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May

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Les universités américaines face à la crise

On a souvent rappelé, à juste titre, les mérites des meilleurs campus américains, publics ou privés, tout en généralisant, à tort, leurs performances à l'ensemble des universités dont pourtant environ 80% restent d'un niveau extrêmement faible.

On a aussi souvent érigé, à tort et en les déformant, le système de gestion des universités US, leur capacité de capitatlisation de ressources propres (endowments) et la compétition inter-universitaire en matière de recherche comme les facteurs prépondérants de leur succès... et comme seuls remèdes pour sauver les universités françaises, de fait totalement délaissées par l'Etat au profit des grandes écoles.

On oubliait déjà que de plus en plus d'étudiants américains, plus des 2/3 aujourd'hui, devaient s'endetter pour payer leurs études et démarrer leur vie professionnelle avec un boulet au pied. On ne parlait que très rarement de la multiplication en parallèle des projets due aux pratiques d'imitation --à l'image de la bourse-- dans certains domaines de recherche (notamment la biologie) dès la publication des prémices d'une idée; pratiques motivées par la compétition acharnée des équipes pour l'obtention des crédits de recherche sur

projet, en l'absence d'une véritable politique scientifique définie par des instances scientifiques.

L'idéalisation/simplification/distortion de ce modèle qui accompagne son importation forcée en France, escamote à l'inverse des aspects aussi importants que les systèmes complexes de contre-pouvoir qui permettent d'assurer l'équilibre des pouvoirs au sein des universités, ou

l'évaluation des enseignants et chercheurs et des projets par les pairs et des instances indépendantes --aux antipodes des "réformes" actuelles visant à la concentration des pouvoirs par les présidents, et à la domination des conseils et instances de décision à tous les niveaux par des membres nommés...

Voici un reportage très intéressant sur le système universitaire américain (http://www.rfi.fr/radiofr/editions/072/edition_19_20090411.asp#2) qui en révèle les failles profondes en cette période de crise.

On y apprend entre autres que les frais de scolarité ont flambé depuis les années 90, trois fois plus vite que l'inflation, laissant sur le seuil des facultés un nombre toujours plus important d'étudiants d'origine modeste, et ce malgré les bourses d'étude.

On comprend aussi que dans ce contexte, les effets de la crise n'en ont été que plus forts: gel d'embauches et de salaires; suppression des heures d'enseignement pour les doctorants/assistants de cours qui doivent se tourner vers des petits boulots. Or, par temps de crise, les restaurants n'embauchent guerre et les banques ne prêtent plus; les bars semblent par contre plus remplis...

Pour limiter la casse, le gouvernement fédéral propose des prêts à taux zéro aux étudiants: il s'engage en fait à verser de l'argent aux organismes préteurs pour qu'ils continuent de prêter aux étudiants, et il paie les intérêts de ces emprunts (n'est pas explicitement dit dans l'émission). Cherchez l'erreur: les étudiants continuent de s'endetter pendant que le contribuable américain paie des intérêts et que les universités, aux dotations certes colossales, perdent des milliards en bourse: Columbia vient de perdre 1 milliard de dollars sur ses fonds propres, Harvard 8 milliards de dollars; et les professeurs passent un temps fou dans des réunions de gestion... de crise.

Autant les universités les plus riches semblent avoir les reins encore suffisamment solides du fait de leurs réserves financières importantes (voir http://www.ofce.sciences-po.fr/clair&net/clair&net-64.htm), autant les moins dotées risquent d'y laisser plus que des plumes (oubliées comme d'habitude dans l'analyse sous le lien précédent).

Des conséquences d'un système qui fait dépendre la vie et le devenir des universités --c'est-à-dire des étudiants, des hommes et femmes qui y travaillent et le futur de leur société-- des soi-disant "lois" du marché.

Tous les commentaires

Pouvez-vous expliquer en quoi et comment tant d'universités américaines ont un niveau extêmement faible?

C'est une bonne question! Et je n'ai pas de réponse complète... A ma connaissance plusieurs facteurs jouent: le manque de moyens, surtout des "community college" avec des diplômes peu ou pas reconnus ni dans le milieu académique ni sur le marché du travail; or les donations des anciens élèves constituent une ressource importante pour les campus aux US et moins les diplômés sont riches, moins la faculté a des moyens. Il faut aussi savoir que le secondaire aux US a été totalement délaissé par l'Etat depuis le début des années 80 (l'ombre de Ronald Reagan plane ici aussi) avec une dégringolade du niveau de l'enseignement; Les lycées américains sont incapables de fournir suffisamment de bons étudiants et ce sont beaucoup d'étudiants et post-docs venus de l'étranger qui contribuent aux bonnes performances des universités les plus prestigieuses et qui ne vont pas dans les facultés moins réputées... et qui ne rapportent pas de l'argent à travers les grants. Une sorte de cercle vicieux qui tire toujours dans le même sens, càd vers le bas les universités les moins riches (sans dotation/endowment ni fond capitalisé).

Bonjour, Article intéressant. Nous venions justement il y a peu de rédiger un billet envers ce sujet. Ce serait intéressant de pouvoir poursuivre. Nous venons de mettre votre lien depuis le nôtre. http://www.mediapart.fr/club/blog/jdfweb/140409/greve-des-universites-arretez-ce-massacre-vous-etes-des-irresponsables A plus JD l'Equipe gueulante.fr

Bonsoir, Je viens de lire votre billet qui semble motivé surtout par l'inquiétude d'un père face à l'avenir de son fils. Il est effectivement difficile de garder son sang froid dans ces cas là, mais les enjeux des grèves actuelles au sein des universités et des organismes de recherche relèvent à mon sens d'un choix de société et de civilisation. C'est bien la préparation de l'avenir au sens collectif qui est en jeu... avec un prix à payer qui varie d'un cas particulier à un autre. Je dois ajouter que bien que les attendus du type "les étudiants français sont des feignants et gâtés qui en veulent toujours plus" etc etc sont de plus en plus à la mode, ils sont faux et plutôt destructeurs (de lien social) que constructifs pour un avenir meilleur.

Didier, c'est parce que contrairement à une légende française, l'université américaine est très peu sélective: tout élève ayant été assidu en high school peut s'inscrire dans 90% d'entre elles - cad, qu'il ait un niveau BEP ou un niveau seconde... Il existe quand même pas mal d'universités qui, sans être excellentes, font un excellent travail pour apporter culture générale et professionnelle à des étudiants parfois peu motivés.

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