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Les dindons de la farce électorale

Avertissement

Yvan Najiels me signale que le texte ci-dessous est un plagiat de son article sur Mélenchon (voir les commentaires en fin de texte). Je lui en ai donné acte et lui ai présenté mes excuses.

Le texte à lire est celui auquel renvoie ce lien :

http://blogs.mediapart.fr/edition/mille-communismes/article/260312/du-grand-entretien-de-mediapart-avec-m-melenchon

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Le philosophe Gilles Deleuze a dit quelque part qu'à chaque campagne électorale le « niveau de la connerie » montait. Celle de 2012, semble-t-il, n'échappe pas à la règle, tant s'en faut.

La mélenchonomania qui a saisi le « peuple de gauche », en incluant une foule de suivistes diplômés, n'est pas pour rassurer. L'illusion électorale crée une euphorie qui, durant les quelques mois qu'elle dure, fait planer sur un nuage rose – voire nappé de rouge, pour les mélenchoniens – ceux qui y cèdent. Il n’était que de voir la multitude enthousiaste rejouer sur le mode de la farce électorale la « Prise de la Bastille » à l’appel de leur grand homme du moment. Comme d’habitude, il n'y aura aucun lendemain qui chante après ces heures de liesse, sinon de nouvelles déceptions. Mais pour ceux qui y ont cru, cette illusion lyrique dérisoire aura rendu un instant palpitante cette période post-politique qui n’en finit pas de s’éterniser.

Une fois de plus, face à l'injonction électoraliste « Votez ! », les esprits critiques démissionnent, y compris les plus « radicaux » (sur le papier et dans les amphis universitaires), pour s’exécuter sans broncher. S'agissant de l'élection de cette année, le vote Mélenchon a fourni un nouveau cas d’école en matière de « crétinisme parlementaire », comme aurait dit Marx – encore que la Ve République lui donne une allure plutôt présidentielle.

Était-on obligé de voter pour un individu qui prétend incarner l'« autre gauche » (vieux serpent de mer parlementaire insubmersible, lui aussi), qui fut sénateur PS à 35 ans, mitterrandolâtre ne doutant jamais de la grandeur de son mentor, et jospiniste de choc dans un gouvernement qui comptait le flic Chevènement et le poujadiste Claude Allègre ? Car les états de services passés de Mélenchon ne sont pas de l'ordre du détail, ni de l'histoire ou, en tout cas, d'une histoire close. Le mitterrandisme n'est pas une chose ancienne, définitivement derrière nous. Nombre de tares de la gauche française ou de ce qui passe encore pour tel en viennent directement : l'invisibilité des ouvriers (spécialement s'ils sont étrangers), l'argent-roi (qui est désormais le seul critère d'études réussies), la conversion au marché, à l’entreprise, au profit, et l'atlantisme assumé.

En refusant de revenir (serait-ce avec une autocritique de circonstance) sur son soutien passé au mitterrandisme, Mélenchon montre qu’il est resté fidèle à cette période de désorientation et de corruption politiques généralisées. Ce qui devrait ne dire rien qui vaille pour l’avenir à ses partisans – si ceux-ci, au moins parmi les moins jeunes, n’avaient pas la mémoire si courte et, pour d’autres, des envies d’ascension sociale si pressantes.

En outre, la fidélité à un homme qui n'avait d'autre principe que sa réussite politique personnelle est plus que déconcertante. Qu'est-ce qui garantit, en effet, que Mélenchon ne mettra pas ses pas dans ceux de Mitterrand après avoir fait la courte échelle à Hollande, son successeur pâlot à la tête du parti de Solferino ? Entre Saint-Just et Mitterrand, Mélenchon a déjà choisi : le ralliement « sans conditions » à Hollande, intimé à ses troupes, implicitement considérées comme un troupeau par l’intéressé, dès les résultats du premier tour connus !

Premier signe d’un tournant droitier annoncé : la justification que le co-président du PG donne à la « rigueur » imposée en 1982-1983 par un chantage sous l’égide de Delors et de la Commission européenne. Selon Mélenchon, cette austérité « de gauche » aurait été due à des circonstances imprévues et extérieures. Qu'est-ce qui aujourd'hui assure que de telles circonstances ne se reproduiront pas ? Certainement pas les économistes dont Hollande s’est entouré, parfaites incarnations de « la finance » vouées aux gémonies à longueur de meetings par le ténor du Front de Gauche. Après avoir conseillé Sarkozy, Philippe Aghion, Michel Aglietta, Daniel Cohen, Elie Cohen, Jean-Hervé Lorenzi, Jacques Mistral, Thomas Piketty et autres suppôts des banques faisaient de même (et en même temps) avec Hollande – allant jusqu’à appeler publiquement à voter pour lui deux semaines avant le premier tour.

Ce n'est pas non plus la « révolution citoyenne » prônée par Mélenchon qui nous rassérènera. Car, à vrai dire, cette expression est oxymorique, pour ne pas dire une contradiction dans les termes, puisqu'elle réconcilie l'idée de « révolution » avec celle d'un « dîner de gala » (comme n’aurait pas dit Mao) qui réunira certains citoyens plus citoyens que d’autres, triés sur le volet, sous les lambris de l’Élysée ! C'est dire à quel point ce mot d'ordre est spécieux, et il faut tout le confusionnisme idéologique des têtes pensantes de la « gauche de gauche » pour y déceler un slogan galvanisant. Idem pour l’« insurrection civique », autre oxymore, où il est entendu que « civique » concerne le vote stricto sensu, soit la soumission à la logique étatique de la représentation.

On pourrait continuer à pointer les éléments inquiétants du discours mélenchonien ainsi que ses positions politiques, quitte à devoir subir les foudres de ses fans, d’autant plus furieux que beaucoup, au fond, sont conscients du simulacre d'événement – et donc de la supercherie – que constitue l’irruption de Jean-Luc Mélenchon sur la scène politicienne. Chacun sait, par exemple, que le slogan « Prenez le pouvoir » avec sur l’affiche le visage du chef en gros plan nous ramène à la belle époque du culte de la personnalité. Et pourtant, nombreux sont ceux qui, malgré tout, acquiescent. Que personne n’ait pointé cela est tout à fait étonnant. Et en dit long, en tout cas, sur ce que les électeurs de Mélenchon entendent par « démocratie ». C'est là un concentré typique d'aveuglement électoraliste. Il faut dire que les campagnes électorales créent des dynamiques peu propices à la lucidité.

Que fera le Front de Gauche, une fois aux affaires, une fois gagnées les circonscriptions qui ont été promises depuis des mois, en catimini, à ses caciques et ceux du PCF ? En quoi formeraient-ils un nouveau « cartel des gauches », avec le PS et les écolocrates pour faire bon poids, qui, pour la première fois, résisterait au « mur d'argent » ? La manifestation de la Bastille, pas plus que celles qui ont suivi à Toulouse et à Marseille, ne répondaient à cela : elles n’étaient que des rassemblements moutonniers pour un nouvel homme providentiel, mais « de gauche » ! Des manifestations politiquement muettes, en réalité, malgré les braillements des foules attroupées, au sens où aucun énoncé singulier venu du peuple n'a été entendu.

Jean-Pierre Garnier

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Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des classes populaires (2010).

Les dindons de la farce électorale (Agone)

Tous les commentaires

02/05/2012, 14:17 | Par Yvan Najiels

Ce texte est un plagiat de mon article sur Mélenchon. Merci de le signaler. Je vais finir par me fâcher.

http://blogs.mediapart.fr/edition/mille-communismes/article/260312/du-grand-entretien-de-mediapart-avec-m-melenchon

02/05/2012, 16:51 | Par Antoine (Montpellier) en réponse au commentaire de Yvan Najiels le 02/05/2012 à 14:17

Dont acte, Yvan. Le plagiat est manifeste. Comme souvent ledit plagiat vaut hommage de l'original mais reste ce qu'il est : un signe de malhonnêteté intellectuelle ! Inattendu chez JP Garnier. Inacceptable.

02/05/2012, 17:29 | Par Géraldine Delacroix en réponse au commentaire de Antoine (Montpellier) le 02/05/2012 à 16:51

Eh bien cher Antoine, il ne vous reste plus qu'à supprimer votre billet.

Merci d'avance

02/05/2012, 20:12 | Par Yvan Najiels en réponse au commentaire de Géraldine Delacroix le 02/05/2012 à 17:29

Merci Antoine, merci Géraldine. Pas merci à JPG.

03/05/2012, 00:12 | Par Antoine (Montpellier) en réponse au commentaire de Géraldine Delacroix le 02/05/2012 à 17:29

Pourquoi supprimer un billet qui porte la trace d'un plagiat mais aussi de sa dénonciation et du renvoi au texte plagié ? Tout cela reste une leçon de choses fort utile. Mais à la réflexion je vais mentionner tout cela dans une note introductive ! Cela servira d'avertissement et orientera les lecteurs vers le "bon" texte.

02/05/2012, 18:13 | Par sourisgrise

La mélenchomaniaRigolantLangue tiréePied de nezSurpris

Vous êtes pas encore guéri ?

Faut consulter, ça tourne à l'obsession. Je vous jure, ça fait peur !

09/05/2012, 11:27 | Par alexbcorp en réponse au commentaire de Yvan Najiels le 02/05/2012 à 20:15

Bonjour,

je vois que vous avez retiré votre texte mettant les choses au point. Pourquoi? Parce que depuis JP Garnier a modifié son texte ou y a-t-il une autre explication?

02/05/2012, 20:29 | Par Yvan Najiels

Si quelqu'un sait comment signaler à JPG que son plagiat est désormais connu et qu'il doit donc y renoncer et s'excuser, ce ne serait pas de refus.

Je ne sais pas pourquoi, je ne le sens pas ce type. Le Monde libertaire et la FA, pas trop ma tasse de thé, je dois dire. Si ç'avait été AL, je ne dis pas. Mais là...

03/05/2012, 00:20 | Par Antoine (Montpellier) en réponse au commentaire de Yvan Najiels le 02/05/2012 à 20:29

Ce texte a été publié sur le site d'Agone.

Le mieux serait de leur écrire :

Agone, BP 70072, 13192 MARSEILLE cedex 20

Essaye : contact(a)agone.org

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