Ven.
19
Sep

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Soins Palliatifs et de fin de vie

 

Dans le cadre de ma formation infirmière, des échanges et des apports théoriques des différents intervenants de l’Unité d’Enseignement 4.7 « Soins Palliatifs et de fin de vie », j’ai pu mener une réflexion quant à mon cheminement personnel face aux patients en soins palliatifs et de fin de vie.  Pour ce faire la consigne était de  partir d'un support de notre choix, j’ai choisi un article de 2011 du site web http://blogs.mediapart.fr/, cet article, intitulé « Trabajo, vida[1] », est le témoignage d’une gériatre, Anne Gentry, faisant un remplacement dans une unité de soins palliatifs après un retour de congés. Je vais vous présenter dans un premier temps mes motivations quant au choix de l’article puis j’enchainerai sur les valeurs professionnelles et enfin je terminerai sur les savoirs acquis et mon évolution au cours de mes trois années de formation.

      I.            Motivations argumentées du choix de l’article

Le choix de cet article de témoignage s’est  fait  parce qu’il m’a ému  particulièrement,  ce médecin y témoigne,  de cette journée où elle  fait un remplacement dans le service de soins palliatifs. Pendant son poste elle retrouve cette femme atteinte d’un cancer,  qu’elle avait  rencontré il y a plusieurs mois parce qu’elle accompagnait son mari, atteint de la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, cette femme est là pour elle, dans ce service de soins palliatifs.  La gériatre se souvient d’elle dans les moindres détails. C’est ce qui m’a touché car j’ai  moi aussi des visages, des histoires gravées dans ma mémoire.  Côtoyer la souffrance, la mort, les problèmes des autres ne peut pas laisser indifférent. En tout cas pour moi et parfois cela peut être dur, ne sommes nous pas des êtres humains? Ce médecin sans y mettre les mots,  sous entends son investissement soignant, sa prise en charge, ne rien oublier… Elle doit avoir l’énergie suffisante pour accompagner ses patients comme si c’était propre à chacun, justement est-ce vraiment propre à chacun ? Les pauses café comme un moyen de se ressourcer, de faire un break, d’être aussi disponible et compétente pour le patient suivant et sa famille que pour le premier. Un soignant n’est pas dépourvu d’émotions, il ressent les choses. Le fait d’écrire cet article pour cette gériatre  était peut être un exutoire. Elle semble parfois un peu ironique car il y a un décalage entre ses vacances, et la réalité du service de soins palliatifs.  Parfois j’ai ressenti  cela après une journée de travail et mon retour à la maison,  puis  on essaye  de relativiser sa journée.

Qui n’a pas en sortant du boulot, allumé son poste de radio, et là une chanson passe sur les ondes et elle semble à double sens, les paroles font écho et se collent aux événements de la journée, tout comme pour cette gériatre. La traduction du titre a aussi un sens pour moi,  «  Trabajo, Vida »,  c’est la vie active, celle d’une soignante .

« Dans ce contexte de maladie grave potentiellement mortelle, la relation soignant-patient n’est pas neutre. Elle est chargée d’affects, d’émotions, d’angoisses, de sorte que, parvenir à ce qu’elle soit une aide pour la personne malade, est un art difficile, qui exige un équilibre délicat entre maîtrise de soi et ouverture à autrui.

Ceci exige d’être conscient des enjeux, des mécanismes psychiques à l’œuvre chez la personne malade, l’entourage et les soignants » [2]

   II.            Valeurs professionnelles et personnelles

A.    Les valeurs professionnelles

J’ai extrait quelques valeurs professionnelles en m’inspirant du témoignage, sachant que les valeurs dans les situations de soins palliatifs et de fin de vie sont multiples. Elles relèvent des attachements culturels, spirituels et philosophiques de la personne. En fin de vie, la confrontation à la mort  et à la précarité de l’existence peut inciter  le soignant et le soigné à la réévaluation et à l’évolution de son système de références. Cette réévaluation est pour moi une nécessité professionnelle si l’on veut assurer une qualité de prise en charge optimale. Il existe nombre de valeurs professionnelles à défendre mais celles que je priorise sont les suivantes :

  • Le respect

« Le respect est une valeur qui permet à l’homme de pouvoir reconnaître, accepter, apprécier et mettre en valeur les qualités d’autrui et de ses droits. Pour ainsi dire, le respect est la reconnaissance de la valeur propre et des droits des individus et de la société »[3].  Cette gériatre dans l’article montre pour moi, son profond respect à la patiente par son témoignage, elle a été interpellée par  cette patiente ce jour là. Elle met en avant la force, la volonté de vie de celle-ci, qui a  tout mis en œuvre pour assurer le futur de ses proches.

  • La dignité

Le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 s’ouvre sur la constatation que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »  Pour moi cet extrait est la base de tout soin et l’on se doit non seulement en tant que professionnel mais en tant qu’être humain d’allier le respect et la dignité car c’est pour moi ce qui constitue l’Humanité. Je pense qu’Humanité et Dignité sont indissociables. L’Humanité qui d’après la définition du petit Larousse est la «  Disposition à la compréhension, à la compassion envers ses semblables, qui portent à aider ceux qui en ont besoin. »

Dans l’article, la gériatre évoque la dignité, elle semble amère, peut être parce que la maladie elle n’a pas cette disposition à la compassion et à la compréhension et qu’elle se propage sans tenir compte des répercussions. Par contre la gériatre, elle fait preuve de compréhension voire de compassion pour cette patiente.

  • L’empathie

Selon Carl Rogers, l'empathie consiste à saisir avec autant d'exactitude que possible, les références internes et les composantes émotionnelles d'une autre personne et à les comprendre comme si l'on était cette autre personne. Je pense que pour travailler dans le respect et la dignité, l’empathie du soignant est nécessaire, cela est non seulement une valeur professionnelle chez le soignant mais c’est avant tout une qualité humaine. Cette gériatre dans le témoignage arrive justement à saisir les composantes émotionnelles de la patiente et des familles qu’elle côtoie.

B.     Mes valeurs personnelles

Une valeur est quelque chose d’intime,  liée à la personne et à sa conduite. Elle appartient à l’individu, elle accompagne sa conduite et ses gestes du quotidien. Elle est le reflet de sa vraie personnalité. Par contre une valeur n’est pas statique et peut changer avec le temps ou s’étoffer d’autres valeurs. Au fur et à mesure de nos expériences de vie, elle se consolide ou encore elle se transforme. J’ai choisi à ce stade de mon évolution ces deux valeurs personnelles que sont l’altruisme et l’équité.

  • L’Altruisme

C’est la disposition à s’intéresser et à se dévouer à autrui,  la tendance à vouloir aider les autres. Car je pense que sans cette valeur qui m’est chère, je pense qu’on ne devient pas soignant sans être un peu altruiste. C’est que quelque part nous avons le désir d’aider, d’accompagner, de rendre service. Je me suis déjà demandée si inconsciemment l’altruisme n’était il pas finalement égoïste car si l’on arrive à faire du bien aux autres, on se fait du bien à soi même.

  • L’équité 

 

Selon le dictionnaire Larousse« Disposition à respecter les droits de chacun », pour moi c’est faire preuve d’objectivité, de neutralité, c’est essayer d’être juste et de ne pas faire de différences entre les individus, c’est offrir la même prise en charge de qualité à tous les patients.

III.            Evolution et savoirs acquis au cours de la formation

Je ne pouvais commencer cette réflexion sans faire un point sur mon expérience professionnelle en tant qu’aide soignante, afin de déterminer mon état d’esprit avant ma formation en soins infirmiers. J’ai rencontré des situations similaires à ce témoignage et l’on n’oublie pas, je n’ai pas oublié. Les soins palliatifs et accompagnements en fin de vie sont des situations extrêmes, et pour ma part, ceux auxquelles j’ai été confronté ont compté. Souvent ces questions qui reviennent  face à ces patients «  Et si c’était moi ? », «  Qu’est ce que je ferai ? », «  Comment je ferai ? ». Alors on fait de son mieux, on écoute, on est présent, on accompagne, on oriente vers des personnes ressources. On cherche à faire le mieux possible en ne négligeant pas les souhaits du patient, il doit rester acteur de sa propre vie jusqu’à la fin. Je pense qu’il faut être vigilant, car on aurait tendance à rentrer trop vite dans un processus d’identification et à faire comme pour nous, comme ce que nous aurions souhaité pour nous mais ce n’est pas cela accompagner, c’est être à coté de… J’ai été face à la mort tant de fois, j’ai accompagné tant de fois, tant de mains se sont refroidies dans la mienne… Est-ce que j’étais prête à cela ? Est-ce que j’avais été préparée à cela ? Je ne pense pas. Au début j’avais peur, il y avait là quelque chose d’ésotérique comme si l’âme de la personne fraichement décédée, planait là près de moi, dans cette chambre. Sûrement était-ce dû aux croyances inculquées dans mon enfance. Puis je me rappelle de cette sensation désagréable de gorge nouée, de mes larmes aux bords des yeux, j’observais les infirmières et leurs attitudes avec les familles. Des infirmières aux approches différentes, de celles dont la présence, imposait déjà une telle sérénité, à celles déstabilisées prêtent à fuir et qui faisaient tout très vite et puis l’image d’une collègue partie en sanglot, dans les toilettes, ne sachant contenir sa peine face au défunt, et à la famille de celui-ci. Qu’est ce que dois faire ? Je ravale ma salive, je reste présente pour l’autre infirmière, je ne peux pas la laisser seule affronter le désarroi de la famille en deuil, je ne dis rien, de toute façon qu’est ce que je peux dire ? J’ai quelques gestes de sympathie, de compassion envers la famille comme pour dire «  je sais que cela doit être dur, je suis là, je ne peux rien faire pour vous le ramener, mais je suis là ». Puis je me rends aux toilettes voir ma collègue, et là pareil quoi dire ? Je suis là, je suis présente également pour elle, je sens qu’elle a comme honte de me montrer ses larmes alors je lui dis «  pleures, ça fait du bien, je comprends, moi aussi j’ai envie de pleurer » Et après avoir pleuré ensemble nous sommes ressorties, je pense que se sont des choses comme celles là  aussi qui tissent les liens d’une équipe. Etre là les uns pour les autres, affronter ensemble les problèmes, trouver des solutions, se soutenir, si l’on se fait confiance les patients le ressentent et se sentent eux même plus en sécurité. Ensuite il y a eu le travail de nuit pendant cinq années, là encore une dimension particulière, l’obscurité de la nuit qui se joint à l’obscurité de la mort. Là j’ai compris l’importance d’un bon recueil de données, des transmissions. Avec mon binôme de l’époque, je me souviens de notre angoisse quant à prévenir des familles en pleine nuit, de l’imminence de la mort d’un de leur proche. D’appeler une personne de 85 ans sans savoir dans quelles conditions physiques, psychologiques et sociales elle se trouvait, pour lui annoncer les derniers instants de l’être aimé, avec qui elle avait passé plusieurs décennies.

Puis tous ces visages et ses corps déformés par la maladie, quelquefois j’avais l’impression d’être dans une sorte d’irréalité, comme si la maladie avait essayé d’effacer leurs visages et corps d’humain, et s’il n’y avait que çà, mais il y avait ces odeurs nauséabondes engendrées par les lésions, les écoulements. Mais au-delà ce que je trouvais le plus dur, c’est l’isolement, ces patients seuls face à la mort, comme s’ils n’avaient jamais existé pour personne, comme si leurs existences n’avait pas compté. Et quelques fois ils témoignaient de cette absence de proche, dans ces situations là ce sont les soignants qui tenaient la main, je revois ce patient défiguré par un cancer ORL[4], que les différents antalgiques avaient peine à soulager, et qui m’a attrapé par la taille pour me faire un câlin, je crois que je me souviendrais toujours de ce désespoir, de ce besoin de tendresse, de contact humain, je suis restée tant qu’il m’a tenu. Quand je suis sortie de la chambre, je me rappelle avoir pleuré, il y avait tant de détresse dans ce geste. J’aurais voulu faire tellement plus pour lui, mais le cancer a été plus fort. Pas de regret, j’ai été là, je n’ai pas fuis. Je pense qu’au fur et à mesure je me suis identifiée aux soignants à qui j’avais envie de ressembler et j’ai fini par être à mon tour plus sereine, savoir quoi faire, quoi dire ou ne rien dire tout simplement, être là, juste ce qu’il faut. Mais un accompagnement de fin de vie n’est pas un autre, quelquefois des patients m’ont touché plus que d’autres, comme cette maman d’un petit bonhomme de 7 ans qui se trouvait dans le déni total de sa propre mort, son époux trop peiné, et dans la non-acception de l’issue fatale n’avait pas préparé l’enfant au décès de sa mère malgré les tentatives de l’équipe soignante dans ce sens. Ayant des enfants à peu près du même âge, la distance était plus dure et donc les émotions à fleur de peau.

            A mon entrée, en formation je ne partais donc pas novices d’expériences face à la prise en charge en soins palliatifs et d’accompagnement de fin de vie, néanmoins je n’avais jamais eu de formation. Au travers des apports théoriques de L’IFSI en 1ère Année tout d’abord, j’ai été ouverte aux  principes et valeurs de notre profession, à la psychologie, aux  modes de communication et aux concepts éthiques et philosophique. Non pas que je n’ai pas  eu de sensibilité à tout celà auparavant mais je me souviens que j’ai trouvé au sein de l’institut, un apport concret théorique de ce qui constitue un « soignant ». Puis l’oral de l’unité d’enseignement 4.1 S1 «  Soins de confort et de bien être » a permis de mener une réflexion entre ces principes, valeurs et concepts avec une situation vécue en stage. Ensuite en 2ème et 3ème Année, l’UE « Soins relationnels »  et l’UE «  Législation, éthique et déontologie » en transversalité d’autres UE m’ont permises de :

  • M’interroger sur mon propre système de valeurs et de reconnaitre celui des autres,
  • Mener un travail de réflexion sur ma posture professionnelle et celle des autres dans la relation soignant/soigné en tenant compte des dimensions éthiques,      déontologiques et législatives de la profession,
  • Intégrer les notions de travail en équipe, de collaboration, d’interdisciplinarité et de pluridisciplinarité pour m’aider dans cette réflexion.
  • Faire un travail sur mes représentations, la communication, la reconnaissance des émotions et leurs utilisations,
  • Evaluer   les résultats lorsque celà est possible et de réajuster si nécessaire.

De plus en semestre 4, nous avons été beaucoup sensibilisés à la question de la fin de vie  en abordant les questions de droits des patients, d’euthanasie, des notions bénéfices/risques, l’UE Soins Palliatifs et de fin de vie, vient donc naturellement poursuivre cette réflexion.

J’ai eu la chance de passer quelques jours avec les équipes de soins de support du Centre Hospitalier de C*****, de les voir travailler et de participer à la prise en charge de certains patients. J’ai apprécié leur approche globale du patient et les projets de soins de ces équipes qui permettent une qualité de prise en charge physique, psychologique que social, visant à améliorer le confort et le quotidien des malades. Ils permettent une organisation coordonnée des différents intervenants et de leurs compétences. Pour moi les professionnels des soins de support interviennent comme des « experts » et permettent de se poser, de prendre le temps indispensable à  la recherche des risques potentiels et à la résolution des problèmes réels dans les pathologies cancéreuses et/ou maladie évolutive. Ils ont également un rôle d’information, d’éducation et de soutien auprès des patients mais aussi auprès des soignants dans les services que l’activité d’un service « normal » ne permet pas toujours. Pour moi, il est regrettable que le temps de stage prévu auprès des soins de support ne soit pas plus long car il est très formateur.

La qualité des cours et des intervenants de l’UE 4.7 «  Soins Palliatifs et de fin de vie » m’a permis de faire les liens entre théories et pratiques.  Elle apporte  pour moi « les clefs » pour une analyse pointue de certaines situations de soins.

Je tiens à revenir encore un peu sur le témoignage que j’ai choisi. Cette gériatre explique les transmissions du service où  «  on va au fond des choses » et où on prend des nouvelles des patients qui ne sont plus là, ou la vie du service s’organise … Les transmissions importantes pour appréhender une prise en charge globale. Puis la soignante explique qu’elle se rappelle dans les moindres détails sans s’expliquer pourquoi cette femme vue 9 mois plus tôt. Elle décrit le contexte familial, le mari atteint de la maladie d’Alzheimer, le fils en situation de handicap psychique et la patiente atteinte d’un cancer en phase palliative, gérant tout ca.  Ce témoignage décrit des scènes de la vie quotidienne dans les services de soins. Elle fait apparaitre la ténacité de cette femme quant à gérer, mettre en sécurité ses proches (maison de retraite pour son mari, et curatelle pour son fils) se sachant condamnée, une belle leçon de courage, de vie, d’amour envers ses proches, je m’étonne toujours de la force de ces personnes. Je me souviens d’une situation similaire chez une patiente ayant bénéficiée d’une intervention chirurgicale pour un cancer et où nous avions dû gérer l’époux, atteint d’une maladie d’Alzheimer, la patiente avait demandé à ce qu’il puisse passer les nuits dans la couchette à coté, la prise en charge fut compliquée car le Monsieur s’est vite, fortement désorienté, et nous passions plus de temps auprès de l’époux qu’auprès de l’opérée, et les déambulations de celui-ci furent très angoissantes pour la patiente.

 Dans l’article, elle évoque amèrement la dignité, cette dignité que la maladie bafoue, les déformations physiques, les nausées, vomissements. Cette femme est en train de lutter, elle conserve l’espoir mais ses forces commencent à décliner, elle a besoin d’aide, d’où l’ambivalence qui l’assaille. Il  y a la sœur qui téléphone de Paris, qui demande à venir pour les derniers instants, mais la gériatre ne peut pas répondre précisément, on ne sait jamais quand la mort vient vous chercher,  la soignante essaye de faire au mieux, elle trouve des alternatives, lui dit d’appeler tous les jours et de passer en fin de semaine. Et puis il y a les autres patients dont il faut s’occuper, six dans ce service, les familles. Quand elle voit arriver une dame très fatiguée dans la chambre d’à coté, elle observe la famille, elle y perçoit le stress, les nuits sans sommeil, les cigarettes grillées, la « colère contenue » avec possibilité d’agressivité des enfants…

Je m’y retrouve dans ce témoignage car il fait le lien entre mon expérience vécue et les apports que j’ai reçus pendant ma formation à l’IFSI[5] , cette gériatre dans ce témoignage décrit pour moi certains principes de la démarche palliative et de la compétence 6 « Communiquer et conduire une relation dans un contexte de soins » de notre référentiel de formation [6] gériatre car elle :

  • Evalue des besoins et met en œuvre des projets de soins, ce témoignage est axé surtout sur les besoins psychologiques, sociaux, l’on sent qu’elle a une analyse de la situation, que je mettrais en lien avec la compétence 1 «  Evaluer une situation clinique et établir un      diagnostic dans le domaine infirmier».
  • Réalise un projet de prise en charge des patients et des proches, elle adapte sa prise en charge, ses actions aux besoins de ces patients, elle      utilise la compétence 2 « Concevoir et conduire un projet de      soins » ce qui je pense va lui permettre de conduire une démarche de  communication adaptée aux personnes et à leur entourage en fonction des      situations identifiées
  • Elle parle des réunions d’équipe pluridisciplinaire, où l’on discute des cas de patients, là elle n’y participe pas mais elle y fait      référence, pour la gériatre, ces réunions sont l’occasion de mettre en pratique ses compétences 1 et 2 mais aussi la compétence 7 « Analyser la qualité des soins et améliorer sa pratique professionnelle » et la compétence 9 « Organiser et coordonner des interventions soignantes » .²

Ma formation, d’étudiante infirmière, alors que je n’avais jamais été formée à la prise en charge palliative et de fin de vie dans mon parcours antérieur m’a permis de mettre des « mots aux maux » et de rétrospectivement analyser des situations et de mieux les comprendre, j’ai appris à être plus attentive à tous les besoins :

  • Les  besoins physiques et symptômes physiques, je pense que j’y étais déjà sensible du fait de mon expérience en tant qu’aide soignante mais ma formation m’a permis de découvrir de nouveaux outils par exemple les différentes échelles de douleur, les apports théoriques m’ont permis de structurer mon raisonnement clinique afin  de ne rien oublier et de me guider dans mes actions. Pour répondre  aux besoins de la personne, l'infirmière va accompagner le patient dans la réalisation de ses soins quotidiens en veillant à son confort du patient (compétence 3), elle va s’adapter à ses besoins et collaborer à la mise en œuvre des thérapeutiques visant à  réduire et/ou soulager les symptômes (compétence 4).
  • Les  besoins psycho affectifs, j’y attache une grande importance car le patient  qui se trouve confronté à une grave maladie, est contraint de faire  le deuil de son état antérieur et des remaniements en découlant au niveau personnel, familial et professionnel.

Dans le cas de la patiente du témoignage, ce qui est marquant c’est l’élan vital qu’elle met à protéger ses proches puis une fois que ceux-ci sont en sécurité, l’ambivalence que la gériatre ressent, ressort comme un aller- retour entre espoir et lucidité face à la maladie. Les patients peuvent mettre en œuvre des stratégies d’adaptation visant à essayer de réduire leur détresse psychologique, certains mécanismes de défenses sont involontaires et inconscients, et peuvent être source d’incompréhension chez les soignants. Je pense à cette maman de 38 ans que j’ai accompagné dans les derniers jours de sa vie et qui se projetait à la plage pour l’été suivant. Je dois dire que se fût assez déstabilisant à l’époque puisque je n’avais pas mentalisé le fait qu’il  s’agisse d’un mécanisme de défense contre une réalité trop dure. D’autres ont des stratégies conscientes et plus ou moins volontaires (stratégies de coping). J’ai appris qu’il était  important de les respecter car sinon la personne s’effondre. La relation qui s’établit entre le patient et le soignant est avant tout basée sur le respect. Chaque personne est unique, il apparait alors que toute relation sera unique et personnalisée.

  • Les besoins sociaux, le patient est une personne qui a son identité, une famille, une place sociale. L’annonce de la maladie grave va bouleverser la vie du patient,  perte du rôle social, familial, baisse des revenus, perte de l’autonomie.
  • Les besoins spirituels, la souffrance spirituelle peut apparaitre dès que le patient prend conscience de sa fin de vie, il  va alors sentir le besoin d’être reconnu comme une personne à part entière, de faire un point sur sa vie, de lui donner un sens.
  • L’accompagnement de l’entourage, les  habitudes de vie et l’équilibre de l’entourage sont rompus. Le vécu de chaque famille est différent et va dépendre des rapports qu’elle entretient avec le patient et avec les soignants. Les difficultés rencontrées par l’entourage vont  être le souhait de protéger le malade, l’incompréhension du langage médical, la vision de certains symptômes pénibles, la peur des moments à venir, de ne pas savoir quoi dire,  quoi faire

Conclusion

Mes  trois années de formation à l’IFSI, m’ont permis de faire des liens avec mes expériences antérieures, d’analyser celles-ci, et de me permettre de voir quelle soignante j’ai été et quelle soignante je suis devenue. Avant mon approche était plus instinctuelle et nourrie d’expérience, désormais j’ai acquis des savoirs indispensables pour analyser et comprendre. Ce qui va me permettre d’être encore plus sereine et d’accompagner au mieux les patients et les professionnels qui n’ont pas encore fait ce chemin.  Le face à face avec la souffrance, la mort n’est pas chose facile, les soignants dans les services y sont confrontés quotidiennement, ce qui peut être source d’angoisse, de mal être, d’incompréhension surtout lorsque l’on n’y a pas été préparé, formé. Dans le contexte économique et social actuel, le manque de personnel se fait souvent sentir, la question que je pose et qui me vient à l’esprit est «  Mais qui va prendre soin des soignants ? ».

 

Adéline Serez

Etudiante infirmière 3ème Année

promotion 2009/2012

 


[1] Traduction : La vie Active

[2] Goldwasser, 2010

[3] http://lesdefinitions.fr/respect

[4] Oto-Rhino-Laryngologique

[5] Institut de Formation en Soins Infirmiers

[6] Référentiel de compétences du 31 juillet 2009,  relatif au diplôme d’Etat Infirmier

Tous les commentaires

28/01/2012, 15:58 | Par OLALA

Bonne réussite Sourire, vous avez votre diplome d'infirmière maintenant, si je comprends bien !

28/01/2012, 17:50 | Par Adéline SEREZ en réponse au commentaire de OLALA le 28/01/2012 à 15:58

Non, je ne suis pas diplomée, je suis en dernière année, le diplome c'est prévu en juillet, dernière ligne droite ! Merci

28/01/2012, 17:19 | Par Anne Gentry

Le fait d’écrire cet article pour ce médecin  était peut être un exutoire.

Oui, c'était bien un exutoire, la journée avait été rude ....  Les collègues médiapartiens reçoivent parfois mes états d'âme "déprimants", sans trop broncher, dans l'ensemble ....

 

Cette journée de reprise avait été rude et ordinaire à la fois, comme pour nous tous. D'où mon titre, car c'est le travail, et c'est la vie.

 

Je suis très touchée que vous ayiez retenu mon témoignage, et l'ayiez utilisé pour votre travail de réflexion sur les soins de fin de vie.

 

Cela prouve que nous sommes sur le même bateau de soignantes, quelle que soit notre fiche de poste (vous avez une fiche de poste, j'espère, au moins, hein ?).

 

Et ceux que nous soignons, dans le bateau avec nous, finalement ...

 

Je vous souhaite la bienvenue sur le site, Adeline (lequel site n'affiche plus les dates d'abonnement ni le profil, quand on clique sur le nom de l'abonné, entre autre joyeuses nouveautésIncertain).

 

Et j'espère que nous aurons d'autres occasions d'échanger.

 

Sur l'interdisciplinarité, il peut parfois m'arriver d'être beaucoup plus caustique qu'empathique, je dois l'avouer ... Innocent

28/01/2012, 18:39 | Par Adéline SEREZ en réponse au commentaire de Anne Gentry le 28/01/2012 à 17:19

Merci pour le retour que vous m'avez fait de mon analyse... J' ai cherché longtemps un témoignage sur le net et c'est dans le votre que je me suis le plus retrouvée... Je connais ca les états d'ames déprimant des fins de poste... Je pense qu'il y a qq ch de notre conscience qui fait le bilan de la journée.

Merci pour votre accueil , je suis nouvelle d'aujourd'hui en fait, je viens de m'abonner.  Je me suis dis que ces réflexions devaient être partagées. Et cela m'importe beaucoup que vous y soyez sensible .

Nous aurons l'occassion d'échanger, j'en suis sure.

L'interdisciplinarité comme je vous l'ai dis en pv "cela me parait tellement évident et pourtant sur les terrains si difficile parfois" donc je comprends que cela puisse être un sujet " caustique".

Je suis parfois utopique sur ce qui touche la dynamique de l'équipe soignante, l'interdisciplinarité...

28/01/2012, 18:39 | Par Anne Gentry

J'ajoute qu'il y a beaucoup de choses dans votre témoignage à vous, dans la troisième partie de votre texte ...

Qui prend soin des soignants, dites-vous ? Eux-mêmes, d'abord, j'imagine .... leur équipe, les possibilités de supervision (ou d'analyse des pratiques) ?

28/01/2012, 19:07 | Par Adéline SEREZ en réponse au commentaire de Anne Gentry le 28/01/2012 à 18:39

Votre témoignage m' a ouvert la porte, et j'ai pu à mon tour me servir des touches de mon clavier comme exutoire.

Je suis arrivée dans le milieu du soin, il y a environ 10 ans en tant qu'aide soignante,  auparavant je n'avais jamais été vraiment confronté à la mort. Je pense que je n'avais pas les moyens à l'époque de tous comprendre , de faire attention à moi mais j'ai eu la chance d'être bien entourée..  Aujourd'hui je fais le point, j'ai une vision plus étayée, j'ouvre les portes du passé et je laisse s'enfuir les vieux fantomes, mais je ne les oublie pas, on oublie pas..J'ai vu beaucoup de soignant en difficultés face à cela, même encore aujourd'hui en tant qu'étudiante infirmière, j'ai rencontré en stage des professionnels en détresse. Les soignants prennent soin d'eux comme ils peuvent, quand ils peuvent... Mais dès fois c'est trop dur, on est pas dans l'équipe qu'il faut,  personne à qui  parler,  pas de formation pour trouver "les clefs" , au début ils font avec et puis ca s'enkyste et un jour un événement, une chose qui en rappelle une autre et ils tombent...

J'ai travaillé dans des structures ou pas de réunion d'équipe, la supervision c'est uniquement hiérarchique, reste les collègues si on peut compter sur eux. Les analyses de pratiques j'ai appris ca en rentrant en formation il y a 3 ans, avant je ne savais pas ce que c'était...

Je suis d'accord pour dire que tout cela doit se dévellopper  ( formation, réunion, analyse de pratique), j'espère que cela va continuer  à se faire et que l'on trouvera dans les équipes pour certains  la solution de la résistance aux changements.

28/01/2012, 19:25 | Par elisa13

Votre arrivée est fracassante Adeline, dans le bons sens du terme...

Nous sommes bien entourés les Mediapartiens avec Anne et vous. Merci Sourire

28/01/2012, 19:46 | Par samines

Bonsoir Adeline Serez

Juste un mot : continuez.

Merci d'avance Sourire

.

Nota : Qu'Anne Gentry me pardonne, mais je trouve vraiment très "symptômatique" que ce soit son témoignage qui vous ai servi de référence. Elle est, de mon point de vue, l'impossible témoin d'un dialogue entre Eros et Thanatos. Surhumaine à force d'être humaine.

28/01/2012, 23:21 | Par sequoia

 

Bienvenue Adeline Serez,

Vous êtes sans nul doute faite de la même étoffe que Anne Gentry ;

vous saurez aussi entourer de tendresse et d'humour chaque personne comme celles dont elle nous parle de loin en loin.

Prenez soin de vous.

29/01/2012, 01:19 | Par OLALA

Je suis amenée à travailler avec des équipes de soins palliatifs,  ce travail autour de la mort nous interroge sur notre humanité. Dans les situations difficiles , c'est bien de s'appuyer sur les autres membres de l'équipe, mais ce n'est pas toujours le cas.

Chacun garde dans "son placard" des vieux fantomes, peut être de temps en temps faut il les ressortir, et se pardonner ses erreurs . Mais il faut prendre le temps ,quelquefois  aussi ,de se dire que l'on a bien fait son boulot, ou du mieux que l'on a pu. Ne  pas tomber dans le piège actuel (amélioration de la qualité, avec course perpétuelle vers un idéal jamais atteint)! Se préserver comme soignant :humilité et solidarité ? et humour aussi, qu'en pensez-vous ?

 

29/01/2012, 10:32 | Par Adéline SEREZ

EXACTEMENT !  Il faut savoir se dire de temps en temps "J'ai fait de mon mieux, j'ai été là, l'équipe a été là..." Pour moi, le soignant doit réfléchir à sa prise en charge, à ce qu'il est.  Non pas, dans un but d'amelioration de la qualité managériale ( <  Le management grrrr !), mais dans le but d'améliorer  la qualité de sa prise en charge, le résultat qui compte c'est le retour que lui en fait  le patient. Encore faut-il, oui, si l'on doit parler d'humilité en être qq peu pourvu..^^

Dans le contexte économique et social actuel, combien coute un sourire, une oreille empathique, une main tendue... Alors comment s'en sorte les équipes ? Comment survivent ce soignants qui cotoient quotidiennement la mort et la souffrance ? Biensur ils s'entraident, ils se parlent, ils sont tous dans le même bateau... Ils cherchent à survivrent pour le patient mais aussi pour eux même, pour leur famille  ( ce sont des êtres humains avec des émotions après tout !) c'est ca la solidarité... 

Après malheureusement, on est pas dans la bonne équipe, il n'y a pas d'écoute hiérarchique,  ou parfois meme pas le temps de se parler  ( c'est pas prévu ca dans la logique Managériale !!!). On finit par avoir la tête dans le guidon et on soigne, on croit soigner mais on se cache derrière la technicité de certains soins, je ne blame personne le système est ainsi fait...

Puis une journée, un événement, plus dur que d'habitude et on tombe dans le gouffre... On continue à travailler parce qu'il faut bien continuer à payer les factures mais on ne se rappelle plus pourquoi on fait ce métier, c'est devenu trop dur... Bienvenue :'(  à l'épuisement professionnel, et comme dirait un psychologue que j'ai rencontré, épuisement professionnel = maladie de la relation d'aide... Ca veut tout dire non ?

Alors oui ! L'humour, ca permet de dédramatiser les situations, d'ouvrir la conversation, de décharger le trop plein d'émotions, et une équipe qui sait encore rire, c'est une équipe qui fonctionne, qui peut encore fonctionner...

Soyons attentifs les uns aux autres pour continuer à être soignant et à soigner.....

27/04/2012, 11:14 | Par Adéline SEREZ

Juste pour vous dire que j'ai validé mon semestre 5 ! Et que j'ai eu 19/20 à cet article Rigolant

Là en plein mémoire sur la réunion d'équipe pluridisciplinaire en psychiatrie ! A bientôt

 

27/04/2012, 12:08 | Par samines en réponse au commentaire de Adéline SEREZ le 27/04/2012 à 11:14

can-stock-photo_csp1855040.jpg

27/04/2012, 13:04 | Par la dame du bois-joli

si vous avez besoin d'un cobaye, je suis dispo ... Sourire

je ne suis pas en soins palliatifs, pas liatifs du tout mais je suis plongée bientôt dans le milieu médical hospitalier

il est très troublant d'imaginer que dès que nous franchissons le seuil d'un hôpital pour être soignés, nous somemmmes à la merci des soigneurs, c'est à dire que nous pouvons tomber sur des gens éclairés et humains comme vous Madame ou tomber sur des gens qui  s'en fichent un peu, ils ont tant de problèmes à gérer

et un humain quand il arrive dans les unités de soins, il a tout son boulet , et son fardeau personnels à porter, le poids de l'humanité et de la vie pour le malade et exactement le même poids pour le soignant ! comment être dispo et attentif à l'autre ? une gageure !

- gure ?

c'est un travail d'équipe, d'équipe humaine

nous avons la même problématique quand nous jouons devant des spectateurs, un spectacle est unique ! de par la part d'aléatoire qui nous échappe totalement , le public a son rôle à jouer ! un rôle essentiel

dans la maladie, le malade a un rôle essentiel à jouer, mais souvent il l'ignore, il doit garder le contrôle de sa maladie et de ses soins, jusqu'au palliatif ! 

merci Mesdames ! anne et adeline

27/04/2012, 16:45 | Par Anne Gentry

Bravo, Adeline !

Newsletter