je ne comprends pas !
samedi 6 au matin, je me rends sur la parking d'un supermarché pour y distribuer des tracts appelant à la manifestattion du 6 et surtout pour avoir l'occasion de rencontrer, discuter, je vois des gens , comme moi , (je viens ici aussi faire mes courses ) , et en discutant avec une famille j'ai le sentiment qu'un gouffre béant s'ouvre entre nous :
quand je lmeur demande ce qu'"ils pensent de tout ce qui se passe en ce moment , ils me repondent , "ben ça a toujours été comme ça , et ça ne changera pas " je suis très dérangée par la passivité que traduit cette réponse et quand je demande pourquoi c'est très simple en effet: "l'argent va à l'argent , il y a les riches et il y a les pauvres "
Alors? bien sur que je ne peuxpas être d'accord avec ça , ça serait trop simple on applique la loi du plus fort sans barguiner et hop!
mais d'un autre côté ça m'explique bien des choses, pourquoi les gens ne bougent pas , pourquoi ça a l'air si simple pour un gouvernement de nous tondre jusqu'à l'usure ......................
Les gens sont ils tellement formatés à la passivité au fatalisme que le combat est perdu d'avance ? je n'y crois pas encore , en tout cas je refuse comme des milliers d'autres à laisser faire sans réagir , j'aimerai un jour pouvoir être fière de ne pas être allée tout droit à l'abattoir et surtout j'aimerai pouvoir un jour redevenir fière de ce qui se passe dans mon pays, sans aucune franchouillardise .


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Bonsoir,
ce n'est pas facile d'aller vers des gens qui font leurs courses, d'engager une discussion politique en des lieux improbables. Pour ma part, je ressens une inexplicable et inavouable envie de m'enfuir quand je croise ces militants courageux qui sont là, chaque dimanche matin, à proximité du manège où j'emmène mes filles après le marché. Dans certains cas, la passivité peut être une attitude passagère, traduire un embarras devant plus "engagé" que soi, comme une façon de s'excuser de n'être pas dans la même dynamique, de ne pas ou plus voir un autre possible. Quand elle est durable, qu'elle reflète un désenchantement ou une désespérance, oui c'est lourd de sens : mais au moins ne sont-ils pas en train de vous dire que ce que vous avez à dire, c'est du vent, que c'est chacun pour soi, mais que c'est très bien.
Je comprends que leur scepticisme vous interroge mais au fond, ce n'est pas très différent de ce qu'on trouve chez des milieux "éclairés" ou proches du pouvoir : un sentiment des possibles un peu étriqué, que tout idéalisme, tout militantisme dérange ou interroge. C'est normal, en quelque sorte, entre ceux qui essaient de rester dans le train en marche, et ceux qui s'interrogent sur sa course folle pour essayer de reprendre les commandes.
Confucius disait : "Si vous voulez entreprendre quelque chose, vous devrez affronter ceux qui voudraient faire la même chose à votre place, ceux qui voudraient faire le contraire, mais surtout l'immense majorité de ceux qui ne veulent rien faire".
Ce qu'à sa façon Newton reprenait en disant que la plus grande force au monde était la force d'inertie...
Et non seulement qui ne veulent rien faire Samines, mais qui se trouvent très bien dans leurs conditions ou qui ne peuvent même pas imaginer que leur vie pourrait s'améliorer, ou changer.
J'avais une voisine, Paulette, 50 ans, dame de service dans une école maternelle, un mari alcolo qui lui foutait régulièrement sur la tronche. Gentille comme tout, je l'aimais bien. Elle avait une passion dans sa vie : le feuilleton Dallas. (L'affreux JR, Sue Ellen la pochtrone, Boby le mielleux... Vous vous rappelez ?) Et bien elle me disait que son fantasme, son rêve le plus fou était d'être bonne (bonniche) dans la famille Ewing !
Pas épouse argentée, pas femme d'affaire, pas femme fatale, mais bonniche !
Tout simplement parce qu'elle ne pouvait pas imaginer être autre chose que la larbine de service.
Je pense que Paulette aurait répondu exactement la même chose à Agnès que ce que nous pouvons lire sur son billet.
Du pain béni pour les requins de ce monde !
Merci de votre billet, qui va au coeur des choses.
S'interroger sur soi, ou sur sa condition, cela peut faire mal.
Mettre de côté les interrogations est aussi un moyen d'éviter la souffrance.
C'est le cas quand une situation apparaît sans issue. Sans changement crédible, "tenable", à l'horizon.
Il me semble que les stratégies militantes sont à revoir, car, surtout depuis la chute du Mur, il n'y a plus la facilité de proposer un ailleurs, un autrement, qui semble réalisable et "tenable" dans le maintien de ce qu'il se donne comme idée fondatrice.
Les alternatives n'apparaissent plus crédibles : à mon avis c'est parce qu'elles reposent sur une conception de la nature humaine non crédible, au vu de l'expérience de chacun.
Faudrait-il renoncer à changer la nature humaine, pour apprendre à "faire avec" : une toute autre stratégie de changement serait alors à inventer.
Ce qui voudrait dire, changer les stratégies actuelles : et là peut-être sommes nous face à une force d'intertie... militante.
Merci Fantie de votre commentaire, qui va au coeur du coeur des choses.
Plusieurs solutions pour tenir compte de la nature humaine (condition préalable pour bâtir un projet crédible et pour être capable de faire rêver), et la première évidence qui vient à l'esprit
(si on considère aussi qu'on cesserait de croire que la France n'aurait que 32 millions d'habitants, tous de gauche, et si on daignait aussi s'apercevoir qu'il y a un monde extérieur en dehors de la France),
c'est quand même "faire avec l'économie de marché",
ce qui nous amène tout de suite à penser aux socio-démocrates, aux centristes, enfin vous voyez le genre...
Mais ce n'est qu'une première idée. Pourvu qu'il y en ait d'autres?
(aux Pierre Ferron et autres Velveth, si vous saviez comme je rêverais moi aussi de Communisme ou d'Anarchie! Mais bon, réfléchir sur quelque-chose de réalisable, ou choisir de s'enfoncer de plus en plus dans la merde en se contentant de rêver d'utopies?..)
Bah, plus on sera à distribuer des tracts et plus on agrègera des "mobilisables".
Je m'explique : je ne refuse plus jamais quoi que ce soit depuis que j'ai tracté moi-même ! "Rôle" ingrat et casse-gueule surtout si c'est dans un contexte où l'on est "connu", identifiable et donc questionnable personnellement à propos des dérives réelles ou supposées de ceux dont on accompagne les efforts. Mais c'est aussi la condition pour convaincre. Affaire d'exemplarité.
Juste une petite remarque, il est en principe interdit de tracter sur les parkings d'hyper ou autres temples de la consommation.
"j'aimerai un jour pouvoir être fière de ne pas être allée tout droit à l'abattoir "
tranquillisez vous...rien qu'avec ce billet, c'est fait !
merci à vous
Alors quoi?
Je propose l'équation
"faire avec la nature humaine c'est faire avec l'économie de marché",
et je ne trouve personne pour opposer, proposer une autre équation?
Là pour le coup, oui, c'est inquiétant...