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Official cars dans la cité

Seize heures, Cité des fleurs rouges et noires, fin de l'atelier arts plastiques de la SA de HLM, début de la la présentation du spectacle et du goûter pour les parents et les enfants qui ont passé trois jours à bosser des histoires et des couleurs. On est dans une des cités les plus difficiles d'île-de-France. Choux gras pour la télévision dominante, à 500 euros la visite touristique, au cœur des trafics. Ici quand on vient chercher, on trouve.

Il est seize heures aussi pour les dominants du territoire.

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Une Citroën bleu marine, genre voiture de président ou de ministre, s'avance rapidement dans la poussière des allées piétonnes au mépris des autres, des petits, du danger. Le pouvoir en bagnole passe comme les carrosses de jadis dans les rue étroites du vieux Paris monarchique. Les mêmes à des siècles de distance qui écrasent la vie des gens. Les trafiquants - seize, dix huit, vingt, vingt-cinq ans- passent et se garent devant l'entrée de la tour comme devant un palais de la République ou le Carlton à Cannes.

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Bagnole-cathédrale-du-20ème-siècle-de-la-mort, bagnole rutilante. Les portes s'ouvrent, les gars sortent. C'est l'état major.

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Les gamins de l'atelier arts plastiques et les mamans, pour la plupart des noirs, regardent le spectacle. Les éducatrices s'inquiètent.

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Les adultes ont la nuque raide. La tête coincée en direction de la scène, ils n'osent regarder nulle part ailleurs. Les dessins et des peintures pleines de couleurs, pleines de promesses, défilent.

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L'état major pousse des cris pour dire qu'il est bien là comme du temps de la domination des "Sang-bleu" et des cors de chasse dans leur fief. Les portes claquent violemment. Les poignées de mains sont échangées, autres choses aussi.

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Le goûté est maintenant servi. Tout le monde de la petite fête a peur.

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Personne ne dit rien. Et puis tout le monde applaudit et s'en va. Reste le pouvoir des bagnoles, celui du gang des grosses cylindrés. C'est le spectacle du pouvoir, mais le pouvoir tout de même dans les allées de la cité.

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Pure oppression dans un monde muet.

Silence "volaille de merde" ! Le cortège officiel passe.

Tous les commentaires

"Silence volaille de merde !" , que voilà une expression peu courante , dan le civil.

C'est une citation d'un film de Bertrand Tavernier "Que la fête commence". L'abbé Dubois conseiller du régent sort de son carrosse et envoie paître les enfants qui lui demande l'aumône. Rochefort joue Dubois et Noiret, Orléans.

C'est marrant, on retrouve ce langage dans les films de Besson et ses productions. Je pense à Taxi 1 par exemple.

Je pars en vacances demain matin et n'aurai pas d'accès à mediapart. C'est dommage parce que j'aurais volontiers poursuivi cet échange entre réalité et fiction. Cette histoire de voiture de ministre, d'oppression, la Régence, Taxi, Tavernier Besson , ça fait des chocs culturels passionnants. On ne sait pas où ça va et c'est ça qui est intéressant malgré toutes les inquiétudes que cela suscite. Merci d'avoir accordé un peu d'attention à ce billet.

Beaucoup d'attention à accorder à ce billet. M'intéresse, cette collision. J'ai cru que c'était vraiment une voiture de ministre qui s'avançait dans l'allée, au milieu du menu fretin. Beaucoup de choses en peu de mots; chapeau! Une image forte, le gang des grosses cylindrées... L'image du "pouvoir". La grosse quéquette. Ministres, gangsters, bourgeois, petits bourgeois : pouvoir dire "J'en ai une grosse", pour masquer sa grosse peur de l'inconnu, hors de la bulle climatisée. Et là, me vient l'expression de Henry Miller sur "le cauchemar climatisé". A part ça, il fait chaud dans les cités aussi. A ceux qui ne connaissent pas la minceur des cloisons : "500 euros la visite touristique". Souvenirs de Seine Saint Denis et du Val de Marne, la peur diffuse, et la haine, vague, parfois explosive, et des amitiés fortes. Chapeau bas à ceux qui y vivent : respect.

A chaque territoire laissé à la féodalité, ses seigneurs et ses serfs. Certains essaient au moins de ne aps courber la tête.

Merci pour ce rappel, Alexy.

Oui Pierre, y vivre, sûrement un autre combat que ceux dont on parle d'habitude.

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