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Décolonisation: comment Paris a forcé la main aux Africains

L'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis jette une lumière glaciale sur l'Histoire de France.

 

Il y a un demi-siècle, tandis que l'affaire Rosa Parks confrontait l'Amérique ségrégationniste à la révolte noire, la France pouvait passer pour un modèle à suivre : le deuxième personnage de l'Etat, le président du Sénat, était un Noir guyanais, Gaston Monnerville, tandis que d'autres « hommes de couleurs » avaient, depuis longtemps, assumé parmi les plus hautes fonctions de la République.

 

Dans les années 30, Blaise Diagne avait été secrétaire d'Etat, Gratien Candace vice-président de la Chambre des députés, Félix Eboué gouverneur du Tchad, puis de l'Afrique équatoriale française (AEF).

 

Après la Seconde Guerre mondiale, la France continua d'être à l'avant-garde : en 1946, Léopold Sédar Senghor participa à l'élaboration de la Constitution, tandis qu'au cours de la décennie suivante, Félix Houphouët-Boigny fut ministre puis ministre d'Etat, Hamani Diori et Mamadou Konaté vice-présidents de l'Assemblée nationale.

 

Cette liste n'est pas exhaustive, et permet de comprendre qu'à l'époque, comme l'a noté Patrick Lozès, président du CRAN, les Noirs d'Amérique regardaient la France comme une terre d'espoir.

 

Le "Système" de la Ve République blanciste

 

Cinquante ans plus tard, comme chacun l'observe, les rôles semblent s'être diamétralement inversés. Face à une Amérique qui prend pour Président un homme « noir » (selon les critères états-uniens…), l'Assemblée nationale française n'accueille qu'au compte-gouttes les Noirs dans ses travées.

 

Mais ce constat ne suffit pas. Encore faudrait-il se demander pourquoi, depuis un demi-siècle, une telle régression s'est accomplie dans notre pays.

 

Or, cette question, bien peu de monde semble décidé à se la poser, et surtout à y répondre. Et pour cause ! C'est tout le « Système » de la Ve République -totalité des partis politiques, quasi-totalité des intellectuels, grands médias, universités, programmes scolaires- qui est compromis dans cette affaire. Parfois, il est vrai, en toute bonne foi, c'est-à-dire par ignorance…

 

Explications. Le régime sous lequel nous vivons, la Ve République, est fondé sur une gigantesque imposture à caractère antirépublicain et antidémocratique, dont les Français noirs comptent parmi les premières victimes.

 

L'indépendance de l'Afrique subsaharienne, systématiquement présentée par l'école, les médias, les intellectuels et la classe politique, comme le triomphe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, autrement dit comme le fruit de la volonté des Africains, fut, en réalité, essentiellement décidée par Paris, contre la volonté profonde des Africains.

 

L'égalité politique en question

 

En phase avec la majorité de la classe politique métropolitaine toutes tendances confondues, le général de Gaulle, fondateur de la Ve République, estimait insensé d'accorder aux Africains l'égalité politique pleine et entière qu'ils revendiquaient, et au nom de laquelle nombre d'entre eux étaient morts pour la France pendant les deux guerres mondiales.

 

Or, pour revenir aux affaires en mai-juin 1958 et justifier les moyens qui le lui permirent -en particulier un semi-putsch militaire-, de Gaulle prétendit vouloir sauver la France de l'abîme politique et moral où la conduisait l'aveuglement de la IVe République.

 

La nature de cet aveuglement, selon lui ? Le refus de l'octroi de l'égalité politique, pour commencer, aux Arabo-Berbères d'Algérie. Qu'on ose relire le discours de Mostaganem du 6 juin 1958, y compris son appel du pied aux Noirs africains !

 

De fait, la Constitution de 1958, approuvée par 80% des Français, se solda par l'instauration de l'égalité politique en Algérie, entraînant l'entrée de 46 députés arabo-berbères au Palais Bourbon, dont le Bachaga Boualam devint l'un des vice-présidents. Qui se souvient de tout cela, aujourd'hui, en France ?

 

Mais en réalité, cette politique révolutionnaire, le général de Gaulle y était totalement opposé. Tout en faisant mine de bâtir l'unité égalitaire franco-africaine, il s'employa donc à la détruire, en commençant par bouter l'Afrique noire hors de la République.

 

Dans cette entreprise, le Général savait qu'il devrait vaincre les résistances africaines, dont les représentants, placés au plus haut niveau de l'Etat (notamment Félix Houphouët-Boigny, ministre d'Etat en 1958) avaient protégé leurs positions, par des clauses démocratiques inscrites au cœur des textes institutionnels. Pour accomplir son projet, le général de Gaulle dut donc passer outre la Constitution, quitte à provoquer quelques vagues…

 

Les populations africaines privées du droit à l'autodétermination

 

Dans un précédent article, j'ai évoqué l'affaire gabonaise. Violant l'article 76 de la Constitution, le président de Gaulle refusa la départementalisation demandée par le Gabon, de peur de créer une réaction en chaîne à travers le continent.

 

Plus grave encore fut la loi 60-525 dont, pour ainsi dire, aucun livre d'histoire ne fait mention… Votée en mai-juin 1960, cette loi violait la Constitution à au moins quatre niveaux, dans son esprit aussi bien que dans sa lettre. D'abord parce qu'elle privait les populations africaines du droit à l'autodétermination sur la question de l'indépendance.

 

Mais également parce qu'elle fut votée selon des voies anticonstitutionnelles. C'est pour cette dernière raison que le Conseil d'Etat émit un avis défavorable (26 avril 1960), et que Vincent Auriol, ancien président de la IVe République et, à ce titre, membre de droit du Conseil constitutionnel, démissionna (25 mai 1960) en plein vote de la loi.

 

Aux objections du Conseil d'Etat, le gouvernement répondit en substance que cette loi visait à prémunir la Communauté franco-africaine contre tout risque d'éclatement, et à renforcer le caractère démocratique de ses institutions.

 

Dans les faits, cette loi, par le biais d'un demi-alinéa ( ! ) étrangement subreptice au regard de l'ampleur de ses conséquences, privait les populations africaines du droit à l'autodétermination. Dès les mois suivants, elle se solda par la dislocation de la Communauté franco-africaine : la totalité des territoires d'Afrique accédèrent à l'indépendance sans que leurs populations puissent entraver, par leurs votes, le processus.

 

Dès l'été 1960, démonstration fut donc faite que la réponse du gouvernement au Conseil d'Etat était intégralement fallacieuse.

 

Un apartheid à l'échelle intercontinentale

 

La Ve République, créée sous prétexte d'accomplir une révolution égalitaire, a réalisé un programme exactement inverse, en stricte trahison des mandats reçus du peuple. Au lieu d'instaurer l'égalité entre tous les citoyens, la Ve République, par de multiples violations de la Constitution, a organisé la partition de l'ensemble franco-africain.

 

D'un côté, les Blancs, promis à l'opulence matérielle ; de l'autre, les « Nègres » et autres « Bougnoules », voués aux affres du néocolonialisme, du sous-développement et de la tyrannie, que l'instauration de l'égalité réelle eût interdits.

 

Un véritable apartheid organisé à l'échelle intercontinentale, au nom de la préservation de l'identité blanche, gréco-latine et chrétienne de la France. Mais aussi de la performance économique de l'Hexagone, dont les Africains étaient jugés définitivement incapables…

 

Habileté suprême, l'indépendance imposée aux Africains, bien que décidée par Paris avec la bénédiction de Washington au gré des préjugés les plus réactionnaires et de vils calculs, fut présentée comme le triomphe des idées progressistes, de la liberté, de la modernité politique et, ironie suprême, de la volonté des Africains.

 

Un mensonge vieux de 50 ans

 

Réciproquement, les partisans de l'unité franco-africaine, les défenseurs de l'égalité par-delà les races dans la République démocratique et sociale, furent présentés au mieux comme de doux rêveurs, au pire comme d'absurdes « nostalgiques de l » Empire » ou des ennemis du peuple, voire d'infâmes et dangereux fascistes.

 

Menaces à l'appui, bénéficiant du renfort des gauches stalinienne, trotskiste, sartrienne et de leurs ramifications, cette rhétorique imposa à chacun de rentrer dans le rang, en France comme en Afrique. Ainsi le mensonge tient depuis cinquante ans et demeure, aujourd'hui encore, solidement protégé.

 

En l'an 2008, alors que l'Amérique se dote d'un Président métis, en France les Noirs sont essentiellement absents des grands corps de l'Etat. Ceux qui s'en étonnent méconnaissent l'histoire de notre régime. S'ils ouvraient les yeux, ils ne s'étonneraient pas d'un tel état de fait. Au contraire, ils trouveraient tout cela parfaitement logique, et même remarquablement conséquent. Puisqu'il s'agit là du fondement même de la Ve République gaullienne.

 

Mais chut ! Il ne faut pas critiquer le plus grand homme de l'Histoire de France…

Tous les commentaires

C'est vrai, la guerre d'Algérie (par exemple) n'a pas existé.

La France a donné l'indépendance aux algériens alors qu'ils ne demandaient rien.

Tout le monde sait cela...

Cher Velveth (et Cher Cloclo),

 

D'abord je veux vous remercier pour votre remarque, car la question que vous soulevez, beaucoup de lecteurs se la poseront sans doute.

 


Vous imaginez bien que j'ai eu vent de l'existence de la guerre d'Algérie, ainsi que du soulèvement malgache en 1947-48, comme, par la suite, du maquis UPC au Cameroun ou encore du cas guinéen incarné non sans panache par Sékou Touré...

 


Il se trouve que ces différentes questions sont si vastes et d'une telle complexité (et, comme je l’ai souvent constaté, si mal connues par la plupart ceux qui croient les connaître) qu'il peut sembler une gageure d'y répondre en l'espace d'un petit "post" (même long). Néanmoins, je vais tout de même essayer, en m'en tenant à l'exemple que vous avez choisi de pointer, la guerre d'Algérie, et en livrant à votre réflexion plusieurs éléments qui me semblent essentiels...

 


Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais, si vous me le permettez, vous poser trois petites questions préalables qui renvoient au texte que vous avez commenté :

 


Si, comme l'affirme la doxa, et comme vous semblez le croire vous-même, les populations d'Afrique noire (et leurs leaders) étaient massivement indépendantistes, alors pourquoi les avoir dépossédées du droit à l'autodétermination sur la question de l'indépendance, un mois avant l'indépendance, au prix d'une quadruple violation de la Constitution et, mieux encore, d'un demi-alinéa subreptice (loi 60-525, votée en mai-juin 1960) ?

 


Si cela vous intéresse, j'ai consacré une étude un peu plus approfondie à cette loi qui d’ailleurs, alors, fit quelques vagues… Cette étude est disponible sur le blog Fusionnisme (et bientôt sur mon blog Mediapart) :

 


http://fusionnisme.blogspot.com/2008/06/leffarante-loi-60-525-ou-comment-le.html

 

Deuxième et troisième questions : selon vous, pourquoi le gouvernement français refusa-t-il la départementalisation que demanda le Gabon en 1958 ? Pourquoi, toujours selon vous, le gouvernement français préféra-t-il violer la Constitution (article 76) plutôt que de satisfaire la demande de Libreville ?

 


Ces dernières questions sont d'autant plus intéressantes que le refus de départementalisation qu’essuya le Gabon fut l'occasion, pour le ministre de l'Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, d'avouer que l'objectif du gouvernement français était, concernant l’Afrique subsaharienne, dès octobre 1958, "l'indépendance pour tout le monde"… Ce que confirme d'ailleurs Charles de Gaulle dans ses entretiens avec Alain Peyrefitte (C'était de Gaulle, Fayard, 1994)…

 


Je vous remercie par avance de répondre à ces trois petites, mais je crois importantes, questions...

 


Passons à présent à l'Algérie.

 


J'espère qu'il ne vous échappe pas que les indépendances des territoires (devenus Etats) d'Afrique noire, survenues pour un bon nombre d’entre elles pendant l'été 1960 et dans les étranges circonstances qu'on vient de voir rapidement (d'autres éléments fort curieux existent, que j’ai abordés dans mon livre Histoire occultée, mais ce serait un peu long d’en faire état ici...), plaça l'Algérie dans une situation guère propice à son maintien dans la République française…

 


En effet, non seulement l'accession à l'indépendance des territoires d’Afrique subsaharienne apporta de l'eau au moulin des indépendantistes algériens (la question n'étant évidemment pas de savoir si ceux-ci existaient, mais s'ils étaient représentatifs des populations algériennes : par exemple, le FLNC en Corse aujourd'hui existe, pèse un vrai poids, mais est-il représentatif de la majorité des populations corses ?), non seulement elle faisait de l’Algérie, de facto, une incongruité politique (la dernière grande « colonie » de la France) mais de surcroît, ladite indépendance, concédée et même argumentée par la France, jeta le trouble, voire effraya, par ricochet, les Algériens, en particulier les Algériens francophiles ou les Algériens hostiles au FLN (qui étaient parfois les mêmes...), qui comprirent alors quel sort les attendait...

 


Pour vous parler sans détours, cher Velveth, à m’en tenir à votre question, je ne suis pas sûr que vous réalisiez bien ce qu'était la situation des Algériens à l'époque.

 


D'une part, les Algériens avaient subi pendant des décennies (plus d'un siècle !) le mépris colonialiste, dont l’inégalité politique et sociale, toujours d’actualité ans les années 1950, étaient l’insupportable manifestation. Beaucoup en arrivaient à désespérer de la France, par ailleurs souvent aimée (le paradoxe n'est pas si étonnant, pour qui connaît un peu le cœur des hommes et la complexité des choses, en particulier dans l’Algérie de l’époque, où l’entente et même le respect entre les communautés était bien souvent, au rebours d’une certaine propagande, une réalité quotidienne, malgré les effets pervers de la guerre et de sa cause, la survivance d’un régime colonialiste qui n’osait plus dire son nom).

 


De là, beaucoup d'Algériens étaient enclins à éprouver de l’empathie, de la sympathie ou de l’enthousiasme à l’égard des mouvements indépendantistes, et notamment du FLN, qui avaient le grand mérite de s’attaquer à ce système inique et volontiers criminel – le colonialisme – au nom du peuple algérien et de sa dignité.

 


A contrario, le FLN s’était distingué par l’usage de la terreur révolutionnaire, non seulement à l’encontre des Algériens francophiles, mais aussi, tout aussi violemment, à l’encontre de son rival nationaliste, le MNA de Messali Hadj. Il est bien connu, et je ne vous l’apprends sans doute pas, que le FLN assassina et supplicia beaucoup plus d’Arabo-Berbères (pas nécessairement, loin s’en faut, pro-français…) que de Pieds-noirs.

 


Vous n’ignorez pas que la violence du FLN à l’encontre des Arabo-Berbères prit parfois la forme, notamment, de vastes massacres, à Melouza par exemple, en 1957…

 


Dans ces conditions, je vous laisse imaginer la perception, fort mélangée, que les populations algériennes pouvaient avoir du FLN, par exemple en 1958… Sans parler, par exemple, de l’ordre moral délirant (interdiction du tabac, de l’alcool, des jeux…) que le FLN entendit parfois faire régner, mutilations faciales à l’appui…

 


Ces quelques éléments vous permettront, peut-être, d’imaginer pourquoi, en 1958, De Gaulle, homme extrêmement prestigieux et même couvert de gloire (l’épopée de la France libre n’était pas loin…), prenant le pouvoir par un coup de force parti d’Algérie, et surtout se réclamant de l’Intégration, c’est-à-dire de l’instauration de l’égalité politique et sociale pleine et entière entre tous les habitants d’Algérie dans le respect de leur identité culturelle (l’« Intégration », défendue, théorisée et déjà en partie lancée par des personnalités telles que Jacques Soustelle, Claude Lévi-Strauss ou Germaine Tillion, qui se solda, dès les élections législatives de novembre 1958, par l’arrivée de 46 députés arabo-berbères à l’Assemblée nationale), suscita à la fois l’enthousiasme et une marée de ralliements parmi les Arabo-Berbères, qui se détournèrent alors du FLN au profit de la France… Comme le rappelle Hélie de Saint Marc, le journaliste Jean Daniel, témoin oculaire des scènes de fraternisations à Alger en mai 1958 (qui se reproduisirent dans toute l’Algérie), déclara avoir cru assister à une nouvelle « Nuit du 4 août ». L’Histoire officielle préférant souvent, depuis, passer ces événements sous silence, ou les réduire à une manipulation de l’Armée…

 


A ce sujet, je ne saurais trop vous inciter à relire les discours d’Alger et de Mostaganem de Charles de Gaulle, des 4 et 6 juin 1958, facilement accessibles par Google…

 


Ayant bien à l’esprit cette confiance longtemps bafouée et meurtrie des Arabo-Berbères, ce sentiment que parce que « Bougnoules » on ne les voulait pas comme « Français » égaux aux autres, peut-être pourrez-vous comprendre l’exacte nature des doutes, grandissants, et bientôt les nouvelles et terribles certitudes que suscitèrent la politique africaine du général de Gaulle, mais aussi ses déclarations successives au sujet de l’Algérie… Car on l’oublie souvent, la révolution de mai 1958, que de Gaulle avait d’abord proclamé vouloir conduire, se voulait fraternelle non seulement à l’endroit des populations arabo-berbères d’Algérie, mais aussi à l’endroit des populations d’Afrique noire (cf. Discours de Mostaganem, 6 juin 1958)… Or l’on voyait bien ce que de Général-Président avait rapidement fait des « Nègres »…

 

A vous de juger, à partir de tout cela et de discussions que vous pourrez avoir avec de vieux Africains, mais aussi à l’affreuse lumière de ce qui arriva par la suite aux Harkis et aux Algériens francophiles abandonnés comme l’Algérie tout entière au FLN (armé et vêtu notamment par la France, comme vous ne l’ignorez sans doute pas, mais comme le pétrole commençait de couler à flot…), pourquoi les drapeaux verts et blancs remplacèrent si prestement les drapeaux tricolores, aux balcons, mais aussi, il le fallait bien, question de vie ou de mort, dans les bouches, dans les mémoires, et, quoique plus difficilement, dans les cœurs…

 


Lors du référendum du 1er juillet 1962, contrôlé par le FLN sous l’œil bienveillant et complice du gouvernement français, sur fond d’exode massif des Pieds-Noirs collectivement menacés de mort, 99,72% des Algériens répondirent OUI à l’indépendance. Je vous laisse méditer ce chiffre…

 


Si l’affaire algérienne vous intéresse, j’ai donné une assez longue interview à l’occasion des 50 ans de Mai 1958, il y a un peu plus d’un an, intitulé L’Hymen républicain recousu, lisible également sur mon blog Fusionnisme :

 

http://fusionnisme.blogspot.com/2008/06/interview-feuilleton-publie-sur-le-site.html

 


Je ne saurais trop vous conseiller, si vous en avez le temps, d’explorer plus avant les différents articles proposés sur le blog Fusionnisme, notamment celui sur Claude Lévi-Strauss et Tristes Tropiques, également en ligne sur Mediapart :

 


http://www.mediapart.fr/club/blog/alexandre-gerbi/061009/claude-levi-strauss-le-glorieux-cocu-de-la-ve-republique

 


Pour conclure, j’ignore, cher Velveth, si vous changerez d’avis. Je sais que les gens ont parfois l’âme dure, des membranes de caoutchouc d’une épaisseur…

 


Mais j’espère qu’en tout cas, sinon à propos de l’Algérie, du moins concernant l’Afrique subsaharienne, quelques doutes auront surgi en vous, et que l’Histoire officielle de la décolonisation franco-africaine, la marche triomphale des peuples sur le chemin de l’indépendance, recèlera désormais pour vous quelques détours aux enjeux et conséquences gigantesques…

 


Enfin, j’espère aussi que vous voudrez bien répondre, à votre tour, aux petites questions que je vous ai posées plus haut. Sans ironie ni suspicions inutiles, si vous voyez ce que je veux dire…

 


Bien cordialement,

 

Alexandre Gerbi

C'est avec intérêt et considération que j'ai lu (attentivement) votre réponse.

je vais vous étonner, mais plusieurs passages de votre réponses sont comme un écho de considérations, de sentiments confus, de "vérités" non politiquement correctes entendues par moi à l'époque, mais j'étais quand même bien jeune.

Et donc, une partie de vos propos sont certainement à prendre en considération.

Mais il y a une autre chose sur laquelle vous faites l'impasse : la terrible pression internationale non seulement à l'ONU, mais dans les chancelleries, dans les réunions internationales où la France (la GB aussi, mais à un degré moindre je crois) était traité de tous les noms, pays colonialiste s'il en fut, injure suprême à l'époque !!

je vous rappelle que le "sens de l'histoire" à l'époque (à tort ou a raison, à tort vous pensez, car maintenant vous pouvez écrire votre billet sans vous faire écharper et traiter de sale réactionnaire colonial) était la "libération" des "peuples", le socialisme-marxisme était l'avenir de l'humanité, le capitalisme étant déjà enterré à terme. Cette terrible pression externe, la guerre d'Indochine en rajoutant une couche dans la purée idéologique de l'époque, était impossible à contenir, d'autant plus que même nos alliés, les US par exemple, nous battait froid en nous faisant la morale, cela je m'en souviens de mes 15 ans ...

Bref, vaincu par le sens de l'histoire ("sens de l'histoire" qui prend la forme d'une mode, et non la forme de la rationalité), les politiques Français, De Gaulle en tête ont accompagné le mouvement, certainement au grand dam de certaines élites africaines ou maghrébines,comme vous le soulignez.

Maintenant on voit qu'une erreur a été faite, voyez comme la Martinique et la Guadeloupe ne veulent rien savoir quant à l'indépendance, chose ahurissante et stupéfiante en considérant "le sens de l'histoire" de l'époque des années 60, et même 70 ..

D'ailleurs, comme le naturel, chassez la colonisation, elle revient par la porte de derrière dans les cartons des ONG et autres multinationales actuelles ..

Bref, en résumé, la France, très faible à l'époque, ne pouvait se permettre de jouer "perso réac" sur la scène internationale.

@+

Bien à vous,

cloclo.

Cher Cloclo,

 

Merci pour votre réponse, et pour l'honnêteté intellectuelle et la mémoire dont vous faites preuve.

 

Permettez-moi toutefois de regretter que vous ne répondiez pas, comme je vous y invitai, aux trois petites importantes questions que je crois vous avoir posées...

 

Pour répondre à votre remarque quant au contexte international et aux pressions qu'exercèrent à l'époque les Etats-Unis, l'URSS, l'ONU, etc., sachez qu'il est difficile de tout dire dans un seul article.

 

Si vous avez le temps de lire mes autres articles, vous verrez que je ne fais pas l'impasse sur cet aspect de la question. Par exemple, je vous renvoie à cet article disponible sur Mediapart :

 

http://www.mediapart.fr/club/blog/alexandre-gerbi/091009/les-bougnoules-du-palais-bourbon

 

Pour être encore plus précis, concernant le « sens de l’Histoire » appelé aussi parfois « vent de l’Histoire », je vous répondrai ce que je note dans mon ouvrage :

 

« Le Général jugea bon de conserver une ribambelle d’îles un peu partout autour du globe, pour le domaine maritime et la grandeur nationale : le rapport « intérêt stratégique » / masse « non blanche » à intégrer dans le « corps français » étant raisonnable. « Nous ne pouvons pas tenir à bout de bras cette population prolifique comme des lapins (…). Nos comptoirs, nos escales, nos petits territoires d’outre-mer, ça va, ce sont des poussières. Le reste est trop lourd ». Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte, in C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 59. Et en effet, là où la France gaullienne jugea bon de rester (les « poussières »), le « vent de l’Histoire » s’abstint de souffler. Du moins pas trop fort… »

Enfin, vous dites : « Bref, en résumé, la France, très faible à l'époque, ne pouvait se permettre de jouer "perso réac" sur la scène internationale. »

Etes-vous bien sûr, songeant soit à Lévi-Strauss, Soustelle et Germaine Tillion, d’une part, et au de Gaulle des confessions à Peyrefitte d’autre part, que la « réaction » soit du côté que vous dites ?

 

Quant au côté « perso », il me semble qu’à certains moments, c’est la grandeur historique du politique qui s’y joue. C’est en tout cas la leçon que je retiens du de Gaulle du printemps 1940…

 

Bien cordialement,

 

Alexandre

Je n'ai aucune envie de répondre à vos sommations dont certaines peuvent aisément être taxées de galimatias négationniste.

Mon pauvre Velveth,

"Sommations" ? Attention à la parano, mon vieux...

C'est tellement plus pratique de manier l'injure plutôt que d'accepter le débat...

Merci en tout cas pour cette réponse lamentable ("négationniste", ben voyons), qui permettra à chacun de vous situer...

Au plaisir de ne plus vous croiser...

Alexandre Gerbi

 

Il n'y a aucune injure à votre égard mais tout simplement un profond désaccord sur la teneur de votre billet qui semble être une farce estudiantine pour paraphraser des théories du complot..

A rechercher que des louangeurs, votre blog risque d'être vite déserté.

Evidemment, me traiter de "parano", pour vous, ce n'est pas une insulte !

Mon cher Velveth,

Vous voici soudain un peu radouci... Franchement, je vous préfère comme ça..

"Farce estudiantine", "théorie du complot"... L'argumentation est une peu légère, vous me l'accorderez...

D'autant que ni l'Affaire gabonaise (octobre 1958), ni la Loi 60-525 (mai-juin 1960) ne relèvent de la théorie du complot ou de la farce estudiantine, pour la bonne et simple raison que ces faits sont prouvés et démontrés...

Quant au mot "parano que j'utilisai à votre endroit, s'il vous a froissé, je vous prie de bien vouloir m'en excuser. Je souhaitais simplement souligner l'étrange façon que vous aviez de prendre pour des injonctions, ou mieux encore, des "sommations", ce qui n'étaient que de petites importantes questions fort poliment posées je crois, comme chacun(e) pourra le constater en s'y reportant... Oserais-je sous-entendre, mon cher Velveth, que vous usiez là d'un prétexte pour éviter de répondre sur le fond ?

Enfin, j'observe que vous ne m'avez pas reproché d'avoir qualifié de "lamentable" votre comparaison avec le négationnisme de Faurisson. Dont acte.

Quant à savoir si ce blog finira déserté, cher Velveth, nous verrons bien, mais je ne doute pas que vous en rêviez... ;)

Bien cordialement,

Alexandre Gerbi

 

 

J'ai dit ce que j'avais à dire sur le contenu de votre billet.

Cher Velveth,

 

Nous ne saurons donc jamais ce que vous pensez de l'Affaire gabonaise (octobre 1958) et de la Loi 60-525 (mai-juin 1960)... Dont acte...

 

En guise d'épilogue, je me permets de vous livrer cette citation d'Emile Derlin Zinsou, homme politique et ancien président du Bénin (ex Dahomey), lors d'une conférence en 1985 :

 

« (…) Les leaders politiques africains avaient en commun ceci : ils souhaitaient tous ardemment, la guerre (1939-1945) terminée , une mutation profonde du sort de l’Afrique (…). La profession de foi, la revendication fondamentale n’était pas l’indépendance : aucun de nous ne la revendiquait. Nous réclamions, par contre, l’égalité des droits puisque nous avions les mêmes devoirs jusques et y compris celui de donner notre sang pour la France. (…) La bataille pour l’égalité, pour les droits égaux pour tous, était l’essentiel du combat politique. Mais cette égalité inscrite dans la devise républicaine n’allait pas de soi, en ce qui concerne son application intégrale, dans l’esprit des colonisateurs. Une politique coloniale intelli-gente, prospective, suffisamment ouverte sur l’avenir, qui aurait conduit les peuples coloniaux à la jouissance des mêmes droits que ceux de la métropole, à l’application des mêmes lois, des mêmes règles à tous, aurait certainement modifié le destin de la colonisation . » La décolonisation politique de l’Afrique, in La Décolonisation de l’Afrique vue par des Africains, Ed. L’Harmattan, 1987, pp. 32-33.

 

Et en complément, ces utiles remarques de l'historien Elikia M'Bokolo :

 

« (…) tous les dirigeants et cadres politiques (africains) se réclamèrent longtemps de l’idéologie assimilationniste de la colonisation française : se voulant « absolument français » et exigeant d’être traités comme des « Français à part entière », ils se complaisaient à opposer la vraie France, dont ils exaltaient l’ « œuvre civilisatrice » et les colons, particulièrement nombreux en Oubangui-Chari, dont ils stigmatisaient le racisme et le conservatisme », in L’Afrique au XXème siècle, le continent convoité, pp. 196-197, Ed. Seuil 1985.

 

Evidemment, compte tenu des réalités démographique et culturelle, une telle "assimilation" des Africains aurait conduit, réciproquement, à une "africanisation" de la France (ou plutôt de la République franco-africaine...), de sa population, de son parlement, de son gouvernement.

 

De là, cela aurait aussi entravé, voire bloqué, l'exploitation colonialiste. Parfaitement conscients de tout cela, les gouvernement métropolitains successifs, hostiles au métissage de la France et de son Parlement, mais également soucieux du maintien de l'exploitation colonialiste que l'égalité politique eût dangeureusement entravée, décidèrent de larguer les territoires africains et leurs populations. De Gaulle confia à Peyrefitte en juillet 1962 :

 

« Vous croyez que je ne le sais pas, que la décolonisation est désastreuse pour l'Afrique ? (...) Qu'ils vont connaître à nouveau les guerres tribales, la sorcellerie, l'anthropophagie ? (...) Que quinze ou vingt ans de tutelle de plus nous auraient permis de moderniser leur agriculture, de les doter d'infrastructures, d'éradiquer complètement la lèpre, la maladie du sommeil, etc. C'est vrai que cette indépendance était prématurée. (...) Mais que voulez-vous que j'y fasse ? (...) Et puis (il baisse la voix), vous savez, c'était pour nous une chance à saisir : nous débarrasser de ce fardeau, beaucoup trop lourd maintenant pour nos épaules, à mesure que les peuples ont de plus en plus soif d'égalité. Nous avons échappé au pire ! (...) Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance » In C'était de Gaulle, t. 2, pp. 457-458. Léon-M'Ba (1902-1967), premier président de la République gabonaise (1960-1967).

 

De Gaulle expliqua également à Peyrefitte :

 

« Nous avons fondé notre colonisation, depuis le début, sur le principe de l’assimilation. On a prétendu faire des nègres de bons Français. On leur a fait réciter : "Nos ancêtres les Gaulois" ; ce n’était pas très malin. Voilà pourquoi la décolonisation est tellement plus difficile pour nous que pour les Anglais Charles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte, in C’était de Gaulle, pp. 54-55.

 

Mais sans doute tout cela relève-t-il de la "théorie du complot" ou de la "farce estudiantine"...

 

Bien cordialement,

 

Alexandre Gerbi

l'article a le mérite d'être clair et bien étayé, donnant une version de l'histoire que l'on entend nul part, avec (surtout!) des faits historiques vérifiables; Nous sommes loin d'un article provocateur, refutant l'existence de tel ou tel évènement historique, mais plûtot dans un essai de "pourquoi cela s'est passé ainsi ?"...

Bravo et Merci à l'auteur!

Cher talian93,

Merci à vous !

Bien cordialement,

Alexandre Gerbi

C'est ça l'ethnocentrisme :" la préservation de l'identité blanche, greco latine et chrétienne de la France". Et c'est ce qui prévaut aujourd'hui ds la construction de l'europe (refus de l'adhésion de la Turquie) : une europe chrétienne, même préservation dans les rapports mondiaux (le bien et le mal) : les musulmans sont le mal. Toujours rapports de domination !!!

Cher fgodin,

Il ne me semble pas que l'analogie entre la Turquie face à l'Europe aujourd'hui et l'Afrique dite française face à la France il y a cinquante ans résiste beaucoup au l'analyse...

Cela dit, question ethnocentrisme dans la décolonisation (y compris de la part de certains indépendantistes...), je suis bien d'accord avec vous...

Bien cordialement,

Alexandre Gerbi

Pour une fois d'accord avec Velveth ...

L'Histoire revisitée, pourquoi pas, à la façon d'un essai d'étudiant, pour se marrer dans les forums.
Je suis sur qu'avec une telle imagination pour tordre les faits, une nouvelle interprétation de l'époque de Napoléon, agent sous marin bien connu de l'axe Austro Anglais, aurait autant de succès.

On est pas loin aussi du genre des variantes du 11 septembre.

Bon, je me suis bien marré ....

 

Cher Cloclo,

A toutes fins utiles, je vous signale qu'une réponse à Velveth (qui vous est également adressée) est disponible un peu plus haut.

Merci à vous de bien vouloir répondre aux trois petites questions que je pose à Velveth, et que je vous pose donc aussi...

Bien cordialement,

Alexandre Gerbi

Bonjour,

Je n'ai pas le temps de lire tous les commentaires maintenant. Mais je dois dire que votre article m'a épaté. J'ai moi-même constaté au Tchad en 70/71 que la population de base, de brousse, ne souhaitait qu'une chose, que "les français reviennent".

J'ai toujours cru que les "élites" "éduquées" (autrement dit par Gilbert Cesbron "les mal blanchis") voulaient l'indépendance, pour établir les dictatures et les spoliations qui ont suivi.

J'ai constaté, récemment, un peu partout (à Madagascar, au Gabon, encore au Tchad) que les personnes rencontrées rêvaient toutes, mais comme d'un rêve impossible, de redevenir "français". D'ailleurs, nombre de malgaches qui ont bénéficié de parents ayant conservé la double nationalité ont fait le choix de la nationalité française.

Je vais, avec votre aide et tous les liens que vous donnez, étudier plus en détail les questions que vous soulevez. Il n'en reste pas moins que les US (et l'ONU) n'aurait jamais toléré cette puissance qu'aurait donné à la France le maintien de l'empire.

On croit rêver !

Lisez donc, entre autres ouvrages, "Les fantômes du roi Léopold" sur la colonisation du Congo (par la Belgique, entre autres puissances d'alors).

Puis, nous reparlerons des bienfaits de la colonisation.

PS ayant été souvent en Afrique, je n'ai jamais rencontré un seul autochtone demandant à "la France de revenir" mais, au contraire "qu'elle parte définitivement" car les africains en ont marre de la Françafrique / Françafric. Il suffit d'observer les processus en cours où "notre pays" est vilipendé par la masse des africains.

Avez-vous souvent quitté les villes ?

Si vous savez lire l'article au-dessus (pas mon commentaire), vous verrez que c'est justement la décolonisation qui a permis la Françafric, que j'exècre autant que vous, dont j'ai constaté, récemment, les dommages, mais il faut aussi exécrer l'USafric, la Chinafric, la Brésilafric, l'Australafric, la Canadafric, etc, bref les Multinafric, toutes aussi dommageables.

Et, il est faux que notre pays soit "vilipendé", sauf au Gabon récemment, par les populations, mais il est vrai que le blancafric est l'excuse facile, matraquée à longueur de médias, par toutes les élitafric, installées par la décolonisation ou par les successions de coups d'état, comme au Tchad, pays occupé , je pèse le mot, par une ethnie soudano-tchadienne.

Je ne suis pas allé faire du tourisme au Club Med mais suis resté des mois dans plusieurs pays africains, loin des villes parfois trompeuses.

Ce que vous semblez n'avoir pas intégré, c'est que la Françafric est la continuité, sous une autre forme, de la colonisation !

Evidemment, c'est ce qui est dit, entre autres, dans l'article. Et c'est vrai. Quand au Club Med ... je connais Vittel, Gregolimano, mais je n'y suis pas retourné depuis 25 ans environ.

Et je veux bien passer un examen sur le Tchad (Ouaddaï, et N'Djamena), le Gabon (Haut Ogooué), Madagascar (Antsirabe), Addis Abeba, où je n'étais pas touriste ... Le reste, je ne connais pas.

Un billet tres interessant, qui donne envie d'approfondir le sujet. Merci.

On a toujours tort de se laisser guider par ses préjugés : Je n'ai pas lu Peyrefitte, quand son bouquin est sorti, parce que c'était Peyrefitte. J'ai eu tort, je n'ai plus qu'une solution : l'acheter d'occase sur A... au moins ça ne rapportera pas à la famille !

Vraiment merci pour cet éclairage incontestable et totalement occulté

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