Thu.
24
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Inégalités intergénérationnelles

L’article 21 dela Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne interdit toute discrimination fondée sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle.

 

Beaucoup d’études ont été menées sur les discriminations sociales, sexuelles, raciales ou religieuses. Ces discriminations subsistent malheureusement toutes, mais les mentalités évoluent à mesure que ces phénomènes sont analysés, mesurés et débattus.

 

Les inégalités dues à l’âge semblent être le dernier tabou.

 

Les faits sont pourtant édifiants (1) :

 

  • Le taux de chômage est 5,5 fois plus élevé dans la catégorie d’âge 20-39ans (19%) que dans la catégorie 40-59 ans (3,4%).
  • Le taux de pauvreté est près de 3 fois plus élevé chez les 20-29 ans (9,9%) que chez les 60-69 ans (3,7%).
  • La part du budget alloué au logement est 4 fois plus élevée chez les 20-3 9ans (17,8%) que chez les personnes âgées de plus de 60 ans (4,6%).

 

Louis Chauvel, dans son ouvrage Le destin des générations, décrit plus en détail ces inégalités et en explique les raisons historiques, économiques, sociales et culturelles.

 

Cependant, beaucoup, même parmi les plus jeunes, peinent à reconnaître que les inégalités intergénérationnelles sont bien réelles et constituent un sujet d’étude pertinent et utile.

 

Dans un article paru sur le site de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques, l’économiste Guillaume Allègre dénigre l’analyse des inégalités intergénérationnelles sous prétexte qu’elle « masque les inégalités au sein des générations et que les difficultés liées à l’entrée dans la vie active ne sont en effet pas partagées par l’ensemble des jeunes ».

Les mêmes arguments pourraient être utilisés pour affirmer que l’étude des inégalités hommes/femmes est trompeuse car elle ne tient pas compte des disparités au sein des hommes et au sein des femmes, et que le constat des discriminations raciales est biaisé car certaines personnes issues de l’immigration ont réussi socialement et financièrement.

Dans un contexte d’étude des inégalités, un contre-exemple ne peut pas faire office de démonstration.

 

Monsieur Allègre conclut sa note en notant qu’« une CSG allégée pour les jeunes bénéficierait à ceux qui s’en sortent déjà alors que l’alourdissement de la CSG sur les pensions de retraite toucherait les petits retraités et les locataires autant que les bénéficiaires de retraites-chapeau et les propriétaires ».

Ceci est juste un exemple de mauvaise politique publique. Il n’a jamais été question de taxer les hommes et les femmes différemment, ou de favoriser fiscalement les populations issues de l’immigration.

Les inégalités n’en sont pas moins réelles.

 

Les classes sociales ne peuvent pas être le seul angle d’étude des inégalités. Les inégalités sont par nature un problème multidimensionnel. S’intéresser aux inégalités entre générations, ce n’est pas essayer d’opposer les générations, ni dénier les inégalités de revenu et de patrimoine communes à toutes les générations : c’est seulement conduire une analyse plus fine pour permettre la mise en place de politiques publiques à même de défendre une réelle égalité des chances.

 

 

(1) Source : INSEE,2008

Newsletter
Je m'identifie