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Election présidentielle en Iran : une tricherie massive
Dès les premières heures après la fin du scrutin, l'annonce par les services du ministère de l'intérieur d'un score de plus de 69% pour le président sortant M. Ahmadinejad, a créé une terrible stupéfaction dans les rues, les QG de campagne des trois opposants à M. Ahmadinejad, sur les sites web de discussion, les journaux en lignes, et les blogs, sauf évidement les sites officiels du gouvernement et les journaux affiliés. L'énorme majorité des sondages en faveur de M. Moussavi, le rapport imposant du nombre de supporters de ce dernier comparé à ceux du président sortant lors des meetings de campagne, les vagues vertes de démonstrations de soutien des dernières semaines pour le réformateur, et enfin, la mobilisation sans précédent des électeurs, étaient autant de prémices laissant prévoir une victoire écrasante de ce dernier. La perplexité des électeurs abasourdis par des chiffres totalement en opposition avec les attentes, était à la mesure du décalage entre les résultats annoncés et ceux attendus.
A l'heure actuelle les trois candidats opposés à M. Ahmadinejad contestent les résultats qui donnent ce dernier très largement gagnant avec plus de 63% des voix, le premier candidat du camp des réformateurs, M. Moussavi, ne se voyant attribuer qu'environ 33% du scrutin presque définitif.
Bien que n'ayant pas encore les compte-rendus d'un nombre important d'irrégularités (observateurs des candidats rivaux expulsés de force des bureaux de vote; bulletins de vote manquants dès avant midi, malgré un surplus de plus de 10 millions d'unités. L'usage des sms avait été rendu impossible dès la veille du jour de vote, alors que les QG de campagnes des réformateurs avaient prévu d'utiliser massivement ce moyen à des fins de contrôle et de coordination; QG de campagne attaqués), les observateurs et analystes n'ont pas manqué de relever tout de suite le rythme anormal de l'annonce des résultats: très rapide pour les premiers 20 millions de votes --en moins de 3 heures-- puis lent avec le décompte de 10 millions de vote en plus de 3 heures supplémentaires. Cette deuxième épisode fut suivie d'un silence de plus de 4 heures avant l'annonce d'un report en fin d'après-midi de la publication des résultats définitifs, prévue initialement pour le samedi à 10 h du matin à l'heure de Téhéran.
Autre point troublant qui révélera son importance plus tard : contrairement aux campagnes précédentes, les chiffres ont été donnés sans aucun détail sur la répartition par région, ville ou secteur, interdisant toute analyse: le score des villes comparé à celui des campagnes, la comparaison des scores régionaux avec la tendance connue de fort soutien aux candidats locaux.
Cette occultation a, de fait, servi de lubrifiant pour faire passer ce qui paraît être une des escroqueries les plus énormes de l'histoire, un coup d'état préparé minutieusement (à Téhéran et dans les grandes villes, les manoeuvres militaires avaient démarré dès 17 h hier soir, le chef des gardiens de la révolution ayant annoncé l'interdiction formelle de tout rassemblement, avec la précision suivante : "que ce soit pour fêter la victoire ou à cause d'une défaite"): elle a, en effet, neutralisé les réactions de protestation dès les premières heures de la nuit, les analystes étant dans l'impossibilité de savoir si le fort score de 69% annoncé pour M. Ahmadinejad ne pouvait pas s'expliquer par un décompte en premier des votes provenant des zones rurales, considérées à priori comme plus favorables au président sortant. Malgré l'annonce des résultats définitifs par le ministère de l'intérieur (en début de l'après-midi à l'heure de Paris), ces informations ne sont toujours pas disponibles, et restent promis dans un délai inconnu.
Néanmoins quelques observations extrêmement simples suffisent à prendre les voleurs en flagrant délit, la main dans l'urne:
-Le rapport des scores entre les différents candidats tout au long de la nuit de décompte, reste d'une constance défiant toutes les lois statistiques: une régréssion linéaire (méthode simple d'ajustement d'une droite à des mesures) opérée sur l'ensemble des chiffres annoncés au fur et à mesure de pour M. Ahmadinejad et M. Moussavi, aboutit par exemple à un coefficient de 0.9985, c'est-à-dire une droite presque parfaite! (cf. graphique sur la page web du site de campagne de M. Moussavi: http://www.mowj.ir/ShowNews.php?7210). Ce qui impliquerait une uniformité inconcevable des parts de votes entre différentes régions, ou alors la manifestation d'un rapport décidé à l'avance et maladroitement injecté dans les urnes!
-Le score du deuxième candidat réformateur, M. Karoubi, de l'ordre de 333 000 voix, cad 1%, est en lui-même suffisant pour démontrer l'escroquerie: les déclarations de soutien de différentes communautés reigieuses en sa faveur (M. Karoubi est un clerc) , le nombre de personnes présentes à ses meetings tout au long de la campagne, ainsi que son score des dernières élections présidentielles --plus de 5 millions de voix et qui devait selon toute vraisemblance s'amplifier étant donnée la véhémence de ses réclamations et ses promesses de liberté pour les jeunes-- sont sans commune mesure avec le score "qu'il a obtenu".
-Aussi criants sont les scores annoncés par l'agence IRNA (et non encore officiellement) des villes natales des candidats, où en général, on frôle des scores de 90% en faveur du local: tous les opposants à M. Ahmadinejad ont perdu dans leur ville natale face à ce dernier!!!
-Le total des scores des réformateurs démontre lui aussi de manière implacable la fraude massive du clan du "guide" et de son protégé M. Ahmadinejad: alors que les réformateurs ont frôlé sinon dépassé les 20 millions de voix lors des 3 dernières élections --y compris lors de l'élection de 2001 au moment du plus fort abstention dans leurs rangs-- leur score (en fait essentiellement celui de M. Moussavi) ne dépasse guère 13 millions de voix! Ceci dans un contexte de ras-le-bol général exprimé contre la politique intérieure et économique de M. Ahmadinejad, mais aussi contre sa politique étrangère jugées par beaucoup comme dévastatrice pour le peuple iranien. 13 millions de voix seulement dans le contexte d'une mobilisation sans précédent, dopée par la campagne de l'épouse de M. Moussavi, en faveur d'une nette amélioration du statut des femmes.
Les réactions de dépit, de dégoût, de colère et de révolte pleuvent sur le net et dans les rues iraniennes, alors que le gouvernement M. Ahmadinejad amplifie le filtrage des sites internet pro-réformateurs ou contestataires, un filtrage commencé avant le jour J. Après avoir tardé quelque peu, les deux candidats réformateurs ont fait chacun une déclaration de contestation des résultats, protestant et remettant en cause de manière sévère les instances gouvernementales tout en demandant un rendez-vous à M. Khamenei, le guide de la révolution. Après un long silence radio, ce dernier vient d'entériner l'élection de son protégé en y mettant le sceau céleste.
Au moment même où ces lignes sont écrites il y a des manifestations dans la capitale et plusieurs autres grandes villes de l'Iran. Les slogans sont terribles: "à bas les Talibans, qu'ils soient à Kaboul ou à Téhéran!"; "Moussavi, Moussavi récupère notre vote!"; "Ahmadinejad nous trahit, le guide est son soutien !
Les témoignages en direct sur le net et sur la BBC en langue persane (galerie photos sur http://www.bbc.co.uk/persian/iran/2009/06/090613_ag_tehran_demo_pics.shtml, et sur un site de news iranien :http://news.gooya.com/didaniha/archives/2009/06/089098.php, voir aussi le site de NY Times http://www.nytimes.com/2009/06/14/world/middleeast/14iran.html?_r=1) font état d'une répression extrèmement violente par les gardiens de la révolution et les forces en tenus banalisés. Les gens se disent "humiliés, insultés" par le gouvernement et le guide. Ils dénoncent le fait que le seul vote de ce dernier a plus de poids que des millions de bulletins. Beaucoup disent : "Ils n'arrêtent pas nous faire avaler des images des répressions israéliennes contre les Palestiniens à longueur de journée; mais ils font la même chose avec leur propres compatriotes! D'autres rappellent que Ahmadinejad avait affirmé "les élections américaines sont truquées d'avance -- ne sont qu'une vitrine-- qu'un noir ne serait jamais élu; aujourd'hui on voit que c'est nos élections qui sont une mascarade"...
Mise à jour le 14 juin à 15h00
Une source anonyme du ministère de l'intérieur aurait révélé les scores des candidats sans trucage, donnant M. Moussavi largement gagnant.
La répréssion viloente des manifestations aurait déjà fait des victimes sans qu'on sache le nombre exact (vidéo récent http://www.youtube.com/watch?v=ZPdpueKpTTo)
Des manifestations sont prévues dans toutes les grandes villes du pays, Téhéran, Tabriz, Chiraz, Babol, Mashad et Ispahan.
M. Karoubi, un des rivaux de M. Ahmadinejad a oté son habit clérical en signe de protestation et de deuil, et d'autres membres du clergé proches des réformateurs ont demandé l'annulation des élections.
Des dizaines de personalités réformatrices ont été arrêtées pendant la nuit.


Tous les commentaires
Sans doute, mais on peut penser que si la pression venue de l'extérieur sur le régime n'avait pas été aussi forte, les élections auraient été plus ouvertes. l'Iran n'est-il pas un pays menacé de guerre pas Israel, les Etats Unis et plus généralement ce que l'on nomme la communauté internationnale ? Dans un contexte de menace extérieure de cette envergure, rien d'étonnant à ce que le régime durcisse. Bref, si les américains s'occupaient de leurs affaires, les elections seraient sans doute plus libres dans nombre de pays. qui peut donner des leçons de démocratie ? En tout cas pas notre pays dont 60% des électeurs sont à ce point dégoutés qu'ils fuient les urnes ... Il faut examiner ces évenements en fonction du contexte global.
Non, mais vous plaisantez ? Etes-vous allé en Iran mesurer la "pression" ? Intérieure. Jeter un coup d'oeil sur ce que peut être l'extraordinaire liberté intellectuelle, très intérieure, et payée cher parfois de ses habitants ? Votre commentaire, arquius, est, il me semble, bien méprisant, qui fait d'un pays le simple appendice réactif à des politiques étrangères. Le régime iranien actuel, lui, ne s'y trompe pas. A lire le billet ci-dessus, c'est bien un vote intérieur qu'il redoute. Les Etats unis sont loin d'être innocents. C'est juste pour dire: regardez les Iraniens, d'abord.
Bien d'accord avec vous Dominique Conil, regardons, écoutons, lisons les iraniens et les iraniennes. Merci à vous, Arache Djannati-Atai, pour ce billet clair et précis.
je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de contestation en Iran, ni que cette contestation n'était pas justifuiée. Figurez vous qu'il n'y a pas que vous qui sachiez cela. Simplement, dans un pays où la contestation intérieure réclame plus de libertés et un assouplissement de régime , la menace extérieure d'une guerre surajoute au durcissement du régime. Donc je redis, sans menace extérieure le régime ne se durcirait sans doute pas autant. Je crois que si vous vous décrispez intrellectuellement, vous arriverez à comprendre cette évidence universelle. D'ailleurs, vous mêmes, si quelqu'un vous pousse pour vous faire reculer vous aller sûrement opposer une poussée de sens inverse. Il ne s'agit que de cela.
Lorsque le régime du Shah ( tiens, en voilà, un régime largement supporté par les USA, qui ne s'est pas super décrispé), la "révolution iranienne" a été applaudie, personne n'avait vraiment écouté ce que racontait Khomeiny pourtant longtemps exilé en France: on a vu la décrispation, là aussi. Et aujourd'hui, depuis l'élection d'Obama, qui aura multiplié les signes de détente, à commencer par une adresse directe aux Iraniens, en effet: c'est le moment de durcir! Par contre, il me semble qu'aujourd'hui même, en Iran, dans les rues..
Je doute également que l'on puisse imputer la tricherie et la répression massive organisée (du moins selon ce billet) par les extrémistes iraniens à la pression internationale. Par contre, pour ces mêmes extrémistes, c'est un très bon prétexte.
Vincent, on ne dit pas extrémistes, on dit gouvernement...
Certes, certes...
Dans l'absolu, que la pression extérieure entraîne une radicalisation intérieure : oui. Mais depuis quelques mois, la pression s'est allégée, Bush n'est plus à la maison Blanche, Obama change le discours et la donne, et il semblerait que les Iranien/nes l'aient compris, eux.
Oui, on aimerait bien que ce soit cela. Mais vous savez, chez nous c'est à l'unanimité moins 2 voix qu'une chambre de libéraux et de socialistes a donné les pleins pouvoirs à Pétain. Alors quand la menace est présente, les responsables durcissent un peu, ça c'est déjà vu. Par ailleurs, quand on voit que l'autre ahuri a ouvert des bases aux émirats, on peut se demander ou est le départ entre la réalité et les discours. Je n'imagine pas que la France ait pu ouvrir ces bases sans une autorisation expresse de big brother. Je n'imagine pas que ce soit ni le fruit de hasard, ni une manoeuvre sans objet. Enfin, les positions d'Israel, l'autre théocratie militaire de la région ne poussent pas à la relaxation en Iran. Pour finir, on sait que les américains ont déjà bien fait leurs preuves dans les manipulations politiques en Iran. Je vous rappellerai l'élimination de Mossadeg et l'abandon du shah. Donc, les mollahs doivent avoir quelques bonnes raisons de durcir. Quant au résultat de l'élection, ni vous ni moi n'en savons rien ; non plus d'ailleurs que de l'opinion majoritaire des iraniens. D'ailleurs savons nous quelque chose de l'opinion majoritaire des Français ? Pourtant ici c'est bien open et bien sondé matin midi soir ... il est vrai que s'il y avait eu 60% d'abstention en iran, nous aurions été à parité d'évolution démocratique ce qui aurait permis d'interessantes analyses ... Alors restons un peu humbles sur les commentaitres d'un scrutin dont seuls les organes de propagande occidentale sont les commentateurs ...
Arrêtez votre char Ben-Hur, il n'y a pas plus de répression en Iran (346 éxecutions en 2008 Amnesty) qu'en Chine (1718 éxecutions en 2008 Amnesty), et devant les Chinois on ne moufte pas, car ils fouettent bien l'esclave comme on le leur demande pour obtenir nos rendements bancaires annuels, mais comme les Iraniens ont du pétrole on va les vitrifier pour ça, comme on l'a fait aux Irakiens, c'est tout, et il faut juste dire la vérité. Irak = 800 000 victimes civiles pour rien du tout, il n'y avait pas de Massiv Weapons Destrut Truc machin..... -RIP- d'avance. @ +NEO-
Oui bon, Il a été élu et puis c'est tout. 80% des gens ont voté.
Il fait quand même beaucoup moins bien que Saddam Hussein la dernière fois: 100% des inscrits pile-poil...
@ melchior, Oui, dommage qu'il n'y ait pas eu 60% d'abstentionnistes ... On aurait pu établir des comparaisons intéressantes à parité d'évolution démocratique ...
Merci M. Djannati-Atai. Avec les entraves faites à la presse étrangère et sur Internet, nous manquons un peu-beaucoup de réelles informations sur ce qui se passe vraiment là-bas depuis ces élections... Mais toutes les conditions semblent réunies pour que la spirale colère-émeutes-répression ne fasse que s'accentuer !
Je découvre l'article de Djanatti-Atai avec intérêt et reconnaissance mais l'argumentation d'arquius avec un brin d'envie de vomir: elle rappelle parfaitement les justifications cyniques du goulag, des charniers khmers rouges, etc. On peut me semble-t-il appeler à résister à l'hégémonie américaine et au colonialisme sioniste sans sombrer dans ce genre de complaisance pour les tyrans et d'obscène mépris pour les droits des populations!!!
à humaro, heu ? je n'ai aucune complaisance pour le régime de téhéran, ni pour les khmers rouges ni pour le goulag. Il me semble que vous perdez la mesure.
Aucune complaisance? Mais où j'ai mal lu, arquius, ou vous ne faites pas le moindre lien entre la "pression internationale" et le fait que l'actuel régime iranien associe antisémtisme de choc, appel à la destruction de l'Etat d'Israel et menace nucléaire. Vous estimez que le régime iranien n'e'st ni plus ni moins démocratique que la république française (ce qui me laisse supposer que vous n'avez guère rencontré d'iraniens). Vous mettez sur le même plan les communiqués des autorités iraniennes et les informations transmises par les journalistes de pays démocratiques et la diaspora iranienne. Vous tenez pour insignifiants les éléments du blog qui vous a fait réagir en prétendant qu'on ne peut sélectionner ni hiérarchiser les sources d'information. Que serait-se si vous étiez complaisant?
Article 35. Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs... L'essentiel de ces dernières heures en Iran en version audio, divers témoignages : http://audioblog.arteradio.com/a-bout-de-souffle/frontUser.do?method=getHomePage&rubricId=3021510&blogName=a-bout-de-souffle