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Crise de la dette: quel avenir pour le système économique mondial une fois la notation américaine abaissée?

L'abaissement de la notation AAA américaine n’est une question de temps ; quelques mois, maximum. Rien de plus normal, vu l'accord lamentable "négocié (sic)" par les deux partis américains. Le problème de l'endettement des Etats-Unis existe depuis 30 ans, et c'est un secret de polichinelle que de dire qu'il n'est pas, à terme, tenable. L’actualité politique a au moins eu le mérite de soulever les questions économiques que de nombreuses personnes se posent depuis des décennies.

Mais bien malin l'économiste qui serait capable de prédire les conséquences de la fin de l'hégémonie américaine sur l'économie mondiale. Il n’est pas question ici de domination quantitative, en termes de PIB, mais bien qualitative: les Etats-Unis sont la référence mondiale. C'est à partir de leurs taux que l'on calcule un certain nombre d'indicateurs, comme les spreads, afin d'appréhender une situation financière. L'axe des abscisses d'un graphique? Le taux américain! Alors ne rentrons pas dans le jeu des petites prédictions débiles surl 'avenir du système économique mondial basé sur le dollar. Tout n'est que conjecture, et le mieux qu'il est possible de faire est d'élaborer des scénarios.

 

Scénario n°1 : vers un crack du marché obligataire

C'est l'avis, entre autres, de Gilles Dryancour, économiste de l'Institut Turgot. A la question suivante, posée par mes soins : "en anticipant une dégradation US (certaine), on peut supposer que la demande en produits AAA autres qu'américains va augmenter. Cela ne va-t-il pas faire baisser les taux obligataires allemands et français, et par conséquent pérenniser le FESF?", M. Dryancour a répondu :

"Vous postulez qu'il y aura toujours une demande pour des obligations publiques. J'en doute personnellement. Un crack obligataire mondial est aujourd'hui envisageable, accompagné d'une crise économique majeure, car le système monétaire international est dysfonctionnel. Une crise économique majeure aux US entraînerait une crise majeure en Europe qui aurait des répercussions foudroyantes sur les budgets des Etats surendettés. Allemagne comprise que plusieurs agences de notation indépendantes (chinoises notamment) ont déclassé de leur statut AAA. LeAAA allemand est aujourd'hui maintenu par la demande des obligations allemandes qui fait chuter les taux. Pas sur son endettement presque identique à celui de la France en % de PIB."

Dans ce scénario, un abaissement de la notation américaine conduirait, à terme, à une crise sévère du marché obligataire, les Etats-Unis entraînant les autres pays "références" dans leur chute.

 

Scénario n°2 : vers une nouvelle référence internationale

Le scénario le plus facile à concevoir, et peut-être également le plus probable, au moins pendant un temps. Il postule tout simplement le remplacement des Etats-Unis comme référence internationale par un autre pays, vraisemblablement l'Allemagne. Le raisonnement est simple : si les investisseurs ne peuvent plus compter sur les Etats-Unis pour leur fournir des obligations sûres, la demande va se tourner vers le second investisseur le plus sûr dans la liste, à savoir l'Allemagne. Cette hausse de la demande conduirait à une baisse des taux allemands, ce qui renforcerait la position du pays comme nouvelle référence internationale.

Mais M. Dryancour a raison de souligner l'endettement allemand, similaire au français. En effet, l'Allemagne deviendrait la référence non parce qu'elle se serait imposée comme la meilleure gestionnaire et/ou le plus sûr des débiteurs, mais parce que tous les autres pays seraient considérés comme pires. Ce serait la dictature du "moins pire", et il est aisé ensuite d'envisager une escalade conduisant, à terme, à la même crise du marché obligataire mentionnée dans le scénario n°1, mais en y ajoutant des étapes transitoires.

Ces scénarios sont bien évidemment biaisés et ne reposent que sur une analyse macroéconomique "en surface". Comme nous l’avons dit, il est impossible de prévoir les conséquences d'un abaissement de la notation américaine.

Par exemple, comment prévoir la réaction des fonds de pension utilisant les bons du trésor américains comme garanties s'ils perdent leur notationAAA ?

  • Vont-ils devoir vendre? Les marchés ne semblent pas se diriger vers cela, mais si cela se passe la probabilité du scénario n°1 augmenterait.
  • Vont-ils garder les produits américains et ne pas écouter les agences de notation? Ce serait une première, et il n'est pas sûr qu'ils en aient, légalement ou réglementairement, la possibilité.
  • Vont-ils conserver les obligations américaines, mais acheter d'autres produits AAA pour compenser la perte de leurs garanties? Dans ce cas la demande en produits AAA non-américains devrait augmenter, et renforcer la probabilité du scénario n°2, puisqu'une partie de cette demande se reporterait sur l'Allemagne.

Au final, la seule chose certaine, c'est que les conséquences d'un abaissement de la notation américaine sont imprévisibles.

Les crises de la dette européenne et américaine sont le symptôme d'une redéfinition imminente du fonctionnement même du financement étatique par l’endettement. Force est de constater que nous nous dirigeons vers la constitution d’un nouveau système économique international. Celui-ci peut être un non-système, comme celui qui prévaut depuis la fin des années 70, si nous continuons à ne pas faire face aux questions structurelles, de fond, que posent les graves problèmes économiques actuels. Mais ces crises sont peut-être aussi l’occasion de faire table rase des erreurs du passé, et de tenter de construire un système économique international répondant mieux aux exigences d’un monde sans cesse plus interconnecté.

Tous les commentaires

Bonjour Adrien

J'en profiterais pour répondre ici au dernier commentaire que vous avez laissé sur mon blog et dont je vous remercie .

Pour le Krach obligataire , effectivement , il est de plus en plus probable .

La note américaine a déjà été dégradée à plusieurs reprises par l'agence chinoise Dagong , la dernière dégradation datant d'aujourd'hui même.

La note américaine est passée de A+ à A avec perspective négative ce soir.

La Société PIMCO (plus gros détenteurs de bonds US) s'est débarassé de l'intégralité de ce qu'elle détenait il y a plus de deux mois . Les déclarations de son dirigeant vis à vis de la politique monétaire américaine sont plus que cinglantes .

Pire , certaines hypothèses commencent à circuler , comme quoi la FED aurait un peu trafiqué les taux :

En fait , une fois de plus à notre insu , le nouveau système économique est en train de se mettre en place et le cas Japonais est intéressant à observer en ce moment . La Société TEPCO ne peut être mise en liquidation car c'est le plus gros émetteur d'obligations qui alimentent les fonds de pension japonais . Tout incident de paiement de sa part entrainerait l'arrêt du versement des retraites d'un bon nombre de japonais . En fait , les aides financières (si ce n'est que je n'ai pas compris la non nationalisation de TEPCO, ce qui aurait été de mon point de vue la seule démarche sensée et efficace ) apportées par le gouvernement japonais correspondent déjà à un transfert de la charge des retraites des fonds privés vers l'état , même si cela provoque un endettement supplémentaire massif .

 

Nous sommes sans doute en train d'arriver à la fin du système mis en place par les USA ou plus exactement par le cartel financier qui le dirige et je dirais que nous assistons aux convulsions mortifères de ce système , convulsions dont nous ne serons sans doute pas épargnés .

La course contre la montre à laquelle se livre actuellement les USA me parait plutôt de l'ordre de la guerre monétaire , que tout autre chose . Et l'on peut même étendre la notion monétaire pour parler de géopolitique .

Les tentatives actuelles de faire rentrer les pays fragilisés par les révolutions du jasmin dans le modèle dette/intérêts de la dette permettraient aux américains de

- neutraliser la montée en puissance de la finance islamique qui interdit le prêt à usure

- contrôler les politiques étrangères des pays du Proche Orient , mais également leurs contrats commerciaux , avec la Chine en particulier , ainsi que le prix des matières premières que ces pays produisent.

 

La finance américain sait qu'elle a créé une bulle monstrueuse , mais ne sait plus comment la résorber sans tsunami boursier et financier au niveau planétaire . Une guerre était ou est sans doute programmée par les USA , mais l'incident japonais a sans doute entrainé quelques modifications d'importance dans le déroulement des opérations . La bulle monétaire actuelle détruit inexorablement l'économie réelle .

Nous sommes en train d'assister à un combat de Titans , dans laquelle l'europe et la zone euro ne sont rien d'autre que des variables d'ajustement pour les actionnaires de la FED et pour le FMI qui leur est totalement inféodé . Je prends souvent l'expression du dîner de C.... et j'espère que l'Europe saura faire une sortie aussi digne que Villeret dans le film en question .

 

Le modèle actuel entraîne tous les pays qui l'ont adopté à leur perte, même des pays comme l'allemagne ayant toujours fait preuve d'une grande rigueur budgétaire . Nous sommes bien en train d'assister à un combat à mort entre la finance internationale et le reste du monde . Ce sera eux ou nous , mais ne nous y trompons pas , c'est avant tout une question de pouvoir : le contrôle de la monnaie n'est qu'un moyen d'obtention de ce pouvoir comme le disait Amzel Rotschild au XIX ème siècle :

"Donnez moi le contrôle de la monnaie d'une nation et je n'aurais plus à me soucier de ses lois" .

Le principal souci des américains va sans doute désormais devenir la stabilisation civile du pays .. Dans certains états , les retraités municipaux n'ont déjà plus touché leurs retraites depuis deux ans , et ceux qui les touchent des fonds privés ont vu leurs rentes drastiquement diminuées .

Je ne peux que vous recommander de lire ce compte rendu de la dernière réunion de l'OCS (Organisation de coopération de Shangai) , organisation dont malheureusement nous n'entendons pas assez souvent parler .

Je ne crois pas à un ordre monétaire mondial car les deux blocs en présence , très bien décrits dans l'article ci -dessus sur la conférence de l'OCS ne se mettront jamais d'accord sur son fonctionnement , encore une fois pour des questions de souveraineté et de pouvoir géopolitique.

J'espère avoir complété les réflexions que vous avez eu la gentillesse de me faire sur mon blog

 

 

Il ne reste donc à l'Europe (zone euro) qu'à retrouver une indépendance et une souveraineté qu'elle a eu bien tort d'abandonner le jour ou elle a stupidement décidé d'adopter pour la zone euro le modèle de la FED , car ce jour là , elle est devenue sans le dire à ses électeurs, le 51 ème état des Etats Unis d'amérique .

 

Les chinois ont par exemple sû conserver leur souveraineté monétaire et n'ont pas pris la stupide décision de le confier aux banquiers privés . C'est la raison pour laquelle , la notion de régulation monétaire conserve son sens en Chine et depuis le début de l'année , la Chine relève régulièrement les coefficients de réserve obligatoires de ses banques pour réduire les excès monétaires , contenir l'inflation et juguler autant que faire se peut , les arrivées de massives de dollars directement sortis des presses de la FED .

La Chine ne peut avoir de dettes , car son modèle lui même fait qu'il lui est impossible d'en avoir . Les Chinois ne vont pas tarder à se desindexer du dollar et une émission monétaire supplémentaire de leur part , pour pallier aux effets du tsunami américain aura juste comme effet de limiter l'envolée du remimbi . Mais les chinois réfléchissent à long terme ..

Et le nouveau système économique que nous devons appeler de nos voeux ne doit en aucun cas être un système comme celui qui est en train de nous conduire à notre perte .

 

 

 

Complément qui vous fera sourire ^^^

Dernière déclaration d'Hugo Chavez :

« Je me joins à ce qu’a dit notre ami le Premier ministre russe Vladimir Poutine : les Etats-Unis sont un véritable parasite de l’économie mondiale ! », a écrit sur Twitter Hugo Chavez. 

Le président vénézuélien Hugo Chavez a qualifié les Etats-Unis de « véritable parasite pour l’économie mondiale » mercredi sur son compte Twitter, en écho à des propos similaires tenus lundi par son « ami », le Premier ministre russe Vladimir Poutine.

M. Poutine avait accusé lundi les Etats-Unis de « parasiter » l’économie mondiale avec leur dette, expliquant que ce « pays vit à crédit, au-delà de ses moyens et fait reposer une partie de la charge (de sa dette) sur l’économie mondiale ». 

 

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