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«Black, Blanc Beur»: 13 ans après, et si le sport n'était pas vecteur d'intégration?

Et si le sport n'était pas vecteur d'intégration? L'Agence pour l'Education par le Sport s'est posée la question et a souhaité aller sur le terrain afin de mesurer l'impact du sport dans les quartiers. Pendant 3 ans, 6 laboratoires de recherche composés de sociologues, d'anthropologues, d'économistes, de psychologues et de politologues se sont immergés dans la vie des 24 clubs sportifs implantés dans 12 Zones Urbaines Sensibles (ZUS).. Sur 6 régions (Nord Pas de Calais, Ile- de-France, Alsace, Franche- Comté, Rhône Alpes et Provence Alpes Côte d'Azure), les chercheurs ont eu une présence régulière et discrète au sein des clubs. Ils ont interrogé les dirigeants et ont observé la mise en place des projets.

Le sport à vocation sociale est né au lendemain des émeutes urbaines de Vaulx-en-Velin au début des années 1980. Les pratiques sportives en club sont apparues comme des environnements pertinents pour gérer la violence et pour pacifier les banlieues françaises. Le sport a surtout été envisagé dans les premières années de la Politique de la Ville comme un levier occupationnel, un passe temps ludique. Très rapidement, de nombreux dispositifs proposant des animations, des équipements, des formations, de l'aide à la professionnalisation ont favorisé l'émergence d'un secteur socio-sportif qui reste à ce jour parfois innovant mais aussi fragile. Le sport est devenu progressivement un outil quasi magique d'encadrement éducatif des jeunes des quartiers.La victoire des « black blanc beur » lors du mondial de football de 1998 en France a conforté cette illusion d'un sport comme lieu de rapprochement des identités et de vivre ensemble. Les scientifiques ont cependant très tôt montré la nécessité d'adaptations sportives, d'ordre matériel, managéral et pédagogique. Au début des années 2000, la question de l'évaluation des politiques publiques s'est imposée pour devenir une préoccupation majeure au sein de la Politique de la Ville. Or, malgré les initiatives du ministère de la jeunesse et des sports en matière d'emploi aidé, la place qu'occupe le sport associatif sur les territoire prioritaires n'a jamais fait l'objet d'une évaluation sérieuse. Au delà de certains discours incantatoires prônées par des médias et des politiques sur les vertus du sport, une zone d'ombre persiste sur les réels effets sociaux et culturels des actions socio-sportives pour les habitants des banlieues. Les croyances partagées sur le sport associatifMesurer l'impact des actions sportives auprès des jeunes des quartiers est un véritable problème pour les responsables institutionnels et pour les dirigeants associatifs. Cette question fait mal car elle déstabilise profondément les croyances partagées sur les valeurs inhérentes au sport amateur. De nombreux dirigeants associatifs et d'élus politiques disent trop facilement « faire du sport en club, c'est apprendre les règles de la vie en société, c'est se confronter à un cadre, c'est apprendre à vivre avec les autres ». Ce discours consensuel est porté principalement par les hommes politiques et relayé par les médias sportifs qui valorisent un sport business déconnecté des réalités de terrain. Pourtant, de nombreuses recherches ont démontré les effets négatifs des pratiques compétitives poussées à outrance : sélection des « meilleurs » jeunes à l'entrée, difficultés à faire vivre la démocratie dans les clubs, consommation de produits addictifs, violence verbale des entraineurs, etc. Ces réalités sont difficiles à admettre car le sport de compétition diffuse des valeurs positifs de réussite par l'effort et le mérite, incarné par le champion. Ces différentes croyances sont au coeur de la vie des clubs et freine l'engagement solidaire au bénéfice des habitants.Sortir de l'idéologie sportive

Les initiatives les plus innovantes observées pendant les 3 années de la recherche-action sont celles qui sont portées par des acteurs qui doutent des effets immédiats du sport sur la construction des jeunes : « Quand on voit certains sportifs de haut niveau et qu'on les entend parler, on se dit que c'est surtout pas ça qu'on veut pour nos jeunes » confiera un entraineur de club de boxe française La référence excessive aux champions est alors écartée par un discours lucide sur les effets pervers du système financier et la mise en spectacle du sport « On va voir des matchs de temps en temps avec les gamins du club. C'est important pour eux et puis c'est ça le sport aussi. Mais on discute avant et après le match sur les comportements négatifs des joueurs sur le terrain et sur le non-respect de l'arbitre. On est pas là pour faire comme eux, on est là pour aider les gamins à s'en sortir. » Cette posture partagée par de nombreux éducateurs révèle un problème profond du système sportif. Le sport amateur et le sport spectacle semblent aujourd'hui diverger : le premier se démarquant du second pour tenter de privilégier un travail éducatif. De nombreux clubs ne se préoccupent pas des difficultés sociales des habitants La première phase de la recherche-action a permis de construire une typologie des clubs sportifs implantés dans les quartiers populaires. Plusieurs types d'engagements vis à vis des habitants des quartiers sont apparus et révèlent la fragilité des actions sociales au sein des clubs. Les clubs traditionnels proposent du sport dans un but strictement compétitif où la référence suprême reste le champion et la performance. Les dirigeants font une séparation nette entre ce qui relève de l'excellence sportive et ce qui relève des problèmes sociaux du territoire. Ce type de club est hélas le plus présent dans ces quartiers. Les clubs militants ont pour vocation de proposer un accompagnement individualisé pour les jeunes des quartiers en utilisant le sport comme un outil d'apprentissage de compétences sociales ou professionnelles. La compétition ne vient pas sélectionner les jeunes. Elle est un ressort pour réussir dans la vie. Plus récemment, des club-entreprises situés au centre des villes viennent volontairement s'implanter dans les quartiers populaires pour développer des activités éducatives ou pour repérer des champions potentiels. Le quartier est considéré comme un réservoir d'hommes et de femmes, de futurs champions. Dès lors, la réalité du sport associatif dans les quartiers est hétérogène, multiple, complexe. Si certaines associations se détournent des problèmes sociaux pour mieux se centrer sur la formation de champions, elles peuvent subir en contre-partie une désertion des jeunes et des adolescents qui vont, soit arrêter de pratiquer soit envisager des modes d'organisation plus informel (football pied d'immeuble, etc.). Pourtant financées par les pouvoirs publics, elles ne se préoccupent que

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