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Passe-passe mémoriel quai Branly (1/3)

Depuis le mois de mars, quarante-huit noms surnuméraires sont inscrits sur le Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie situé à Paris, quai Branly. Ce monument était destiné à perpétuer le souvenir des combattants «morts pour la France» en Afrique du Nord, de 1952 à 1962. Combattants, les personnes dont le nom a été récemment rajouté ne l’étaient nullement. Ils ne sont pas davantage «morts pour la France», mais bien plutôt «contre la France», lors de la fusillade de la rue d’Isly qui eut lieu à Alger le 26 mars 1962. Victimes, certes, d’un événement dramatique, mais victimes, avant tout, de leur aveuglement et de la confiance qu’ils accordaient à l’OAS, l’organisation terroriste qui, depuis un an, multipliait les attentats meurtriers en Algérie et en France.

 

Ce billet est le premier d’une série en trois volets. Il y sera question du contexte de la fusillade de la rue d’Isly et de la décision d’inscrire ces noms sur le mémorial, décision prise par le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants sous la pression de certaines associations de pieds-noirs et annoncée lors de son discours du 5 décembre 2009. Le deuxième volet sera consacré à un autre événement tragique survenu onze jours avant cette fusillade, l’assassinat par l’OAS de six inspecteurs de l’Éducation nationale. Dans le dernier volet, les implications du discours prononcé par Hubert Falco seront analysées au miroir de cet assassinat.

 

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À proximité de la tour Eiffel et du musée des Arts premiers, trois colonnes aux couleurs du drapeau français sont dressées sur la promenade piétonne du quai Branly. Elles font partie du «Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie». Ce monument aux morts contemporain, dû à Gérard Collin-Thiébaut, inauguré par Jacques Chirac le 5 décembre 2002, utilise des techniques numériques sophistiquées pour faire défiler de façon continue, en bleu, sur la colonne de gauche, les noms, classés par année et par ordre alphabétique, des soldats et harkis «morts pour la France» entre 1954 et 1962 en Algérie et entre 1952 et 1956 au Maroc et en Tunisie, ainsi que leur prénom et leur âge au moment de leur mort ; en blanc, sur la colonne du milieu, des messages relatifs à la guerre d’Algérie et un texte précisant le nombre d’appelés, rappelés, militaires de carrière, engagés et supplétifs ayant servi dans ces trois pays pendant ces périodes, tandis qu’une borne interactive permet de faire apparaître en rouge sur la colonne de droite l’un des 23 000 noms figurant sur celle de gauche (1). Face aux colonnes, une inscription en lettres capitales gravées dans la pierre : "A la mémoire des combattants morts pour la France lors de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et à celle de tous les membres des forces supplétives tués après le cessez-le-feu en Algérie dont beaucoup n'ont pas été identifiés".

 

Sur un côté, et ne faisant pas partie du monument initial, une plaque a été rajoutée. On peut y lire : «La Nation associe les personnes disparues et les populations civiles victimes de massacres ou d'exactions commis durant la guerre d'Algérie et après le 19 mars 1962 en violation des accords d'Évian, ainsi que les victimes civiles des combats du Maroc et de Tunisie, à l'hommage rendu aux combattants morts pour la France en Afrique du Nord». Cette plaque a été inaugurée le 5 décembre 2006, c’est-à-dire l’année qui a suivi la loi du 23 février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», dont elle procède directement (2), et quelques mois après l’abrogation de son article 4 après une forte mobilisation de l’opinion en France et en Algérie (3).

 

L’évocation des massacres ou exactions commis après le 19 mars 1962 est caractéristique de la rhétorique propre aux associations de pieds-noirs revanchards de l’Algérie française. En fait, comme ils l’expliquent sur un de leurs sites, ils auraient souhaité qu’en outre deux dates particulières y figurent, les 26 mars 1962 à Alger et 5 juillet 1962 à Oran. Ils n’ont pas obtenu totale satisfaction ? Qu’à cela ne tienne. Poursuivant leur travail souterrain, ils ont fini par obtenir la promesse que les noms des victimes du 26 mars 1962 figureront sur le monument même.

 

Ces victimes, comme les autres manifestants qui se trouvaient ce jour-là rue d’Isly, répondaient à un appel de l’OAS pour aller « délivrer » les habitants du quartier populaire de Bab El-Oued, bouclé depuis 3 jours à la suite d’une de ces opérations meurtrières que l’organisation ne cessait de mener depuis la signature des accords d’Évian, obéissant en cela à son chef, le général Salan, qui avait donné l’ordre « de harceler toutes les positions ennemies dans les grandes villes d’Algérie» (4). Pour Alger, cela donna : le 20 mars, 24 civils morts et 60 blessés par obus de mortier place du Gouvernement ; le 22,18 gendarmes morts et 25 blessés lors de l’attaque d’une patrouille de la gendarmerie mobile près du tunnel des Facultés ; le matin du 23, 6 jeunes appelés du contingent tués et 11 blessés, alors que deux camions militaires entraient dans Bab El-Oued. Le but de l’OAS était de faire de ce quartier une base insurrectionnelle. Un ultimatum avait été lancé, deux jours auparavant, interdisant aux forces de police et à l’armée de pénétrer à l’intérieur d’un périmètre précisément désigné (5). L’intervention immédiate de l’armée et de la police après la mort des 6 appelés entraîna des ripostes à nouveau meurtrières de l’OAS. Le quartier fut bouclé, le couvre-feu permanent déclaré. Les habitants de Bab El-Oued subirent les conséquences d’une situation créée par les têtes brûlées qui voulaient mettre le pays à feu et à sang.

 

L’appel à manifester le 26 mars faisait partie de cette stratégie mortifère. L’absence de jugeote est probablement la caractéristique principale du peuple pied-noir. Pendant des années, ils se sont laissé bercer par l’illusion, déversée chaque jour dans la presse locale (6), que l’Algérie, leur pays, pourrait rester «française». La nature des opérations militaires dans le bled, la torture exercée par l’armée n’étaient évoquées qu’avec des euphémismes lénifiants (7). Bien peu lisaient Le Monde ou L’Express, qui d’ailleurs étaient régulièrement interdits. Sans aucun recul devant le caractère outrancier des tracts appelant à manifester, les Algérois se rendirent en masse rue d’Isly, chantant La Marseillaise et brandissant des drapeaux tricolores. La manifestation était interdite, l’armée barrait le passage vers Bab El-Oued. Une grande tension régnait entre la foule et les militaires, jeunes pour la plupart. Parmi eux, les hommes d’un régiment de tirailleurs, en majorité d’origine algérienne, postés au débouché de la rue d’Isly. Une partie de la foule força leur barrage, les militaires furent débordés. C’est alors que, d’un balcon de la rue d’Isly où l’OAS avait installé un fusil-mitrailleur, partit une rafale, immédiatement suivie d’autres provenant de points stratégiques (8). Les tirailleurs ripostèrent. L’armée française avait tiré sur une foule française. L’OAS engrangera, pour longtemps, le bénéfice de sa politique criminelle, en faisant des martyrs de ces morts qu’elle n’avait pas hésité à jouer dans son combat contre la République.

 

C’est ainsi que le 5 décembre 2009, lors de la journée nationale d’hommage aux «morts pour la France» pendant la guerre d’Algérie, Hubert Falco put annoncer (9) :

«Enfin, nous avons décidé d’inscrire sur la colonne centrale du monument national du quai Branly le nom des civils français, victimes innocentes de la guerre d’Algérie.

Les premiers noms seront ceux des femmes et des hommes tués lors de la tragédie de la rue d’Isly. Puis, nous instruirons, avec méthode, au fur et à mesure des demandes, l’inscription des noms de toutes les victimes civiles innocentes de cette guerre.»

 

À quoi correspond, dans l’histoire de la guerre d’Algérie, cette date du 5 décembre ? À rien !

Elle a été choisie par défaut ! C’était, en 2002, le seul jour où l’agenda de Jacques Chirac lui permettait d’inaugurer le mémorial du quai Branly. La voilà devenue, par décret du 26 septembre 2003, jour de commémoration officiel, en lieu et place du 19 mars, date anniversaire des accords d’Évian, dont les associations de pieds-noirs ne veulent entendre parler à aucun prix : cette date serait, selon eux, celle, doublement honteuse, de l’abdication de la France et de leur abandon par leur «mère patrie». Et cela malgré l’opposition de la plus importante association d’anciens combattants, la Fnaca (Fédération nationale des Anciens combattants d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie), pour qui la seule date ne peut être que le jour de la signature des accords de cessez-le-feu. Il faut rappeler, à ce propos, que le 22 janvier 2002, c’est précisément le 19 mars qui avait été adopté par l’Assemblée nationale pour cette commémoration, et cela par 278 voix contre 204. Devant cette faible majorité et le concert organisé de protestations, le gouvernement de Lionel Jospin avait fini par renoncer à présenter le texte au Sénat. Les élections approchaient…

 

Le 5 décembre se trouve ainsi être le stigmate de l’abdication de nos gouvernants face aux associations de nostalgiques de l’Algérie française et aux pro-OAS. Dix-sept mois après ce décret, la loi du 23 février 2005 est venue associer, par son article 2, les «rapatriés d'Afrique du Nord, les personnes disparues et les populations civiles victimes de massacres ou d'exactions commis durant la guerre d'Algérie et après le 19 mars 1962 en violation des accords d'Évian, ainsi que les victimes civiles des combats de Tunisie et du Maroc» à l’hommage rendu, ce jour-là, aux «morts pour la France» (10). Quatre ans plus tard, c’est le discours du 5 décembre du secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants…

 

Le 26 mars 2010, malgré les protestations de plusieurs associations, parmi lesquelles toutes les associations d’anciens combattants d’Afrique du Nord (11), lors d’une cérémonie officielle en présence d’un représentant du secrétariat d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, qui constitue une sorte de deuxième inauguration du monument, la colonne centrale est dévoilée et les noms des morts de la rue d’Isly défilent en blanc sur la colonne centrale, en même temps que, tout à côté, défilent les noms de combattants «morts pour la France», dont certains sous les coups de l’OAS.

 

Les associations de pieds-noirs se réjouissent de leur double succès, les décisions ministérielles appuyant leurs efforts pour porter au premier plan mémoriel cette date du 26 mars et faire reculer d’autant l’attention qui pourrait être portée à celle de la signature des accords d’Évian. Ils invitent leurs adhérents à assister, après la cérémonie de ce 26 mars 2010, et selon une tradition établie de longue date, à une messe en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonneret (12).

 

De leur côté, un certain nombre de parlementaires ne sont pas restés inactifs face à cette décision. Des questions écrites ont été posées au Sénat comme à l’Assemblée, les unes après les autres et parfois plusieurs le même jour (13). Les réponses du secrétariat à la Défense et aux Anciens Combattants se ressemblent toutes : elles reprennent les termes utilisés par Hubert Falco dans son discours et dans ses réponses aux associations protestataires.

 

Le 7 juillet 2010, un groupe de 24 sénateurs dépose une proposition de projet de loi «fixant la destination du Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et relative à la mémoire des victimes de l’OAS», afin que le Mémorial du quai Branly retrouve sa destination première et son état initial, que la France reconnaisse les crimes de guerre commis par l’OAS ou en son nom, en Algérie comme en France, que soit protégée la mémoire de ses victimes, et enfin que soit restreint le périmètre des manifestations ayant pour objet de glorifier les auteurs d’agissements inacceptables commis par l’OAS ou en son nom (14).

 

En attendant que ce projet de loi soit mis à l’ordre du jour et discuté, les associations de pieds-noirs extrémistes continuent de crier victoire. L’une fait le lien avec «le succès» des manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, Hors la loi. Une autre annonce qu’il leur reste encore à obtenir satisfaction sur d’autres points. Lesquels ? Jusqu’où iront-ils ? Jusqu’où nos gouvernements successifs iront-ils dans ce qu’ils leur accordent ?

 

 

Voir la suite : Passe-passe mémoriel quai Branly (2/3), Passe-passe mémoriel quai Branly (3/3)… et racisme d'État rue de Bellechasse

 

(1) «… l’ensemble des afficheurs électroniques est piloté depuis un simple PC autorisé du ministère de la Défense, par un réseau de type Ethernet ou Intranet via le protocole TCP/IP ou par réseau téléphonique classique à l'aide d'un modem, ils permettent toute intervention à distance, telle que : mise à jour en direct, par addition d'informations nouvelles ou retrait d'informations erronées, de noms de soldats, de faits historiques …». Cf. Les dossiers du "Groupe de Réflexion etProduction" du site académique des Arts plastiques de Rouen, d’où provient également la description du monument.

 

(2) «La plaque alors apposée à côté de la colonne bleue du mémorial rappelle la volonté du législateur .» Réponse du secrétariat d’État à la Défense et aux Anciens Combattants à une question écrite de M. Alain Fauconnier publiée dans le JO du Sénat du 6/05/2010.

 

(3) Dans cet article 4, on pouvait lire (2e alinéa) : «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord…» Voir ici.

 

(4) Ce terme de «position ennemie» désignant aussi bien la police, la gendarmerie ou l’armée demeurée loyale que la population d’origine algérienne.

 

(5) «CRS, gendarmes mobiles, soldats du quadrillage, vous avez jusqu’au jeudi 22 mars, à 0 heure, pour ne plus vous occuper des quartiers délimités par la caserne Pélissier, la caserne d’Orléans, Saint-Eugène, Climat de France. Passé ce délai, vous serez considérés comme des troupes servant un pays étranger... Le cessez-le-feu de M. de Gaulle n’est pas celui de l’OAS. Pour nous, le combat commence.» Cité par Rémi Kauffer dans « OAS : la guerre franco-française d’Algérie », in Mohammed Harbi et Benjamin Stora, La Guerre d’Algérie (1954-2004). La fin de l’amnésie, Robert Laffont, 2004.

 

(6) La responsabilité des journalistes et directeurs de ces quotidiens n’a, à ma connaissance, jamais été dénoncée. Et pourtant…

 

(7) Encore moins les exactions de certains groupes ultras. La sinistre villa des Sources, en particulier, vit des civils appliquer, avant même 1954, des supplices qui deviendront ceux de l’armée lors de la bataille d’Alger.

 

(8) «Quatorze emplacements de tirs seront dénombrés avec précision après la manifestation, dont – outre les FM – 4 de PM. Des grenades explosent également au milieu de la foule. Or aucun tirailleur du 4e RTA n’en est muni.» Henri Pouillot, «Le 26 mars 1962 à Alger», sur son site Internet. Trois de ces emplacements sont visibles sur 3 photos extraites du rapport secret «Renseignements judiciaires et militaires» établi au lendemain du 26 mars 1962. Voir le site de la LDH de Toulon, où l’on peut également lire des extraits du récit de cette manifestation par Yves Courrière.

 

(9) Il faut savoir que chaque nuit, à Toulon, ville dont Hubert Falco est le maire depuis 2001, un éclairage tricolore récemment installé illumine le monument aux « Martyrs de l’Algérie française ». Avant d’être partiellement détruit en juin 1980, ce monument représentait Roger Degueldre. Voir le site de la LDH de Toulon.

Au sujet de Degueldre, voir le deuxième volet de cette série.

 

(10) Depuis lors, les associations de pieds-noirs qui luttent par tous les moyens contre la date du 19 mars n’hésitent pas à déboulonner les plaques des rues «du 19 mars 1962» ou à aller troubler les cérémonies organisées ce jour-là par certaines municipalités. Elles entraînent dans ces dernières actions des harkis, qu’elles n’ont cessé d’instrumentaliser, notamment en mettant en avant dans leurs combats le drame des harkis restés en Algérie après le retrait de l’armée française. Alors que seuls «leurs» morts leur importent vraiment, comme le prouve le nouveau combat engagé : faire glisser la date du 5 décembre au 5 juillet, qui serait l’occasion d’un double anniversaire : celui de la prise d’Alger en 1830 et celui du massacre ou de la disparition d’un grand nombre de pieds-noirs –les estimations vont d’une centaine à 400 ou 600 – en 1962 à Oran, après que des coups de feu eurent été tirés alors que les Algériens fêtaient l’Indépendance. Massacres et disparitions dont l’OAS porte pour une grande part la responsabilité, ses actions terroristes menées sans relâche dans la ville depuis le 20 mars ayant dressé l’une contre l’autre les deux communautés. Cf. Benjamin Stora, Le Monde, 27 août 1992, repris sur le site de la LDH de Toulon.

 

(11) L’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre, l’Association nationale des cheminots anciens combattants (Ancac), l’Association républicaine des anciens combattants (Arac), la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca).

 

(12) Église dans laquelle on peut voir la Vierge noire de Notre-Dame d’Afrique, ainsi qu’une plaque honorant les hommes de l’OAS condamnés à mort pour leurs crimes.

 

(13) Ce sont, pour le Sénat : Alain Fauconnier (18/02/2/2010), Nicole Borvo Cohen-Séat) (11/03/2010), Guy Fischer (25/03/2010), Michel Teston (03/06/2010), Didier Guillaume (01/07/2010).

Pour l’Assemblée nationale : Maxime Gremetz (29/12/2009), Marc Dolez (09/02/2010), Gérard Charasse (09/02/2010), Joël Giraud (16/02/2010), Nicolas Dupont-Aignan (23/02/2010), Jean-Charles Taugourdeau (02/03/2010), Marie-Line Reynaud (02/03/2010), Patrick Balkany (23/03/2010), Christian Kert (30/03/2010), Maurice Leroy (30/03/2010), Claude Bartolone (30/03/2010), Étienne Mourut (06/04/2010), Gisèle Biémouret (06/04/2010), André Chassaigne (20/04/2010), Francis Pupponi (20/04/2010), William Dumas (27/04/2010), André Wojciechowski (27/04/2010), Philippe Vitel (11/05/2010 – 2 questions), Olivier Dussopt (25/05/2010), Georges Colombier (25/05/2010), Michel Voisin (15/06/2010), Pascal Terrasse (15/06/2010), Claude Bartolone (03/08/2010).

 

(14) Voir le projet de loi ici.

Tous les commentaires

30/08/2010, 12:08 | Par Grain de Sel HV

Formidable travail ! Mille bravos et autant de mercis, Anne... Que de sang, que de douleurs, que de morts ! Et quelles difficultés pour remuer ces pans si lourds de l'Histoire ! L'OAS de si sinistre mémoire...

Je classe dans mes favoris pour lire et relire à merci...

30/08/2010, 15:23 | Par Philippe Lamy

cet article résume bien le débat sur les "mémoires" de la guerre d'Algérie. Un détail concerant la cérémonie du 26 mars. Parmi la dizaine de portes-drapeaux représentant les associations d'anciens combattants, se trouvaient plusieurs drapeaux du CNC (cercle national des Combattants)de Roger Holleindre, également présent ancien membre de 'OAS. C'est à ma connaissance la 1ère fois qu'une organisation-satellite du FN était conviée es-qualité à une cérémonie officielle présidée par le Secrétaire d'Etat, représenté par son idrecteru de cabinet

30/08/2010, 16:04 | Par michel.tubiana

Si je partage votre analyse et vos critiques, je ne pense pas utile d'y ajouter du mépris. Ecrire que l'absence de jugeote est ce qui caractérise le peuple pied-noir n'est pas très heureux. Vous pouviez vous dispenser de ce genre de commentaires qui n'apporte rien à la pertinence historique et politique de votre propos. Il en est de même d'écrire que ces gens sont morts "contre la France". Certes, en aucun cas, ils ne sont morts "pour la France", notion au demeurant fort ambigüe à tout époque, mais classer ces manifestants au même rang que les responsables de l'OAS que l'on a voulu inscrire sur différentes stèles, ce à quoi renvoie votre propos, est excessif. Michel TUBIANA

30/08/2010, 18:42 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de michel.tubiana le 30/08/2010 à 16:04

Pour la jugeote, je n'y vois pas de mépris, ni même de condescendance: plutôt, peut-être, une vision intime de ce que furent erreurs, errements, croyances, inquiétudes manipulées ( et fondées, aussi) des pieds noirs dans leur grande majorité ?

Par contre - mais j'attends les deux autres volets, où il s'agit de tout autre chose - il y a un entremêlement, organisé par quelques uns, entre deux aspects distincts:

- d'une part, comment nommer, y compris dans le souvenir, ceux qui remontaient le rue d'Isly ( ils n'ont fait que cela et crier des slogans) qui y sont morts non pour la France, en effet, notion ambigue, mais pour la France de leur imaginaire peut-être ? Le texte ci dessus souligne bien, par delà la violence des sentiments, la désinformation en Algérie.

- d'autre part l'activité de moins en moins souterraine des anciens activistes de l'OAS, tout autre chose, dument épaulés par l'extrême droite, pour décrocher blanchiment, statut de victime par amalgame. Avec esprit revanchard à la clé.

 

Le sujet travaille, de toutes parts.Cet automne sortent deux livres, tous deux traitant de l'attentat du petit-Clamart et de Bastien Thiry. Du premier, J'ai pas tué de gaulle mais ça a bien failli, de Bruno Heitz, une bd publiée par Gallimard, je ne sais pas grand chose ( article du Monde du 27 aout) . J'ai lu par contre le second, Passé sous silence, d'Alice Ferney, Actes sud, qui ( les noms ont été changés mais si on ne reconnait pas De Gaulle et Bastien Thiry...) , tout à fait indépendamment des qualités littéraires du livre, est une réhabilitation de Bastien Thiry, agissant au nom d'un sens de l'honneur hérité de la Résistance.

30/08/2010, 18:49 | Par Grain de Sel HV en réponse au commentaire de michel.tubiana le 30/08/2010 à 16:04

"Jugeote" ne veut pas dire "intelligence" ou autre, et je ne le vis pas comme un jugement de valeur. A mes yeux, il s'agit simplement de "discernement"... Disons de "sens de l'histoire" !

30/08/2010, 19:27 | Par Naja en réponse au commentaire de michel.tubiana le 30/08/2010 à 16:04

Michel Tubiana, si vous êtes bien l'ancien président de la LDH, vous êtes né en Algérie. Ceci, bien entendu, justifie de votre sensibilité au propos tenus ici à l'égard du peuple pied-noir. Je voulais vous indiquer un autre billet d'Anne Guérin-Castel, qui vous indiquera que la sensibilité de l'auteur de ce billet qui vous heurte a de semblables origines que les vôtres. Ce qui, à mon sens, la qualifie pour venir nous parler de ces événements et de leurs suites dans le présent de la république.

Voici l'adresse du billet en question. Bonne lecture, cher Michel Tubiana.

http://www.mediapart.fr/club/blog/anne-guerin-castell/270509/trois-mais-une-maison-surtout

31/08/2010, 11:11 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de michel.tubiana le 30/08/2010 à 16:04

Cher Michel Tubiana,

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier d'avoir consacré à ce billet votre premier commentaire depuis que vous êtes abonné à Mediapart.

En effet, comme l'a précisé Naja, et comme le savent ceux qui ont peu ou prou suivi mon blog depuis deux ans, il s'agit non d'une marque de mépris mais d'un regard de l'intérieur. L'expression "absence de jugeote" est venue de très loin. Elle est venue de la petite fille qui n'arrivait pas à faire coïncider les principes inculqués à la maison, à l'école, au catéchisme, et ce qu'elle observait autour d'elle ou ce qu'elle entendait dire. Elle est venue de celle qui avait entendu son père déclarer que c'était très bien que l'Indochine soit indépendante, et qui quelque mois plus tard comprenait qu'il ne pensait plus du tout la même chose à propos de l'Algérie ; de celle qui, jeune adolescente, dans l'euphorie de la grande journée de fraternisation de mai 1958, ne pouvait ouvrir la bouche pour dire "Algérie française".

On dit souvent qu'il est difficile de penser contre soi. Il est encore plus difficile, en ces âges fragiles, mais surtout infiniment plus douloureux d'apprendre à penser en pensant contre les siens. Mais peut-être en avez-vous fait vous-même l'expérience…

Ce manque de jugeote, que j'attribue globalement à un peuple, ne concerne pas tel individu ou tel autre, mais l'état émotionnel qui tout à coup emportait une foule, sans qu'aucun raisonnement, aucune distance, ne soit capable de l'arrêter. J'en ai été plusieurs fois le témoin, médusée, et une fois même la victime. Passons.

L'OAS a su en jouer de toutes les manières possibles. Cet appel à aller "délivrer" les habitants de Bab El-Oued le montre bien. Comment ces personnes, 3000 ou 4000, qui sont alors descendues dans la rue, n'ont-elles pas eu le soupçon qu'elles étaient manipulées ? Il y avait quand même les tracts, leur ton, leur vocabulaire outrancier, les meurtres quotidiens, 20 attentats par jour en moyenne en ce mois de mars 1962 pour la seule ville d'Alger, qui tuaient surtout des Algériens. Comment croire qu'il était possible de garder l'Algérie française en assassinant ses habitants ?

Quant à l'expression "mort contre la France", il s'agit bien sûr des circonstances de leur mort et non d'eux-mêmes. Ce choix qui ne vous a pas semblé heureux s'inscrit à l'intérieur du combat mémoriel dont ce billet tente de rendre compte. Car, comme vous le savez peut-être, parmi les associations qui ont obtenu l'inscription de leurs noms sur ce mémorial, il en est qui n'hésitent pas à les déclarer "morts pour la France" et qui voudraient même obtenir que l'État leur attribue officiellement cette qualité.

31/08/2010, 15:51 | Par PrBifidus en réponse au commentaire de michel.tubiana le 30/08/2010 à 16:04

Je vous rejoins totalement. C'est exactement le sens de ce que j'allais écrire dans mon commentaire.

J'ajouterai, chère Anne Guérin-Castell, qu'il est aussi absurde de traiter tous les pieds-noirs d'abrutis que de traiter tous les Roms de délinquants...

30/08/2010, 17:24 | Par polliart

merci pour ce travail sur le travestissement d'un tel lieu de memoire,qui en dit long sur la volonté de détournement opérée par les piétres supplétifs qui ne lachent rien encore aujourd'hui

alain Polliart

30/08/2010, 18:31 | Par mon truc

Comment passer devant un monument nommant ceux qui ...ou ceux qui...dans un conflit de fin de colonialisme, ont tué qui...ou été tués par qui et quand...?

La conquête puis la guerre d'Algérie ne sont pas de glorieuses affaires de la France, ce qui se passa là-bas ne laisse pas grand chose de bon quand on se promène dans Paris. Beaucoup d'Algériens sommes venus travailler et vivre honnêtement en France, nos enfants appelés "beurs" sont encore regardés avec suspicion .

ENLEVER ce monument me semble la meilleure chose à faire d'urgence !

Au Pont de la Rivière Kwaï et à Hiroshima, hauts lieux de souffrance, il n'est qu'un appel : la PAIX .

Un monument en l'honneur de l'ESCLAVE que notre pays a si ignoblement maltraité serait une véritable reconnaissance de nos agissements passés. Ensuite viendra la sculpture de l'AFRICAIN (dont l'aïeul a combattu en 1914-18) qui est retenu dans le Pas de Calais...du ROM expulsé...Plus jamais ça !

30/08/2010, 18:39 | Par Antoine Perraud

Comme un additif à votre note n°12 et pour illustrer votre démonstration aussi fine qu'implacable, chère Anne Guérin-Castell, voici une vidéo sur le brame mémoriel de l'extrême droite française au sujet de la fusillade de la rue d'Isly, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet:

30/08/2010, 19:50 | Par DANIEL CHEVALIER en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 30/08/2010 à 18:39

Ce que vous appelez " le brame mémoriel de l'extrême droite française " n'est qu'un hommage rendu à 47 civils non armés, abattus par des tirs de l'Armée française, parce qu'ils venaient manifester leur attachement à une Algérie française que leur avait promise solennellement le Général de Gaulle.

Je ne suis pas " pied noir ", ni proche du Front National. J'étais " appelé du contingent ", présent à Alger ce jour là (après avoir combattu l'insurrection pendant 18 mois en Grande Kabylie) et je puis témoigner de l'extrême brutalité des CRS et gardes-mobiles à l'égard de la population algéroise lors de ces journées tragiques.

Il faudra bien qu'un jour l'Histoire reconnaisse la trahison du Général de Gaulle envers ces Français, dont le seul tort est d'avoir cru en la parole donnée.

Posez-vous objectivement la question de savoir ce qui a provoqué la création de l'OAS et vous aurez la réponse...

 

 

30/08/2010, 20:31 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 30/08/2010 à 19:50

Cher Pierre Chevalier,

avez-vous lu le texte d'Anne Guérin Castell ? Les commentaires ? Un hommage à Saint Nicolas du Chardonnet - fief des intégristes, lieu de rassemblement d'une ceraine extrême-droite, est-il un simple hommage à des victimes civiles ? Ou une récupération de celles-ci pour faire passer un autre message ?

Chaque mot compte. Vous parlez d'"insurrection", ce que d'autres appellent guerre d'indépendance. Ce qui a provoqué la création de l'OAS a déjà été éclairé par de nombreux textes et travaux ( par bien plus savants que moi). Et toutes les questions doivent être posées, vous avez raison. Par exemple, qu'est-ce qui a provoqué l'"insurrection" ?

30/08/2010, 22:17 | Par Antoine Perraud en réponse au commentaire de Dominique Conil le 30/08/2010 à 20:31

Le commentateur auquel vous répondez, chère Dominique Conil, n'est pas Pierre Chevalier, excellent homme qui a su doter la chaîne Arte de fictions dignes de la meilleure télévision, mais un autre Chevalier, arrivé parmi nous en juillet, sans doute trop tard pour nous apitoyer, à l'occasion de la fête nationale, sur le sort du gouverneur de Launay et de cinq autres défenseurs de la Bastille zigouillés durant la prise de la forteresse.

Il y a toujours quelqu'un pour regarder le doigt quand on lui montre la lune...

Bien à vous cordialement,

30/08/2010, 22:23 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 30/08/2010 à 22:17

Merci de corriger! Mon clavier a fourché!

04/09/2010, 08:04 | Par Henri POUILLOT en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 30/08/2010 à 18:39

Je viens de recevoir ce commentaire de mon ami Jean-Phillipe Ould Aoudia et je ne peux m'empêcher de vous le livrer. Il est une réponse cinglante au "reportage" de cette vidéo tournée à l'église Saint Nicolas du Chardonnet :

Des précisions sur le bouclage de bab el Oued, qui apportent un éclairage nouveau sur la nature de la manifestation du 26 mars 1962 sont données par le Docteur Jean-Claude Thiodet sur un site voué aux thèses pro Algérie Française.

Interne en chirurgie, de garde du 23 au 26 mars à la Clinique Durando située à l'intérieur du périmètre bouclé par l'armée française, ce témoin écrit ceci (1) : "...Ce qui me trouble, c'est que l'affaire Bab el Oued était terminée depuis le samedi 24 au soir ! ... Le dimanche matin, les copains qui étaient à la Clinique et moi, nous sommes allés à pied traîner dans les rues... Dans la journée du dimanche, le professeur Bourgeon et le professeur Goinard sont venus à la clinique pour se rendre compte de la situation. ils nous ont aidés à faire évacuer par les ambulances des pompîers des membres de l'OAS qui s'étaient réfugiés à la clinique, dont le capitaine Achard et à qui j'avais fait sous anesthésie locale une petite cicatrice cutanée d'appendicectomie !!! La Croix Rouge est arrivée avec des vivres vers la fin de la matinée ! Bref, le Bouclage était en train de se lever ! Alors pourquoi cette manifestation tardive et inutile qui a coûté tant de sang et de larmes ?..."

Ce témoin écrit également (2) : "Le dimanche 25, la ville paraissait calme et nous sommes allés visiter les autres quartiers... Mgr Duval... s'est fait conduire dans le quartier afin de visiter les populations de Bab el Oued et leur apporter son réconfort religieux... Naturellement, dès qu'il a été reconnu, il a été hué et a prudemment rebroussé chemin... Lundi 26, nous nous sommes reveillés dans une ville silencieuse. Des patrouilles circulaient mais il nous a été possible de nous promener dans les rues..."

 

Donc prétendre, pour justifier la manifestation orchestrée par l'OAS de l'après midi, qui devait avoir pour but d'apporter des vivres à leurs compatriotes assiégés et affamés dans Bab el Oued est fallacieux.

La manifestation était fondamentalement insurrectionnelle.

(1) Site www.Alger-roi.net

(2) commentaire 6217 du 15 septembre 2008 sur www.notrejournal.info"

Ces témoignages du Docteur Thiodet, tellement impliqué dans cette cause de l'Algérie Française, compte tenu de son passé, s'exprimant sur la plupart des sites de cette mouvance, détruit cette thèse du siège de Bab el Oued...

30/08/2010, 19:41 | Par Naja

Effrayant de voir combien dangereux il est, pour tout un peuple, d'éviter soigneusement tout ce qui aurait permis de faire le deuil d'événements graves. Si cela avait été fait, et que le calme soit retombé sur les tombes des victimes, nous parlerions plus sereinement de l'Algérie, mais aussi de la période de Pétain, qu'il est devenu dangereux (au regard des juges) d'évoquer à propos du présent.

Allons-nous prolonger ainsi longtemps les déchirements du passé ? Comme le dit excellemment Pierrette Baudouin ci-dessus, nous ne devrions célébrer que la Paix. Mais la Paix est-elle réellement revenue ?

30/08/2010, 22:42 | Par Antoine Perraud en réponse au commentaire de Naja le 30/08/2010 à 19:41

Il y a une dimension à la fois romanesque et tragique dans cette histoire sans fin. Prenons la note n°6 du billet d'Anne Guérin-Castell, qui pointe la responsabilité des journaux et de leurs directeurs ayant chauffé à blanc l'opinion coloniale. L'exemple le plus parlant fut Alain de Sérigny, directeur de L'Écho d'Alger (on peut l'écouter au microphone de Jacques Chancel en 1975, évoquant notamment les Pieds-Noirs à la neuvième minute: http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/epoques/audio/PHD95074825/alain-de-serigny.fr.html ).

Eh bien Alain de Sérigny était le père d'Éric de Sérigny, conseiller occulte d'Éric Woerth et «ami de quarante ans» du gestionnaire de fortune Patrice de Maistre; ce qui nous ramène étrangement à l'affaire Bettencourt...

http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Woerth-Le-reseau-Serigny-215059/

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=1375

 

31/08/2010, 01:36 | Par Naja en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 30/08/2010 à 22:42

Cher Antoine Perraud,

mes souvenirs de cette période (j'avais 18 ans en 1962, et pas encore ouvert aux questions politiques…) me rappellent que certains en France métropolitaine (probablement progressistes) avaient fait remarquer qu'un journal algérois s'était mis à faire précéder d'un "Monsieur" respectueux le patronymes des hommes qui n'étaient alors que des "indigènes" ou des "musulmans". Je crois comprendre aujourd'hui que ce n'était pas L'Echo d'Alger.

Il faudrait rappeler le souvenir de ceux qui ont été capables de telles transgressions.

Et savoir que d'autres transgressions deviennent aujourd'hui nécessaires, qu'on regroupe sous le terme de "résistance".

31/08/2010, 14:24 | Par kakadoundiaye en réponse au commentaire de Naja le 31/08/2010 à 01:36

@antoine Pernaud

Juste une note d'humour et d 'humeur dans une série de commentaires tous douloureux sur lesquels j'ai je crois aussi mon mot à dire voir plus loin

J'ai vécu quelque temps à Sérigny dans la Vienne, prés de Chatellerault -86- et surtout de Richelieu-37- et à l'époque je signais erick de Sérigny. ..dans beaucoup de papiers ( dans Africasia par exemple) mais aussi dans le livre co écrit avec Cortazar sur le Chli.....et de m'apercevoir, ici, qu'il y avait un eric de sérigny me fait un drole d 'effet....

30/08/2010, 21:48 | Par nadja

Merci pour cet article fort intéressant. On le voit dans ce fil, lorsque un passé mal éclairé est exhumé les risques d'usurpation sont grands et les passions sont toujours là...

30/08/2010, 23:21 | Par Christel

Formidable billet...

30/08/2010, 23:52 | Par Axel J en réponse au commentaire de Christel le 30/08/2010 à 23:21

Oui, on attend les deux autres volets avec grand intérêt.

Merci aussi aux commentateurs.

30/08/2010, 23:55 | Par Gwénaël Glâtre

Finalement, la question de la "jugeotte" des pieds-noirs, que j'ai trouvée aussi de mauvais ton à la première lecture (les pieds-noirs étaient 1 million d'Européens, si on les prend tous, et plusieurs centaines de milliers de rapatriés en France) qui peuvent aussi avoir été porteurs de valises, sociologiquement; finalement donc, je suis intrigué par le mot qui est revenu dans plusieurs bouches ici à leur propos: le mot "peuple" pieds-noirs.

On entend normalement par peuple une certaine unité sociale, culturelle et politique, qu'il y avait à coup sûr, et donc aussi une certaine conscience collective, une identité de "l'entre-deux", comme on parle aujourd'hui dans un tout autre contexte des "in-between". Cela mesure la distance qu'a pu avoir ce "peuple" qui se voulait pourtant à moitié algérien ou a contrario, la mémoire qu'on lui prête. Je ne pense pas, cependant, que le terme soit bien choisi, même si les événements ont pu pousser à une certaine "ethnogenèse" des pieds-noirs jusqu'à s'affirmer comme puissance militaire.

Mais cela me renvoie aussi à lecture de Chroniques algériennes de Camus que j'ai emportées dans mes bagages au Soudan (pour le côté perso) pour réfléchir sur le regard que moi-même je pourrais avoir face à "l'arabe" de Camus qu'a méticuleusement décrit Edward Said dans L'Orientalisme (ou était-ce Culture et Impérialisme). Et ce qui me choque, 60 ans plus tard, c'est la mauvaise foi du "pied-noir" qu'était Camus, défenseur des "arabes" et se voulant algérien, finalement, sans vouloir reconnaître la distance qui le séparait "ontologiquement" de ceux qu'il aurait voulus comme frères. J'ai encore un certain effroi en relisant ce Camus-là et comment sa "mauvaise conscience" habite encore nos discours et nos interactions avec le "Monde arabe".

Je dirais aussi que ce complexe devra être jugé, compris et dépassé de manière beaucoup plus étroite avec la partie arabe pour surpasser, non pas seulement une colonisation de 130 années, mais une ignorance de plus d'un millénaire. Les recherches conjointes de Mohamed Harbi et Benjamin Stora nous y invitent ainsi que les dernières recherches sur les "renégats" ou la "lingua franca" en Méditerranée à l'époque moderne. Je crains cependant qu'il ne nous faille de nombreuses années, décennies, siècles, pour totalement nous réconcilier et nous redécouvrir, dans une sorte de "franco-algérie" positive et unie par de multiples liens et projets communs.

Pour surpasser ces conflits de mémoire, qui sont aussi des conflits géopolitiques, il faudra bien, je crois, faire face aussi à l'héritage de l'Empire colonial français encore totalement refoulé, par exemple dans l'espace de la Francophonie, pour rétablir des relations plus apaisées et polycentriques comme sait peut-être mieux le faire la forme Commonwealth.

En tout cas, merci beaucoup à Anne pour la précision de son analyse et à sa sensibilité, et pas seulement historique... J'ai déjà hâte au suivant.

31/08/2010, 02:03 | Par Naja en réponse au commentaire de Gwénaël Glâtre le 30/08/2010 à 23:55

Vous écrivez, Gwenaël "J'ai encore un certain effroi en relisant ce Camus-là et comment sa "mauvaise conscience" habite encore nos discours et nos interactions avec le "Monde arabe"."

À propos de Camus (dont je n'ai pas lu les Chroniques algériennes, mais dont je me suis souvenu que, dans ses romans, les arabes sont curieusement privés de nom), je me permets d'apporter ici un billet qui reproduit un article de 2009. Cet article m'avait fait réfléchir à l'"humanisme" de Camus, terme dont je suis bien las qu'on l'accole au nom de Camus. Mais nous sommes en 2010, et NS est au pouvoir, et, comme l'Afrique, nous ignorons où nous allons…

http://www.mediapart.fr/club/blog/naja/050110/albert-camus-un-humaniste-algerien

31/08/2010, 09:08 | Par Jean Claude Pierson

Je crois que ce qui caractérise le mieux "l' état des pieds noirs" aujourd'hui c' est l'impossibilité de faire leur deuil par"déni historique". C'est cette impossibilité de s'inscrire dans l'histoire, ce sentiment d'être les"cocus",les dindons de la farce,ce sentiment diffus d' être a côté de la plaque,d'où cette frénésie mémorielle pour se sentir exister. Ils ont trouver en NS le représentant d'un grand mouvement souterrain qui veut lui aussi réécrire l'histoire de France en recommençant au choix le 3 août 1789 ou le 1 juillet 1905 . Que l'ont choisisse ASTERIX ou CLOVIS et notre desseins changent notre destin avec, il ne faut rien lâcher sur l'HISTOIRE. A vos stylos citoyens

31/08/2010, 10:19 | Par Antoine Perraud en réponse au commentaire de Jean Claude Pierson le 31/08/2010 à 09:08

Cher Jean-Claude Pierson,

Les Pieds-Noirs ne sont heureusement pas indivisibles. Citons les Pieds-Rouges, dont Henri Alleg (né en 1921), qui fut directeur d'Alger républicain, demeure le vivant symbole.

Il y a aussi, fort heureusement, des Pieds-Noirs ayant été capables de faire le deuil en toute équité. Je pense en particulier à Louis Gardel, dont le roman La Baie d'Alger (Seuil, 2007) permet de tout comprendre et de tout ressentir, de l'injustice faite aux colonisés au sentiment d'injustice ressenti par le petit blanc ayant trimé «au cul de la mule» avant qu'un abîme ne s'ouvrît sous ses pas.

Bien à vous cordialement,

31/08/2010, 13:48 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 31/08/2010 à 10:19

Peut-on ajouter le docteur Daniel Timsit - il n'est pas seul, bien sûr - mais la mémoire affective...

 

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31/08/2010, 11:11 | Par michel.tubiana

Chère Anne Guerin-Castell,

La question des origines des uns et des autres ne me paraît pas de mise ici. Non qu'il s'agisse de soutenir que l'histoire de chacun n'influe pas, mais ceci ne saurait être un argument déterminant. Après tout, je n'ai pas été élevé dans le culte de cette bourgeoisie antisémite coloniale et la détestation que portent à la LDH les organisations de nostalgiques rapatriés, en particulier sous ma présidence...(ah le traitre...) m'amuse plus qu'autre chose. Mais, ce que m'a appris mon, maintenant ancien, militantisme à la LDH, c'est qu'entre la manière de trancher une question sur le plan politique et celui des principes, et je ne crois pas qu'il y ait à ce propos l'épaisseur d'une feuille de papier entre nous, et l'impact individuel ou tout simplement humain de la solution donnée à cette question, il y a une distance. C'est cette distance qui a fait que je me suis exprimé en qualifiant de "crimes d'Etats", le sort réservé aux harkis (en Algérie et lors de leur venue en France) tout simplement parce qu'au-delà du jugement politique que l'on porte, rien ne justifiait les massacres annoncés et les discriminations ensutite infligées. Etre du mauvais côté de la barricade ne justifie pas tout. C'est en ce sens là que votre formulation m'a choqué car plus que comprendre ce que vous vouliez dire, j'ai imaginé ce que le sens commun pouvait comprendre des deux formules que vous avez employées. A tort ou à raison, je ne désespère pas de faire comprendre et pour cela il ne faut pas entamer l'explication par la dévalorisation de son interlocuteur...

Bien à vous Michel TUBIANA

31/08/2010, 11:46 | Par XAVIER CHARMOY

Finalement, devant ce fatras d'intérêts contradictoires et en vue d'une réconciliation nationale, il vaudrait mieux des "monuments aux morts" sans inscription du tout..., génériques en quelques sortes...et laissons les morts enterrer les morts...

31/08/2010, 11:58 | Par guydufau

Tant qu'on y est, ajoutons parmi les morts pour la France Bastien Thiry

31/08/2010, 12:03 | Par françois périgny

Billet et fil passionnant, mémoire vive. Douleur, souvenirs.

Jeux d'enfants (nous étions des "métropolitains") dans un cimétiére musulman : un jardin, pour nous. Avec le "tombeau du marabout" que nous n'approchions qu'avec crainte et respect.

Et puis le bruit des "pains de plastique", les explosions, et les rafales de mitraillettes.

Et sur les murs, plus tard, quand nous sommes "rentrés en France" (nous, les enfants, venions d'Allemagne, auparavant) ces lettres peintes en noir sur les murs : O.A.S. Sombre, sombre passé, mêlé de lumineux souvenirs de Blida.

31/08/2010, 12:23 | Par Danielle Jaeggi

Exccllent billet sur des événements dont je ne connaissais que les grandes lignes.

Merci Anne

31/08/2010, 12:33 | Par Philipp

bel article, passionnant malgré l'absence d'intérêt que je porte au sujet, avec ce qu'il faut "d'imperfections" pour que le lecteur ressente la passion de l'auteur. il y a en vous une fougue que Zola ou Zevaco ne renieraient pas.

31/08/2010, 15:11 | Par Anne Guérin-Castell

Cher Michel Tubiana,

Votre premier commentaire a été pour moi l'occasion de donner une sorte de “boîte noire” intime à l'usage des lecteurs, et je vous en remercie. En effet, j'avais un moment songé à le faire, puis renoncé. Puisque c'est par là qu'a commencé ma réponse, il fallait probablement que cela fût fait.

Il est vrai que je ne suis pas militante, et ce n'est pas en tant que militante que j'ai entrepris d'écrire cette série.

Je comprends parfaitement votre position. Je n'aurais d'ailleurs jamais pu écrire une phrase comme "Tous les pieds-noirs…", ou même "Les pieds-noirs manquent de jugeote". J'avais parfaitement conscience de la non pertinence du mot “peuple”, fort justement pointée par Gwénaël. L'utiliser alors était une manière de faire comprendre que cette absence de jugeote concernait uniquement un groupe, dans ses manifestations de groupe.

L'architecture participative du site sur lequel nous nous trouvons permet que des échanges s'engagent, que les désaccords s'expriment et que les formulations discutables soient expliquées et pondérées. Grâce à vous, cela a pu également avoir lieu.

Merci pour l'intérêt que vous avez porté à ce premier volet et le débat que vous avez engagé.

Bien à vous cordialement,

31/08/2010, 13:35 | Par Bernard Colin

Félicitations !

31/08/2010, 14:29 | Par Arpège

Très très intéressant : je n'ai rien compris !

Faut dire je n'ai jamais jamais compris non plus ce qu'incarne réellement la dénomination : Pied-noirs. Voilà un terme qui sonne un peu péjorativement à mon oreille, c'est à peu près tout ce que je peux en dire.

Je n'aurais pas aimé par exemple être Pied-noir, qu'on puisse dire de moi : c'est une Pied noir. Peau Rouge à la rigueur, peut-être un peu plus, mais pas sûr non plus. J'aime pas bien cette stigmatisation induite.

Donc j'apprends ici qu'il s'agit d'un peuple. Pas une population, un peuple. Je ne m'attarde pas sur le fait que ce peuple n'ait pas de jugeotte, là j'ai à peu près compris ce que voulait dire l'auteure de ce billet confus : il aurait fallu un discernement politique d'ensemble à ce peuple à un moment t de son histoire, ce qui ne fut pas le cas. Par contre je n'ai pas compris de quel discernement il eut été bon qu'il fasse preuve.

Bon évidemment je pourrais chercher à en savoir un peu plus sur ce peuple, un coup de Wikipédia par exemple et le tour serait joué. Pourquoi je ne le fais pas, c'est un mystère que je m'explique pas autrement que par l'occurence d'apparition de ce mot dans ma vie : rarissime pour tout dire.

Je me souviens d'une cousine éloignée qui s'était mariée alors que j'étais enfant. De son mari, il avait été dit : c'est un Pied noir. Sans doute y avait il du signifiant mais il ne fut pas davantage signifié. C'est peut-être d'ailleurs ce qui explique que je maintienne une sorte d'omerta inconsciente sur le terme. Je me souviens par contre de cet homme (presque comme si c'était hier) comme quelqu'un de particulièrement gai, souriant, jovial. Ca n'avait pas l'air de lui peser du tout, ces pieds noirs. Mon étonnement est resté intact depuis ce jour. J'associe donc jovialité à : Pied noir. Et c'est à peu près tout.

Dans ce billet, hormis le manque de jugeotte évoqué du peuple pied-noir, il est surtout question d'associations pied-noirs. Je lis qu'elles sont : pressantes, revanchardes, extrémistes.

Non, vraiment, je ne suis pas plus éclairée. Mais peut-être que ça ne me concerne pas, après tout ... je ne sais pas. Etrange sensation. Encore un tour de passe-passe peut-être, va savoir !

31/08/2010, 23:41 | Par DANIEL CHEVALIER en réponse au commentaire de Arpège le 31/08/2010 à 14:29

Arpège,

Je vais donc ouvrir pour vous Wikipedia et en extraire un passage du discours de Pierre Mendès France, Président du Conseil, le 12 novembre 1954 à l'Assemblée Nationale (en réaction aux premiers attentats indépendantistes marquant le début de la guerre d'Algérie)...

« On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la Nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la République Française. Ils sont Français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations qui jouissent de la citoyenneté Française et sont représentées au Parlement ont d'ailleurs donné dans la paix, comme autrefois dans la guerre, assez de preuves de leur attachement à la France pour que la France à son tour, ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole, il n'y a pas de sécession concevable. Jamais la France, aucun gouvernement, aucun Parlement Français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental. J'affirme qu'aucune comparaison avec la Tunisie ou le Maroc n'est plus fausse, plus dangereuse. Ici c'est la France. »

Quand aux "Pieds noirs", ils se sont dans l'ensemble bien intégrés... Certains sont devenus célèbres et ne manquent pas de jugeote (Guy Bedos, Marthe Villalonga, Pierre Bénichou, Enrico Macias, Jean-Pierre Elkabbach, Roger Hanin...)

La liste est longue... Vous pouvez la consulter en cliquant sur ce lien...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pieds-Noirs#Alg.C3.A9rie_.281830-1962.29

01/09/2010, 10:42 | Par Arpège en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 31/08/2010 à 23:41

Merci beaucoup pour votre éclairage Daniel.

Dans cet extrait probablement bien choisi du discours de PMF, je note plusieurs choses.

Il n'y est pas fait allusion à cette dénomination qui m'intrigue, Pied-noir, mais il y est question de "populations qui jouissent de la citoyenneté Française (avec un F majuscule) depuis longtemps et de manière irrévocable". On y entend également le mot "unité" et "principe fondamental d'une sécession (in)concevable".

On n'y entend pas non plus me direz vous le mot "Algérie" autrement que comme "département". C'était donc la France. Bon.

Plus globalement en outre, je ne peux que noter l'aspect bien peu visionnaire du discours.

Enfin, prise d'un doute énorme, j'ai rapidement wikipedié PMF, et j'en suis restée confuse. Cette même confusion qui me revient de mon enfance. Comme quelque chose qui dépasserait l'entendement. Et pourtant, des actes ont bien eu lieu.

La question donc est en effet bien celle de la "jugeotte", disons-le moins péjorativement, celle du discernement.

AGC évoque dans un de ces commentaires ici même qu' il est encore plus difficile, en ces âges fragiles, mais surtout infiniment plus douloureux d'apprendre à penser en pensant contre les siens.

Un autre débat comme une autre perspective s'ouvre ici. Rapidement, ce qui m'est venu à l'esprit en lisant ce commentaire, c'est, encore, le doute.

Pense-t-on jamais réellement contre les siens ?

Enfin et pour finir, je vous remercie du lien qui ponctue votre commentaire. Je ne l'ai pas utilisé. Pour deux raisons : il est des histoires que je ne souhaite entendre uniquement de la bouche de ceux qui l'ont vécues et construites. Le silence m'est une réponse. Je ne consulte jamais ces listes, c'est la deuxième raison.

03/09/2010, 16:11 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 31/08/2010 à 23:41

Cher Daniel Chevalier,

Comme il sont beaux, ces mots de Pierre Mendès France, en novembre 1954… Dommage que ce discours ne repose que sur une fiction d'État.

Trois départements français, dont la population jouit de la nationalité française et qui est représentée au parlement ! Quel mensonge ou quel aveuglement chez cet homme d'État qui venait de négocier la fin de la guerre en Indochine ! Cette fiction est en particulier démolie par Patrick Weil, notamment dans l'article Le statut des musulmans en Algérie coloniale. Une nationalité française dénaturée que je cite dans la note 6 du dernier volet de cette série, article que vous pouvez télécharger en pdf. Il y décortique pas à pas l'évolution et même, à partir d'un certain moment, la régression du statut singulier lié à cette prétendue nationalité française qui, selon Zouhir Boushaba, dont Patrick Weil reprend les termes, constitue “une dénaturation de la notion de nationalité”.

Lisez le détail des documents demandés et des démarches que les habitants d'origine algérienne devaient accomplir pour acquérir une nationalité française de plein droit. Elles étaient beaucoup plus contraignantes que celles demandées, à l'époque, aux étrangers voulant devenir Français, tout en étant désignées par les mêmes mots : “demande de naturalisation”.

Lisez en particulier attentivement la note 77. Vous y apprendrez qu'en 1962, il n'y avait qu'un peu plus de 6000 habitants d'Algérie d'origine algérienne qui, citoyens français d'après Mendès France, avaient été naturalisés, et donc étaient devenus vraiment citoyens français. Et rapportez ce nombre à celui des habitants d'origine algérienne… 6000 en un peu plus de 150 ans de “présence française”…

03/09/2010, 19:37 | Par DANIEL CHEVALIER en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 03/09/2010 à 16:11

Chère Anne Guérin-Castell,

J"aimerais citer le Général de Gaulle, à propos du référendum du 28 septembre 1958 sur la Constitution de la Vème République (source Wikipedia) :

Concernant la signification du référendum en l'Algérie, le général de Gaulle déclare le 30 août 1958:

« Par leur vote, les habitants de l’Algérie vont fournir une réponse à la question de leur propre destin. Les bulletins qu’ils mettront dans l’urne auront, sur un point capital, une claire signification. Pour chacun, répondre « oui » dans les circonstances présentes, cela voudra dire, tout au moins, que l’on veut se comporter comme un Français à part entière et que l’on croit que l’évolution nécessaire de l’Algérie doit s’accomplir dans le cadre français[1] »

96% des Algériens, Européens et Musulmans, soit 75% des 4 412 171 électeurs inscrits, disent OUI à la nouvelle Constitution malgré les appels en faveur du boycottage lancé par le FLN. Il s'agit du premier scrutin auquel les femmes algériennes participent[2],[3]. Après les résultats du référendum en Algérie, de Gaulle déclare le 3 octobre à Constantine :

« Trois millions et demi d'hommes et de femmes d'Algérie, sans distinction de communauté et dans l'égalité totale, sont venus des villages de toutes les régions et des quartiers de toutes les villes apporter à la France et à moi-même le bulletin de leur confiance. Ils l'ont fait tout simplement sans que nul ne les y contraignent et en dépit des menaces que des fanatiques font peser sur eux, sur leurs familles et sur leurs biens. Il y a là un fait aussi clair que l'éclatante lumière du ciel. Et ce fait est capital ... pour cette raison qu'il engage l'une envers l'autre et pour toujours l'Algérie et la France[4] »

Ce n'est qu'après le référendum du 8 janvier 1961 sur "l'autodétermination en Algérie" (75% de oui, 25% de non) que les conditions pour "rester Français" ont changé... Mais, même après la signature des "accords d'Evian" en 1962, tous les Algériens pouvaient demander pendant 3 ans à conserver la nationalité française, ce que n'ont pas manqué de faire les "pieds noirs", mais aussi un bon nombre de Musulmans venus s'établir en Métropole.

Il est donc tout à fait évident que si les résultats de ce dernier référendum avaient été inversés, tous les habitants de l'Algérie seraient restés des Français "à part entière".

Ce que vous appelez une "fiction d'Etat" en 1954 était devenu une réalité en 1958, anéantie par "l'autodétermination"...

04/09/2010, 10:20 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 03/09/2010 à 19:37

Cher Daniel Chevalier,

Je ne suis pas certaine de voir où vous voulez en venir, mais je vais essayer de répondre sur la plupart des points que vous avancez.

La fiction d'État que j'ai dénoncée concerne la question de la natonalité. Ce ne sont pas les paroles de de Gaulle avant ou après le référendum de 1958, ni le résultat de ce référendum, ni même la suppression des deux collèges électoraux qui existaient auuparavant, qui ont changé quelque chose au statut particulier qui était fait aux “musulmans” d'Algérie, pour reprendre le terme qui avait cours dans l'administration. Il a perduré jusqu'en 1962.

Deux preuves facilement vérifiables. La première figure en toutes lettres dans le troisième volet de cette série. C'est la réponse du chef adjoint de cabinet du secrétaire d' État à la Défense et aux Anciens Combattants quand il lui est demandé ce qu'il en serait du nom des 6 inspecteurs de l'Éducation nationale assassinés le 15 mars 1962. Lui-même avance alors ce statut particulier, pour trois fonctionnaires de l'État français morts 4 jours avant le cessez-le-feu !

La seconde est l'expérience, maintes fois racontée, et ici même sur Mediapart, des personnes nées dans ces départements français qui, depuis une quinzaine d'années, doivent fournir la preuve qu'elles sont bien françaises, et cela en contradiction flagrante avec le droit du sol, lequel devrait en principe s'exercer sur tout territoire déclaré français. Oui, il y avait bien 3 département français, mais le droit du sol ne s'y appliquait pas.

En ce qui concerne ce qui se serait passé si le résultat du référendum de 1961 avait été l'inverse de ce qu'il a été, il est difficile de dire ce qui serait advenu. Est-ce que l'on serait allé vers une suppression de ce statut ? Probablement, mais au bout de combien d'années ? Et combien d'années encore pour que la représentation de ces Français d'origine algériene dans les institutions, au Parlement, au gouvernement, etc., soit proportionnelle à leur nombre ? Quand on voit où nous en sommes encore avec les Français dits “de la deuxième génération”…

Et cet hypothétique résultat "inversé" n'aurait-il pas été remis en cause par un nouveau mouvement luttant pour l'indépendance de l'Algérie bien avant qu'une véritable égalité ait été solidement établie ? L'Histoire est parfois têtue, particulièrement sur cette question-là…

Pour revenir à du concret, les “musulmans” désireux de devenir Français après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 avaient 5 ans pour “conserver” la nationalité française, la date limite ayant été fixée au 22 mars 1967. Mais pour cela, il leur fallait “souscrire en France (c'est-à-dire en métropole ou les départements d'outre-mer) une déclaration de reconnaissance de la nationalité régulièrement enregistrée par le ministre chargé des naturalisations”.*

Où l'on voit réapparaître ce mot de “naturalisation”, qui est assez explicite…

Quant aux pieds-noirs, à ma connaissance, ils n'ont pas eu à faire une telle démarche. Ils ont conservé leur carte d'identité, qui était valable sur le territoire métropolitain**. Patrick Weil précise (note 78) que même les juifs qui n'avaient pas été inclus dans le décret Crémieux ou ne pouvaient pas le prouver restaient Français de plein droit, sans qu'ils soit nécessaire qu'ils fassent cette démarche de “naturalisation”.

*Je cite encore une fois Patrick Weil.

**Il y avait en Algérie 2 sortes de cartes d'identité française. Comment la différence est-elle repérable, je l'ignore. Mais c'est ce que je me suis entendu répondre lorsque j'ai présenté une carte d'identité française délivrée en Algérie avant 1962. Elle ne prouvait pas que la personne en question était à l'époque pleinement française !

03/09/2010, 23:19 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Arpège le 31/08/2010 à 14:29

Qu'est-ce qu'un pied-noir, demandez-vous, Arpège, avec cette naïveté feinte ou réelle que ceux qui vous lisent ici connaissent bien ?

En fait, ce terme apparu tardivement a été massivement adopté par la population européenne d'Algérie, qui y voyait un moyen rapide, dans la conversation, de se distinguer des Francaouis, comme ils désignaient, non sans une certaine nuance de mépris, les Français de France. Bien des légendes ont été inventées sur son origine, notamment celle relative au port de chaussures en cuir qui leur faisaient des pieds noirs.

Les pieds-noirs étaient si fiers de leur piednoiritude, figurez-vous, qu'ils examinaient depuis combien de générations la famille de tel ou tel était en Algérie pour lui conférer ou non le droit d'être appelé pied-noir. Ils réinventaient les quartiers de noblesse, en quelque sorte. En particulier, ce droit me fut refusé par mes petites camarades de classe parce que ma mère était née en France, ce qui ne m'a pas affectée, bien au contraire.

06/09/2010, 17:45 | Par Arpège en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 03/09/2010 à 23:19

Donc le peuple pied-noir est un peuple fier, un peuple manquant de jugeotte, un peuple qui se réunit en associations pressantes, revanchardes et extrémistes et un peuple qui méprise les métropolitains.

Hm.

Il se trouve par ailleurs des âmes que la non appartenance à ce peuple n'affecte aucunement.

Hm.

(pour ma naïveté je ne sais franchement pas quoi vous dire)

31/08/2010, 14:41 | Par kakadoundiaye

je ne reviendrai pas sur la qualité du "dossier" ouvert par Anne, il est excellent . Je ne reviendrai pas sur les jugements que l'on peut porter sur l'innocence et le peu de jugotte du groupe pied-noirs, tout semble avoir été dit. Je ne reviendrai pas plus sur le mea culpa humble et orgueilleuix de l'auteur dont je salue bien bas ici la probité.

Mais sur le sens de " tout cela", de ce mémorial.

IL y a quelque chose là dedans qui me heurte. Vraiment.

Ne serait-ce que par ce que les "héros" , ceux que l'on doit célébrer, honorer, se rappeler le nom ne sont pas et ne peuvent être les victimes coupables de leur panurgerie et de leur obéissance passive au service d'un Etat coupable. Pourquoi ne pas élever une stèle aux soldats allemands victimes de la colère des résistants français?

Je tiens à rappeler qu'il y eut à l'époque des gens autrement plus respectables et responsables, m'est avis, qui refusèrent de se transformer en mercenaires et en assassins. Ils desertèrent. Il y eut des porteutrs de valise. Ils avaient pris eux le parti adverse. Je ne fis pas partie de ceux là ; je ne me voyais -ce fut ma génération- aidant des gens qui , parce qu'ils avaient raison, pouvaient tuer mes camarades. Les appelés d'Algérie furent des victimes certes pas des héros qu'il convient d 'honorer surtout quand s'ajoute à la liste d'autres noms de "patriotes" dont l'acte de gloire fut de se dresser contre l'armée française!!

je suis abasourdi. D'autant , nous sommes bien près du quai Branly non? Que l'on attend encore la reconnaissance de la France non pour ces milliers de gamins qu'elle transforma en assassins mais pour ces millions d 'Africains qu'elle transforma en chair à coton.

 

31/08/2010, 15:41 | Par Serge Koulberg

Anne, il me semble lire ici un moment important de ton histoire et j'admire la précision de l'information que tu donnes sur l'histoire qui nous concerne tous.

Un peu choqué dans les commentaires par les revirements vis-à-vis d'A Camus : je me demande à quel moment son rêve argumenté de faire de l'Algérie une terre d'invention et de création d'un vivre ensemble entre Français et Musulmans est devenu irréaliste ?

31/08/2010, 16:01 | Par Axel J

Il y a tout un sujet passionnant, qui devrait faire l'objet d'un article séparé, évoqué par Gwénaël et par Serge.

 

Merci encore à Anne GC pour cette belle inspiration procurée à tant de passionnants commentaires.

31/08/2010, 16:15 | Par Christine Marcandier

Merci, Anne, pour cette série passionnante. Hâte de lire la suite.

31/08/2010, 18:42 | Par DANIEL CHEVALIER

J'ai lu attentivement l'ensemble des commentaires et il me semble nécessaire de remettre les faits dans leur contexte, tant ils semblent ignorés de la plupart...

Les "appelés du contingent" furent un million à se succéder en Algérie, pour participer à ce que l'on qualifiait à l'époque de "maintien de l'ordre". Le terme de "guerre d'Algérie" fut introduit bien après la fin des combats.

22.000 d'entre nous y ont trouvé la mort, ce qui justifie amplement qu'on leur rende hommage, sous la forme d'un Mémorial.

Je rappelle, car cela semble totalement occulté dans l'esprit de la plupart, que l'Algérie était composée de 3 Départements français. Elle faisait donc partie intégrante de la France, contrairement aux autres colonies, qui disposaient d'un statut particulier. Notamment, des Députés d'origine algérienne siégeaient au Parlement.

Lorsque le Général de Gaulle est arrivé au Pouvoir en 1958, grâce au soutien des militaires et des "Pieds Noirs" d'Algérie, l'un de ses premiers gestes politiques fut de se rendre à Alger, où il prononça son célèbre discours "Je vous ai compris..." Juste avant les "accords d'Evian", conclus à la sauvette, qui ont consacré l'abandon de ces 3 Départements français, il déclarait encore "Il n'y a ici que des Français à part entière..."

Cet abandon est d'autant plus surprenant que les insurgés (le FLN...) avaient totalement perdu le combat, lorsque le "cessez le feu" est intervenu.

Après le retrait des troupes françaises, les "pieds noirs" et les harkis furent abandonnés à leur triste sort. Le FLN s'est déchaîné contre ceux qui avaient eu la mauvaise idée de croire aux promesses fallacieuses... Plus d'un million de musulmans, des anciens harkis, de très nombreux "pieds noirs", furent exécutés sommairement.

Le retour des "pieds noirs" en Métropole se fit dans la plus grande confusion. Des milliers de familles ont "campé" des jours entiers dans l'Aéroport de Maison Blanche, dans l'attente d'un avion. Leur arrivée en Métropole acheva leur désillusion, car ils furent rejetés massivement par une population hostile...

Aujourd'hui, il semblerait honteux d'avoir combattu en Algérie...

Eh bien, au risque d'en décevoir certains, j'en suis fier, car j'avais le sentiment, à l'époque, de défendre la Patrie.

Je regrette seulement que tous ces sacrifices aient été réduits à néant par la volonté d'un seul homme, qui a renié ses engagements.

Accessoirement, posez-vous la question de ce que l'Algérie a fait de son "indépendance"... Un Pays où règne la pauvreté et la corruption, où la plupart des jeunes ne rêvent que d'un visa pour la France !

 

31/08/2010, 19:52 | Par Ben. en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 31/08/2010 à 18:42

Accessoirement, posez-vous la question de ce que l'Algérie a fait de son "indépendance"...

L'Algérie a fait de son indépendance un pays Libre , c'est leurs pays

et évidemment durant la colonisation les Algériens étaient plus riches, plus scolarisés , plus acceptés , plus représentés , plus épanouis n'est ce pas monsieur Chevalier ? et puis quoi encore ......? je rêve

Quant à la pauvreté et la corruption , les Algériens sont suffisamment adultes et vaccinés , pour gérer et régler leurs propres problèmes .

31/08/2010, 21:03 | Par Axel J en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 31/08/2010 à 18:42

Avec Daniel Chevalier:

On ne peut qu'admettre avec regrets que toute cette histoire a toujours été très mal gérée par toutes les parties, y-compris par le Général De Gaulle.

Avec un regard complètement extérieur, on se demande même pourquoi dès le départ, l'Algérie n'avait pas eu ce même statut que les autres colonies (au lieu d'être considérée comme un département)?

Un détail cependant: les Pieds-Noirs rapatriés furent dotés de logements décents en Métropole, tandis que les Harkis furent parqués dans des camps à l'extérieur des villes: injuste différence de traitement.

01/09/2010, 08:33 | Par pleineaile en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 31/08/2010 à 18:42

,Bonjour, Monsieur Chevalier.

 

Il y a une question qui me titille, à vous lire; vous dites que l'Algérie comprenait trois départements, et "faisait donc partie de la France"?

Je prends le jardin du voisin, j'y mets mes propres plantes, je gère les taupes, et déclare donc que ce jardin est mien?

Qui a décrété la départementalisation? Qui étaient les votants des trois départements? Dans quelles conditions la capture et le partage entre pays européens se sont-ils opérés sur tant de pays en d'autres continents, sur des motifs de "puissance" et d'accaparement des ressources?

 

Voyez-vous, monsieur, j'entends bien votre sentiment d'avoir "défendu la patrie"; mais ne fût-ce pas une défense contre les gens naturellement originaires dudit pays, au profit de gens venus d'ailleurs sans vraiment "demander la permission"?

Excusez ma naïveté, mais j'ai le sentiment, lorsqu'on dit "avoir donné leur indépendance" aux pays africains colonisés, qu'on leur a seulement rendue, et pas toujours de bon gré, ce me semble!

Encore une question naïve: vous dites "... ce que l'Algérie a fait de son indépendance..." Il serait bon de se demander ce qu'elle aurait pu faire de son histoire si nous n'étions pas venus nous en mêler.

 

Je n'ai pas votre culture, ni le talent exceptionnel de Anne Guérin-Castell, mais j'ai bien peur de devoir constater que dans l'histoire du monde, la violence concupiscente harnachée d'arguments "généreux" et/ ou cyniques a représenté la quasi totalité des dégâts entre peuples, et a mis en évidence les effets de la pulsion archaïque bien davantage que le processus présupposé de la civilisation.

 

Un dernier mot: j'ai un profond respect pour chaque humain et pour toutes les souffrances, d'où qu'elles émanent; chacun a vécu cette guerre individuellement, et chacun a le droit de témoigner, sans forcément s'obliger à une objectivité illusoire. Donc respect à vous.

Néanmoins, je crains que les débats sur des choses dans leur seule réalité factuelle ne nous privent d'ouvertures conceptuelles, notamment sur l'exercice, habituel pour l'homme, de l'accaparement et de l'oppression...

02/09/2010, 07:31 | Par DANIEL CHEVALIER en réponse au commentaire de pleineaile le 01/09/2010 à 08:33

Bonjour Monsieur Pleineaile,

Vos gentils mots m'ont touché, aussi c'est bien volontiers que j'essaierai de répondre à vos questions.

Tout d'abord, en ce qui concerne l'appropriation de territoires, qui oserait contester aujourd'hui aux Américains (à part quelques utopistes) qu'ils sont chez eux ?

L'Algérie a été conquise en 1830, comme le furent un certain nombre de provinces françaises... Elle faisait partie intégrante de la France, ainsi que l'a rappelé Pierre Mendès France au début de l'insurrection.

Un colloque, qui me semble impartial, explique le glissement progressif de l'Algérie française à l'Algérie algérienne :

http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=71

Assimiler l'Algérie aux autres Colonies est un déni historique.

Ceci dit, tout cela appartient maintenant au passé et je ne vois pas l'intérêt de rouvrir des plaies non encore cicatrisées.

Bien à vous.

 

02/09/2010, 07:40 | Par françois périgny en réponse au commentaire de DANIEL CHEVALIER le 02/09/2010 à 07:31

Monsieur Chevalier,

"qui oserait contester aujourd'hui aux Américains qu'ils sont chez eux ?"

Tous ceux qui disent que nous ne sommes propriétaires de rien. Que la propriété de la terre est un rêve qui peut tourner au cauchemar. Que nous ne sommes tous, en réalité, que de passage. Et qu'il n'y a, en fait, qu'un seul avenir : l'utopie .

02/09/2010, 12:32 | Par Axel J en réponse au commentaire de françois périgny le 02/09/2010 à 07:40

Hélas, la "propriété de la terre", c'est souvent la forme que prenait le rêve de "s'en sortir" qui était promis par les gouvernements et par des entrepreneurs conquérants, à la plupart des Colons, alors qu'ils n'étaient pas encore colons, alors qu'ils mouraient littéralement de faim dans leurs "zones" en France, en Italie, en Espagne, à Malte etc, et qu'ils ne voyaient en la terre algérienne que promesse de vivre enfin une vie normale.

 

C'est l'histoire de la plupart des colons de par le monde, et particulièrement de ceux qui sont devenus "les Pieds-Noirs d'Algérie", puisque la colonisation de l'Algérie, plus que beaucoup d'autres, fut une véritable colonisation "de peuplement".

Un peu la même histoire personnelle en somme, que celle de ceux qu'on nomme aujourd'hui "les réfugiés économiques" ou "les immigrants économiques".

03/09/2010, 03:46 | Par Naja en réponse au commentaire de Axel J le 02/09/2010 à 12:32

C'est sans doute parce qu'en Algérie la "propriété de la terre" fut la raison du succès, plus qu'au Maroc ou en Tunisie, de cette colonie de peuplement, que la France en est venue à s'adjoindre ce territoire conquis (sans doute, d'autres raisons historiques s'y ajoutent). Je ne puis m'empêcher de penser à une autre colonie de peuplement, qui est actuellement une plaie dans le coeur de beaucoup de juifs du monde entier : Israël. Là aussi, la colonisation fait des ravages (mais c'est un autre débat que celui introduit ici par Anne).

Néanmoins, avec toute la sympathie que je peux avoir pour bien des Pieds-noirs, comment ne pas avoir de la compassion pour tous ceux qui gardent la nostalgie d'une terre natale… hélas historiquement bien mal acquise par la patrie Française.

Si ces billets d'Anne Guérin-Castel sont un moyen de faire le deuil d'une terre natale regrettée, quelle dignité et quelle admirable justice dans ce regard sur le passé. Merci, Anne.

03/09/2010, 03:51 | Par Naja en réponse au commentaire de françois périgny le 02/09/2010 à 07:40

Bravo, Pierre Ferron. Mais comment ne pas penser que l'utopie a été, un temps, le temps des premiers kiboutz, le support de l'installation d'une autre colonie : Israël. Comme tu l'écris : "la propriété de la terre est un rêve qui peut tourner au cauchemar"…

31/08/2010, 19:46 | Par Ben.

Merci, Anne , pour ce billet

J'attends la suite avec impatience ....

Hier soir , j'avais lu ton billet mais pas le temps ou l'envie de poster un commentaire , ( en pleine vendange et fatigué ) juste le temps de faire un billet affectif à l'endoit de F.Paudras

Amitié, Anne

 

31/08/2010, 22:24 | Par Arpège

Tous ces commentaires, qui permettent de prendre du champ, tout en amenant la vision spécifique des protagonistes de l'Histoire sont éclairants. Même si mon questionnement n'a toujours pas de réponse. A moins que ... comme souvent ...

01/09/2010, 00:26 | Par GILBERT ARGELES

Pendant que se multiplient les controverses sur ce mémorial, (et je remercie Anne pour son travail remarquable), je signale quand même que tout n'est pas seulement une question de "morts" et de "morts pour la France" chez les anciens appelés du contingent. Il y a aussi ceux qui sont revenus vivants, mais meurtris dans leur chair et aussi dans leur conscience, dans leur santé psychique en particulier. On lira une série de révélations et de cas ici:

http://www.mediapart.fr/club/edition/les-sequelles-inconnues-de-la-guerre-dalgerie

01/09/2010, 01:39 | Par DANIEL CHEVALIER en réponse au commentaire de GILBERT ARGELES le 01/09/2010 à 00:26

Merci, Gilbert Argelès, d'avoir soulevé ce point des "séquelles psychologiques de la guerre d'Algérie".

J'ai lu l'étude avec attention et je comprends mieux la source de mes cauchemars récurents !

Je voudrais aussi souligner que pour ces 2 années en "Service commandé", la Patrie reconnaissante octroie généreusement une "rente" AC de 281 € tous les semestres, soit 47 € par mois... (à comparer aux 37.500 DA - environ 350 €) perçus mensuellement par les "moudjahidines" (fellaghas du FLN) en Algérie !

01/09/2010, 15:24 | Par Henri POUILLOT

Témoin de la Guerre d'Algérie, appelé affecté comme appelé à la sinistre Villa Susini de juin 1961 à mars 1962, l'OAS m'ayant raté à 2 reprises pendant cette période je ne peux pas ne pas intervenir dans ce débat.

Voir mon site : http://www.henri-pouillot.fr

Non Monsieur Chevallier je ne peux être fier de la complicité que l'on m'a fait endosser d'avoir participé à des crimes contre l'humanité, au nom de la France, crimes qui n'ont pas encore été reconnus et encore moins condamnés.

Monsieur Perraud, vous donnez la référence à une vidéo relatant les évènements du 26 mars 1962, avec une citation, par le prêtre égrennant une liste de noms : elle est sortie sans soute de sa soutane ? Le Secrétariat d'Etat aux anciens combattants n'en relève que 48, la liste établie par l'association des familles des victimes de la rue d'Isly présidée par Nicole Frerrandis n'en compte que 56, l'ADDIMAD-OAS (cette association qui sur sa carte d'adhérent fait figurer ses " 4 héros", ceux qui ont été condamnés à mort et fusillés pour leurs crimes) n'en fait figurer que 64 sur le mur du mémorial de Théoule sur mer, et dans cette liste 8 sont morts avant cette date, et 2 personnes inscrites ont écrit un livre en 1994 (sans doute des miraculées réssucitées ?). Et ce prêtre en trouve encore d'autres ? Soyons sérieux!!! Vous trouverez les précisions à ce sujet sur la page de mon site :

http://www.henri-pouillot.fr/IMG/pdf/listesvictimes26mars1962.pdf

L'expression de l'article, comme pour Michel Tubiana, relatif à la "jugeote du peuple Pieds Noirs" m'avait aussi dérangé. Toujours dans mon site, je publie la copie d'une lettre de condamnation à mort d'un Pied Noir par l'OAS, condamnation qui n'a heureusement pas aboutie. Comme pour les Harkis, un amalgamme généraliste de telles commautés n'a pas de sens, tellement il peut y avoir des différences de parcours personnels très divers. Gaston Donnat, cet ancien anticolonialiste, lui aussi condamné à mort par l'OAS (heureusement réchappé) figurait même, alors qu'il était encore vivant sur le Mur des Disparus de Perpignan, avec ceux que les nostalgiques de l'OAS et de l'Algérie Française d'aujourd'hui considéraient comme victimes de cette indépendance algérienne.

Alors, Oui, il faut s'insurger quand le Gouvernement d'Aujourd'hui fait apparaître les noms de ces 48 personnes (certes victimes de la Guerre d'Algérie), mais mortes pour l'OAS, contre la France.

Il faut s'insurger quand le Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, Hubert Falco, également Maire de Toulon, ne dit rien quand le 30 janvier dernier, dans sa ville, il y a la célébration du 50ème anniversaire des barricades d'Alger, et qu'il est aphone, aux abonnés absents... Pourtant, cette tentative d'insurection contre la République Française a fait une vingtaine de morts dans les rangs des CRS.

NON à la réhabilitation rampante de l'OAS, à ces valeurs de racisme, de xénophobie,... Cette nostalgie du colonialisme, cette volonté de révisionnisme de l'histoire est un danger qui mêne à des stigmatisations de catégories de population, des discriminations graves.

Quand on parle de valeurs républicaines, d'identité nationale, nous ne devons pas mélanger et honnorer les périodes sombres de notre histoire mais garder à l'esprit les vraies valeurs des droits de l'homme.

 

 

02/09/2010, 07:21 | Par Jean Claude Pierson

Pour le moment les débats restent courtois, je ne suis pas sur qu'ils le restent a la sortie du film sur SETIF. Bien sur que la communauté "pied noir" était diverse et variée pourtant nous verrons a cette occasion "ressurgir le pied noir sans jugeote", celui qui, malgré la matérialité des preuves, se refugiera dans un déni "confortable", celui la même que je tiens pour responsable de ce désastre, je le connais bien, c'est ma famille.

06/09/2010, 17:30 | Par Luce Caggini

@Gwénaël Glâtre

 

Peut -être seriez vous étonné de découvrir par delà les noms qui sonnent bien français ou italien comme le mien , le nombre de mixtures colorées qui se dissimulent parmi les « pieds-noirs » mais cela ne vousconcerne surement pas , car le mot pied – noir est un mot tellement ridicule que je préfère dire que la communauté pied- noir est en partie arabe, espagnole, italienne ,j ‘en passe..

 

les « sans jugeote « sont plus généreux que vous ,dans leur ensemble

Quand à Camus, je vous souhaite le millième de ses neurones à condition que vous ayez encore un peu de jugeote pour les garder

 

Ma vision des Français est, Dieu merci , sans état d’ âme , mais il serait de bon gout, parexemple que vous alliez un peu du coté des arabes dont je suis et qui vous trouvent plutôt indigent dans votre petite casemate d’indigène .

 

La terre de naissance c 'est quoi pour vous ?

C'est tout pour moi

 

 

07/09/2010, 06:14 | Par DANIEL CHEVALIER en réponse au commentaire de Luce Caggini le 06/09/2010 à 17:30

Luce Caggini,

J'aime votre référence à la "terre de naissance"...

Ce dont souffrent les pieds-noirs déracinés, c'est de cette absence, justement...

Dans l'esprit français, l'Algérie était peuplée de "colons" propriétaires terriens...

Sur une population d'un million de "pieds-noirs", les colons n'étaient que 50.000...

Les autres, à l'image de la France des années 60, étaient artisans, ouvriers, fonctionnaires...

En 1962, ils n'ont eu qu'une alternative... La valise ou le cercueil.

 

07/09/2010, 12:23 | Par Luce Caggini

Rien de plus avilissant que ces propos de dernière heure sur des divisions de petites histoires de passe-droit de transmission que sont ces blanc-becs qui n ' ont rien vécu de cette tragédie pour les deux camps .

je suis une arabe de naissance , un gage d e bonne raison de ne voir que la partie de souffrance dans tous les camps , de chaque coté de la tranchée sanglante

rien ne vaut comme la pérennité de la douceur qui accompagne la variété des attitudes de différentes conceptions de l 'Histoire dans le processus de vérité .celle-ci vient plutôt de la garantie du coeur à l ' ouvrage .

cordialement

11/01/2011, 15:11 | Par Dominique Conil

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