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Suicide suisse, mode d'emploi

Dignitas, l’association zurichoise d’assistance au suicide, innove encore et encore. Depuis quelques semaines, elle propose à ses membres de mettre fin à leurs jours en s'étouffant avec un sac en plastique rempli d'hélium. C’est prétendument efficace et rapide et, contrairement au natrium pentobarbital (NAP) utilisé jusqu'ici, aucune prescription médicale n’est nécessaire. Et pour démontrer qu’il s’agit bien d’un acte libre, Dignitas filme le tout, puis transmet les images aux autorités judiciaires.

 

Certains ne s’en sont pas encore remis. « Nous voyons beaucoup de choses dans notre métier mais ces images sont parmi les plus remuantes. C’est un long étouffement », explique Jürg Vollenweider, procureur adjoint de Zurich interrogé par le journal Le Temps.

 

Le débat sur la nécessité d’adopter ou non une loi sur l’aide au suicide est une fois de plus relancé. Jusqu’ici, l’article 115 du Code pénal helvétique stipule qu’aider quelqu’un à mourir n’est punissable que si cette démarche obéit à des « motifs égoïstes ». Plusieurs associations se sont engouffrées dans brève, la plupart, comme Exit de manière discrète.

 

Dignitas (http://www.dignitas.ch/) qui accepte des candidats étrangers au suicide, elle, enchaîne les épisodes tragico burlesques. Depuis septembre dernier, elle a été chassée de deux appartements zurichois – les voisins se plaignaient de voir des cercueils chaque jour -,a dû se replier dans un hôtel, dans la villa du fondateur et directeur, Ludwig Minelli, et même opérer dans des véhicules. Depuis fin novembre, elle occupe des locaux industriels.

Tous les commentaires

Quelle violence ! B. P.

Sur le principe, même si les méthodes promotionnelles de dignitas sont un peu rudes, il ne me semble pas choquant qu'un citoyen puisse décider, en toute conscience, de mettre un terme à sa propre vie et que l'on puisse l'aider à le faire dans les meilleures conditions. C'est plutôt le refus de la demande d'euthanasie formulée par Chantal Sébire qui m'a choquée venant de la part d'un Etat laïque. Il me semble en effet procéder d'une éthique encore sous l'emprise de la religion. Il serait ainsi scandaleux de porter atteinte au monopole du droit de vie et de mort qu'aurait 'un Dieu créateur sur ses sujets!

Les oiseaux se cachent pour mourir. Ils savent la pudeur.

Sans aucune question de religion ou autre, le suicide n'est pas une issue acceptable. Si elle est acceptable pour un, elle l'est, par souci d'universalité, pour l'humanité entière...Je résume : l'humanité va mal, faisons-nous tous sauter à coups de tête nucléaire, ce sera rapide et on souffrira moins qu'après une agonie faite de fonte des glaciers, etc...Je ne vois pas ce que le religieux fait là-dedans, ils'agit plutôt d'un débat de sociéte responsable de chacun de ses individus, donc de tous.

Genève n'est pas Zürich... À Genève c'est Exit Admd: http://www.exit-geneve.ch/ Je conseille aussi de voir deux films où les principes et la pratique d'Exit sont remarquablement exposés (Exit le film de Fernand Melgar et Le choix de Jean). Vous aurez ainsi une vue objective de la situation helvétique, où les deux associations Exit ont plus de 70 000 adhérents. Le Docteur Jérôme Sobel qui préside Exit Admd refuse bien entendu l'ouverture de son association à des non-résidents. Je pense que cette page illustre les risques de l'expression participative et libre, qui peut insidieusement glisser dans des propos peu acceptables qui ouvre la voie à des attaques diffamatoires. Ceci étant le risque de dérapage est préférable à l'hypocrisie. Je m'associe pleinement au commentaire d'Emmanuelle Caminade qui ouvre la voie à un débat serein indispensable pour sortir de l'impasse dans laquelle nous sommes.

Je suis d'accord avec Daniel Carré: il aurait sans doute fallu souligner qu'Exit a une pratique parfaitement digne de l'assistance au suicide, et refuse le "tourisme de la mort" tel que le conçoit Ludwig Minelli . J'avais à l'époque écrit dans Le Monde (24 septembre 2005) sur l'impressionant film de Fernand Melgar "Exit: le droit de mourir". Le débat est très intense en Suisse et ne peut se réduire aux seules tribulations de Dignitas. Mais ce qui se passe à Zurich est aussi le signe des dérives possibles: une aide au suicide facturée aux étrangers quelques 10 000 Francs suisses (6400euros) - il faut avoir les moyens ! - et pratiquée souvent à la va-vite.

Merci Agathe pour votre réponse à mon commentaire. Il n'y a malheureusement pas d'autre issue actuellement en France pour une "autodélivrance" que Dignitas, dont je considère que le fonctionnement n'est pas satisfaisant. La ségrégation par l'argent et la notoriété sont une cause importante d'inégalité. Les puissants ont les "bons conseils" et les "bons médecins" pour leur vieux père ou leur vieille mère qui n'en peuvent plus. En même temps, je suis totalement d'accord avec la position du Dr Sobel de limiter aux résidents Suisse son accompagnement Exit, parfois très long . MaÏA SIMON a du passer par Dignitas. Son départ a suscité une grande émotion, liée à la nécessité actuelle d'aller en Suisse pour terminer sa vie dignement. Je vous recommande vivement d'écouter son témoignage : http://www.leblogtvnews.com/article-12497529.html

Bizarre qu'à quelques heures près, on assiste à la mort d'une personne incurable à qui l'Etat refuse le droit de mourrir dignement, et à l'inauguration d'un sous marin capable de détruire à lui seul des millions de vies humaines en parfaite santé. Bizarre que des moyens financiers aussi considérables soient mobilisés pour de telles armes, en regard de l'état de nos services médicaux et sociaux, maintenant exangues, faute de financements. Bizarre que des irresponsables notoires soient en charge du maniement de sommes considérables et tiennent entre leurs mains tant de pouvoir. Bizarre que nous en soyons toujours à nous disputer autour d'un os à ronger quand il s'agit de tout revoir. Comme si chacun de nous essayait de rattraper un temps déjà révolu, par peur de vivre?

Je pense que Médiapart doit rapidement publier un dossier complet (textes législatifs belges, français, hollandais) , synthèse projet député Gorce et Fabius afin de savoir "où l'on en est".

Lea Chapignac Je m'associe à la demande de M Philips. J'ai été extrèmement choquée par "l'affaire" Chantal Sébire. Cette femme, lucide et courageuse, aurait pleinement mérité que l'on fasse une exception pour elle, en attendant une modification de la loi. Et peut-être aussi que la TV la montre moins, ou autrement. Me choque plus encore qu'il y ait eu autopsie, surtout sans accord de la famille, si tel est le cas. On pouvait au moins la laisser, si je puis dire, en paix une fois décédée, et respecter sa mort. Le droit à mourir dignement, à la seule condition qu'il soit demandé en toute conscience par l'interessé, me semble aller de soi. Quoi qu'on en dise, il est plus courageux dans ces cas, le plus souvent, de mourir que de vivre, je ne vois pas au nom de quoi, de quelle "rédemption" par la souffrance, culpabiliser ceux qui entendent disposer d'eux mêmes et de leur vie. Les soins palliatifs dissuadent, nous dit-on, beaucoup de gens, dès lors qu'ils peuvent mourir paisiblement et sans douleur, soit. Le désir de vivre le plus longtemps possible est pleinement respectable. Mais ils ne sont pas accessibles à tout le monde (peu de lits, réticences des médecins), ils ne résolvent pas le problème, dans des cas comme celui de C. Sébire, et ce n'est pas incompatible avec le droit d'accéder aux moyens de se donner la mort. Il y a certes des cas complexes, et l'euthanasie pose des problèmes affectifs à ceux qui restent, et éthiques, qu'il ne faut pas négliger. Mais foin de l'hypocrisie actuelle. Toute personne gravement atteinte et souffrant insupportablement sans espoir de guérison ou de rémission, toute personne tombée du fait de l'âge dans un état de dépendance qu'elle estime incompatible avec sa dignité, avec le respect d'elle-même, devrait pouvoir choisir de mourir chez elle de préférence, en France en tous cas, sans être contrainte à ce "tourisme de la mort" qui commence à se pratiquer, pour ceux qui savent et peuvent. Surtout en l'état présent de l'accueil de l'extrème vieillesse - mais cela vaudrait même s'il existait chez nous, et à la portée de tous, des "maisons de retraite" qui traitent leurs résidents avec tout le respect qui leur est dû, qui soient dotées de l'équipement et du personnel, bien formé, nécessaires, ce qui est loin d'être le cas. A l'autre extrémité, si je puis dire, il serait bon que Médiapart propose également un dossier sur les nouvelles formes de parentalité, et le tourisme, cette fois-ci, de la fécondation et de la gestation. Deux livres intéressants viennent de paraitre, parmi d'autres, à ce propos, l'un de D. Melh, "les enfants du don" (de gamètes et d'ovocytes), l'autre de G. Delaisi de Parseval, "famille à tout prix". Pourriez-vous les interviewer? Il serait temps, en tous cas, de songer à une harmonisation des législations au moins en Europe concernant le début et la fin de la vie, ce qui supposerait un véritable débat éthique et politique, qui ne soit pas biaisé par des préjugés, des dictats religieux ou moraux ou des paresses intellectuelles.

à Léa Chapignac Contrairement à vos dires j'ai cru entendre que selon le procureur de la République la famille de Chantal Sébire a accepté une autopsie du corps. Ensuite, il me semble aberrant que l'on puisse soutenir qu'il est dans certains cas plus courageux de mourir que de vivre. Je considère que ces situations ne doivent pas être jugées en ces termes car il s'agit d'une approche personnelle de ce que l'on considère être comme sa dignité humaine. Après concernant le débat au fond sur l'euthansie je crois qu'il faut arrêter de faire croire que ceux qui sont contre l'euthanasie sont des extremistes religieux des personnes sans compassion ou je ne sais encore. Etre contre l'euthanasie active ne signifie pas forcément que l'on est complétement rétrograde mais c'est une vrai question philosophique qu'il serait bon de débattre au lieu de remettre sans arrêt en avant la souffrance des victimes qui même si ce sont des sujets très à la mode dans nos sociétés qui tendent à devenir comme notre Code Pénal des sociétés de victimes ne font pas beaucoup avancer le débat.

L'"affaire" de ces derniers jours est une fois de plus l'occasion d'entendre beaucoup de choses, plus ou moins sensées, sur la fin de la vie. Quelques commentaires dans le désordre: 1. Le drame vécu par cette femme n'appelle, quelles que puissent être nos opinions ou nos convictions, que le silence et le respect. 2. Malheureusement, ce n'a pas été la posture du lobby de l'euthanasie, qui l'a une fois de plus complètement instrumentalisée, ce qui était patent dans le caractère construit et planifié des interventions de ses membres dans les médias; à noter également que l'instrumentalisation des médias est bien réussie également, avec quelques relais habituels dans les grands médias écrits ou radio (Le Monde, France Inter,..), qui se comportent plus en militants qu'en journalistes (feraient-ils la même chose, prendraient-ils parti aussi ouvertement, sur un sujet de pure politique par exemple ?). Bref, on a affaire à un phénomène d "idéologie dominante", au sens classique du terme, et l'opinion publique en est le jouet comme elle l'est ... du libéralisme ambiant pour prendre une illustration dans un autre (quoique !) domaine. 3. Un exemple de ce phénomène: à propos des modifications successives de la loi ou des pratiques, on entend parler de "progrès", d'"avancées", comme si dans ce domaine il y avait un sens inéluctable de l'évolution, un progrès nécessaire, des avancées successives vers un avenir meilleur ou plus civilisé, et que ceux qui ont une opinion différente étaient rétrogrades ou s'opposaient à la marche de l'humanité vers un avenir radieux (là aussi, on peut comparer avec le discours sur la libéralisation ou la mondialisation, dont la structure est exactement la même depuis quelques décennies). Les comparaisons internationales se font toujours avec les pays, peu nombreux, qui permettent l'euthanasie active (et les Pays-Bas sont en train de se poser la question d'y renoncer, ou du moins d'atténuer leur législation), jamais avec tous les autres (en Europe, Allemagne, Royaume-Uni, etc., sans même citer les pays latins, Italie, Espagne, suspects de catholicisme réactionnaire), comme si un grand mouvement historique était en marche, et que, comme je l'ai entendu sur les ondes, la France était la seule à rester en dehors par archaïsme (comme pour le libéralisme, une fois de plus...). 4. Sur le fond, j'ai du mal à comprendre qu'une législation qui autorise à tuer ne soit pas considérée, tout simplement, comme un recul de la civilisation. Il me semble que c'est bien un progrès que nos sociétés occidentales ont accompli depuis quelques siècles que de ne plus admettre qu'un homme peut légitimement en tuer un autre, ni pour une querelle privée, ni à la guerre, ni à la suite d'une condamnation, ni par une maladie qui soit un châtiment divin, ni dans aucune autre circonstance. Renoncer à ce principe nous ferait, à mon sens, revenir très longtemps en arrière. Réponses à deux objections entendues fréquemment: il ne s'agit aucunement de morale religieuse, mais de l'évolution de notre contrat social laïc, dire que c'est vouloir soumettre toute la société à une morale chrétienne dépassée n'est pas honnête; par ailleurs, comme tout principe, il est mis à l'épreuve par les situations extrêmes et exceptionnelles, où ses inconvénients apparaissent de façon manifeste, mais on sait bien que ce n'est pas sur un cas particulier, aussi difficile soit-il, qu'il faut faire la balance entre un principe moral et ses conséquences (cf. le débat sur la légitimité de la torture pour arracher des renseignements à un terroriste et "sauver des vies"). 5. Les éléments d'information sur la prise en charge de la fin de vie, par des soins palliatifs adaptés à chaque cas, commencent à être dans le débat public. C'est un fait établi que la quasi-totalité des situations peut en relever, et la plupart des drames cités dans les polémiques récurrentes résultent d'une carence dans ce domaine, par manque de sensibilisation, de formation ou de moyens. Tous les professionnels savent et peuvent témoigner que la mort qui survient dans ces conditions n'est ni violente ni cruelle (les arguments rebattus sur un soi-disant "mourir de faim", quand ils émanent de personnes qui connaissent le sujet, sont d'une malhonnêteté honteuse), et que c'est bien cela mourir dans la dignité ! Bien sûr, c'est coûteux; c'est bien un choix de société, et il est évident que tuer les malades incurables revient beaucoup moins cher. 6. Hormis les cas d'impossibilité physique ou d'incapacité mentale à concevoir ce projet, mettre fin à ses jours est une faculté laissée à chacun de nous. Personne ne la remet en cause, et les moyens ( notamment médicamenteux) sont simples, bien connus et "à la portée de tous" sans qu'il soit besoin de recourir à la loi ou à la justice. 7. Un certain nombre de personnes, atteintes d'une maladie évolutive qui les diminue, physiquement ou mentalement, et dont l'issue est certaine, ou d'un handicap qu'elles ne veulent ou ne peuvent plus supporter, expriment la volonté de mourir au moment où elles le choisissent. Ce choix leur appartient, et aucun jugement n'a à être porté sur cette situation. La plupart peuvent ou pourraient mettre fin à leurs jours sans médiatisation (et, probablement, beaucoup le font...). D'autres expriment ce souhait faute de prise en charge appropriée: les exemples sont nombreux de volonté de mourir affichée qui disparait par la suite, quand des soins de confort efficaces sont prodigués (ou que simplement, après une expression de désespoir qui se révèle passagère); que faut-il faire, tuer à la première expression, avant que la personne ne change d'avis? D'autres encore l'affirment avec conviction, avant d'être réellement confrontés à cette situation ("si cela m'arrivait, je préfèrerais mourir"), sont prêts à prendre à l'avance un engagement, à signer un papier si on le leur demandait, et puis le moment venu ne veulent plus mourir et estiment que cette vie diminuée peut être vécue encore quelques temps; que faut-il faire, les tuer parce que quelques années ou quelques jours avant, ils avaient dit que c'est ce qu'ils voudraient (sans même parler de ceux qui ne sont plus en état de faire savoir qu'ils ont changé d'avis, et qu'on tuerait quand même!) ? A noter que le "suicide assisté" peut être une réponse dangereuse: c'est une chose d'avoir à sa disposition la possibilité de se tuer quand on le décide irrévocablement, c'est en une autre de prendre rendez-vous pour "se faire suicider", de se mettre dans une situation où on ne reculera plus, où on se fera faire la piqure planifiée, alors que peut-être on aurait changé d'avis, comme les suicidés potentiels changent souvent d'avis, à la dernière minute, seuls face à leur décision. 8. Restent, sans doute, un nombre infime de situations extrêmes, où la volonté de mourir est ferme et n'est pas remise en cause, où des soins palliatifs adaptés sont refusés ou inefficaces, où la personne est dans l'incapacité physique de se tuer elle-même. Il n'y a évidemment pas de réponse simple. Mon sentiment est que la réponse législative serait inadaptée. D'abord parce que je suis convaincu que c'est un honneur de notre civilisation que tuer ne soit pas licite, quelles que soient les circonstances; ensuite parce que si on voulait faire une liste légale des situations ouvrant droit à cette exception, la liste ne serait jamais bonne, jamais complète, on trouverait de nouveaux cas non prévus, il faudrait complexifier à l'extrême une liste de cas, il serait difficile voire impossible de savoir si on est précisément ou non dans un cas prévu par la loi, bref ce serait inextricable; enfin parce que, devant une situation exceptionnelle, et une fois admis que tuer n'est pas licite et la loi ne le permet pas, la justice a son pouvoir d'appréciation et n'est obligée ni de poursuivre, ni de renvoyer devant une juridiction, ni de condamner. C'est là aussi, me semble-t-il, la noblesse de notre civilisation que de ne pas avoir une justice automatique qui ne prenne pas pas en compte les circonstances et les personnes ; ceux qui, pour les récidivistes par exemple, protestent à juste titre contre l'évolution vers une automaticité des peines "oublient" parfois, dans leurs prises de position polémiques sur l'euthanasie active, qu'il n'y a pas d'automaticité même si cela reste interdit par la loi. Et la reconnaissance par la justice que cet acte, illicite, n'a pas à être condamné dans les circonstances exceptionnelles de l'espèce est à mon sens un acte fort de la société pour ceux qui l'auraient commis ou auraient aidé à le commettre. 8. Nous devons tous nous interroger sur notre attitude face à la souffrance et à la mort de nos proches. Derrière la phrase simple "il ou elle ne supporte pas d'être dans cet état-là, il ou elle préfère en finir", n'y a-t-il pas aussi, parfois, souvent, (on l'entend d'ailleurs explicitement certaines fois dans des déclarations de partisans de l'euthanasie, ce qui serait un magnifique lapsus dans d'autres circonstances), "je ne supporte pas de le ou la voir dans cet état-là, je préfère qu'on en finisse" (je préfère le ou la tuer plutôt que d'être obligé de le ou la voir souffrir ou mourir, même si il ou elle le supporte tant bien que mal et préfère continuer), et en allant plus loin "je ne supporte pas qu'il ou elle me montre comment je pourrais être moi-même un jour, je préfère supprimer cette vision" ? Et le débat sur l'euthanasie n'est-il pas aussi un peu cela, à l'échelle de la société? Le vieillissement, la maladie, la déchéance, la mort nous sont insupportables, la norme sociale est qu'il faut mourir beaux et en bonne santé, et de préférence hors de la vue de tous, pour que nous n'ayons pas à affronter la maladie, la vieillesse, la souffrance, la mort (notre maladie, notre vieillesse,...), qui effectivement ne sont pas toujours beaux à voir... C'est sûr, beaucoup d'écrivains de science-fiction ont décrit des sociétés "idéales", composées exclusivement d'être jeunes, beaux et en bonne santé, et où pour ne pas troubler cette harmonie on tue avant le début de la déchéance physique; c'est, d'une certaine façon, la société que nous décrit la publicité, et nous nous en rapprochons avec la dictature de la beauté et de la forme physique. Est-ce bien cette société que nous voulons, ou sommes-nous capables d'accepter qu'il y ait parmi nous des laids, des gros, des vieux, des handicapés, des malades (y compris des malades"pas beaux à voir"), et que chacun d'entre nous soit confronté à l'angoisse de l'être ou de le devenir ? 9. Pour revenir au débat actuel et clore ce (trop) long commentaire, je remarque que les mêmes (certains responsables socialistes par exemple) qui condamnent à juste titre la tendance du gouvernement actuel à gouverner par l'émotion et à légiférer dans l'urgence, à l'occasion de cas particuliers dramatiques, pour les pédophiles ou les criminels récidivistes, sont les premiers à demander la même chose pour l'euthanasie. Comme je ne les soupçonne pas de ne pas comprendre qu'ils utilisent la même méthode, je ne peux que penser qu'ils y sont prêts pour suivre ce qu'ils croient être l'opinion publique du moment et en tirer un avantage politique. Quelle petitesse...

Ce très long développement pose fondamentalement une question : Qui peut décider de la mort d'une personne. Pour moi la réponse est unique : la personne elle-même. Je réfute à quiconque de prendre cette décision pour un autre. Je revendique publiquement cette capacité pour moi. Tant que je suis lucide, je refuse de déléguer quelque décision que ce soit sur ma vie. Le médecin propose, je dispose. Je délie ainsi totalement de leur responsabilité médecins et soignants qui ne doivent pas avoir sur leur conscience la charge très lourde de trancher pour un autre. Cette volonté est consignée dans une déclaration écrite de ma main au cas où j’aurais perdu conscience. Ma position est celle d'une personne consciente et responsable. Il y a bien entendu des circonstances où l'équipe médicale est confrontée à des décisions d'arrêt de survie d'une personne inconsciente. La loi Léonetti répond parfaitement à ce ces cas. Je pense aussi fondamental l'institution d'un accompagnement de qualité, pour le patient et ses proches immédiats. Il résout bien des souffrances, mais il reste des cas encore trop nombreux où ils n'apportent pas d'issue. Je revendique donc le droit de mourir dans la dignité quand je le voudrai, et surtout la liberté absolue de ne plus vouloir vivre, un jour que j’espère lointain, car j’aime trop la vie. Si c'est un droit, il ne peut s'exercer que dans le cadre de la loi, car la loi à une vertu inégalable dans la défense de la liberté du faible et du malade contre le pouvoir des puissants et des clercs.

Je respecte totalement votre position. Il me semble toutefois qu'elle ne répond pas à l'argument selon lequel la loi ne doit pas permettre de tuer, sauf à revenir à une barbarie révolue. Qu'en pensez-vous?

Il n'est pas admissible de donner à une personne le droit de tuer une autre, mais est-ce bien là la vraie question qui est posée? Tuer un être vivant est un acte violent, aux conséquences irréversibles. Nous ne sommes en aucun cas devant le choix être tuer ou ne pas être tuer, de mourir ou ne pas mourir... car la camarde a déjà sonné le rappel et la mort est inéluctable. La personne va mourir dans la souffrance ou sombre dans une dégradation qu'elle ne supporte plus et dont elle ne veut pas faire supporter le poids à ceux qui l'entoure et qu'elle aime. Le geste qui consiste à administrer une potion létale ou injecter du penthotal n'est acceptable que si c'est un acte de compassion, accompagné de manière si possible irréprochable. Quelle est la différence avec le débranchement des machines d'assistance respiratoire indispensables à la survie du grand traumatisé qui n'a plus aucune chance de retrouver la conscience? Quelle est la différence avec une sédation au double effet? Ne pas avoir de loi ouvre la voie à toutes les injustices et à toutes les hypocrisies. J'ai l'intime conviction que l'on n'est pas devant un retour des barbares. Je ne sombre pas non plus dans la "Possibilité d'une île", ou le clône meurt pour laisser la place un autre clône. L'ultime décision que je prendrai peut-être un jour sera ma dernière manifestation d'homme libre. Je ne peux parler qu'à la première personne, car cette décision ne concerne que moi. OM MANE PADME OM : Respect de toute chose, compassion de tout être.

Lea Chapignac le vieil ordinateur dont je dispose ici ne fonctionne apparemment pas, je remets ma r

Je visite chaque semaine un ami, jeune sexagénaire. Il m’a dit souffrir d’un mal qu’il estime incurable… Mis à part un léger tremblement des mains, il m’apparaît en pleine forme, lucide, vif, brillant dans nos échanges, nos dialogues au coin du feu. L’autre jour il me dit envisager l’euthanasie, me prie de me renseigner en Suisse car cela est légalement possible. Sur le moment, je reste sans voix, incapable de lui dire qu’il se fait du mauvais sang. Hier, je lui ai apporté les informations recueillies sur le Net. Bêtement, je lui dis : je ne te rends pas service, mon vieux. Il ne m’a pas répondu, a enfouit les documents sous son bureau. Nous avons parlé de tout, des femmes, de l’amour, de nos lectures, de nos aventures passées, sauf de la mort programmée. L’autre jour, sans doute avait-il eu un moment de blues. J’ai enregistré ces propos comme un automate, sans chercher à le réconforter, comme un complice de la grande faucheuse que je côtoie depuis toujours.

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