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28
Aoû

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Ma Syrie (8) Spécial journée de la femme

Après son enlèvement, elle m'a beaucoup manqué Hind en fait.
Les premiers jours je ne m'en suis pas trop rendue compte parce que l'ambiance, sous les toits que je partageais avec mes beaux-parents, était totalement survoltée. Il fallait tout réorganiser. Plus de Hind, plus d'aide pour ma belle mère au quotidien. Et la vie dans le désert est assez compliquée en terme de logistique si l'on veut manger régulièrement, garder ses vêtements propres, s'occuper correctement des enfants et gérer toutes les exigences de la vie paysanne.

Chez nous, les femmes travaillaient nettement plus que les hommes, sauf pour ce qui était de la conduite des tracteurs, activité où je n'ai jamais vu que des hommes. Pour tous le reste, c'était les femmes, les femmes et encore les femmes.D'habitude d'ailleurs, les femmes des trois maisons alentour venaient se joindre à nous, histoire de rendre les taches moins ennuyeuses.


Considérant que ma belle mère se déplaçait avec difficulté, les efforts physiques étaient surtout répartis entre Hind et la femme de mon beau-frère, Leïla. Hind étant la plus âgée, c'est elle qui prenait les décisions et donnait "la marche des choses", en accord avec ma belle-mère. Ensuite Hind et Leïla faisaient...J'ai vite compris à quel point toute la maisonnée dépendait d'elles deux et en quoi la moindre de mes actions pouvait être conditionnée  par leur aide.

 Dés mon arrivée par exemple, il a bien fallut que je songe à laver les garçons. Mais c'est que la filière "eau chaude", chez nous, ça n'était pas rien! A peine avais-je émis ce souhait que je voyais Hind, l'oeil concentré, partir dans la cuisine, brancher la grosse bouteille de gaz sur le grand réchaud adapté puis repartir à la recherche de l'énorme casserole. Cette dernière une fois récupérée (chez une voisine ou Dieu seul sait où...), l'apporter tout d'abord au bout du long tuyau qui courait dans la cour, la laver et la remplir à raz bord pendant que Leïla bloquait le réchaud avec trois pierres. Enfin, une fois leurs longues robes repliées au niveau de la taille, je voyais mes belle-soeurs déposer prestement, à deux, l'énorme casserole sur le gaz, dans un magnifique exercice de puissance et de délicatesse conjuguées. La dernière chose à souhaiter étant que l'ensemble de l'habile construction tombe, dans un grand fracas de pierre et de fer, au milieu des cris et d'un torrent d'eau...Ensuite c'était beaucoup plus simple. A l'aide d'une petite casserole, je prenais la quantité nécessaire d'eau bouillante que je mélangeais à de l'eau froide, jusqu'à ce que ma bassine arrive à la température voulue et nous n'avions plus, à deux qu'à la transfére, ailleurs que dehors en hiver, ou, à l'ombre, en été. Après ce branle bas de combat d'une demi heure (dans le meilleur des cas), rigoler avec ma joyeuse progéniture entrain de s'asperger d'eau à l'aide d'un joli canard bleu était littéralement, un moment apprécié...

On pourrait me demander:" mais pourquoi avoir choisi une si énorme casserole?" C'est que la propreté attire la propreté et que l'eau attire l'eau.A peine mes deux fils barbotaient-ils que toute la maisonnée mâle défilait, d'une part pour jouer avec eux et d'autre part pour signaler, chacun à sa façon, qu'il voulait un seau d'eau chaude et un seau d'eau froide afin de prendre aussi leur douche. Ainsi il fallait préparer la petite salle de bain du bout de la cour cinq fois de suite avec à chaque fois une serviette propre, un savon et les deux seaux. Jamais je n'ai entendu la moindre complainte dans la bouche de Hind et Leïla, mais j'avoue que j'admirais beaucoup leur calme face aux différentes remarques de leur frère , maris et père sur la température de l'eau ou l'état de la serviette.


En parlant de l'état de la serviette, la lessive n'était pas une mince affaire non plus, la machine à laver familiale étant douée pour laver ou pour rincer mais en aucun cas pour les deux, ni même pour chauffer l'eau bien entendu. En gros, le tambour savait tourner mais rien de plus. N'hésitant devant rien, nous avons souvent allumer un petit feu en dessous de la machine en priant que le fer tienne et que les joints en plastique de l'évacuation de l'eau ne soient pas trop exposés aux flammes.... Hind et moi en pleurions de rire quand je lui mimais les publicités françaises sur les lessives en poudre en adaptant le scénario à la lumière de la "machine à laver bédouine". D'autant que l'étape séchage du linge,  enivrante en été sur des fil tendus entre les arbres de l'arrière cour,  devenait aussi dinguo que fastidieuse en hiver,quand il fallait suspendre pour 10 personnes autour des deux poêles à mazout de la maison. Une regrettable fois, il y a eu un souci d'évacuation de la fumée et en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, tout le linge impeccable(qui avait déjà échapper au feu, rappelons-le) avait pris une délicieuse teinte marronnasse à rayures qu'il ne nous a jamais été possible de faire disparaître même à grands coups de chlore.


Pour finir dans cet idyllique tableau de la vie quotidienne des femmes, je dois faire un point sur le four. Là encore, l'appellation de four m'a toujours semblé un peu usurpé dans la mesure où il n'aurait jamais eu l'idée de chauffer tout seul. Lui aussi , il fallait lui mettre le feu en dessous et il va sans dire que que la notion même de thermostat perd absolument son essence dans un tel contexte. Hind , rouge, en sueur et cassée en deux sur un tabouret symbolique, s'acharnait avec un bout de carton à maintenir la flamme pendant que Leïla enfournait et défournait sans s'arrêter les kilos de gâteaux croquants à l'anis qu'elles décidaient régulièrement de faire pour les enfants. Il fallait s'y mettre tôt mais pour le goûter, ils étaient délicieux avec du thé. Là encore je n'ai pas besoin de vous expliquer que ce qui, au départ, était censé être "un peu de pâte pour les gâteaux des petits" devenait vite une montagne jaune posé sur une bâche au milieu de la cuisine après que chacun se soit passer le mot et ai fait sa commande! Et plus la montagne montait et plus l'atmosphère surchauffé imposé par le four nous faisait rire, Hind, Leïla et moi. Les voisines venaient faire les marmitons ou simplement s’asseoir sur leur tabouret à côté de nous, tellement l'ambiance était dantesque. Sans cette ambiance, il n'y aurait point eu de gâteaux car il n'y aurait point eu de feu entretenu donc il n'y aurait pas eu de four, c'est en cela que Hind la généreuse, était irremplaçable.


C'est après son départ, pourtant fortement aidé par moi, que j'ai compris l'étendue des dégâts. Ma belle mère qui méditait la chose depuis bien plus longtemps , a donc commencé a nous suggérer une solution...

 

 

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Tous les commentaires

08/03/2012, 23:39 | Par MissFaff

Marhaba ya Adeline !!!

 

08/03/2012, 23:41 | Par Adeline Chenon Ramlat

Marhaba!

Nisswen al Ahsan!!!

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