Lun.
28
Jui

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Construire ensemble une écologie pour tous et toutes

Je publie ici une tribune de José Bové et Dany Cohn-Bendit parue dans Libé que l'on peut retrouver aussi ici ( http://www.liberation.fr/politiques/01012329268-construire-ensemble-une-ecologie-pour-toutes-et-tous ).

 

«Séismes, inondations, tsunamis… aujourd’hui Fukushima. C’est avec ces catastrophes "naturelles", et maintenant nucléaire, que nous entrons dans le XXIe siècle. On voit où mène l’exploitation illimitée des hommes et des choses. La nature maltraitée et les technologies surexploitées se rebellent. Les mondes habitables, malgré leur très grande capacité d’adaptation, sont en péril.

Les anciennes injustices perdurent. De nouvelles apparaissent, liées à la privation ou à la dégradation des éléments naturels (l’air, l’eau), mais aussi au saccage des tissus culturels et humains. Plus montent les injustices, plus montent les crispations régressives: nationalistes, identitaires, ethnicistes, racistes. Et avec elles, la demande ou le consentement à des politiques autoritaires et sécuritaires, le refus égoïste de l’accueil et de l’hospitalité. Ce qu’incarne tout aussi bien une Marine Le Pen qu’un Nicolas Sarkozy vautré dans la démagogie électoraliste. D’inquiétantes alliances se profilent, qui évoquent les moments sombres de notre histoire.

Dans le même temps, les révolutions tunisienne, égyptienne et lybienne, remettent au premier plan de la mondialisation la question démocratique. Face à des médias muselés, la Toile est devenue l'incarnation fragile mais tenace de la liberté d'expression.

«La force-pivot d’une nouvelle alliance»Entre crise financière et climatique, crise énergétique et sociale, crise économique, politique et culturelle, c'est le sens même du monde commun qu’il faut remettre collectivement en chantier. Nous pouvons réconcilier l’humanité avec son environnement, avec elle-même, avec la multitude de ses cultures. Nous pouvons combattre la précarité, inventer de nouvelles manières de produire, d’habiter, de consommer, de transporter et de circuler. Nous pouvons relocaliser les emplois, réorienter la production vers des biens et des services durables. Faire primer le recyclable sur le jetable. Nous pouvons sortir du nucléaire, engager une vraie politique d’économies et de diversification énergétiques, en finir avec le productivisme qui épuise les hommes et les milieux de vie.

Il revient aux écologistes de bâtir et de porter cette nouvelle espérance. Si l'écologie politique est enfin rassemblée dans notre pays, son devoir est de s'élargir encore. En s’affirmant comme force de réflexion, de proposition et de gouvernement autonomes, l'écologie politique peut devenir la force-pivot d’une nouvelle alliance démocratique, écologique et sociale.

Face à Nicolas Sarkozy ou l’un, quelconque, de ses substituts, face à l’extrême droite, le mouvement démocratique et la gauche ne gagneront pas sans une écologie politique forte, utile, et soudée. La très bonne tenue des candidat(e)s écologistes, lors du deuxième tour des récentes cantonales est un signe très encourageant. Mais nous sommes loin encore de cette percée qui, comme en Allemagne, permettrait de réorienter en profondeur les politiques gouvernementales.

«Les projets nouveaux se heurtent aux anciennes ambitions»Or – il faut avoir le courage de cette vérité! – Europe Ecologie-Les Verts vit une crise de croissance assez grave. Depuis 2008, jamais peut-être notre nouveau mouvement n’a été en aussi grand danger, malgré ses succès et l’indéniable place qu’il a su occuper dans le paysage politique français et européen.

Notre mouvement s’agrandit, il s’implante, il gagne de nouveaux responsables, de nouveaux adhérents. Les campagnes de terrain portent leurs fruits. Nos idées et nos valeurs progressent. La coopérative de l’écologie politique se développe et, avec elle, le réseau de nos ressources partagées.

Mais les projets nouveaux se heurtent aux anciennes ambitions. Les vieilles habitudes, celles qui faisaient de l’écologie l’aiguillon des bonnes consciences de gauche ou de droite, le supplétif électoral d’une gauche à bout de souffle, entravent aujourd’hui les forces de l’espérance. La gestion de l’appareil, pour nécessaire qu’elle soit, prend le pas sur le projet et sur l’élaboration collective. Et comme si nous étions déjà un vieux parti, les conflits individuels menacent de l’emporter sur le combat commun.

Nous voulons un mouvement à la hauteur des enjeux du temps. Nous voulons une grande coopérative de l’écologie politique, autonome, bien en phase avec la société civile, capable d’assumer sa diversité et les débats qui naissent en son sein. Les associations citoyennes, les syndicalistes, les ONG et les plates-formes qu’elles constituent, les scientifiques et plus généralement les intellectuel(le)s et les artistes, les éco-innovateurs, le réseau social des experts, des entreprises ou les responsables des expériences de «transition», doivent trouver dans notre mouvement des moyens et des services mutualisés, à la mesure de leurs engagements et de leurs compétences.

Un appel lancé dans les prochaines semainesLe réseau des coopérateurs d'Europe Ecologie et la société civile toute entière ne peuvent être mis à l'écart des orientations du premier congrès d'Europe Ecologie. La dynamique citoyenne s'inscrit au cœur de la refondation de l'écologie politique. Un appel à participer à la société du débat et au printemps des écologistes sera lancé dans les prochaines semaines. La politique c'est pour toutes et tous!

Car nous voulons des débats à tous les niveaux du rassemblement, des talents mieux partagés, des "équipes-projet" mieux soutenues, des investitures plus ouvertes et collectivement mieux assumées. Nous voulons des modes de participation mieux ajustés à la vie de chacun: votes en ligne, forums d’élaboration, mise en réseau des ressources.

EE-LV doit être une vaste, transparente et démocratique effervescence, pas une cabine de pilotage politicienne réservée à quelques uns! L’écologie politique doit être un puissant vecteur de rassemblement, un facteur d’universalité et de dynamisme pour toutes les couches et les forces vives de notre société.

Europe Ecologie-Les Verts doit se dépasser, devenir une véritable puissance militante et citoyenne pour être de plain-pied avec le nouveau siècle. Nous pouvons consolider la perspective d’une écologie pour toutes et tous. Travaillons-y ensemble!»

 

Tous les commentaires

05/04/2011, 09:08 | Par Vincent Verschoore

Salut Alain!

Tout le probhlème est posé dans les deux derniers paragraphes: l'écologie politique c'est soit un parti construit pour gagner des élections, soit un mouvement dont l'objectif est d'influencer ceux ou celles qui gagnent des élections. Faire les deux est impossible, il faut choisir. Joly et Hulot s'inscrivent dans la première approche, CB et Bové dans la seconde. En l'état actuel des choses, la première approche est de toute façon vouée à l'échec.Pour gagner une présidentielle en France il faut une machine de guerre, pas un groupe de réflexion démocratique. Et j'avoue avoir du mal à imaginer à quoi pourrait ressembler une machine de guerre écologiste...

06/04/2011, 15:00 | Par Alain Godefroy

Salut Vincent,

J'ai la naïveté de croire qu'on peut allier réflexion et efficacité électorale. Je pense même qu'il est suicidaire à long terme de ne pas adosser une éventuelle victoire à une réflexion associant la société civile. Il n'y a qu'à regarder l'état des 2 partis s'étant partagé le pouvoir depuis 30 ans.

Mais ceci prend du temps. Les tentations sont grandes de retomber dans les travers passés. D'où l'utilité de ce rappel.

06/04/2011, 15:04 | Par Fantie B.

"EE-LV doit être une vaste, transparente et démocratique effervescence, pas une cabine de pilotage politicienne réservée à quelques uns!"

Si seulement...

Si seulement des mouvements du type désigné ci dessus pouvaient exister, perdurer...

J'en suis venue à me dire que, dès qu'un mouvement existe, il se transforme rapidement en tremplin puis cabine de pilotage à carrière personnelle. Interaction entre les aspirants au pouvoir et les adhérents de base qui pensent, ainsi, être représentés ?

06/04/2011, 16:17 | Par Alain Godefroy en réponse au commentaire de Fantie B. le 06/04/2011 à 15:04

Fantie,

Un mouvement, quelle que soit sa taille, est composé de personnes, dont certaines préférent rester en retrait, d'autres être actif, se mettre en avant. Naturellement ces dernières prendront de plus en plus de place, même sans mauvaises intentions au départ. A un certain point, elles estimeront légitimes que cet engagement plus visible leur donne accès à des formes de pouvoir. C'est dans la nature humaine. Il faut en être conscient pour pour pouvoir mettre des gardes-fous.

06/04/2011, 18:01 | Par Fantie B. en réponse au commentaire de Alain Godefroy le 06/04/2011 à 16:17

Alain, je crois que ça coince au moment de mettre les garde-fous : "on" ne sait pas le faire, colectivement. Le partage entre "gens de pouvoir" (nos représentants) et le reste est réel.

Je voudrais croire que les choses avancent mais je n'en suis pas sûre, tant le niveau d'analyse de ces phénomènes est faible dans les associations, mouvements, partis.

Mais, dans les années 70 80 ce niveau d'analyse était élevé, ce qui ne changeait rien aux phénomènes en question, alors...

Newsletter