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Festival Panafricain 2009: Fanon n'était pas de la fête

Par îlots parsemés, il y avait du festif dans Alger en ce mois de juillet 2009. Un mot sur toutes les lèvres : Panaf’. Panaf’, pour dire le Festival Panafricain.

Une épitaphe qui rappelle l’année 1969, lors de ce rendez-vous qui avait fait vibrer la capitale algérienne et fait entendre son écho jusqu’aux faubourgs de Soweto.

Anti-colonialisme, Anti-impérialisme : tels étaient les maîtres mots qui ont fait fédérer des masses joyeuses venues des quatre coins du « continent noir ». C’était du temps d’une épreuve majeure du XXe siècle : la vague des indépendances.

Nos aînés témoins de la messe parlent encore avec un enthousiasme inaltéré de cette « passion africaine ». Mais il n’y avait pas seulement des Africains au Panaf’ de 69. Plusieurs mouvements d’émancipation outre-Atlantique et outre-Méditerranée se sont joints à la fête. Toute la panoplie des agitateurs de l’époque était là : Blacks Panthers, mouvements d’indépendance et tous ceux qui occupent aujourd’hui le champ des subaltern

Oui, tout cela a bien eu lieu, mais il y a quarante ans. Et le long de ces quatre décennies, bien des eaux ont coulé sous les ponts.

Hier, aux heures sombres du colonialisme et des Etats racistes en Europe et en Amérique, il s’est trouvé des voix agissantes, qui ont ouvert des horizons qui promettent une Afrique débarrassée de sa condition de réceptacle de « la misère du monde ».

Ce cri était en réalité celui de la liberté. Mais cette liberté revendiquée, il nous faut l’entendre au sens que lui donne Frantz Fanon : se libérer de soi, de sa condition. Cette nuance introduite par Fanon avait son valant d’audace, vu les contextes historiques d’alors. La libération des peuples Africains, de la Méditerranée jusqu’au Cap, est vécue dans un tel emballement que toutes les considérations qui allaient au-delà de la simple question de l’indépendance territoriale avaient peu de place aux yeux des jeunes régimes révolutionnaires.

« Une évidence s’impose de plus en plus : l’idéologie du nationalisme anticolonial, si elle a peut-être bien été une condition nécessaire à la constitution de l’unité – fer de lance indispensable de la résistance à la domination coloniale - , s’est avérée inapte à conduire ces sociétés, au-delà de l’indépendance, vers un état de libération, que ce soit à l’égard de l’impérialisme occidental persistant ou de leur propres contradictions internes », résume Tamara Sivandan (in Penser le Postcolonial, sous la direction de Neil Lazarus. Editions Amsterdam, Paris 2006)

En effet, le demi-siècle qui vient de s’écouler semble être pour les Africains le prolongement, sous un jour nouveau, d’une longe période où les rôles étaient bien distribués, dans une partie où une immense majorité de femmes et d’hommes sont soumis à la barbarie de l’exploitation par d’autres hommes.

Par une de ces ironies dont seule l’Histoire possède le secret, la quasi-totalité des mouvements de libération d’hier ont tourné aux régimes autoritaires, certaines dictatures ont même viré à leur propre caricature. Ceux qui, hier, ont porté les espérances de la libération, incarnent aujourd’hui l’impasse historique dans laquelle se trouve l’Afrique. Cette impasse s’illustre par l’épuisement des discours et des appareils qui avaient comme raison d’être une situation de domination coloniale. A la même occasion, les fortes contradictions qui minent les régimes nationalistes éclatent au grand jour, poussant leurs acteurs dans des postures de self-défense. Au mépris des nouvelles donnes sociales et culturelles, qui appellent de nouvelles lectures de l’idée nationale.

Cette ironie de l’histoire est justement la question qui traverse l’œuvre de Fanon. Une œuvre qui prend de revers les systèmes de domination, en s’attaquant d’abord aux mécanismes qui font que les dominés, à défaut de se redéfinir, se cherchent toujours un dominateur. L’étau de la domination, après s’être desserré autour de plusieurs peuples africains grâce aux capacités de mobilisation d’une génération de militants radicaux et pugnaces, s’est vite refermé sous le poids des nouvelles réalités.

Car la question lancinante qui se pose aux Africaines et Africains d’aujourd’hui est de réinventer un destin nouveau face aux nouvelles formes de domination qui ont succédé aux colonialismes et autres systèmes esclavagistes.

La voie libératrice explorée par Fanon trouve son écho dans ce que Kateb Yacine désigne comme « révolution permanente ». Autrement dit, la vigilance de la société pour préserver son acquis le plus précieux : sa liberté. Pour ainsi dire, l’oppresseur peut prendre moult formes et visages. Il lui arrive même de se réclamer du peuple.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette leçon d’humanité que nos aînés ont su élaborer, même dans son dommageable « désordre révolutionnaire » ?

Le discours « anti » avait ses réalités, ses évidences. Mais aussi ses limites. Par le passé, toutes les luttes qui ont traversé l’Afrique avaient un horizon, celui de la libération et de l’émancipation. À force de combats et de sacrifices, il s’est forgé un mythe de fraternité qui a trouvé sa force mobilisatrice à un rendez-vous précis avec l’histoire. Mais il n’est écrit nulle part que les mythes restent éternellement vivants. « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », disait René Char.

Le deuxième Panafricain d’Alger apparaît, de ce point de vue, comme anachronique. Il est à craindre qu’il n’ait pour seule finalité que de vérifier l’état de santé du clientélisme politique, dont les artistes demeurent les moutons de Panurge. Tout compte fait, ceci est aussi du nationalisme.

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le drame de l'Afrique aujourd'hui (je suis à Dakar pour 3 semaines) est calqué sur celui de l'Europe : la corruption, l'avidité, le sentiment d'impunité des Elites. D'ailleurs, on ne peut même plus parler d'Elites, mais tout simplement de Pouvoir. Démuni de scrupules et de la moindre ambition pour leur pays, ces hommes au pouvoir ne pensent qu'à deux choses : conserver le pouvoir le plus longtemps possible, le transmettre à leurs fils, et s'en mettre plein les poches. Les noms changent d'un pays à l'autre, mais les objectifs et les pratiques sont les mêmes. On pourrait rêver d'un festival Panafricain rassemblant les intellectuels et les artistes, inventant un nouveau "modèle de société". Ce modèle serait valable pour l'Afrique comme pour l'Europe, basé sur la sobriété, le recyclage, la transmission, la fraternité, le travail, le respect de la terre, la proximité. Oui, on peut rêver,

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