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Mai

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les Lumières

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Après Euripide et Socrate,après les conquêtes d'Alexandre,durant les longs siècles hellénistiques et romaines,la justice chère a Hésiode était bien oubliée;on ne faisait plus le procès des dieux qui distribuent au hasard bonheur et malheur;le ton âpre d'Euripide,ce tourmenté qui voulait pouvoir croire et espérer,a disparu.Maintenant l'absurdité d'un monde imprévisible est avouée et en même temps neutralisée ,car elle est l’œuvre de la fortune,capricieuse par nature,mais que l'on peut prier en espérant obtenir ses faveurs.En outre,certaines divinités,comme Isis,sont plus puissantes que la fortune(les litanies de cette Égyptienne hellénisée le disent).Quant à l'idéologie politico-religieuse d'un Eschyle,elle a cessé également d'être d'actualité;les cités sont toujours aussi aimées de leurs citoyens,,sont toujours le cadre des obligations,des ambitions et des dévouements,mais ,en comparaison des royaumes hellénistiques,ces petites républiques n'ont plus d’importance internationale et perdent ainsi la dignité d'objet philosophique sur lequel méditer.

Mais,par ailleurs,l'idée d'un monde absurde est insupportable,le monde d’œdipe et de son innocente "faute tragique",celui des dieux indifférents de Sophocle,des dieux incompréhensible d'Euripide.Il faut  que notre monde ait un sens qui soit conforme a nos souhaits.Alors commence le grand renversement.Plutôt que de leur faire rémunérer selon leurs mérites et démérites les bons et les méchants(ce qu'ils faisaient fort mal),on va donner aux dieux le rôle du garant du Bien.ils ne se borneront plus à régir ce que l'avenir a d'incertain et ,quelquefois,à punir les méchants;dans l'absolu,ils donneront raison aux bons;une nouvelle Antigone,bien qu'assassinée par un tyran,n'en aurait pas moins les dieux pour elle,comme garants de sa bonne conscience.La liaison de la religion et de la morale est devenue radicale;au lieu d'exiger que la réalité soit conforme à nos vœux(ou de déplorer, comme Euripide,quelle ne le soit pas),les hommes de culture ont inventé l’existence d'un niveau profond,philosophique,qui est garant du Bien.Dés le quatrième siècle,dans l'élite pensante,formée par les leçons des philosophes,il fallut donc se faire une nouvelle conception des dieux.

Alors commence un renversement décisif de la pensée religieuse:avec la philosophie les dieux deviennent l'absolu,le fondement du Bien.Le peuple,lui,se contente ,comme avant,de placer dans les dieux son espoir de bonnes récoltes,mais,pour les élites cultivées par la paideia,l'age des transcendances a commencé et durera au moins deux millénaires et demi.Lorsque Nietzsche écrira que Dieu est mort,il ne songera pas spécialement au Dieu chrétien,mais affirmera qu'avec la grande coupure du 19 siècle on a cessé de croire à un fondement transcendant de l'homme,du Vrai et du Bien;le cosmos n'est même pas mal fait,il n'est pas fait du tout.

Telle fut la révolution religieuse des lettrés,l'age des sophistes,de Socrate et de la philosophie.On se trompe, a mon avis,lorsqu'on y voit un age des Lumières,une époque d'incroyance ou s'est affaiblie la religion traditionnelle.L’archéologie et l'épigraphie hellénistiques,des grands temples aux milliers de petits ex-voto,prouvent massivement que la croyance devait rester majoritaire jusqu'à la fin du paganisme.Ne nous trompons pas de siècle,ne faisons pas un 18 siècle avant la lettre de quelques cas d'indifférence religieuse ou d'incroyance lettrés.Ce qui s'est produit est plutôt une transformation de la religiosité chez les lettrés,un nouvel âge de la dévotion,une religion rationalisé.

Paul Veyne,l'empire greco-romain pages 489;490

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