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La politique d'austérité du gouvernement est-elle vraiment de rigueur ?
Àl'heure où le gouvernement se veut exemplaire et se déclare être prêt à se séparer de plus d'une centaine de ses collaborateurs, la possible concrétisation d'un accord de prêt de 1,8 milliard de dollars –soit près d’1,4 milliard d’euros-, qui devrait être accordé par les pouvoirs publics français à une entreprise satellitaire américaine, fait tache. D'autant que les médias en France semblent également touchés par une certaine politique d'austérité de l'information. Dans le contexte actuel de réductions budgétaires en chaîne dans le secteur public, ne sommes-nous pas en droit de savoir ce que notre gouvernement fait de l'argent du contribuable ?
Le gouvernement en passe de valider un prêt démesuré en faveur d’une entreprise américaine Le Wall Street Journal annonçait en juin 2010, que le premier constructeur de satellites en Europe, Thales Alenia Space (TAS) venait de remporter l'appel d'offre pour la construction de 81 satellites de communication lancé en 2009 par le groupe américain Iridium. Jusque là, rien d'anormal. Puis, circule la nouvelle que le gouvernement français et la Société Générale seraient sur le point d’accorder à Iridium un prêt de 1,8 milliard de dollars. Du coup, l'information mérite que l'on s'y arrête. Ce prêt serait en effet accompagné d'une garantie à 95% de la Coface, l'agence française qui assure la gestion des garanties publiques à l'exportation. Comme le souligne Aéroplans, site spécialisé dans l'aéronautique, l'intelligence économique et la stratégie, cette générosité de l’Etat français a certainement été très appréciée des investisseurs américains !Cependant, à y regarder de plus près, il s'agit là d'un prêt bien plus généreux que les précédents exemples dans ce secteur, notamment le prêt de 586 millions de dollars perçu par Globalstar en 2009. Et un petit tour d'horizon du Web laisse vite ressurgir les difficultés financières passées du groupe américain envers lequel le gouvernement français se montre si charitable.Iridium, incapable de rembourser le prêt ?En dépit de l’anticipation de l’accord financier français (les 1,8 milliard de dollars), Iridium doit encore avancer la somme de 1,2 milliards de dollars pour couvrir la totalité du projet, notamment afin de payer les 500 millions nécessaires au lancement de leurs satellites dans l’espace. Tout ceci, coût de l’assurance de l’opération -207 millions de dollars- mis à part.Espérons que le consortium de « partenaires de classe mondiale » qui va financer ce projet, saura analyser de près la situation financière d’Iridium. Car la récente étude publiée par TMF Associates, présente des prévisions plutôt optimistes dans leur analyse financière, surtout en ce qui concerne le lancement sur le marché du téléphone d’Inmarsat et la future entrée sur le marché de Globalstar. En effet cette analyse oublie de prendre en compte les pressions concurrentielles subies par Iridium du fait du récent lancement d’un téléphone satellite meilleur marché par Inmarsat et le retour imminent de Globalstar sur ce même marché des téléphones satellites. En revanche, ce tableau (cliquez sur le lien pour voir les projections financières) montre que si l’on prend en compte des hypothèses plus raisonnables et que l’on incorpore le paiement du prêt de la Coface (ce que ne fait pas TMF Associates), Iridium entrerait en déficit des 2015, ce déficit atteignant plus de 600 millions de dollars en 2020. Compte tenu de l’ampleur de ce prêt, la question de son remboursement se pose. En effet, au regard de l’historique financier du groupe et du montant exorbitant de ce prêt, le groupe Iridium pourrait bien se retrouver incapable de rembourser. Le gouvernement français se doit de soutenir les investissements des entreprises. Mais ne devrait-il pas le faire avec des clients solvables ? Par ailleurs, il est normal pour la Coface de soutenir des projets sur le territoire français ; mais ce prêt est au moins trois fois plus important que tout autre prêt précédemment accordé dans le domaine des satellites ! Une entreprise dans cette classe d'actifs a-t-elle vraiment la solidité financière de rembourser un prêt de cette taille ?Pas vu, pas pris !Dans la presse et sur les sites d'information français, la dépêche AFP est reprise mais personne ne semble questionner ce projet d’accord de prêt. Le silence autour de cette affaire est d'autant plus préoccupant qu'aux Etats-Unis le trouble passé financier d'Iridium n'est un secret pour personne.Sur son blog le cabinet américain d’analyse en télécommunication, TMF Associates, reprend ainsi un article du SpaceNews et soulève quelques questions. Comment expliquer que notre gouvernement puisse envisager d’accorder un prêt d'une telle ampleur à une société américaine, qui a déjà failli dans le passé, et ce au moment où la rigueur est de mise ? Pourquoi la presse économique ou spécialisée n'a-t-elle pas fait mention de ce projet qui comporte un poids et un coût économique exorbitant ? Comment se fait-il que les noms des banques ayant accepté de prêter cet argent demeurent inconnus ? Pourquoi l'autorisation de procéder a-t-elle été conclue bien avant que le financement du projet ne soit bouclé ?Le débat mérite d’être lancé, d’autant que si Iridium s’avérait par la suite incapable de rembourser le prêt, cela entraînerait une perte de 1,8 milliard de dollars pour le contribuable.


Tous les commentaires
Avis de faire parvenir directement ce texte à l'un de Fabrice enquêteurs de Mediapart sur leur ligne directe.
Pour ceux qui ne peuvent pas voir le tableau, voici le lien vers la pièce jointe contenant les projections financières d'Iridium
une somme faramineuse pour une entreprise au passé plus que douteux… mais pourquoi le gouvernement placerait-il les intérêts d'une entreprise américaine qui a déjà essuyé une faillite au-dessus de ceux de ses habitants ?… ça mériterait une investigation de Transparency International ça !
on vient de me faire suivre cette pétition :
http://www.mesopinions.com/Non-aux-accords-de-prets-douteux-petition-petitions-e87110fff369922c188125464275c4c7.html
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