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«Une bonne foi pour tous?»

«Le drame de l'Homme (...) c'est qu'il n'est pas assez entré dans l'Histoire.» Il y a maintenant quatre années que ce postulat a été exprimé lors d'une conférence à Dakar. Je tais volontairement une partie de cette citation qui éclipserait l'absurdité essentielle de cette affirmation. Et si le texte pourrait intégralement me servir d'argumentaire pour ce que je défendrais ici, il s'agit de rebondir plutôt que d'amortir. 

Avant tout:

 

 

"Le drame de l'Homme (...) c'est qu'il n'est pas assez entré dans l'Histoire."

 

Il y a maintenant quatre années que ce postulat a été exprimé lors d'une conférence à Dakar. Je tais volontairement une partie de cette citation qui éclipserait l'absurdité essentielle de cette affirmation. Et si le texte pourrait intégralement me servir d'argumentaire pour ce que je défendrais ici, il s'agit de rebondir plutôt que d'amortir. Je ne prendrais nul prétexte dans l'actualité qui justifierait ma démarche, il n'y a pas eu d'élément déclencheur, pas un seul, mais cent, mille, une infinité, pas maintenant, ni hier, mais "avant". Toute pensée se métamorphose en vérités successives, et lorsqu'on s'appuie sur des faits avérés pour la défendre, il n'est question après tout que de permettre au récepteur de la palper par nos doigts. Ce qui suit est donc entièrement gratuit (profitez-en), et je ne me dédouanerais en rien, ni de la forme, ni du fond, en cherchant à "causer les conséquences".

 

 

En fait, ce qui me dérange le plus dans cette phrase, ce n'est pas tant le fait qu'il y soit fait état d'une généralité aussi grossière que réductrice au sujet d'une civilisation étrangère à (et de fait "méconnue de") celui qui l'a écrite. Le plus grotesque selon moi est qu'ici on affirme que ne pas entrer dans l'Histoire est un drame, pire: LE drame. On pourrait déjà se demander "mais quelle Histoire?"; Il n'y en aurait donc qu'une seule? Bon, admettons... mais sachons tout de même qu'en l'admettant nous omettons toute forme de diversités culturelles et sociales, prônant à mi-mot une sorte d'eugénisme historique mondial. Mais soit, on invente ici une Histoire Universelle, fantasme théorique, Graal scientifique d'une compréhension unilatérale du monde... si douloureux que se puisse être, admettons. Non, là où je butte vraiment, où je reste interdit, c'est quand on en arrive au "drame". En quoi exactement est-ce un drame? Nous parlons ici d'entrer dans une entité artificielle, une construction mentale que seule l'idéologie occidentale peut concevoir comme étant l'absolu devenir de l'Homme de pensée. Et ce serait un drame que de ne pas y être représenter? Outre le fait que nos sociétés polluent de manière croissante nos espérances d'innombrables représentations obsolètes du bonheur, le plaçant toujours hors de portée pour mieux nous essouffler afin de faire tourner les moulins qui devront moudre le moindre grain d'originalité qui pourrait germer dans nos esprits; ne voyez-vous pas de quelle mécanique odieuse relève cette pensée? Il s'agirait de dire que, non content de mettre de côté tous ceux (dont je fais partie) qui pourraient exprimer la plus grande indifférence pour cette "quête absolue" qu'est la reconnaissance de LA grande Histoire, il faudrait qu'en plus ils endossent la responsabilité de subir LE drame malgré eux? Il s'agit bien de l'Apologie du génocide, de la colonisation, de l'asservissement physique ou mental. Ce prosélytisme badaud, cet outil exécrable de manipulation populaire a plus ou moins atteint son but: l'opposition s'est empressée de s'insurger contre le propos, tentant de mettre en branle sa véracité. "Si si, j'te jure: sous cet angle-ci il y est bien rentré dans l'Histoire, l'Homme (...)!" ou en résumé: "même pas vrai d'abord!". Adieu intégrité. Et là où on aurait pu jeter un regard amusé et désintéressé sur un thème aussi parodique que dangereux, on a vu s'engouffrer qui penseurs, qui faiseurs de "vrai", dans la brèche abyssale qu'avait ouvert le premier des Tyrans, le dernier des Hommes, quand il a propulsé au dessus de tous la nécessité d'emprisonner dans un oeil un monde plus grand que la vue.

Ainsi, qu'importe qu'il y soit ou non rentré dans cette Histoire unique, et qu'importe qu'il l'ait voulu ou non: elle existe belle et bien, et désormais toutes les autres ne sont qu'aliments de sa Grande Digestion. Chacun sa merde, pourvu qu'elle provienne du même anus. Voilà tout ce qui me révulse dans la grande pensée Occidentale, ou plus exactement La Grande Pensée tout court. On voudrait faire de l'unité un but, une direction, une destination. Comme le bonheur, ici il faudrait que l'unicité du monde se trouve figée dans la distance, celle là même qui existe entre l'âne et la carotte qui le fait avancer, tout droit vers la faim. Et on pourra prétexter une agressivité intuitive envers la différence pour tenter de présenter comme remède à la souffrance une bienséante Pensée unique, qui délivrerait l'Homme et le Monde des agressions envers l'autre; on en viendra tout au plus à anéantir la différence... l'agressivité lui survivra. La Science répond au monothéisme qui répond au polythéisme qui répond à l'animisme qui répond au mysticisme qui répond à la peur: mais la peur est toujours là. Le vide n'est plus, mais le vertige lui survit. Cette pensée me ramène constamment à la même image, un Homme court après son dos. Et alors qu'une unité existe bel est bien, dans l'existence même, sans nécessité d'y apposer un regard, une quête (puisqu'un regard est une quête complaisante, ou de complaisance); on en fera une fin, un "à faire", un "devant". Voilà l'état d'esprit dans lequel se trouve la civilisation, épuisant l'univers de questions rhétoriques, d'enfantements parricides, de calculs et d'habillages pour se retrouver, en fin de compte et en fin de conte, nu face à la solitude, tu face à la mort.

 

Voilà ce qui m'a inspiré ce Poème (je ne justifierais pas le terme car "chacun voit midi à sa porte", même l'héliocentriste que je suis, et c'est ce pour quoi je veux ma plume féconde, plutôt qu'assassine). Et si ici j'admet l'Histoire, chimère onirique, ce n'est que pour mieux la contester. Alors, comme clé à ce récit, je me permets de citer une partie de ce discours qui m'y a partiellement mené: Nicolas Sarkozy cite Leopold Sedar Senghor, tout un symbole n'est-ce pas...

 

« le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles."

 

 

Une bonne Foi pour Tous?

 

L'Histoire se passe de nous, et comme nous passons, tout ça ressemble à une danse étrange, un jeu. On se charme, cherchant dans un regard le reflet du nôtre et si on pleure on voudra y voir des larmes, et si on enrage, des flammes! L'Histoire c'est d'abord celle des autres, et surtout la leur d'ailleurs, parce que même la nôtre leur appartient. Elle se déroule hors de nous, nous échappe toujours quand on veut lui dicter une conduite, elle fuit. Le temps et l'espace, l'unité fuyante, la Relativité d'Albert. Elle nous tient en laisse, et alors que nous sautons, haletants de besoins en besoins, on ne peut courir, pisser, renifler ou mordre que dans la marge de liberté qu'elle nous accorde. L'Histoire nous promène, mais elle a ses propres itinéraires qui nous dépassent, alors celui qui veut laisser sa trace ne sera reconnu que par ceux qui ne passent pas trop loin du réverbère. Et même quand on est en plein ouvrage, déposant notre offrande à la postérité, il se peut qu'elle s'impatiente et tire un coup sec, nous obligeant à reprendre la marche pour terminer l'oeuvre plus loin... ou pas. Ainsi on trouve des constellations de mots qui auraient pu être des galaxies, des coups de dés qui auraient pu abolir le hasard d'une errance, une bonne "foi" pour tous. On tombe souvent sur des vestiges de vies lointaines, polis, épurés, jetés sur nos plages par l'océan qui nous sépare des autres, et là il nous est impossible de dire qui ils ont été, puisque tout ce que nous accomplissons ne peut se bâtir que sur l'Histoire, et en son nom: Océan. L'Histoire, comme le temps et l'espace, c'est ce qui nous sépare des autres; une distance infranchissable et vertigineuse que nous n'explorons qu'intérieurement quand les pas nous laissent interdits. Et le partage? L'osmose? Tout corps vibrant se projette à l'infini dans l'univers et le remplit, le complète. L'écho permet au "cor" de se savoir partie intégrante et intègre d'un tout, l'Orchestre est alors la caisse de résonance de chaque instrument. Chaque parcelle de vie est la charnière cosmique, le prisme absolu entre toutes les polarités qui la traversent.

 

Tout est un: même nos lumières qui s'éblouissent, même nos face à face... Tout est un, même deux.

 

Remi Diall

Tous les commentaires

Je ne suis capable de dire que seulement, bravo!

cette phrase ignoble ...

Merci Uncas! Malheureusement lorsque j'effectue la manipulation sur mon ordinateur je ne fais que zoomer ou dézoomer sur la fenêtre (Je suis sur Macbook). Y aurait-il un autre moyen pour augmenter la taille de la police?

Est-elle donc si grasse qu'il faille que les ouailles m'accusent de les gaver sans m'avoir donné de quoi l'alléger? Si ce n'est que de la mise en page qu'il s'agit, j'essayerais d'y remédier.

meuh non c'est pas indigeste, courage! les sautes d'humeurs doivent être directement liées aux sensibilités stomacales...

Sûr qu'il faut prendre le temps de lire pour en tirer le jus, certains ont le temps, d'autres la montre.

Ah, effectivement sur Mac, c'est moins amusant cette fenêtre qui devient indocile avec ma manip.

Tu dois pouvoir agrandir les polices dans ton navigateur genre options ou personnalisation, en tout cas un un terme qui évoque.

La solution pour gérer la taille de tes publications : écrire sur Word, police taille 12 + ou - , copier ==> coller dans ton Médiablog. En plus si tu fais une boulette tu gardes ton brouillon, chouette non?

Bienvenue parmi les Médiapartiens Sourire

Merci encore pour ces astuces et ces encouragements! Je suis finalement passé par le code html (il faut être patient quand même...) mais la prochaine fois j'essayerais autrement.

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