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MEDIAPART

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Une presse "éditorialisante"

Je suis scandalisé par les mensonges de Jérôme Cahuzac. Bien évidemment. Comme tout le monde. Mais, ce matin, je suis encore plus dégoûté par l'immense majorité de la presse française qui vient de donner une nouvelle preuve que le journalisme d'investigation avait laissé la place à « l'éditorialisation ». Et ce n'est pas avec ça que la démocratie avance. J'avais en effet cru comprendre que la presse, dans une démocratie au minimum normale, au mieux éclairée, ce devait être « des faits, rien que des faits ». J'ai dû me tromper...

Pendant des mois, TOUS les journaux, radios et télévisions ont été à la remorque de Mediapart sur cette affaire Cahuzac. Chaque jour, les journalistes ont déjà donné dans l'éditorial en préférant critiquer Mediapart plutôt que de tenter de trouver de nouvelles informations sur cette affaire.

Aujourd'hui, ces mêmes journalistes donnent des leçons de morale, cette fois à Cahuzac.

J'aurais préféré qu'ils se contentent de donner l'information qu'il était mis en examen, car c'est bien la seule information nouvelle de la journée. Tout le reste, on le savait! Leur morale, je m'en fiche : d'une part, je suis assez grand pour me faire une idée; d'autre part, cette idée, je me la suis faite depuis longtemps grâce à Mediapart.

Donc : éditorialisation à tout crin, jusqu'à critiquer Edwy Plenel et les journalistes de ce site en les qualifiant de « donneurs de leçons » quand ceux-ci ne font que rappeler quelle est (quelle devrait) être la nature même du métier de journaliste. Oui, c'est vrai, on pourrait critiquer Plenel dans un fonctionnement normal de la presse, sauf qu'ici Plenel, en plus de son métier de journaliste, est obligé de rappeler à ses « confrères » quelle est la substance même de ce métier.

Le seul journal, aujourd'hui, à avoir donné une information nouvelle, c'est Le Canard Enchaîné. Lui aussi a été un peu à la remorque ces derniers temps, mais au moins il se rattrape. Que les autres journaux tentent de faire de même en cherchant, dans cette affaire, d'où viennent les fonds qui ont atterri sur le compte de Cahuzac; en cherchant à savoir si le président de la République et/ou le Premier ministre savaient que Cahuzac avait un (des) compte (s) à l'étranger; en cherchant à avoir de nouvelles informations sur les affaires mettant en cause Nicolas Sarkozy (villa de Neuilly, relations avec Bettencourt, Tapie, etc., etc.).

Bref, la morale, je m'en tape; ce que je veux, c'est de l'information!

Je pense, pour terminer, que l'analyse du comportement de la presse dans ce dossier pourrait constituer un excellent sujet de thèse pour un étudiant en sciences de l'information.

Tous les commentaires

03/04/2013, 09:37 | Par fabrizia

J'aurais préféré qu'ils se contentent de donner l'information qu'il était mis en examen, car c'est bien la seule information nouvelle de la journée. Tout le reste, on le savait!


Je partage votre dégoût des éditocrates. Mais hier, une info est tombée qu'on ignorait, forcément : Cahuzac avoue. C'est rare dans ce genre de configuration. Question : pourquoi?

03/04/2013, 10:22 | Par jbr_31

Juste de l'info pas de l'intox !

03/04/2013, 10:59 | Par Bernard BIGENWALD

Je ne peux qu'approuver 100% ce que tu dis. Mais pourquoi en est-on là ? Face à la corruption on a toujours été bien timide, extrèmement timide, et s'il appartient bien à la presse de lever des lièvres, c'est plutôt à la justice de trouver des preuves. Or, même quand celle-ci les trouve, souvent, elle ne veut pas les voir, et classe sans suite. La "morale citoyenne" est bien laxiste elle-même, puisque des crapules avérées et condamnées se voient parfois réélire comme dans un fauteuil. J'applaudis des deux mains au boulot de Médiapart dans cette affaire comme dans d'autres, dont on peut souhaiter qu'elles se terminent aussi bien, mais le journalisme d'investigation ne vivra vraiment que lorsque la justice elle-même sera plus indépendante et que la morale civique sera plus développée : tout se tient. Sarko ne tente-t-il pas de faire un come-back avec un nombre conséquent de casseroles aux fesses, ce qui scandaliserait dans la plupart des pays démocratiques sauf en Italie où l'on a vu pire avec Berlusconi, et il n'est pas un homme dans son parti qui dise clairement "ça suffit!", pas un dans un parti qui ose encore se réclamer de De Gaulle ! Et la presse de souhaiter in petto qu'il revienne pour mettre un peu d'animation pittoresque sur la scène politique, tandis que le problème des ambitieux, dans la magistrature et ailleurs est principalement encore et toujours de savoir le sens du vent, et de ne pas se planter en misant sur le mauvais cheval.

Je n'ai pas lu toute la presse, mais qui se préoccupe encore du sort du fonctionnaire des impôts qui a osé mettre le nez dans les affaires de Cahuzac et qui en a eu sa carrière brisée ? Qui s'en soucie moindrement ?

Aujourd'hui, la droite se croit blanchie par les turpitudes de gauche : c'est à mourir de rire. La presse parle de morale, OK, ce n'est pas tout à fait hors sujet quand même, même si,  tu as parfaitement raison, elle devrait se soucier un peu plus d'investiguer avec moins de timidité.  Mais,  dans un pays qui se fout autant de la morale publique ou qui n'a que des indignations hémiplégiques, la presse ne peut être un ilot de vertu et avoir le courage d'investiguer et de dénoncer avec autant de risques à la clef. Le courage est chose très rare, et il ne paye pas beaucoup, et il n'est guère honoré.

Pour l'anecdote, un journaliste que je me permettais de critiquer un peu dans ces colonnes, ironisant sur sa grande capacité à écraser de son mépris drapé de préciosité ses contradicteurs m'a envoyé, après m'avoir censuré, une petite lettre méprisante. S'étant visiblement renseigné grace à google sur moi,puisqu'il joint à son courrier deux photos de moi, dont une déformée par un logiciel, et qui lui parait "inquiétante" sais-tu ce qu'il m'écrit ? "On m'envoie ceci de vous, n'est-ce pas ? Vous comprendrez que je ne puis admettre vos souillures forcément inquiétantes. Arrêtez donc de me prendre pour un chef de bureau contre lequel vous devriez batailler dans une administration de nos marches de l'est". Devine qui est ce journaliste, c'est fastoche à trouver! Voilà donc à quoi ce sémillant plumitif réduit la lutte que j'ai menée quasi tout seul pendant des années contre notre ex-Président du Conseil Général René Beaumont, corrompu de première maintenant sénateur, et qui m'a coûté ma carrière ! Médiapart et l'ADSL à grande vitesse n'existaient pas à cette époque, et il fallait vraiment se lever le cul un max pour obtenir quelques lignes dans la presse, bien prudente, même en face d'un dossier fourni. Ma plainte au pénal, pourtant très bien étayée et confortée par une enquête de gendarmerie bien menée, n'a abouti qu'à un classement sans suite: idem en cours d'appel. Perben était garde des sceaux, je ne te fais pas un dessin. Tu as bien connu l'affaire, et tu peux donc comprendre que je sois un tantinet désabusé...

 

03/04/2013, 11:06 | Par alain roels en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 03/04/2013 à 10:59

Ca faisait longtemeps que je n'avais pas partagé tes propos dans leur intégralité!!! C'est vrai que, même lorsque la presse sort des affaires, la justice ne suit pas forcément (cf. un président de conseil général qui fait refaire son appartement par des ouvriers du même conseil général...). Mais si cette même prsse ne sort rien du tout, il y a encore moins de chance que la justice passe, non?

04/04/2013, 00:34 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de alain roels le 03/04/2013 à 11:06

Si si , mais tout se tient !

Je me doutais bien que j'ai dû te hérisser le poil plus d'une fois Clin d'œilRigolant

Ton Président du Conseil général ressemble drôlement au mien, dis donc !

04/04/2013, 10:24 | Par am31 en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 03/04/2013 à 10:59

Au moins retenons le nom de ce fonctionnaire des impôts  qui avait cru être au service de l'état et non des factions.

c'est: Remy Garnier.

03/04/2013, 13:40 | Par CORCOVADO

Imparable cet excès d'humeur auquel je souscris. Dans l'ancien régime les intrigants, les courtisans tels des coqs de basse-cour alimentaient les propos du prince. Aujourd'hui, les soi-disants journalistes discutaillent en espérant que leurs propos seront rapportés dans les feuilles de choux pour alimenter la polémique. Un journal ose faire son métier et casser les codes. Haro sur ces atypiques. Puis, devant la réalité des faits ces journaleux essaient de ratrapper leur incompétence en assassinant ce qu'ils défendaient hier un individu puissant la veille et redevenu humain et donc mortel.

La curée pour se dédouaner. Si l'honneté et l'honneur présidaient leur comportement, ils déchireraient leurs cartes de presse, refuseraient les 30% d'abattement chèrement combattu et s'en irait vers une croisière de l'humilité.

03/04/2013, 20:57 | Par Hestia

Je parlerai davantage d'idéologie que de morale. Cette dernière étant bien trop importante pour la laisser à des prédicateurs de comptoir.

04/04/2013, 07:51 | Par jean-philippe vaz

Face emmergée de l'iceberg, Cahuzac concentrera-t-il toutes les critiques et indignations ou sera-t-il le "déclencheur" (à son corps défendant) d'un écroulement du château de cartes des "puissants" du moment (moment qui dure depuis un bail)?

 

Car on va les entendre, les proneurs de "morale républicaine", ceux-là mêmes qui se vautrent dans une Vième république monarchique et inégalitaire et freinent des 4 fers contre toute idée de constituante et de refondation par et pour les citoyens d'une république où le peuple serait souverain...

 

Sidération? 5 millions de chômeurs, des millions de précaires, de pauvres, tout celà dans un pays qui n'a jamais été aussi riche de toute son histoire...

 

Sidération? Dans un pays (mais ce n'est pas le seul) où l'abstention grandissante est le symptôme d'un "système"générant des consommateurs/spectateurs plutôt que des citoyens/acteurs...

 

Alors oui, sidération que l'on puisse être sidéré...

 

Place à l'humain, place au(x) peuple(s) !

 

 

04/04/2013, 10:40 | Par am31

Merci, Alain  pour votre indignation.

Depuis hier c'est une déferlante. Tout le monde savait! des douanes au FN! et pourtant 4 mois ou des années de silence radio.

Et les éternels donneurs de leçons, de donner des leçons,comme d'habitude, . c'est qu'ils défendent leur croute les bougres.

merci à Fabrice ARFI, à Edwy PLENEL, à Remy GARNIER inspecteur des impôts, et à MEDIAPART.

04/04/2013, 11:00 | Par am31

Mais le plus grave est que nous ne connaissons que peu de chose du système Cahuzac.

Quelques questions:

-          D'où vient l'argent, combien et quelles contreparties?

-          Il semble qu'on ne dérange pas une banque suisse  pour 600 000 petits euros.

-          Le blanchiment: où, comment?

En conclusion Hollande avait fait le bon choix en chargeant Cahuzac de traquer la fraude fiscale. Un  expert!

04/04/2013, 13:54 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de am31 le 04/04/2013 à 11:00

tel Vidocq !

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