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Résistance: Aubrac et son tortionnaire.

Nous rendons hommage à Raymond Aubrac, résistant de la première heure au nazisme. Il fut torturé puis calomnié par Klaus Barbie.

Le 21 juin 1943 Aubrac est arrêté par la Gestapo, à Caluire en compagnie de Jean Moulin. Emprisonné à la prison lyonnaise de Montluc il doit subir les interrogatoires menés par Klaus Barbie, le chef du SD-Sipo de Lyon.

En décembre 2011, interrogé par des collégiens à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), Raymond Aubrac était revenu sur l'emprisonnement lyonnais, et la torture. À la question des collégiens :"Avez-vous été torturé ?", il répondit :

 "Oui, durant une semaine, tous les jours, par Klaus Barbie, à la matraque, les menottes dans le dos. J'avais la chance de perdre connaissance. Mais le pire, c'est de retourner en cellule en sachant que cela va reprendre le lendemain, que peut-être on dira tout.

Son tortionnaire de 1943 a aussi tenté de la calomnier 40 ans après.

En 1983, Klaus Barbie est extradé de Bolivie et il est jugé à Lyon en 1987, non pas pour les arrestations de Caluire ou les crimes perpétrés dans le cadre de la lutte contre la Résistance — pour lesquels il y a prescription — mais pour crimes contre l'humanité, dont la déportation des enfants juifs réfugiés à Izieu. Il est condamné à la peine maximale, la réclusion à perpétuité.

 Le 4 juillet 1990, Barbie demande à comparaître devant un juge, accompagné de son avocat Jacques Vergès, pour lui remettre un texte de 63 pages que l'on appellera « Testament de Barbie » et qui circulera dans les salles de rédaction dès la mort de Barbie en 1991. Dans ce « testament» Barbie présente Aubrac comme un agent à son service, qui aurait été « retourné » lors de sa première arrestation en mars 1943. Toujours selon ce document de Barbie, Lucie aurait été l'agent de liaison entre Aubrac et lui et elle aurait téléphoné à Barbie la date et le lieu de la réunion de Caluire.

Il faut rappeler que Klaus Barbie, recherché pour ses crimes, a été récupéré et protégé par l’armée américaine dès 1947. Quand à  partir de 1948 la France réclame son extradition, le Counter Intelligence Corps américain qui l’emploie refuse puis l’exfiltre vers l’Argentine avec le concours des réseaux d’évasion de la hiérarchie de l’Eglise catholique. On connaît la suite et le combat victorieux de Serge et Beate Klarsfeld pour son extradition de Bolivie et son jugement.

Le combat antisémite de Barbie et ses amis s’est poursuivi durant son procès. 

Pierre Vidal Naquet dans son livre « Les Assassins de la mémoire » (Point Collection Essais) rappelle cette période et le rôle de l’avocat J. Vergés, très proche du régime algérien de l'époque :

« …Le procès de Klaus Barbie (11 mai - 4 juillet 1987) allait mettre à l'épreuve ce changement des valeurs. La guerre d'Algérie lui servit (à Vergès NDLR) de rampe de lancement… A un hebdomadaire algérien de Paris qui consacrait un numéro au 25e anniversaire du pogrom du 17 octobre 1961 (voir 17 Octobre 1961 : 50e anniversaire du massacre des Algériens). , il déclarait, après avoir rappelé qu'il venait de porter plainte au nom de clients algériens pour « crimes contre l'humanité », que la cour de cassation devrait dire « si le crime contre l'humanité est seulement le crime commis par des nazis contre des Juifs, ou bien s'il concerne le crime beaucoup plus grave, beaucoup plus actuel, beaucoup plus effrayant pour l'avenir, le crime commis par les impérialistes contre les peuples en lutte pour leur libération ». Des nazis, des Juifs; les mots n'étaient pas choisis au hasard, ils relevaient de la réfection de l'histoire Cette campagne, J. Vergès alla la poursuivre en Algérie en avril 1987, ce qui entraîna d'avril à juin 1987, dans les hebdomadaires algériens (officiels) Algérie Actualité et Révolution africaine, de violentes attaques antisémites, dirigées en particulier contre Jean Daniel… »

( voir Algérie: proclamation antisémite du régime

Algérie, antisémitisme: un texte de Souâd Belhaddad)

 

Aubrac et les Glières

La tentative de récupération de la Résistance par Sarkozy, notamment par un déplacement sur le plateau des Glières provoque une vive réaction des anciens résistants locaux

(voir Résistants des Glières contre Sarkozy

Sarkozy boycotte le 8 Mai )

 mais aussi de Raymond Aubrac qui participe aux rassemblements de protestation et parraine l’association qui les organise. 

http://www.citoyens-resistants.fr/

  Le hasard a fait que l’ex-milicien et toujours fasciste François Brigneau est mort le même jour que Raymond Aubrac. Nous citons ici une seule phrase de ce fondateur du Front National et antisémite forcené. Lors du premier procès de Paul Touvier, autre milicien et tortionnaire caché pendant des décennies par les catholiques intégristes, il déclara : «  Quant à moi, après ma mort, je voudrais qu’une plaque fût apposée sur ma maison. On lirait ces mots : “Ici, pendant la chasse à l’homme, Paul Touvier et les siens furent reçus chaque fois qu’ils le désirèrent”… » ( voir Les intégristes encouragés par le pape.

                            Benoît XVI : le pape révisionniste. )

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