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Passe-passe mémoriel quai Branly (2/3)

Salah Ould AoudiaSalah Ould Aoudia

Maxime Marchand ; Mouloud Feraoun ; Robert Eymard ; Marcel Basset ; Ali Hammoutène ; Salah Ould Aoudia. Je me souviens du moment où j’ai entendu ces six noms, dans cet ordre.

 

 Le dernier était celui du père de mon amie d’enfance, du mari de l’institutrice qui m’avait accueillie dans sa classe de cours élémentaire. Ces hommes avaient été assassinés. C’était un matin de printemps, j’étais élève au lycée Fénelon, je croyais avoir laissé, très loin, une guerre qui de toute manière allait bientôt se terminer.

C’était hier…

 

Ils étaient fonctionnaires de l’Éducation nationale. Au départ, instituteurs, inspecteurs de l’enseignement primaire, directeurs d’école ou de cours complémentaire. L’un d’eux était aussi écrivain (1). Passionnés par l’enseignement, animés par un idéal de justice et de partage, ils avaient rejoint, pour certains dès le tout début, les CSE, ces centres sociaux éducatifs créés en 1955 par Germaine Tillion (2). Ils étaient devenus les principaux responsables de cette structure directement rattachée à l’Éducation nationale. Ils avaient rang d’inspecteur.

 

Le 15 mars 1962, ils devaient participer à une importante réunion de travail à Château-Royal, un domaine sur les hauteurs d’Alger où se trouvaient l’École normale de jeunes filles d’Alger, les bureaux et le siège des CSE, ainsi que ceux d’autres services de l’Éducation nationale et quelques logements de fonction. Le directeur, Maxime Marchand, avait convoqué oralement chacun des participants. Il se méfiait d’une possible interception du courrier par l’OAS (3).

 

C’est que, plus on approchait de la signature des accords d’Évian, qui signeraient sa défaite, plus l’OAS, pratiquant la politique de la terre brûlée, multipliait les attentats (4). Or, depuis leurs débuts, ces centres sociaux étaient très mal perçus par les milieux conservateurs algériens, dont l’hostilité augmentait en proportion de l’enthousiasme de la population (5). Ils étaient soupçonnés d’être des nids de sympathisants ou de membres du FLN. Arrestations arbitraires, mauvais traitements et tortures, leurs employés payèrent un lourd tribut à la politique de «maintien de l’ordre» telle que la concevaient les autorités civiles et militaires de l’époque (6). Il y eut aussi des titres mensongers en première page des quotidiens les plus lus par la population «européenne», dont le but était de nuire aux CSE en accroissant l’hostilité à leur égard et en justifiant les actions menées contre eux (7). Et chacun de ces six hommes se savait personnellement menacé.

 

Cinq mois auparavant, Maxime Marchand échappa de justesse à la bombe qui fit s’écrouler l’immeuble de l’inspection académique où il résidait. En février 1962, lors d’un stage à Marly-le-Roi, Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Salah Ould Aoudia et les autres stagiaires des CSE rencontrèrent le conseiller du général de Gaulle pour les Affaires algériennes. Ils lui firent part de leurs inquiétudes sur la situation en Algérie, surtout dans les grandes villes. Bernard Tricot, qui n’ignorait pas le danger auquel ces fonctionnaires étaient exposés, leur demanda de regagner leur poste afin «de travailler coûte que coûte pour empêcher l’OAS d’établir le chaos (8)». Maxime Marchand avait profité de ce séjour pour tenter d’obtenir sa mutation à l’inspection académique de Belfort, qui venait d’être créée. Mais ce poste fut attribué à quelqu’un qui ne l’avait même pas sollicité. Rencontrant un collègue à sa sortie du cabinet du ministre, Maxime Marchand lui dit : « On a promis de me nommer en France, en juin, mais je n’atteindrai pas juin : ils auront ma peau avant. » (9)

 

Et donc le 15 mars, à 10 heures, malgré les rumeurs persistantes en ville d’une importante opération de l’OAS contre les CSE, Salah Ould Aoudia, Ali Hammoutène, Robert Aimard, Mouloud Feraoun, Maxime Marchand étaient à leur poste, comme la plupart de leurs collègues convoqués. Le début de la réunion fut décalé d’une demi-heure, pour attendre les retardataires, parmi lesquels Marcel Basset. Il avait été prévu que la réunion n’aurait pas lieu dans le local habituel, mais dans un bâtiment préfabriqué, à l’écart. Mesure de protection supplémentaire, comme les convocations orales ? Peine perdue…

 

Marcel Basset arriva peu après le début de la première intervention. La porte, à peine refermée sur lui, s’ouvrit à nouveau brutalement, trois hommes armés de pistolets-mitrailleurs firent mettre les participants dos au mur, les mains en l’air. Pendant ce temps, trois personnes mettaient en œuvre les autres procédures du scénario tragique d’une action minutieusement préparée. Les lieux avaient été soigneusement étudiés, tout se passa comme prévu : neutralisation du personnel présent dans les autres bâtiments, fils du téléphone arrachés, installation de deux fusils-mitrailleurs à des emplacements parfaitement calculés, introduction des bandes de munition dans leurs logements. Les six hommes furent appelés l’un après l’autre et conduits à l’extérieur tandis qu’un quatrième terroriste rejoignait leurs trois accompagnateurs. Ils furent placés dos au mur, dans un ordre qui avait probablement été, lui aussi, calculé à l’avance, et ce fut le début d’une fusillade sauvage et continue à l’aide des deux fusils-mitrailleurs et de deux mitraillettes (10).

 

Personne ne sera jamais arrêté ou inculpé pour ce sextuple assassinat. Et pourtant ! On a su assez vite qu’il était l’œuvre des tristement fameux commandos Delta dirigés par Roger Degueldre (11). Ce dernier a été reconnu par un témoin, sur photos (12). Mais s’il a été condamné et exécuté, c’est pour d’autres crimes que celui-là : arrêté le 7 avril 1962, il a été condamné à mort par arrêt de la Cour de justice militaire en date du 28 juin 1962, pour une série de plusieurs dizaines de crimes et délits commis jusqu’au 11 octobre 1961…

 

Grâce aux amnisties successives, ceux qui sont aujourd’hui encore vivants peuvent sans crainte raconter leur participation à ce massacre et, pourquoi pas ?, en tirer gloire dans certains milieux. C’est ce qu’a fait Gabriel Anglade. Il s’est en particulier vanté auprès d’un historien américain, Alexander Harrison, d’avoir été celui qui, ce jour-là, avait tué Mouloud Feraoun, en donnant une version par ailleurs maquillée de l’événement (13).

 

Aujourd’hui, Gabriel Anglade, fondateur du PPN (Parti Pied-Noir), est président de la Maison du pied-noir située à Cagnes-sur-Mer et, depuis 2008, premier adjoint au maire de la ville. Il n’était certainement pas le dernier à défiler à Cannes, le 21 mai, la panse barrée d’une écharpe tricolore, pour réclamer l’expulsion du cinéaste français Rachid Bouchareb (14). Apprenant sa présence sur la liste du maire sortant (et sénateur UMP) Louis Nègre, le fils de Salah Ould Aoudia avait écrit à tous ses colistiers pour les informer. Aucun ne lui a répondu. Pourquoi s’en étonner ? Anglade a pu organiser en 2006 une kermesse géante où étaient vendus des pin’s de l’OAS ou arborant l’effigie du général Salan et des livres qui parlent de «l’œuvre maléfique du général de Gaulle », où les élus de la région, jusqu’à Christian Estrosi, ne répugnèrent pas à se montrer et à dire quelques mots habilement tournés, histoire de se faire applaudir (15).

 

Revenons un peu en arrière… Le lundi 19 mars 1962, à la première heure, à la demande de Lucien Paye, alors ministre de l’Éducation nationale, un même texte est lu dans tous les établissements scolaires. Il est demandé aux élèves et enseignants d’observer une minute de silence à la mémoire des six fonctionnaires assassinés. Il y eut des endroits, rares, où de rares enseignants refusèrent de lire le texte et d’observer la minute de silence. Encore plus rares furent les élèves qui refusèrent de se lever pendant cette dernière. Ce fut pourtant le cas, au lycée Pasteur de Neuilly, d’un adolescent de 13 ans nommé Patrick Buisson. Celui-là même qui sera plus tard directeur de Minute, de Valeurs actuelles, qui dirige aujourd’hui la chaîne Histoire, les cabinets Publifact (16) et Publiopinion, qui a publié en 1984 un livre à la gloire de l’OAS (17) et récidivé en 2009 avec un album sur la guerre d’Algérie (18), et par ailleurs conseiller personnel de Nicolas Sarkozy lequel, en 2007, le décora de la Légion d’honneur en déclarant spontanément, après avoir abandonné son texte écrit : « C’est à lui que je dois d’avoir été élu !» (19)

 

Comme le dit très justement Madeleine Ould Aoudia, il n’est pas question de reprocher à un adulte ce qu’il a pu dire ou faire à un âge où les opinions ne sont le plus souvent que le reflet de celles des parents. C’est en ce sens que son frère écrivit à Patrick Buisson, en l’interrogeant simplement sur le jugement qu’il portait aujourd’hui sur cette attitude d’autrefois :

« Il est capital de savoir si, devenu conseiller du Président de la République, vous reconnaissez rétrospectivement vous être mal comporté en refusant de prendre part à l’hommage rendu à six fonctionnaires de l’Éducation nationale, hommes de culture, de paix et de réconciliation, massacrés au nom de l’Algérie française par une organisation terroriste.

Je ne puis croire en effet que vous persistiez dans cette approbation donnée si ouvertement, quarante-six ans plus tôt, à des agissements que Raoul Salan, chef suprême de l’OAS, aurait désavoués à l’époque, et que déplorent aujourd’hui d’anciens criminels de l’organisation. »

Trois envois successifs, dont le dernier en recommandé avec accusé de réception, sont restés sans réponse (20). Il est des refus qui sont éloquents…

 

 

 

Voir aussi : Passe-passe mémoriel quai Branly (1/3), Passe-passe mémoriel quai Branly (3/3)… et racisme d'État rue de Bellechasse

 

 

(1) Mouloud Feraoun est le premier écrivain algérien à avoir acquis une renommée internationale. Cf. ici et .

 

(2) Jacques Soustelle, qui venait d’être nommé gouverneur général, avait demandé à Germaine Tillion de «mettre en place une formule d’organismes adaptée aux besoins des masses algériennes déshéritées ». Cf. Jean-Philippe Ould Aoudia, L’Assassinat de Château-Royal, Éditions Tirésias–Michel Reynaud, 1992, p. 65. Ce livre relate les résultats de l’enquête obstinée, minutieuse, menée par un fils pour élucider les circonstances de la mort de son père et de ses compagnons ; il n’est pas dans mon propos de rapporter ici l’ensemble d’un ouvrage qui traque les complicités, actives ou passives, entre une organisation terroriste et l’armée, la police, la justice, l’opinion ; je ne peux qu’engager à sa lecture. Je me contenterai dorénavant d’indiquer pour cet ouvrage les seuls numéros de page.

 

L’arrêté instituant la création du Service des Centres Sociaux énonce :

« Le Centre Social a pour but : de donner une éducation de base aux éléments masculins et féminins de la population, qui n’ont pas bénéficié ou ne bénéficient pas de la scolarisation et de mettre à la disposition de ces populations des cadres spécialisés dans les différentes techniques de l’éducation et spécialement de l’éducation agricole.

De mettre à la disposition de ces populations un service d’assistance médico-sociale polyvalent […] Et d’une manière générale, de susciter, de coordonner et de soutenir toutes les initiatives susceptibles d’assurer le progrès économique, social et culturel des populations de son ressort.» p. 66.

Voir aussi, à propos de cette femme exceptionnelle, l’article de Vincent Truffy paru dans Mediapart le lendemain de sa mort : Germaine Tillion, une conscience pour le XXe siècle.

 

(3) p. 29.

 

(4) Il y en eut 611 à Alger pour le seul mois de mars 1962.

 

(5) « Un centre social, dans ce pays en guerre, c’est un havre de paix, un endroit où on retrouve un peu d’espoir. Ceux qui ont faim peuvent même y trouver un peu de lait, les directeurs ayant pris l’initiative de donner à manger à leurs élèves qui leur avouaient venir au cours le ventre vide ! » p. 68.

 

(6) Deux opérations spectaculaires, en 1957 et 1959, entraînèrent une quarantaine d’arrestations : 13 personnes, dont 4 femmes, furent torturées ; il y eut deux disparus, l’un des hommes arrêtés, probablement mort des suites de la torture et le jeune frère d’une des femmes torturées, parce que celle-ci avait eu le courage de porter plainte contre ses tortionnaires (p. 69-76).

 

(7) p. 76 ss.

 

(8) p. 84.

 

(9) Serge Jouin, Le destin tragique de Maxime Marchand… et de l’Algérie, Paris, 1986, cité par Jean-Philippe Ould Aoudia, p. 84.

 

(10) 109 douilles de 9 mm furent ramassées par la police. Pour tous les détails concernant le déroulé de cet événement, je ne peux que renvoyer au livre de Jean-Philippe Ould Aoudia, déjà abondamment cité, p. 29-44. Ce dernier révèle un fait important et rarement évoqué : la liste écrite des personnes à abattre comportait un septième nom, celui de René Petitbon, directeur du service de Formation de la jeunesse en Algérie. Il n’était pas présent à cette réunion à laquelle il aurait dû assister. Cette absence reste une énigme, malgré l’enquête sur ce personnage et ses relations avec l’OAS, qu’il était chargé d’infiltrer et de diviser (p. 89-104).

 

(11) Engagé dans la légion étrangère, Roger Degueldre participa aux guerres d’Indochine puis d’Algérie. Il fut nommé lieutenant au début de l’année 1961. Il déserta quelques jours plus tard (p. 146-149).

 

(12) p. 124

 

(13) Cf. le site de la LDH de Toulon.

 

(14) Cf. le billet d’Edwy Plenel sur Mediapart : « Hors de France ! », ce cri de haine sur la Croisette.

 

(15) « Le temps des excuses est fini. » Cité par Lucie Martin, L’Humanité du 28 février 2008. Article reproduit sur le site de la LDH de Toulon.

 

(16) Voir notamment ici.

 

(17) OAS, histoire de la résistance française en Algérie, ainsi présenté par l’association « Jeune pied-noir » (merci au passage à « Pumacurieux » et au nouveau moteur de recherche de Mediapart) :

« La première histoire illustrée de l’OAS - Par Pascal Gauchon et Patrick Buisson - Préface du capitaine Pierre Sergent [condamné à mort par contumace à deux reprises, en 1962 et 1964, A. G.-C.] – Par le texte et par l’image vous allez revivre le combat pour l’Algérie française de 1958 à 1962 – Le texte de Pascal Gauchon, professeur agrégé d’histoire, est la première synthèse objective et complète d’un combat de 4 ans […] 190 photos expressives ajoutent leur force au récit – En annexes, les plus beaux textes de l’Algérie française : Colonel Bastien-thiry (sic), Antoine Blondin, Jean Brune, Jacqyes (resic) Perret, Maître J-L Tixier-Vignancour, Cdt Denoix de Saint Marc… 168 pages - 5 cartes - Format 230x32».

 

N. B. Ce texte, qui n’est plus accessible sur le site de l’association, a été repris sur un blog personnel.

 

(18) Voir sur Mediapart l’article de Samuel Kuhn dans l’édition participative «Usages et mésusages de l’Histoire» : La guerre d'Algérie française de Patrick Buisson par Mohammed Harbi et Gilbert Meynier.

 

(19) Carole Barjon, Le Nouvel Observateur, numéro 2298, 20 novembre 2008. C’est dans ce même article qu’est révélé le refus de la minute de silence. Voir le site de la LDH de Toulon.

 

(20) Voir le lien note précédente.

Tous les commentaires

01/09/2010, 10:30 | Par Serge Koulberg

Il n'est guère étonnant que la haine des gens nourris d'esprit colonial s'en prenne dans un premier réflexe à ceux qui microscopiquement tentent concrètement de promouvoir un rapport moins cynique entre les civilisations. Cet esprit colonial si présent encore aujourd'hui et dont il faudrait étudier le formes renouvelées se trouve fortement révélé par ces croisements entre l'histoire de l'OAS et celle d'aujourd'hui qui déborde largement les côtes varoises.

01/09/2010, 11:56 | Par Grain de Sel HV

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Mille bravos, Anne ! Quel formidable travail ! Et merci de nous de donner à découvrir et... à méditer !!!!!!! On se sent à la fois suffoqué et indigné.

PS: je retouche ce commentaire pour appuyer la remarque de kakoundiaye ci-dessous: que peut-on faire ? Comment relayer mieux pour "faire savoir" ? Et effectivement peut-on se contenter de frémir d'indignation et de rester les bras croisés ?

03/09/2010, 13:28 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Grain de Sel HV le 01/09/2010 à 11:56

Chère Grain, il faut absolument, en effet, relayer ces informations. C'est pour cette raison que j'ai entrepris d'écrire la série, avec l'espoir de toucher le maximum de personnes grâce à cette posibilité unique que nous avons, nous abonnés de Mediapart. À chacune des personnes se sentant concernée par ces questions d'en faire autant autour d'elle.

J'ai mis sur mon blog le lien avec l'Association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons. Je vais rajouter l'adresse électronique de l'Anpromevo, Association nationale pour la protection des victimes de l'OAS, qui n'a pas encore de site. Il y a également le site de Henri Pouillot et celui de la LDH de Toulon. Il faut les communiquer aux uns et aux autres, le plus possible. Quand on pense qu'il y a actuellement en France 33 villes qui ont un monument ou une rue à la gloire de l'OAS !

Il faut aussi faire pression sur nos élus, députés, sénateurs, pour que la proposition de projet de loi déposée le 7 juillet soit acceptée, que le projet de loi soit mis à l'ordre du jour et discuté, sans tarder. Je peux faire parvenir en PJ, à ceux qui me donneraient une adresse mail par MP, des modèles de lettres à envoyer.

01/09/2010, 10:54 | Par Atenco

Merci pour votre article. Peut-on profiter de cette excellent article pour recommander (chaudement) la lecture du roman autobiographique de Mouloud Feraoun, Le Fils du pauvre (on le trouve en livre de poche) ? Un régal...

 

01/09/2010, 11:03 | Par Patrice Beray

Impressionnante enquête. Et voici donc que la trame événementielle se précise. Car bien sûr il y a des faits sous de tels maux. Les énoncer "parce qu'il le faut bien...". Et comment. Surtout avec un tel à-propos "mémoriel".

01/09/2010, 11:03 | Par Vivre est un village

Tout assassinat par l'OAS a été terrible, quelques jours avant la paix il est resté dans le domaine de l'effroyable...

01/09/2010, 11:42 | Par kakadoundiaye

ce n'est pas une enquête c 'est un témoignage terriblement émouvant

Mais pouvons nous contenter de l'émotion, de la suffocation, que ce texte provoque en nous?

N'y a t il aucune instance de Justice qui permette d'attaquer ce Monsieur devenu aujourd'hui conseiller du Président?

Un comité de soutien à la veuve Ould Aoudia?

Mon inaction me culpabilise, deux bras ballants et inutiles et un coeur qui bat d'émotion et de colère.

 

 

01/09/2010, 13:31 | Par victorinox

Merci à vous d'avoir rappelé la mémoire de Mouloud Ferraoun et des cinq autres enseignants tombés sous les balles de la terreur, de la haine et de l'ignorance...

J'ai trouvé récemment un vieil exemplaire du "journal" de Mouloud Ferraoun...magnifique récit....

 

01/09/2010, 13:56 | Par Jean-Pierre Gosset

Merci à vous et aux témoignages recueillis, pleins de dignité.

01/09/2010, 14:42 | Par MF Cristofari

Merci, c'est fort édifiant , merci à Médiapart .

01/09/2010, 16:01 | Par Henri POUILLOT

Témoin de la Guerre d'Algérie, appelé affecté comme appelé à la sinistre Villa Susini de juin 1961 à mars 1962, l'OAS m'ayant raté à 2 reprises pendant cette période je ne peux pas ne pas intervenir dans ce débat.comme je l'ai fait pour l'autre article sur ce sujet

Voir mon site : http://www.henri-pouillot.fr

Chère Anne, je voudrais compléter par un aspect complémentaire qui devrait éclairer la responsabilité gouvernementale d'aujourd'hui.

Roger Degueldre, chef des réseaux Delta de l'OAS, a, de fait, la responsabilité, en plus de ces 6 inspecteurs, de la mort de près de 3.000 personnes et de dizaines de milliers de blessés. Il est désormais enterré à Versailles, en Région Parisienne.

Désormais depuis quelques années, chaque premier samedi de juillet une double manifestation est organisée dans la ville royale :

- Une cérémonie religieuse est organisée dans une petite église de la ville (église dans la mouvance de Saint Nicolat de Chardonnet). Certes la publicité est surprenante, et choque quelques paroissiens de Versailles, mais n'y vont que ceux qui le souhaitent et cela reste dans le domaine privé de la croyance de chacun, ce que nous pouvons donc respecter

- Une autre partie de cette commémoration n'est pas acceptable : Sur sa tombe, ces nostalgiques de l'OAS, de l'Algérie Française viennet défiler avec les drapeaux tricolores qu'ils inclinent, en déclarant cet assassin "Mort pour la France", entonnant la Marseillaise, et bien évidemment le "Chant des Africains". Sur sa tombe une gerbe de fleur y est déposée avec cette inscription "On pense, A toi, Sans cesse", ces 3 lettres OAS étant en bleu, blanc, rouge !!! Un cimetière est un lieu public, de recueillement. Imposer une telle cérémonie de type républicain est inacceptable.

En 2009, 5 enfants dont le père avait été assassinés par cet homme, une petite fille, un arrière petit fils dont l'ailleul avait été asssssiné par ces mêmes commandos étaient venus protester contre une telle infamie. Que croyez-vous ? Les autorités préfectorales qui avient été saisies, soutenues par le maire, ont décidé de laisser faire, pire, ils ont détaché des forces de police pour encercher (avec matraque et gaz lacrimogène si besoin) ces "contre-manifestants" pour les empêcher de "troubler" cette odieuse mascarade. Cette année, ils n'ont pas osé en avertir par écrit qu'ils maintenaient, renforcé, ce dispositif, ce n'est que la veille au téléphone que nous avons eu la réponse. Nous avons décidé de ne pas faire de contre manifestation, n'acceptant pas cette insulte.

Accepterait-on une cérémonie "patriotique" sur la tombe de Klauz-Barbie" et interdire que les enfants des victimes s'y opposent ? C'est d'une certaine manière ce qui s'est produit, qui se reproduit à Versailles.

voir mon site à ce sujet : http://www.henri-pouillot.fr/spip.php?rubrique77

Quand on parle de valeurs républicaines, d'identité nationale, nous ne devons pas mélanger et honnorer les périodes sombres de notre histoire mais garder à l'esprit les vraies valeurs des droits de l'homme.

 

03/09/2010, 13:30 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Henri POUILLOT le 01/09/2010 à 16:01

Merci pour vos commentaires, cher Henri, qui viennent compléter les informations que j'ai pu donner dans ces différents volets.

01/09/2010, 16:20 | Par guydufau

Grand merci pour cette enquète

01/09/2010, 16:56 | Par Mithra-Nomadeblues_

Un récit magnifiquement émouvant, qui nous donne - pour ceux qui ne connaissent pas encore cette partie sombre de l'Histoire -, une réelle possibilité d'ouvrir les yeux.

01/09/2010, 17:17 | Par Axel J

Tant d'incompréhension de ma part devant tant de points de "logique absurde"!

 

Quand on s'intéresse à telle ou telle page sombre ou violente des histoires mouvementées de telles colonisations ou de telles révolutions de par le monde, on arrive généralement très facilement à dégager des motivation logiques, sinon honorables.

 

Pour l'OAS et la lutte que cette organisation représentait cependant, on peine vraiment beaucoup à trouver une ligne logique quelconque, fusse-t-elle cynique

(et pourtant je suis doué d'une grande élasticité d'esprit quand il me faut endosser l'habit du cynique ou de l'avocat du diable).

 

Franchement,

je ne comprends pas ce qu'ils espéraient, ces gogos qui les soutenaient, mais je dirais plus: je ne comprends pas non plus quelles auraient pu être les motivations secrètes de gens plus "hauts-placés", ni quels gains ils auraient pu tirer de la manipulation d'une cause aussi absurdement impossible à réaliser?

 

Je finis par penser que "manque de jugeote" n'est pas qu'un "raccourci épidermique" pour exprimer beaucoup de choses.

Je finis par penser que ce "manque de jugeote" pourrait être beaucoup plus profondément analysable, comme une sorte d'état d'esprit général de "refus de voir les évidences" qui peut-être, en Algérie colonisée, tenait lieu tant pour les colons que pour les gouvernements et les rebelles, de "fonctionnement de la motivation morale"..?

01/09/2010, 19:15 | Par Ben.

J'ignorais tous ces faits , Anne d'ailleurs j'ai toujours peur d'aller voir , d'aller lire sur la guerre d'Algérie cela me renvoie à de triste souvenirs , à des angoisses

Mais j'ignorais ces faits

Normal , j'étais enfant durant la guerre d'Algérie , j'ai été surtout marqué par le traitement que la France allait réserver aux Harkis, l'abandon, les camps ; la trahison

L'ignorance de la gauche aux problèmes des harkis , aux massacres de plus de 100.00O d'entre eux , la manipulation de la droite , le mépris des Harkis par les Algériens nationaliste

Mais ce qui je lis dans ton billet , j'en suis effrayé

Mais que veux tu , Anne , j'aime et je reste profondément attaché à mon pays d'origine l'Algérie , le pays de mes ancêtres , de ma famille , de ma culture mais j'aime aussi la France mon pays adoptif comme un enfant de la DDASS qui aimerait ces parents adoptifs .

Je suis déchiré par tant de souffrances des uns et des autres sur cette guerre fraticide , je n'arriverais jamais à rester insensible , objectif sur cette guerre , trop de passion, trop d'affection

En tous les cas , merci Anne , pour ton témoignage et pour ton courage

 

01/09/2010, 23:04 | Par Grain de Sel HV en réponse au commentaire de Ben. le 01/09/2010 à 19:15

Ben, dis toi bien que tout ça marche ensemble, tout ça n'est que les différentes facettes d'un même drame. Drame encore difficile à regarder en face, peut-être même à regarder tout court tant les cicatrices sont encore béantes... D'où le courage et la force de ce témoignage d'Anne et le prix de ce travail.

Sache juste que nous sommes nombreux à nous sentir déchirés par tant de souffrances, de crimes, de manipulations... Ce que la France a fait subir ensuite aux harkis et à leur famille n'est peut-être qu'un prolongement de cette ignominie. Une horreur de plus, après toutes les autres horreurs.

Toute cette guerre a été une horreur absolue à tous points de vue. Et, cette série d'articles le prouve, nous sommes loin encore d'avoir été capables de la regarder en face. Tous autant que nous sommes.

Je t'embrasse.

02/09/2010, 13:16 | Par Ben. en réponse au commentaire de Grain de Sel HV le 01/09/2010 à 23:04

Merci, grain

Je t'embrasse

03/09/2010, 16:37 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Ben. le 02/09/2010 à 13:16

Cher Ben, notre souffrance est la même. Nous portons cette guerre en nous pour toujours.

Amitiés

01/09/2010, 19:41 | Par Naja

Merci Anne, pour cette magnifique leçon d'histoire du passé… et du présent ! On comprend en effet que Patrick Buisson, aux côtés de Nicolas Sarkozy, représente ces hommes de sinistres convictions, et les auteurs des crimes de l'OAS.

L'inquiétude est grande, quant aux chemins sur lesquels ils pourraient engager notre république. Comment négliger le danger ? Comment ne pas accorder la plus grande importance aux discours et aux actes xénophobes actuels ?

Ne manquons pas de jugeote ! Manifestons samedi 4 septembre pour la défense de nos libertés, et résistons partout, sans cesse.

01/09/2010, 23:55 | Par KMylène

01/09/2010 10:30Par Serge Koulberg

un bon choc des civilisations arrange bien le passé !

Merci Anne, pour ce texte, une pépite Sourire

 

02/09/2010, 08:16 | Par DANIEL CHEVALIER

Madame,

Je ne saisis pas très bien le but que vous recherchez en publiant ce tryptique...

S'il s'agit de raviver la haine entre les partisans des "porteurs de valises" et ceux de l'Algérie française, c'est un combat d'arrière-garde...

Vous semblez ignorer que le Général de Gaulle avait confié les pleins pouvoirs au général Salan, en le nommant Délégué général du gouvernement, afin de maintenir l'Algérie dans les liens de la République :

http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=99

C'est dans les dérives et la trahison du Général de Gaulle qu'il faut comprendre la création de l'OAS.

Dès lors, les débordements auxquels vous faites allusion ne sont qu'un épiphénomène, par rapport aux exactions du FLN.

S'il vous plaît, laissez les morts en Paix et ne ravivez pas des blessures non encore cicatrisées.

02/09/2010, 09:45 | Par Dominique Conil

Les morts seraient davantage en paix si les assassins avaient été jugés. Et il me semble qu'un aspect du texte ci-dessus vous échappe: l'exécution organisée des six enseignants est en effet connue ( même si leur mémoire mérite d'être rappelée). Ce qui ne l'est pas, c'est le reste.

Qu'un meurtrier revendiqué et fier de l'être soit maire adjoint d'une ville du sud ( hélas, vu le nombre de transfuges de l'extrême droite qui s'étiquettent UMP pour les besoins électoraux, dans le coin, peu étonnant) pose un problème. En organisant des raouts OAS. Cela, je crois, pose aussi un problème à une partie de la droite, et pas seulement aux antiques gaullistes historiques. Ca lui ferait quoi, à Claude Guéant, ex directeur de la crim', de serrer la main du maire adjoint de Cagnes ?

J'ai été lire l'article donné en lien de Mohammed Arbi sur la guerre d'Algérie revue et corrigée par Patrick Buisson, conseiller de Sarkozy et ex directeur de Minute. Et cet article résume parfaitement le fond. Par delà la réhabilitation de l'OAS, il n'y a pas, dans les discours "identitaires", les chasses aux..., une résurgence, mais une continuité et une cohérence qui s'affirment de plus en plus. Et que faire ? Les conseillers de l'ombre détestent la lumière: faire passer, déjà!

Pour ceux que cela peut intéresser, je signale la parution, début 2010, aux Arènes, du livre "Les grands procès 1944-2010" réunis par Pascale Robert-Diard. S'y trouvent trois longs textes signés de Jean-Marc Theolleyre, tous remarquables: l'un est consacré aux procès des "porteurs de valises" du réseau Jeanson, l'autre au procès du général Salan, le troisième à celui de Bastien Thiry, et commando Delta ( avec Tixier-Vignancourt en défense). Ce sont non seulement des compte-rendus scrupuleux, comme toujours avec Théolleyre, mais ils restituent, aussi, quelque chose de l'époque.

A part ça, au train où nous allons, je me demande ce que réserve le 3/3.

@ Henri Pouillot, merci de vos interventions. Je me suis rendue sur votre site, trop complet pour être lu en une fois, et y retournerai.

02/09/2010, 14:22 | Par johnloulou

merci Mediapart pour la democratie

03/09/2010, 07:13 | Par Jean Claude Pierson

Elève du lycée Ben Akhnoun, en mars 1962, le vieil arabe qui nous vendait des sachets de cacahuètes a l'entrée fut assassiné en pleine rue, pratiquement sous mes yeux. C'était l'époque où l'oas interdisait aux arabes de sortir dans la rue, notre marchand ne devait pas pouvoir faire autrement pour nourrir sa famille, peut être même se croire protégé par la présencer des élèves. Le premier doute d'un enfant de 13 ans au sein d'une famille pied noir qui devissait le soir venu les plaques de rue. 50 ans plus tard je suis toujours en colère, très en colère! L'intelligence avait désertée.

03/09/2010, 12:27 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Jean Claude Pierson le 03/09/2010 à 07:13

Cher Jean-Claude Pierson, merci pour ce témoignage très émouvant. Merci aussi pour l'expression “l'intelligence avait déserté”, qui contient toute notre douleur…

03/09/2010, 17:20 | Par MG2

 

Anne, merci beaucoup pour ce texte documenté et intelligent.

Simplement indispensable en cette période, quand "les volontés récidivistes " de certains/es sont clairement affichées et encouragées.

05/09/2010, 01:10 | Par GILBERT ARGELES

Réaction à la prose de Daniel Chevalier:

Je ne pensais pas trouver en 2010, de la part d'un ancien appelé, autant de rancœurs et d'approximations historiques pour tenter vainement de justifier l'injustifiable. Comment oser qualifier d'"épiphénomènes" l'assassinat extrêmement bien décrit dans cet article et qui soulève des haut-le coeur....Cela me rappelle, hélas, le jugement de LePen ("détail" !) sur les fours crématoires....

Je voudrais citer un fait concernant le Général De Gaulle:

militaire en Kabylie au moment du putsch des généraux félons, dans un Bataillon dont les chefs se ralliaient à Salan, nous, les appelés, avons pris le pouvoir aux cris de "Vive De Gaulle" même si certains d'entre nous ne l'ont pas crié de gaîté de coeur, sachant que la Guerre d'Algérie (je dis bien "GUERRE") a duré plus longtemps sous son "règne" que sous celui des gouvernements précédents. Oui, même s'il y a mis le temps, De Gaulle a été un facteur essentiel dans la fin de cette guerre qui n'en finissait pas.

Quant à ouvrir le débat sur les "exactions" je pourrai vous raconter comment les militaires de la 3° compagnie du xxx° BCA avaient organisé un concours à celui qui collectionnerait le plus d'oreilles coupées sur les corps des combattants de l'ALN, soigneusement rangées dans des boîtes d'allumettes...Voilà de quoi étaient capables les soldats d'un pays prétendument dit "civilisé"!

Témoin, comme Henri Pouillot, durant 24 mois, des exactions diverses, pleines de sadisme et d'imaginations malsaines, de la part d'un certain nombre d'individus -appelés ou de carrière- et rarement dénoncées par la hiérarchie, je peux dire que citer à tout bout de champ les exactions du FLN (que je connais) ne vise qu'à masquer l'attitude ignominieuse de l'Armée française dans son ensemble et des éléments de l'OAS.

Je pourrai raconter comment on faisait voter les populations kabyles au moment des référendums, bâton à la main, vote obligatoire , avec un seul bulletin disponible, mascarade du dépouillement en présence d'un chef de village désigné de force etc....

Non, vraiment, il faut être "attardé" pour mettre cela dans les "épiphénomènes" !!!!

D'ailleurs, 47 ans après la fin des combats (Accords d'Evian du 19 Mars 1962 ) nombre d'appelés du contingent et militaires ce carrière de l'époque, continuent à souffrir psychiquement de ce qu'ils ont vécu durant cette guerre coloniale rétrograde, ayant conduit à tellement d'"épiphénomènes" de toutes sortes, qu'une chape de silence s'est installée depuis sur la France ( se taire pour tenter d'oublier ou de masquer) , ce qui permet aux nostalgiques de l'Algérie française et aux attardés de l'OAS, de relever la tête aujourd'hui, bien aidés en cela par le ministre Falco et la clique gouvernementale actuelle qui refuse toujours de célébrer l'anniversaire du 19 Mars...

A lire sur les souffrances des appelés et rappelés de l'époque:

http://www.mediapart.fr/club/edition/les-sequelles-inconnues-de-la-guerre-dalgerie

05/09/2010, 10:37 | Par Anne Guérin-Castell

@ Gilbert Argelès

Merci de votre intervention, aussi vigoureuse que nécessaire.

Je me souviens que mon père, alors en poste en Grande Kabylie, avait refusé de participer à l'organisation du référendum de 1961. Il ne voulait pas être, de près ou de loin, mêlé à un vote dont il savait à l'avance qu'il serait truqué.

@ Daniel Chevalier

Je ne poursuis pas d'autre but que celui de dénoncer le révisionnisme historique concernant la guerre d'Algérie et l'OAS, ainsi que l'écoute complaisante que ces thèses trouvent dans certaines municipalités et juqu'au sommet de l'État.

Je ne crois pas que ce soit pas un combat d'arrière-garde, concernant uniquement ceux qui ont connu cette époque. Bien au contraire…

À propos du 26 mars 1962, je vous engage à lire le commentaire écrit hier par Henri Pouillot (08:04) sur le premier volet de la série : où l'on apprend, par deux témoignages de première main, émanant de Jean-Claude Thiodet, et qui plus est publiés sur deux sites des plus extrémistes, que le motif avancé par l'OAS pour appeler la population algéroise à manifester ce jour-là était bidon…

05/09/2010, 19:17 | Par DANIEL CHEVALIER

Chère Anne Guérin-Castell,

Je vous engage, de mon côté, à lire ce récit d'un habitant de Bab-el-Oued, qui fait un compte-rendu des évènements du 23 mars au 6 avril 1962...

http://www.babelouedstory.com/bab_el_oued_photos/1914/1914.html

Je le confirme en tous points, mon Unité ayant participé à l'enlèvement des cadavres, à la sauvette, dans la nuit du 26 mars, alors que le quartier était toujours bouclé par les gendarmes et les CRS et qu'il le fut encore pendant plusieurs jours.

Un autre témoignage audio-visuel, retransmis par TF1 en 2002, illustre parfaitement ce qui s'est passé ce jour là...

http://www.dailymotion.com/video/x5c27e_fusillade-du-26-mars-1962-le-massac_news

Je crains que vous ne vous laissiez vous-même abuser par un autre "révisionnisme", qui consiste à réécrire l'Histoire en travestissant les faits...

08/09/2010, 10:46 | Par Anne Guérin-Castell

Cher Daniel Chevalier,

L'archive que vous donnez en lien est très connue. Je ne vais pas ouvrir ici un débat d'historien sur tel ou tel point particulier du commentaire qui l'accompagne. Je ne suis pas historienne, et si je vous ai renvoyé au témoignage récent du docteur Thiodet, c'est qu'il apporte quelque chose qui n'avait jamais été dit auparavant. Il écrit d'ailleurs lui-même “Alors pourquoi cette manifestation tardive et inutile qui a coûté tant de sang et de larmes ?”, comme si un peu de jugeote lui était enfin venue avec l'âge (80 ans) !

Je crains que vous n'ayez pas tout à fait compris mon propos avec cette série. Il ne s'agit pas de nier ce qui s'est passé rue d'Isly. Il y a eu des morts, Henri Pouillot s'est attaché à les dénombrer le plus précisément posible. Je vous renvoie à son site, ce n'est pas le sujet de ces billets.

Ce que je mets en question, ce sont trois points très précis qui concernent directement Hubert Falco, secrétaire d'État à la Défense et aux Anciens Combattants:

1) le fait que les noms des morts de la rue d'Isly soient inscrits sur la colonne centrale du mémorial du quai Branly (1/3)*;

2) le fait que si des noms de victimes civiles de l'OAS étaient inscrits sur cette même colonne, rien ne viendrait renseigner sur les circonstances de leur mort, ces noms se retrouvant rangés par ordre alphabétique avec ceux des morts de la rue d'Isly (3/3);

3) le fait que s'il était demandé que les noms des six inspecteurs dont je raconte l'assassinat dans ce billet-ci (2/3) figurent sur cette colonne, seuls trois d'entre eux y auraient droit, avec éventuellement un quatrième, le Sedac excipant pour cela, sans aucune vergogne, d'un code de la nationalité d'essence raciste.

Bien à vous,

* Un monument dans le XIXe arrondissement de Paris rappelant déjà le souvenir de ces morts, tandis que leurs noms sont inscrits sur des plaques dans une commune de la baie de Cannes, comme cela est rappelé dans la lettre ouverte reproduite dans la note 10 du troisième volet.

04/01/2012, 20:32 | Par 403

Merci Anne,

Votre enquête mérite une lecture approfondie de tous les liens.

10/11/2012, 10:53 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de 403 le 04/01/2012 à 20:32

Merci de votre passage, Pepite, qui m'avait alors échappé. Oui, les liens sont importants, notamment ceux conduisant aux articles de la LDH Toulon, qui fait un travail exemplaire sur ces questions.

08/11/2012, 23:15 | Par ykechida

Bonjour Anne,

J'avais toujours pense que Saleh Ould Oudia etait mort en 1959 et non en 1961...

http://www.liberation.fr/cahier-special/0101381254-la-main-rouge-contre-le-fln

Je ne suis pas sur que cette article de liberaiton soit contre date, c'est pourquoi je vous demande votre eclairement dans cette affaire.

Yasmina

10/11/2012, 09:50 | Par Anne Guérin-Castell

Bonjour Yasmina,

Salah Henri Ould Aoudia était le fils aîné de maître Boudjemâ Benjamin Ould Aoudia (âgé de 4 ans en 1891), dont la vie “hors du commun” est retracée par Jean-Philippe Ould Aoudia dans Un élu dans la guerre d'Algérie (Paris, Éditions Tirésias, 1999). La personne dont il est question dans l'article de Libération est son cousin germain, maître Amokrane Joseph Ould Aoudia, aîné des trois fils du jeune frère de Boudjemâ. Devenu avocat comme son oncle, il a été assassiné à l'âge de 35 ans à Paris devant la porte de son étude, à la veille du procès où il devait défendre une dizaine d'étudiants algériens dont certains avaient participé à l'écriture de La Gangrène, un livre dénonçant les tortures qu'ils avaient subies dans les locaux de la DST rue des Saussaies. Ce n'est que fort tardivement, à partir de 1994, que la vérité sur ce crime commença à filtrer : il fut commis à l'instigation de Jacques Foccart avec l'approbation silencieuse du chef de l'État (de Gaulle aurait désigné du doigt, sans rien dire, le nom d'Amokrane Ould Aoudia sur une liste qui ne comprenait que deux noms, l'autre étant celui de… Jacques Vergès) et avec l'accord personnel de Michel Debré.

P.-S. Le sextuple assassinat de Château-Royal dont il est question dans cette série de billets a eu lieu en mars 62 (et non 61).

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