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Let's make money : une ode involontaire aux theses d'Alternative Liberale

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Le mouvement altermondialiste est régulièrement alimenté en films ayant la prétention de faire comprendre à quel point le libéralisme est le problème.

Let's make money, de Erwin Wagenhofer; est l'un de ces petits livres rouges du XXIeme Siecle.

En 1h47, et au terme d'un bilan carbone désastreux (on passe du Burkina Faso à l'etat du Tamil Nadu, en passant par la Costa Brava, la Ruhr, la Floride) Wagenhofer tente de montrer que le nord applique des politiques économiques qui non seulement aboutissent à une exploitation du Sud, mais aussi à une menace pour la cohésion sociale des pays Européens.

En effet, Wagenhofer utilise les termes du commerce inégal, de la cupidité des financiers, du non respect de l'environnement, de l'existence des paradis fiscaux pour démontrer que le neo liberalisme aboutit à la catastrophe : crise écologique, crise sociale, crise financière également.

Rien n'est moins sur.

 

D'une part, le point de vue de Wagenhofer est parfaitement partiel. N'étant pas français, Wagenhofer a échappé à l'abus du plan thèse-antithèse-synthèse. Ca n'est pas un mal. Mais la ou le bas blesse, c'est que le spectateur est directement confronté à une situation absurde (appartements vides en Espagne, que les "jeunes ne peuvent se payer"), a priori révoltante (un patron capitaliste pur et dur autrichien visite son usine en Inde et affirme qu'il faut mettre la pression sur les salaires), ou inquétante (un patron burkinabé de PME menace l'Europe d'invasion si les Européens ne leur viennet pas en aide).Nulle part ne sont visibles les contreparties de ces situations.

D'autre part, Wagenhofer prétent finalement faire décrypter l'économie par des politiciens (les ministres de Jersey ou le député socialiste allemand), des écrivains activistes (John Perkin) et des sociologues.

 

Ces deux points sont criticables.

Dejà, on peut se demander, quitte à "chercher des explications" pourquoi aucun des exemples cités n'est assorti de comparaisons. La bulle espagnole est peut etre le fruit de l'investissement débridé de mutual funds incompétents. Mais la croissance espagnole des dix dernieres années, le boom effectif de la construction et son effet d'entrainement n'a t il pas eu d'impact positif réel sur la vie des Espagnols ? Montrer des villages vacances, vides, hors saison, a t il du sens ?Un peu comme si on filmait le Parc du Chateau de Versailles un lundi matin de Novembre et qu'on venait à la conclusion que l'Etat francais a fait un bien mauvais investissement.

Du particulier, on passe au général. Mirko Kovatz, le patron autrichien, est il représentatif du patronat occidental ? Peut etre, peut etre pas. Le film tout seul ne permet pas de s'en rendre compte.

De manière plus globale, Wagenhofer maintient toujours le flou, comme Michael Moore, au sujet de la frontiere entre reportage, documentaire et film, avec tout ce que cela suppose de mise en scene. J'ai par exemple mal à croire que deux femmes burkinabées (dans le film, les burkinabés deviennent les Africains, comme si le Burkina Faso était représentatif de l'Afrique) puissent "appeler à l'aide" les Européens qui verront le film de manière spontanée.

 

Au sujet de la seconde remarque, a t on demandé à des économistes de l'energie, à des sociologues ou meme à des ministres d'expliquer Tchernobyl, un phenomene dont seuls des physiciens sont a priori en mesure de donner une explication ? demanderait on à un économiste de la santé ou à un sociologue spécialisé sur l'etude du corps médical d'expliquer telle ou telle épidémie ? Non. Leur apport serait interessant mais en complément de l'explication primaire. Du coup, faire expliquer le phenomene du sale & lease back de tramways à une personne autre qu'un banquier semble un peu bizarre.

Il n'y a pas un probleme evoqué dans le film qui ne reponde a une problematique du type probleme de regulation des marchés, en realite.

 

Neanmoins, au final, le film a une un intéret inattendu : il est une ode au libéralisme. En effet, Wagenhofer souligne que le commerce mondial de matières premieres agricole est entravé par les subventions massives que les agriculteurs Européens et Etats Uniens recoivent. Une conclusion s'impose. Il est temps que les politiciens des Etats Unis et l'Europe s'appliquent à eux memes le libéralisme qu'ils imposent au reste du monde depuis la fin des années 70. Et il est également temps que les Européens, qui ont bénéficié du libéralisme économique et social durant les 30 Glorieuses et meme partiellement au dela, diffusent les bonnes pratiques plutot que de fermer la porte . Il est donc temps pour une autre Europe. Une Europe Liberale.

Tous les commentaires

Vos arguments sont intéressants car ils posent question. Je vous en adresse une à partir de ce que vous dites ("Wagenhofer souligne que le commerce mondial de matières premières agricole est entravé par les subventions massives que les agriculteurs Européens et Etats Uniens reçoivent") Bien sûr. Mais votre conclusion saute par dessus une réalité, je vais l'exprimer par un exemple. Le Liberia importe une grande partie de son riz depuis longtemps, (bien avant ce qu'on appelle l'économie financiarisée) et cela n'a rien à voir avec les subventions dont vous parlez. C'est en lien avec autre chose : une entreprise libérale bon-crin a besoin de caoutchouc à prix intéressant pour les pneus des voitures américaines ; qu'à cela ne tienne, on achète les terres au Liberia qui se fait un plaisir de les enlever aux paysans, qui les vend ou les loue aux Américains qui vont planter de l'évéa et embaucher les paysans dans les plantations. Autre avantage, le paysan devra acheter son riz au marché, celui-ci importé coûtera plus cher (ça fait marcher le commerce, direz-vous ?) etc ... Ici, exemple de liberté totale, pas question de subventions, et résultat enthousiasmant.

Glups ! pas trop de réponse ...

Desole. Pour revenir sur les termes inegaux de l'echange, puisque c'est de ca qu il s'agit, il y a quand meme une continuite entre post colonisation, "aide" humanitaire type du riz pour la Somalie, soutien aux dictatures ou aux solutions en place et, maintenant, subventions. C'est donc bien un illliberalisme global.

Merci de votre réponse mais je pense que vous rêvez ...le libéralisme américain (c'est un exemple) s'est déployé sur tous les marchés, et ce que vous dites :"aide humanitaire type du riz pour la Somalie, soutien aux dictatures ou aux solutions en place " est un des outils du libéralisme mâtiné tantôt de morale bon marché (l'humanitaire) tantôt de corruption. Je ne connais pas de pays libéral qui se soit imposé la moindre limite dans ces domaines ; conclusion : le libéralisme ne vaut que dans un déséquilibre maintenu.

Mais si les paysans americains sont ultra subventionnés, peut on parler de liberalisme ? Non, bien sur. En matiere agricole, les seuls liberaux sont le Bresil et les autres BRIC, en aucun cas les US et l'UE.

Je peux vous suivre mais ...au Brésil, quel argument pour justifier que la pratique "libérale" des entreprises agricoles par exemple (plantation de soja) aille très régulièrement détruire la forêt amazonienne et s'en donne à coeur-joie au détriment des indiens qui voient leur "liberté" tailladée parce qu'ils sont faibles économiquement ??? A moins de tenir une position de "darwinisme social" : les faibles crèvent et cèdent la place aux puissants, le ménage se faisant ainsi. Il me semble donc que le libéralisme s'appuie toujours sur une faiblesse à utiliser sans frein.

tres bonne question, cette histoire du non respect des droits de proprietes des amerindiens, je vous l'accorde. Pas de reponse immediate faute d'infos vraiment precises pour le moment.

ACNM nous présente les 2% du modèle occidental qui ne sont pas dans une logique libérale pour nous expliquer que le monde n'est pas libéral. Moi je vais continuer à regarder les 98% restant pour dire que le monde est libéral. Un mot quand même sur l'agriculture puisqu'on en parle: Si je suis d'accord pour fustiger les subventions américaines et européennes, la solution n'est certainement pas dans une plus grande libéralisation des échanges mais au contraire dans une relocalisation des productions, un retour vers la souveraineté alimentaire dans tous les pays. Ceci étant donné, il faut continuer à lire/regarder des informations altermondialistes, ACNM, il en restera toujours quelque chose.

pourriez vous juste expliquer comment vous faites votre repartition, c'est quoi ces 98% ? Sinon il n y a aucune opposition entre relocalisation et liberalisation. Les tomates du Maroc en hiver, c'est possible parce que certains intervenants de la chaine de valeur ne paynet pas tous leurs couts.

Vous dîtes : . "Neanmoins, au final, le film a une un intéret inattendu : il est une ode au libéralisme. En effet, Wagenhofer souligne que le commerce mondial de matières premieres agricole est entravé par les subventions massives que les agriculteurs Européens et Etats Uniens recoivent. Une conclusion s'impose. Il est temps que les politiciens des Etats Unis et l'Europe s'appliquent à eux memes le libéralisme qu'ils imposent au reste du monde depuis la fin des années 70. Et il est également temps que les Européens, qui ont bénéficié du libéralisme économique et social durant les 30 Glorieuses et meme partiellement au dela, diffusent les bonnes pratiques plutot que de fermer la porte . Il est donc temps pour une autre Europe. Une Europe Liberale." . Les travaux de la FAO et des Nations Unies, d'une part, et les critiques sur l'action de la Banque Mondiale et le FMI dans la restructuration de l'agriculture mondiale, d'autre part, montrent que le libéralisme que vous appelez de vos voeux fait des ravages et se trouve à l'origine de la dernière crise alimentaire.

l'agricultre etasunienne et europeenne sont archi subventionnees ,d une part, et le FMi et la FAO ont applique une politique dirigiste (et "volontariste") d'insertion dans le commerce internationale par specialisation. Pas exactement le liberalisme. Le liberalisme c'est l'absence de subventions + le respect des droits de propriete, P. Ohl-Juchs , don je ne suis pas sur que la critique soit recevable ?

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