en minijupe et que pour finir, les Saoudiens tout conservateurs qu'ils sont, ne peuvent être pris comme modèles de vertu surtout quand ils sont en voyage. Mme Souad Abderrahim (qui pour faire diversion ne porte pas le voile tendant à afficher qu'Ennahdha est un parti politique comme un autre) oublie que les jeunes qui se sont soulevés pour faire la révolution ont d'autres priorités que les sorties pernicieuses concernant le genre. Pour les jeunes des régions de l'intérieur -qui sont à mille lieues d'intégrer les tourments de Mme Abderrahim-le manquement de la morale tient davantage aux faits d'être spoliés de travail, de vivre dans des conditions indécentes et indignes et d'avoir été marginalisés par des prédateurs qui ont mis le pays en coupe réglée. En cela, la stratégie d'Ennahdha est d'ailleurs à mettre en parallèle avec celle des partis d'extrême droite de France ou d'ailleurs, où les Arabes et les 3000 adhérents musulmans représentent un faire valoir et un alibi au Front National comme Rama Yade a été la caution de pseudo ouverture de l'UMP à la diversité. Ennahdha occulte les dépassements de ses ultras comme le Front National en France met en sourdine les réactions de ses jeunes membres racistes islamophobes. Le fait que certaines rumeurs prédestinent cette dame aux discours porteurs de menaces à occuper le Ministère de la femme et la famille reviendrait à attribuer le prix Nobel de la paix à Goebbels. Le tollé soulevé par les propos de Mme Abderrahim à côté d'autres concernant la mixité ou la morale n'est pas en soi dangereux s'il s'agissait de son opinion personnelle et si les islamistes ultras n'avaient pas commencé d'imposer -avant de légiférer- au reste de la population leur mode de vie et leur modèle de société au même titre que celles qui pratiquent l'excision croient bien faire dans l'intérêt des pauvres petites victimes! Un musulman pratiquant, enseignant universitaire de son état, a déserté les mosquées des campus universitaires squattées par les barbus ultras serinant à longueur de prêches des discours jihadistes haineux et violents avec pour fixation inamovible LA FEMME, ce qui a entre autres contribué à laminer le vote des progressistes qui sont assimilés à des hérétiques. Si chez les chrétiens, on peut comprendre sans les excuser les déviances de certains prêtres condamnés au célibat d'être pédophiles, le moins que l'on puisse penser de certains imams salafistes qui eux peuvent prendre femme, est qu'ils sont des obsédés sexuels !
Les séquelles de l'influence du Wahhabisme d'Arabie Saoudite
Nous savons tous que la majorité des élites d'Ennahdha a été exilée en Europe ou au Moyen-Orient et plus spécialement en Angleterre et a vécu avec un référentiel wahhabite diffusé à coup de milliards
par l'Arabie saoudite (ce pays rétrograde compte 1% des musulmans dans le monde et assure 90 % des dépenses de l'islam) comme l'indique un article à glacer le sang du N° 1096 du courrierinternational intitulé « Arabie saoudite- la haine de l'autre dans les manuels scolaires »
Il y est écrit notamment qu'ils enseignent aux élèves « qu'ils doivent violemment réprimer, voireéliminer physiquement l'autre : juifs, chrétiens, infidèles, polythéistes incluant les chiites, musulmans
apostats incluant les convertis, les blasphémateurs et ceux qui doutent ! » et j'en passeJe sais qu'on peut prier Dieu pour qu'on n'en arrive pas là, mais l'insistance d'Ennahdha à se voir attribuer l'Education nationale a de quoi légitimement interroger et inquiéter à moins que ce parti soit prêt à mettre de l'eau dans son vin (si l'on peut s'exprimer ainsi dans le cas d'espèce!)
Surtout pas le portefeuille de la culture à Ennahdha
Au cas où ce parti serait le récipiendaire du portefeuille de la culture, doit-on s'attendre à ce que les toiles de nus soient habillées de Niquab et quid des statues d'Apollon ou des mosaïques de femmes au bain offrant leurs nudités crues au regard des visiteurs des musées de Carthage et du Bardo ? On se demande, sans remonter à Carthage pourquoi Ennahdha n'intègre pas le référentiel de l'Arabie heureuse qu'a été l'Andalousie et dont nous sommes les héritiers directs ? Après l'Inquisition, la chute de Grenade et la conquête du nouveau monde (En 1492 Christophe Colomb a emmené sur ses navires des dizaines d'architectes et bâtisseurs Andalous et Mozarabes pour fonder les nouvelles capitales des pays nouvellement conquis en Amérique du sud), des vestiges témoignent encore des splendeurs de l'apport des arabo-musulmans au nouveau monde. A moins que les adeptes de ce parti n'estiment que l'Andalousie avec l'Alhambra et le Généralife avec leurs magnifiques palais et jardins ne représentent à leurs yeux que des lieux de dépravation ayant justifié le déclin des Arabes, leur défaite face à Isabelle la Catholique et leur expulsion d'Espagne! Je pense que les Tunisiens sont plus à même d'intégrer dans leur référentiel culturel et scientifique l'apport des Irakiens (qui ont bâti une civilisation arabe avancée et éclairée !) que celui des bédouins enturbannés de Saoudiens rétrogrades et phallocrates qui doivent leur puissance uniquement à une manne pétrolière et avec qui il n'y a à partager que la langue arabe et les lieux saints. Abderrazak LEJRI -


Tous les commentaires
Faut-il aider Ennahdha à gouverner le pays?"
euh ...non.
Qui peut leur envoyer la loi de 1905 sur la laïcité ?
Je suis un farouche partisan de la laïcité. Mais ce mot n'est traduisible en aucune langue. Les USA, la Grèce, entre autres, mêlent intimement Dieu et le gouvernement. Envoyez-leur donc aussi cette loi !
Pourquoi 40 % des Tunisiens habitant en France - dont ils peuvent apprécier la laïcité tous les jours - ont voté pour Ennahdha ?
Je suis beaucoup plus préoccupé par les atteintes que subit la laïcité chaque jour dans notre beau pays.
Laïquement vôtre.
Merci pour cette pertinente et percutente analyse de la situation en Tunisie, et un excellent décryptage trè utile pour comprendre les décisions qui seront prises sous peu.
Superbe article, des tas de choses à apprendre, des points de vus non rabachés, des angles nouveaux, merci!
on en redemande :-)
http://blogs.mediapart.fr/blog/giulietta/111111/tunisie-pour-souad-abderrahim-les-meres-celibataires-sont-une-infamie
Les références culturelles sont très intéressantes!
L'Islam "non traditionnel" si j'ose dire s'est disséminé dans tout le pays ces dix dernières années, anti-douleur aux problèmes économiques, chômage, musellement de la population. Bien sûr il y a le problème des prêches dans les mosquées, mais dans l'ensemble Ennahdha n'avait plus qu'à "cueillir". Et on peut dire qu'en plus d'avoir les bonnes "conditions environnementales", elle a récolté efficacement pour une meilleure rentabilité. Elle s'est bien organisée, elle a quadrillé le pays, elle a parlé des remèdes à la pauvreté, mal mais elle en a parlé quand même. Alors que les progressistes, élitistes tout de même, sont restés focalisés sur l'anti-ennahdha... Qu'est-ce que le jeune qui n'a pas de travail, et qui ne peut donc pas fonder une famille en a à faire de la culture? Et ce n'est pas une insulte pour lui, c'est un rappel des besoins élémentaires de l'homme pour ceux qui n'ont jamais été en manque, à savoir dans un ordre approximatif : respirer, boire, dormir, manger, avoir un toit, travailler, fonder une famille. Alors bien sûr, il y a le financement du parti Ennahdha qui est aussi problématique et ses moyens de campagne mais quid du CPR de Marzouki, arrivé 2ème avec très peu de moyens. Il faudrait aider Ennahdha et pas seulement pour tenir l'éducation et la culture mais en tant que citoyen, on peut concentrer le débat sur l'économie, ne pas la laisser faire diversion, n'est-ce pas la meilleure façon de l'empêcher de changer la société? Ne pas aider Ennahdha pour qu'elle échoue est un très mauvais calcul. C'est la meilleure stratégie pour qu'elle fasse 80% la prochaine fois, car je pense qu'elle se nourrira d'avantage de la misère sociale que de ses propres résultats.
Aider sans se mêler ? Difficile. Avis à tous les tenants de la laïcité : ce qui marche (plus ou moins bien) en Occident ne devrait pas nécessairement s'appliquer à des pays qui n'ont pas la démocratie (comme nous la connaissons) dans leur culuture. La Tunisie doit se donner un contrat social qui répond à ses besoins immédiats. Rome ne s'est pas bâtie en un jour.
@Michèle Dorais : Merci pour l'avis mais il y a des commentateurs des 2 côtés de la Méditerrannée... Mediapart a dépassé les frontières françaises, c'est ça la mondialisation
La Tunisie a dépassé le simple "contrat social" de Rousseau, elle veut la démocratie. Vous en doutiez encore?
Entièrement d'accord avec votre commentaire.
Je pense que Marzouki agit exactement comme il faut : ne pas laisser Ennahdha seule aux commandes car ce parti pourrait être fortement tenté, considérant les énormes difficultés économiques auxquelles le pays restera longtemps confronté, de refuser les obstacles et de politiser à outrance les débats. Le pays a besoin de concentrer la formidable énergie de son peuple au redressement économique, et à l'organisation d'une société plus juste.
Reste la lancinante question de savoir qui finance Ennahdha, et dans quel but?
Si quelqu'un à des éléments de réponses sérieux, je suis preneur
Depuis l'annonce des résultats des élections du 23 octobre, je suis appelé à écouter et à lire des articles et des commentaires que j'ai du mal à comprendre. En effet, soit le concepte démocratie et la règle des élections -pour la 1ère fois libres et transparantes, non seulement en Tunisie, mais dans le monde arabe- ont changé de sens, soit on veut soutraire aux électeurs qui ont voté pour Ennahdha leur citoyenneté et leur liberté de choix, soit les perdants dans ces élections -"les modernistes"- se placent comme donneurs de leçons à un parti qui à pu tenir un discours profonds et plus prochede la réalité et de l'identité Tunisienne et pour qui une majorité relative à voté, même dans les quartiers les plus modernes comme La Marsa, Sidi Bou Saïd ou la Goulette. Voir Le Monde.fr : "Tunisie : l'échec des modernistes" : " Les classes populaires n'ont pas été les seules à glisser leur bulletin dans l'urne ; dans la communauté tunisienne à Paris comme dans la banlieue chic de Tunis, des hommes et des femmes, diplômés, ont voté pour les listes d'Ennahda."
Alors que le "Pôle Démocratique Moderniste", dont les leaders étaient en partie complice avec l'ancien régime de zaba ont pu obtenir qu'environ 2% aux élections, continuent à ce considérer représentatifs et réclament à gouverner au lieu de se plier aux règles démocratiques et cesser de qualifier les tunisiens "d'ignorants" pour avoir fait un choix qui n'est pas le leur : mauvais perdants.
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=187760791303325&set=a.187760611303343.47580.100002082156971&type=1&theater
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=267916733245397&set=a.198476933522711.40787.198130476890690&type=1&theater
Les catégorisations de "modernistes", "gagnants", "perdants" sont réductrices de la réalité. Qu'opposer à "modernistes" ? "passéistes" ? et pourquoi faut-il gagner ou perdre ?
Les gagnants sont tous les gens qui ont voté et exprimé leur choix. Pourquoi vilipender les choix qui ont obtenu moins de voix ? C'est bien cela la démocratie, non ? prendre en compte les perspectives minoritaires. Les perdants seront ceux qui instaurent un régime sans voix alternatives.
Justement les islamistes Nahdaoui qui ont été félicités par tout le monde y compris les partis du centre gauche ne cessent de traiter ces derniers de manvais perdants dès qu 'il s'èlèvent contre des dizaines de dépassements des libertés individuelles
Ce sont eux qui sont de mauvais gagnants si l 'expression est admise
Félicités d'être arrivés en tête... c'est bizarre que personne à gauche en France n'ait songé à félicité le FN d'être arrivé au second tour !