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Une Lettre d'Amin Maalouf sur Samir Kassir

 Le plus dur du choc c'est d'apprendre l'assassinat d'un ami dans la presse, par une photo de sa voiture explosée dans une rue à Beyrouth.

Quand j'ai reconnu la voiture de Samir , mes yeux ont commencé d'accepter de lire le titre, qui ne laissait plus aucune chance à l'erreur...

J'ai cru que j'allais vomir et puis je me suis retrouvée soudain accablée de sanglots, sans aucune force, réalisant que j'étais à des milliers de kilomètres de là et que cette disparition venait de donner un grand coup à mon envie absolue et irrépressible de repartir dans les plus bref délais au Liban.

 

Samir Kassir avait été assassiné.

 

J'essayais d'en parler autour de moi mais les gens, en France, ne semblaient pas réaliser du tout ce que cela voulait dire. Mon entourage eu l'élégance de sentir très peinés mais rien à voir avec la douleur qui s'est installée dans le creux de ma poitrine et l'angoisse qui m'a pris à la gorge.

 

Samir....

 

Je me souviens de la dernière conversation que nous avons eu ensemble un peu avant que je parte , où je l'ai appellé en catastrophe parce que je n'avais pas bien compris certains passages de son dernier papier...Il a ri. Il m'a dit « Bon , vas-y...on peut toujours essayer mais je ne sais plus qui a dit « il n'y a que Dieu et moi pour comprendre mes écrits » et dans le cas présent, je crois qu'il n'y a plus que Dieu !»

Et il m'a expliqué ce qu'il « pensait avoir entendu par là » et nous avons encore ri...

Ses dernières paroles avec moi. C'est maintenant, en les écrivant que je réalise combien elles restent tristement justes.

Je me suis quasiment interdit d'y penser pendant quelques jours car la douleur était immense.

Et puis la solitude a fait que je me suis mise à réfléchir pour savoir qui pourrait comprendre, avec qui je pourrais partager ce fardeau de tristesse et de désespoir, histoire, fort égoïstement, de le rendre plus léger.

Et je ne sais plus comment je l'ai appris, mais j'ai compris par une photo (encore) et par la presse qu'Amin Maalouf était un proche de Samir.

Il ne m'en avait jamais parlé mais moi, j'étais dans un autre cercle par rapport à lui.

 Alors, j'ai écrit une lettre à Amin Maalouf, exactement comme quand on écrit « à la famille » d'un défunt car cette mort, creuse un gouffre trop profond entre lui et nous et que l'on essaie de se raccrocher à des gens qui peuvent comprendre, qui peuvent partager. L'empathie salvatrice.

 J'étais en Sologne, dans un coin paumé où je m'ennuyais beaucoup et  passais des épreuves très lourdes. Cette lettre fut comme un rayon de soleil, comme la preuve qu'autre chose était possible, comme un message, illusoire et nécessaire que le meilleur est à venir et que nous nous devons d'y tendre, sans répit.

 

Je vous en livre ici la photo et la transcription (la lettre est dure à lire sur écran) car ces mots, si justes et si tristes d'Amin Maalouf, nous aide à nous imprégner de l'Histoire du monde, et de ses illustres passeurs de sagesse, comme lui et Samir Kassir .

 

Chère Madame Chenon Ramlat,

Merci de m'avoir adressé cette belle lettre à propos de Samir Kassir dont la disparition tragique, prématurée, injuste, a bouleversé non seulement tout ceux qui l'ont connu mais également tout ceux qui aiment le Liban, la Syrie, le monde arabe, tous ceux qui espèrent pour leurs peuples si éprouvés, un autre avenir.

Samir n'était pas seulement un homme courageux, c'était aussi, et vous êtes- je m'en suis rendue compte à la lecture de votre lettre, bien placée pour le savoir- un homme exceptionnellement talentueux, intellectuellement « articulé » comme cette région en a peu. C'est sans doute pour cela que le crime dont il a été la victime n'a pas causé que de la tristesse. Il a également causé, chez ses amis et chez un grand nombre de ses compatriotes, un sentiment de profond découragement.

 

Mais, bien entendu , il faut continuer à espérer en dépit de tout....

 

Bien Cordialement

Amin Maalouf

 

 

Tous les commentaires

03/06/2012, 16:27 | Par profil_inactif_145012

Les articles de Samir Kassir étaient mes préférés dans Le Monde. Son assassinat fut un choc qui assombrit le ciel. Amin Maalouf a raison, non seulement il ne faut pas se décourager, mais il faut faire face, fermement, pour continuer sa lutte...

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