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Un Président furieusement Club Med

Le 22 octobre 2007, dans les écoles de France, a vibré à 95 % (source : ministère de l’Éducation nationale) l’ultime lettre adressée à sa famille par le jeune communiste Guy Môquet en 1941 : l’intense émotion présidentielle, lors d’une cérémonie au bois de Boulogne le 16 mai, en était la cause. Une telle opération ne s’apparente-t-elle pas aux tocades d’un chef de village du Club Med qui, de Vittel à Djerba, décide des moindres détails décoratifs du lieu sous sa coupe ?

 



Souvenons-nous du 14 juillet dernier. Microphone en main sur la pelouse du palais de l’Élysée, le Président assurait lui-même l’animation. Avec une prestance d’étalagiste, notre camelot de la République vantait la beauté de « Cécilia » et se retenait, in extremis, de retirer sa cravate. Ce jour-là, Nicolas Sarkozy jouissait pleinement de ses pleins pouvoirs en incarnant, à l’échelle de l’Hexagone, le chef de village.

 



Chez lui, tout exsude les valeurs communes avec le Club Med, où la vie est là, simple et festive, où la raison du plus riche est toujours la meilleure. Pourquoi faudrait-il s’excuser envers la canaille — ils ne sont rien soyons tout ! — de savourer des vacances dispendieuses ? Finie la discrète bourgeoisie de naguère, qui chérissait la civilisation de l’écrit et se ménageait du temps libre pour se cultiver (l’otium des Anciens). On est passé du jardin secret à la garden party, de la retenue de bon aloi à la pulsion sans vergogne.

 



Le Club Med et la « Sarkozy attitude » donnent en effet libre carrière au triomphe du parvenu. Chacun semble émaner d’une série télévisée. On y croise ordinairement des French Winners à la Jean Réno, ou de joyeux pragmatiques dans le genre de Christian Clavier. On y pratique la loi de la jungle, mais avec le sourire. Le tutoiement y est facile. Tout est compris (comme dans un « paquet fiscal »). La musique, débitée à destination des gentils membres (GM) ou stockée dans l’Ipod présidentiel, plonge dans l’inanité régressive. Beaucoup de bruit, toujours sur le pont ; si bien que reprocher à Nicolas Sarkozy sa surexposition médiatique équivaudrait à intenter un procès au Club Med pour tapage nocturne !

 



Ces gesticulations s’avèrent pourtant factices. Derrière les changements de décors, les soirées à thèmes, les tenues de parade du Club, nonobstant les apparitions frénétiques et frimeuses du Président, s’impose la même vision statique de la société, à rebours de cette dynamique honnie qui, de 1789 à 1968, engendra des chamboulements qu’un dirigeant ne saurait digérer.

 



D’où les feintes analogues et les impostures symétriques pratiquées par le Club Méditerranée et Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa, nés quasiment la même année, aptes à transmuter une frange de privilégiés en écrasante majorité, capables de vitrifier les classes et de ravaler la lutte au rang de vieille lune. Le Club Med, quoi qu’en dise la pub, n’est-ce pas l’art de faire payer à prix d’or des vacances de beaufs à des bourgeois ? Nicolas Sarkozy, sous couvert d’ouverture et d’opiniâtreté, n’est-ce pas le génie de pendre le dernier socialiste avec les tripes du dernier gaulliste ? Décomplexés, cyniques, rusés, narcissiques, l’un et l’autre nous embarquent dans une tyrannie décontractée, à l’américaine. Un tel modernisme réactionnaire, aussi trompeur que tapageur, revigore l’axiome de Condorcet, qu’Élisabeth et Robert Badinter placèrent en épigraphe à leur biographie de l'encyclopédiste (Fayard, 1989) : « Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans. »

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Bravo pour ce texte pétillant découvert par la grace de l 'otium

Merci, Antoine: ce spirituel antisarkozysme là se lit avec plaisir, délectation même, tant il frappe juste. Reprocher à Nicolas Sarkozy sa surexposition médiatique équivaudrait à intenter un procès au Club Med pour tapage nocturne ;-)

Amusants et instructifs, vos petits coucous quasiment un an après: la «visibilité» n'est pas toujours ce que nous croyons et la Toile est donc aussi mémoire et non simple réactivité instantanée... Merci et bien à vous cordialement,

Oui, c'est bien vu, c'est ça : "Le ciel ? On s'en fout ! Med-toi, le Club t'aidera !"

Et moi qui découvre ce billet aujourd'hui...

Pas une ride, je trouve.

si j'avais eu connaissance de ce site dès 2005 (année de ma retraite) et début de la campagne de NS avec son nettoyage discret mais sûr déjà à l'époque - je ne serais pas dans l'état où je suis. MERCI ! aujourd'hui je ne supporte plus le moindre journal télévisé et je me régale à vous lire - une grande partie de la journée. Je crois au bon sens des français (sauf dans mon proche entourage) ce mercredi 21/07/2010 tenez bon même si vos détracteurs semblent tout puissants.

Pétillant, comme le soulignait l'abonné aujourd'hui en allé, ce texte est toujours vrai.

Un portrait saisi dans la vérité de ce qu'il décrit...

Excellent, merci.

Vous avez bien raison, Marie-Thérèse, de rappeler des profondeurs un texte de cette qualité, et qui reste si actuel.

Il serait amusant de faire la liste de tous les qualificatifs qui conviendraient a sarko:hableur,matamore,camelot(12 serviettes pour le prix de 6 de mon enfance),frimeur,le ludion,le nouveau riche,l'homoncule...!Une hypothese qui m'a seduit: etant d'une origine plutot modeste dans le milieux qu'il frequante,n'etant pas issu d'une dynastie financiere ou aristocratique,il fait tout pour plaire a ceux dont il aimerait etre le pair.Raté,il n'apas la classe mais il ferait un trés bon acteur dans"La vérité si je mens",il serait vulgaire a souhait.

Bref : un beauf, un franchouillard, plus royaliste que le roi. Une trajectoire presque banale et très partagée. Malheureusement.

Du problème des zélotes en tous genres .....

Du problème plus global du rejet, donc. Et d'une des variantes possibles de ce qu'il génère : ou comment sur-vivre en milieu hostile !

Parlons en du club med : c'est vraiment à l'image de nadgy de bosca, il s'approprie des coins de paradis aux antilles au grand tort et au grand dam des gens du pays . Coins de paradis confisqués pour une classe huppée gardée par des chiens féroces et des gardes super baraqués qui  foutent la frousse aux manants que nous sommes et qui osent s'approcher trop près de leur enceinte paradisiaque.( ex Ste anne martinique et guadeloupe).

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