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Roman Opalka par Bernard Lamarche-Vadel, la lumière qui monte du fond des tableaux
… Telle qu'elle est, et si nous n'en connaissions pas le projet qui est autant de disparaître, les chiffres se résorbant chromatiquement sur leur fond, que d'apparaître dans l'épiphanie du dernier détail, l'œuvre de Roman Opalka est radicalement réaliste, on peut même dire qu'exhaussant l'abstraction des nombres dans leur représentation, à sa manière, elle clôt la force du réalisme, elle le condamne à son essence. Ce faisant, parce que du chiffre un à l'infini, cette œuvre représente par la suite des nombres qu'elle égrène le monde, cette œuvre est aussi profondément symbolique ; davantage encore dans la mesure où nous savons son projet de disparaître graduellement jusqu'à son retournement final en totalité visible.
Oui, réaliste, cette œuvre l'est, à la mesure de son époque, s'y ajointant par un geste ampliatif sur le mode qui invente et donne lieu spéculaire à sa funeste perspective qui d'habitude et par chacun est soit cachée soit refoulée. À ce péché mortel qui domine le XXe siècle qui a eu mouvante géographie terrestre avant que d'être demain cosmique, qui nourrit ses chantres et enfante des guides, il fallait certes au moins un rédempteur. C'est-à-dire un qui dans l'ordre de l'art face aux imaginations qui produisent toutes ces idoles suspendues au veau d'or de la reconnaissance capitalisée oppose l'imagination instituante de l'icône dont le trait dans le visible est portail où affluent les prières, est portail qui scelle et ouvre le passage aux puissances de l'invisible, de l'expérience, de l'imagination pure.
[…]
Nous n'en finirons pas de sitôt avec le vrai complot diabolique dans le monde du XXe siècle dont tous les autres complots dépendent qui a installé le chiffre dans la position de trône du globe où les hommes ont progressivement assis toute la vérité, c'est-à-dire le mensonge le plus pur, le plus atroce aussi. Calculs, statistiques et mesures, tout y concourt, le monde est prosterné au pied d'un chiffre, formant vœu de s'y confondre, prenant parti de s'aligner dans une suite de nombres. La guerre et la paix, la faim et la sexualité, le silence et la foule ne sont plus affaires de mots et de volonté, de regards et d'écoutes, que surdéterminés par des forêts de chiffres qui viennent en procession à l'oreille du souverain lui dire un jour que la guerre est bonne, le lendemain que l'Afrique doit mourir. Mais c'est à chacun aussi, en secret, que le chiffre vient imposer sa loi et donner ses ordres, issus du grand chiffre de l'univers auquel l'univers a décidé de ressembler jusqu'à n'être qu'un chiffre qui prend chaque jour davantage puissance de dissoudre ou éliminer ce qu'il n'est pas […] Que celui-là à côté de moi soit
Extraits du Discours en l'honneur de Roman Opalka, prononcé à l'Institut d'Art de Varsovie, Bruxelles, galerie Isy Brochot, 1992.
Le peintre polonais Roman Opalka est mort le 6 août, à Rome.
Depuis 1965, il peignait en un même format des «Détails» composés de nombres blancs sur fond noir se succédant en partant de l'unité. Depuis 1970, il nommait – en polonais – chacun des nombres au fur et à mesure qu'il les inscrivait, enregistrant ce son sur bande magnétique. À partir de 1972, il entreprit d'éclaircir chaque fois de 1% le fond de ses «Détails», visant la disparition de la séparation entre fond et chiffres. C'est vers la même époque qu'il a commencé à se photographier – vêtu d'une chemise blanche identique – chaque jour ou presque, devant son tableau en cours ou achevé.
Une grande fête devait avoir lieu à Venise le 27 août à l'occasion de son 80e anniversaire
Pour prolonger la rencontre avec Opalka, on trouvera :
un extrait de son texte Rencontre par la séparation ici ;
un entretien donné en 2000 ici ;
un reportage de l'Ina tourné en 2004 ici ;
enfin, son site officiel ici.
Bernard Lamarche-Vadel était écrivain, photographe et critique d'art. Il s'est donné la mort en mai 2000. Le musée d'Art moderne de la ville de Paris lui a consacré une exposition en 2009. On peut regardécouter sa conférence “L'Abandon de la critique d'art” ici.



Tous les commentaires
Merci, Anne , pour cette découverte
Je ne connaissais pas Roman Opalka
Paix en son âme .
Merci, Ben, de t'être arrêté pour découvrir ce peintre. Après Tadeusz Kantor et Wojciech Has, c'est un grand artiste polonais dont la mort vient sceller de son chiffre final une œuvre labyrinthique qui ne cesse d'interroger notre humaine condition.
L'interprétation que fait Lamarche-Vadel dans ce texte, que j'ai découvert (et recopié) lors de l'exposition “Dans l'œil du critique, Bernard Lamarche-Vadel et les artistes” organisée en 2009 par le musée d'Art moderne de la ville de Paris, me touche énormément. Elle donne à cette œuvre-vie une dimension qui va bien au-delà de la présentation courante qui en est faite.
C'est aussi pour moi l'occasion de rappeler cet autre artiste exigeant qu'était Bernard Lamarche-Vadel, qui a mis fin à ses souffrances (il était “bipolaire”) après avoir pris la décision de se retirer de ce qui avait fait sa réputation et sa fortune, la critique d'art, pour des raisons qu'il explique dans la conférence donnée en lien. La force ténébreuse de son roman Vétérinaires (publié en 1993, il a reçu le Goncourt du premier roman) infuse longtemps après qu'on l'a lu.
Le monde est plein de mâchoires…
Merci, Anne, pour ce prolongement
Idem, Anne, pour la découverte et le prolongemenT....
Idem Ben, Anne, pour la découverte et le prolongement....
Anne, j'étais content de faire plus ample connaissance avec Lamarche Vadel. La vidéo le montre tellement bien... Humour, intelligence, rigueur et sympathie toute naturelle pour ceux qui l'écoutent. Rare ça !
J'ai assez peu compris sa rupture avec support surface et la honte à propos de l'exposition des Oeuvre d'Alberola, Blais, etc... C'était contre la nouvelle figuration ?
Bon, mais votre propos portait sur Opalka. Là je connaissais. Le discours de BLV augmente l'intérêt pour cette oeuvre. Mais quelle que soit la sorte de "bien fondé" de l'entreprise d'Opalka, elle ne va pas nous saisir comme il le faut si nous n'avons pas à notre disposition le discours si beau, si savant aussi, du critique.
Ce qui est ambiguë.
Alain, pour autant que je puisse répondre en ce qui concerne Lamarche-Vadel, ce marginal ontologique, comme il se définissait lui-même, reprochait à Support(s)/Surface(s) une allégeance au “behaviorisme mécanique” de l'art américain, dont il vit avec amertume le règne durable s'établir en France et en Europe. En ce qui concerne La Nouvelle Figuration, je crois que sa “honte” ne vient pas tant d'un repentir à propos des artistes qu'il avait choisis pour une exposition organisée dans un appartement qu'il avait mis en vente (raison pour laquelle y figurèrent Combas, Boisrond et Di Rosa, alors étudiants aux Arts déco), que du retentissement durable de cette exposition qui fit que son nom, lequel, quoi qu'il en eût, avait au fil des ans accumulé une forte valeur incitatrice sur ce marché de l'art qu'il vomissait, était devenu inséparable de La Nouvelle Figuration, et cela au détriment d'artistes comme Gasiorowski ou Beuys, auxquels il était profondément attaché.
Et oui, il avait une haute conception de son rôle de critique d'art, et cela se lit bien dans son discours en l'honneur de Roman Opalka, qui nous révèle en quoi l'œuvre de ce peintre nous concerne chacun individuellement, nous qu'il désigne comme les survivants de cette nuit du camp, rejoignant en cela ce qu'écrit Anne-Lise Stern dans Le Savoir déporté.
Merci Anne pour ces éclaircissements, pas superflus pour moi.
Gasiorowski, Beuys, on ne peut pas dire que ces artistes soient des séducteurs n'est-ce pas ? Ce pour quoi ils m'intriguent, et parfois, souvent, m'agacent. Mais j'imagine que si un Lamarche Vadel me disait les raisons de son accord avec ces deux démarches, je serais moins buté. J'aime changer d'avis, sur ces sujets en tous cas.
Je regarde la biblio.....
Comme il n'est plus là pour le dire explicitement, je me lance dans deux hypothèses. Peut-être que ce qui l'intéressait dans ces deux artistes est leur bloc inentamable de radicalité, leur manière de mettre en jeu dans leurs œuvres et l'art et la pensée dominante contemporaine sur leur art. Peut-être – hypothèse plus assurée, car se fondant sur l'expérience – s'agit-il tout simplement d'une reconnaissance d'inconscient à inconscient. Entre marginaux ontologiques…
Sinon, en ce qui concerne l'ambiguïté que vous avez évoquée plus haut, n'est-elle pas le propre de l'œuvre d'art ? J'y ai moi-même été confrontée de plusieurs manières à propos de Wojciech Has, quand un écrivant de cinéma a mis en doute ce que j'affirmais parce qu'il n'arrivait pas à le voir, tandis que des spécialistes polonais de ce cinéaste – il y en a quelques-uns aujourd'hui – ont toujours une grande difficulté à voir ce qui me saute aux yeux et qui, cela ne relève probablement pas du hasard, concerne leur propre pays.
Comme ce n'est probablement pas un hasard si le Discours en l'honneur de Roman Opalka a été écrit en vue d'une exposition varsovienne.
Prêtons-nous nos yeux les uns aux autres…
Avec un grand merci pour cet échange,
Les "marginaux ontologiques" sont tout ce qu'il y a de plus intéressants. Mais l'inconvénient est qu'à force de d'ouvrir à n'en plus finir la déconstruction des possibilités pour approcher le blanc, le rien du tout, la vérité en somme... ils communiquent un embarras formidable. Il faut donc, à la fois les rencontrer, et puis les "oublier". comme le théorème de Goedel, qui énonce une vérité vraie, tellement embarrassante que les physiciens... en prennent connaissance et puis font comme s'il n'existait pas.
Je me souviens bien de cette période terrible où, lorsque nous imaginions filmer, une histoire, pourquoi pas, on sentait la présence des critiques d'une revue terrific, c'était, vous en souvient-il, Cinéthique... La revue de l'exigence (marxiste) absolue. Où placer la caméra pour ne pas faire de plus value sur la personne de l'acteur ? Lire Eisenstein... faire attention à Godard... On n'osait plus...
Bon, je revois ça avec le sourire maintenant. Mais je vois toujours, qu'il s'agisse de peinture ou d'écriture, s'étrécir la ligne de crête sur laquelle on aurait le droit de cheminer sans faire, comme le dirait par esemple Lamarche Vadel, des tableaux pour mettre au mur des intérieurs bourgeois...
Bon, je vous laisse. (Cette digression vient de votre place près de Marcel Hanoun. Mais ça c'est un autre genre. Il nous impressionnait vraiment.)
Ainsi, vous aussi avez été pris par le cinéma… Ce fut dans mon cas plus tardif, si bien que je n'ai lu le Cinéthique de la grande période qu'avec un certain retard, ma naïveté m'ayant protégée de bien des égarements. Ah ! Les effets idéologiques de l'appareil de base !
En fait, comme souvent, le terrorisme fut davantage le fait des suivistes que de ceux qui essayaient de penser le cinéma un peu autrement, voir par exemple le parcours de Jean-Louis Comolli. Et, comme souvent, les terroristes de papier se sont révélés être de vrais conformistes petits-bourgeois.
Dans un parallèle entre cinéma et peinture, c'est plutôt du côté du cinéma non narratif (ou expérimental) que je chercherais à appareiller le cas Opalka. Ils furent quelques-uns à la même époque à se lancer dans une ascèse picturale (Parmentier, notamment), sans chercher à imposer leur choix ni à faire école. Est-ce tellement différent de ce que firent à partir d'un moment Cézanne, Monet ou, en remontant plus loin et en avançant ce nom de façon très intuitive, Nicolas Poussin ?
Je comprends les réticences des uns et des autres devant ce qui s'apparente à un système où le mécanique aurait pris le pas sur le sensible, y compris à propos du cinéma de Marcel Hanoun, et d'ailleurs moi-même, parfois, malgré tous les liens et l'admiration…
Peut-être faut-il attendre pour juger de pouvoir observer la fécondité dans leur descendance de ceux qui ont su les “oublier”. N'est-ce pas déjà un signe qu'un graffeur comme Haribo se réclame d'Opalka autant que de Warhol ?
Et aussi s'accorder le droit de se tromper et le privilège, royal, de se gracier.
Oui, dans ces parages, il faut gracier... A tours de bras.
Mais je pensai, très tôt ce matin, à quelque chose, à une différence radicale entre les artistes, les gens, qui oeuvrent avec la mort aux trousses et ceux qui ne cessent de créer pour gagner l'amour d'autrui. Il y avait du soleil et j'ai cru voir que c'était bien clair, la séparation des uns d'avec les autres. Bien sûr, ce n'est pas si clair. Mais quand même, curieusement ça se recoupe bien avec les philosophies de l'Être pour la Mort, et celles, quelque peu dérivées, existentialistes également, de Maldiney, Jean Luc Marion, etc... de l'Etre pour l'amour.
Ca fait simpliste, de loin. Mais c'est plus coriace qu'il y parait de faire le départ entre les deux. Il faudrait un bon philosophe de carrière pour ça...
Poussin, Cézanne, Monet, ils ont toujours l'Autre en ligne de mire. Aribo aussi d'ailleurs, que je ne connaissais pas...
Tandis qu'on ne sait pas bien, avec les radicaux dont nous parlions plus haut, s'ils se plaignent de la mort qui menace et s'ils nous appellent à quelque partage sinistre d'une communauté sans surprise (on sait ce qui nous attend: le temps passe et ça va mal se terminer) et sans assez d'élégance pour nous dispenser du rappel constant d'une formalité inéluctable.
J'aimerais voir en ce moment des films, des courts si possibles, sans arrière pensée narrative. Vous auriez une idée (sûrement), de quelques titres ? A la limite des vidéos engrangées à Beaubourg et des films, tout bêtement, comme ceux qu'il était possible de voir à la cinémathèque, et qui, à l'époque, me déplaisaient.
Merci en tous cas. Sans vous, point d'Aribo pour moi.
Je trouve intéressant votre idée d'une ligne de partage des bassins versants entre amour et mort, j'ai passé une partie de la journée avec cette idée-là. Avec cette nuance, serait-ce pour gagner l'amour d'autrui ou plutôt imprimer, faire apparaître quelque chose de l'amour ?
Et vous êtes bien placé pour savoir que, lorsqu'on a reçu la mort comme compagne en cadeau de naissance, il est bien difficile, voire impossible, non de chercher à être aimé, ce qui peut passer par les pires moyens, mais simplement de croire en une possible expression de l'amour.
Pour les titres de films courts non narratifs, je suis un peu prise de court, cela fait longtemps que je n'ai pas eu l'occasion d'en voir. Vous pouvez en piocher quelques-uns dans le programme de la manifestation organisée en novembre dernier au Centre Pompidou par Cinédoc, en pdf au bas de cette page web, parmi eux, seul Soleil (1989), de Pierre Clémenti, semble facilement visible à la vidéothèque de Paris. Sinon, il faut attendre une programmation particulière, mais Cinédoc, qui distribue beaucoup de cinéastes (ici) édite aussi quelques DVD (ici).
Le site Ubuweb est une mine de films “différents”.
Dans cette catégorie, il y a aussi quelques “marginaux ontologiques”. Je suppose que vous connaissez Joseph Morder et son journal filmé, qu'il continue toujours, du moins je l'espère. Son passage à la fiction me semble moins heureux. Peut-être connaissez-vous également Jean-Claude Mocik, qui filme deux fois par mois le samedi à midi pile une porte de Paris (en les transposant quand il est en déplacement). Jean-Claude (c'est mon patron quand je bosse à l'Ina) en est à son 21e tour de Paris, et chacun peut y participer, c'est très joyeux, il donne son calendrier à l'avance (ici). Ce n'est qu'une partie de son travail de cinéaste et, tout comme Joseph Morder ou Marcel Hanoun, il est facilement accessible et prévient ses correspondants des projections à venir.
Oui, c'est de croire en la possibilité même d'être aimé qui compte. Pas la quantité d'amour effectivement reçue. Jean Luc Marion, dans son livre "Le phénomène érotique" parle de l'amour comme d'une assurance pour l'être. En très rapide : A quoi bon le cogito qui prouverait au sujet qu'il "est", selon la bonne vieille affaire cartésienne, si cet "être" n'est pas assuré par la possibilité d'être aimé. Marion parle de cet amour possible comme de ce qui assure, au sens de l'alpiniste qui se trouve être garanti, assuré dans son ascension par un "autre" qui le retient de chuter. On est loin d'une idéalisation romantique. C'est presque technique... L'amour, sa possibilité, empêche la chute de l'être.
Avant le cogito, disait, je crois, Lévinas, il y a l'autre que l'on rencontre dans une forme qui pourrait se dire : après vous, je vous en prie.
Donc, après tout ça, je dois vous remercier pour les indications et les précisions que vous m'avez données concernant la diffusion des films "pas du tout pareils". J'ai commencé à regarder. Mais trop peu pour en dire quelque chose. Simplement, j'avais envie de voir "ça". Il se trouve que mon travail actuel a besoin de "ça"! Donc merci. Je verrai ensuite à me déplacer à Pompidou ou à la vidéothèque...
Voilà qui me détermine à cesser de retarder le moment de plonger dans ce qu'a écrit Jean-Luc Marion et aussi Henri Maldiney, que je connais un peu (Ouvrir le rien). Mes plus vifs remerciements en retour, ainsi qu'à Mediapart, qui permet que de tels échanges aient lieu.
@alain Gillis,
les aller-retours entre peinture abstraite et cinéma ( abstrait) sont légions. Je n'aurais pas la prétention de vous l'apprendre. Mais parmi ceux-la il faut faire une place à Sharit qui est à mon avis le seul cinéaste à pouvoir tisser des liens avec Malevitch. Mais vous ne parlez pas de Mac Laren. Il fut souvent invité au Festival du court de Tours quand ce dernier était encore vivant. Dans les années 50 débutant. C'est là que dans ces années je pris connaissance de ces films desssinés à même la pellicule - griffés plutôt ou mêrme percds d 'épingles- Il y eut aussi des films sur des bandes que l'on doit à Gatti ou blanc-Gatti je ne sais plus.
Sharit ? connais pas... J'étais à Tours quand ce festival existait encore, dans le début des années soixantes. En tous cas, j'ai tapé Sharit... rien trouvé. dommage, parce des liens avec Malévirch, ça m'intéressait.
Pour Lamarche Vadel, je n'ai pas trouvé le texte si compliqué, et comme je l'écrivais plus haut, le type m'apparaissait très sympathique sur le petit film proposé en lien par Anne... Mais bon, il était sûrement pas irréprochable, il le dit d'ailleurs, dans ce document. Enfin, comme je n'ai pas eu à lutter dans ces domaines, de l'art et de la course à la célébrité, je ne peux pas tout comprendre de votre agacement, que je respecte.
Mais c'est compliqué les affaires d'Art plastique, entre autres choses... La tentation d'innover, l'obligation d'innover, pousse l'artiste à la recherche de manifestations extrêmes qui sont parfois, en fin de compte, du dérisoire tout simplement "gonflé". et on se retrouve avec des skis sur le cercueil...
C'était sur le chemin d'une critique de ces extrêmes que nous avons fait quelques pas, tout en causant, sur ce fil.
La mort, le temps collecté, la collection des traces de son passage, beaucoup d'oeuvres fonctionnent avec ça, et pour finir, on vernit en passant une couche de dérision.
On parlait de ça. D'amour aussi. Même si c'était parti de Lamarche Vadel.
Euh... je bois rarement du vin. Alcool sec, c'est possible ?
Alain, je pense qu'il s'agit de Paul Sharits. Je viens de voir que l'on trouve T.O.U.C.H.I.N.G, sur YouTube (je n'ai pas regardé, donc c'est sans garantie quant à la fidélité).
Je connais peu Opalka ( en surface), et je découvre Bernard Lamarche-Vadel, complètement. Infusion requise, temps lent, merci d'avoir fait passer..
Dominique, tu trouveras d'autres extraits de ses textes, à propos de Jean-Loup Trassard, sur le site de l'ami Jean-Claude Leroy que je salue au passage, Tiens, etc, ici et là. On y trouve aussi la conférence à la villa Arson.
Pour ouvrir Maldiney "Existence, crise et création" est un bon petit livre. Ouvrir le rien, je n'ai rien contre mais plus opaque, au début...
Ce n'est pas une mise en garde hein ! Juste un avis.
J'ai eu comme viatique une longue émission avec Alain Veinstein. Existence, crise et création est pour l'instant épuisé. Mais d'autres titres me tentent.
@Ann,
Pourquoi faut-il que vous évoquiez ce nom: Lamarche-Vadel.
Comment le situer dans l'histoire de la "peintutre contemporaine" étant bien entendu que je n'apporte pas à ce concept le même sens que beaucoup.
Disons clairement que je fus avec et à la suite de Pierre Souchaud un des fondateurs - en 83-et continuateur dans sa deuxième version de "Artension" qui se prétendait être un "rempart" contre l'arrivée des peintres non peignants et le défenseur et de la figuration libre et des artistes singuliers.
Et dans ces années 80 il est bien évident que nous croisions, partout, Lamarche-Vadel.
A ceci près et que nous étions la seule revue d'audience nationale à défendre ce courant, qu'il ne nous aidât guère et au contraire nous combattît.
C'est que nous ne jouions pas dans la même cours sans doute; Il y avait du coté des "experts" et autres abbés de cour une tendance à l'affichage et à la provoc mercantile que j'essaie d'analyser dans " revo cult dans la France pouj"- que j'ai mis aussi sur mon blog quoique cet article datât de 90- en glorifiant les Buren, (BAT),Journiac, autres petits provocateurs fretillants et parisiens, bouches en cul et mèches rebelles, qui tous pensaient que les critiquer était critiquer Renoir quelques années auparavant alors qu'ils ne présentaient que quelques canettes de kro - vides- des rais rouges de lumiéres, des skis du pied gauche alignés sur un cerceuil orange, des echelles métalliques ouvertes sur des bandes magnétiques et autres joyeusetés à notre admiration béate. Lamarche-Vadel appréciait et faisait partie de cette cohorte de parisiens bien en vue dînant aux meilleures tables et fréquentant de près tout le beau monde de la langerie.Arman -que je bien connus- à Nice- cassait des violons dont chacun voulait à prix d 'or acheter les miettes. Ben déclarait qu'il chiait sur l'art et chacun voulait sa part d'excrément. Lamarche vadel applaudissait et fréquentait tout ce beau monde, petits fours et marketting à la grande suprise de mes amis niçois qui, jusqu'alors jouaient entre eux -et avec moi...comme des carabins seulement décidés à faire chier et choquer le bourgeois et l'estivant friqué jusqu'au jour où , Lamarche -Vadel y jouant sans doute quelque chose, aux Ponchettes, à Nice, en Janvier 68, tous ces mécréants mal embouchés furent invités..par le Maire de Nice et tout l'establishment. On avait oublié mon pote Ben qui vint avec un pannonceau déclarant fortement " j'ai mangé un oeuf dur à 17h43"!!! Las!! les Lamarche-Vadel allaient jouer dans les années qui allaient suivre un bien trouble jeu!!!! l'esbrouffe comme cheval de bataille et les textes abscons- comme celui que vous citez-comme armure contre tous les imbéciles-dont moi- qui s 'obstinaient et s'obstine encoree to-day à chier déliberemment sur cette glose glaireuse, glaiseuse et masturbatoire.
Voila quelques réactions que suscitent cette évocation d'un grand bourgeois friqué tombé dans les arts d'aujourd'hui comme un cheveu dans la soupe aux carottes. Sollers fut son ami. C'est tout dire. Mais pour le moins LV ne fut pas maoiste. C'est déja ça.
Vous pouvez lire sur mon blog deux textes . L'un " l'expo" raconte une histoire dans le droit fil des lamarche-vadeliens deuxième génération. l'autre " est un essai d 'explication ( à teinture amrxisante) de l'incroyable dérive des arts plastiques en France.
Avec mes amitiés
Oh Kak ! Voilà revenue la fièvre des excommunications !
J'évoque et je cite Lamarche-Vadel à propos d'Opalka, qui vient de mourir, à cause de ce texte que je ne trouve pas abscons, mais bien au contraire très clair, aveuglant même, halluciné, et magnifique.
Je cite aussi Lamarche-Vadel à propos de Jean-Loup Trassard. J'aime ce peintre, j'aime cet écrivain et photographe, ce qu'a écrit à leur sujet BLV fait plus que me toucher, c'est maintenant indissociable de ma manière de les regarder, de les lire.
Ainsi, vous avez fait partie de ceux qui ont ogriffé Lamarche-Vadel. Bien des échos m'en étaient parvenus, mais je suis peu sensible à ce genre de choses. Que m'importe qu'il ait été un bourgeois, qu'il se soit gavé de petits-fours, qu'il se soit parfois terriblement trompé. Il suffit qu'il ait eu, ne serait-ce que quelques fois, mais superbement, raison. D'autant plus que cela fait maintenant 11 ans qu'il est mort, après les années de souffrance imposée par la maladie. Ce qui reste, ce sont ses écrits, et j'espère qu'ils seront bientôt rassemblés dans une édition qui, je n'en doute pas, sera passionnante.
Pour moi, il a commencé à exister autrement que comme un monstre de légende quand j'ai lu, peu après sa publication, son roman Vétérinaire, jamais relu depuis et pourtant je conserve toujours en moi les images que ce récit avait suscitées.
Alors franchement, je n'ai cure de vos querelles passées, elles m'amusent parce que c'est autant de vous qu'elles parlent que de lui, et je me réjouis de vous voir toujours aussi impliqué et combatif.
Mais, s'il vous plaît, ne parlons pas ensemble de peinture ou de littérature. J'ai lu le premier des deux billets auxquels vous me renvoyez. Je ne l'ai pas commenté parce que, sur ces points, ma sensibilité ne s'accorde pas à la vôtre. Ça n'empêche ni l'estime, ni l'amitié.
À quand vous voulez, pour parler de choses et d'autres autour d'un verre de côt et ou de malvoisie.
Belle réponse Ann!!
On n'explicite pas ce qu'on aime et vous aimez!
Grace vous soit rendue!
j'ai avec LV un tout autre rapport qui est, en gros, vous l'avez compris, celui de mon rapport avec l'Institution ( ici l'institution arts graphiques). Il fut du coté d 'un pouvoir axphyxiant et quelques soient ses qualités propres et littéraires -que je ne connais pas- il reste celui qui ne fut pas d 'un combat dont j'étais soldat, combat qui s 'attaquait effectivement aux arts officiels dont Art-Press était et demeure l'organe.
A la limite je dirai qu'il fut ambigu. Car il ne s'agissait pas d 'une querelle esthétique bien évidemment mais de l'arrivée dans les arts plastiques de ce que fut l'arrivée de la finance dans les arts économiques. Les "économistes attérés" c est ce que j'ai essayé de décrire en parlant des arts plastiques il y a maintenant quelques années mais je reste soldat de ce combat là, celui de l'homme contre la fuite en avant celui du toujours mieux contre le toujours plus etc...et je sais que vous y participez aussi.
et j' adore les vins de Loire A commencer bien sur par le Chinon....que je vous invite à venir gouter..
D'accord pour le Chinon, j'aime aussi… On organise en passant aux aimepaix ?
Il y a eu une expositon des photographies des auto-portraits de Roman Opalka en Arles, il y a quelques années. Ces photos ne pouvaient laisser indifférent tant elles mettaient mal à l'aise...
Kakadoundiaye, tu ne pouvais rater la marche... Parisien je suis je partage ton point de vue sur la glose "artpressique"...
Anne pardonne nous !
Gilles, j'imagine en effet l'exposition de ces photos avec le visage qui, lui aussi, tend à s'effacer.
Pour le reste, autant que je sache, Lamarche-Vadel aussi était en désaccord avec Art Press.
Afin de me faire mieux comprendre -quant à ce combat qui participe aussi d 'autres combats menés dans l'Education Nationale, en Médecine, dans l'économie je cite ce passage d 'une tentative d 'explication de cette dérive auquel Lamarche-Vadel participa.
"Le deuxième élément qui permet de rendre compte de la dérive quasi maffieuse des années Lang est lié à la montée en puissance, à l'intérieur de ce même Ministère, d'un fragment de classe sociale qui, réfugié dans l'Appareil d'Etat -relooké formule un- cherchera son affirmation identitaire et sa reproduction dans le déploiement d'un code, la mise en place d'une religion et d'un discours qui s'articuleront sur la nécessaire reconquête de l'Ouest et d'une prétendue modernité assimilée aux Sciences et techniques pour une part et à un baroquisme blasonnant d'autre part qui privilégieront la forme sur le fond, le signe sur le signifiant, le code sur le sens, la communication sur l'expression. Publicité, communication, marketing, signeront ainsi le « moderne » en Art, ce glissement progressif de la réalité vers son signe et de celui-ci vers la volonté de pouvoir.
.... de s'ériger en prophètes et en curés, de capitaliser à son unique profit attentions et subsides en récusant un passé parce que passé, et en encensant, fort bigottement un avenir, bon parce qu'avenir.
Donc plus de peintres, couleurs, formes, volumes, toiles, cadres .Plus rien. Peintres non-peignants, œuvres invisibles, ready-made en tout genre, installations, devinrent avec les décors et le décorum, l'événementiel et l'éphémère, le publicitaire et le tape-à-l'œil, les lettres de noblesse d'un art qui se répondait d'un bord à l'autre de l'Atlantique. Montre-moi ton crachat je te montrerai mon zizi. Claes Oldenbourg et Andy Warhol, les Happenings et Motherwell devenaient les maîtres à penser de ceux qui dans les startings blocks de la gloire et de la consécration voulaient, en France, et avec ces mentors, sinon conquérir l'Amérique et le Monde du moins jouer dans la cour des grands.
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Effort pictural somme toute... anecdotique.
Signe des temps ou maladie d'une époque : encore un artiste dont... ce qu'on appelle l'oeuvre restera sans héritier : normal, c'est une oeuvre sans héritage, même à grand renfort de discours !
Certes, Roman Opalka fut le premier ( à y penser ?!) et sans aucun doute le dernier...
Mais au fait, il fut le premier à penser et à proposer quoi sur un plan pictural ?
Quant au texte de Bernard Lamarche-Vadel, écrit voilà 20 ans... il nous prouve une chose : on peut créer du discours autour de tout et de n'importe quoi ; il suffit d'être un bon discoureur ; ce qu'il était, manifestement.
***
Vraiment, il est grand temps que l'on arrête de penser de l'Art est mort avec Auschwitz et le "pop art"et ses commerçants-artistes cyniques et veules, tout comme leur époque.
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Et puis...
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Que ce soit dit et compris une bonne fois pour toutes les fois où c'est ignoré...
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Les artistes n'ont jamais été égocentriques mais... absorbés, préoccupés, habités, obsédés par leur Art, précisément ce qu'ils portent en eux qui est... comme un fait exprès, ce qu'ils se proposent d'offrir au monde et de partager avec lui.
Distingo important.
***
Aussi, à la lumière de toutes ces considérations, je ne vois pas quel test cet artiste et son travail seraient capables de passer et de réussir...
“Parfois les aigles volent plus bas que la volaille, / Mais jamais poule ne saura monter plus haut que l'aigle…”