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Des candidats controversés pour l'UMP dans la dixième circonscription des Français de l'étranger

Alors que le conflit syrien devrait figurer en bonne place au menu des discussions entre François Hollande et Vladimir Poutine, en visite à Paris, le casting de l'UMP au Liban, et plus largement dans la dixième circonscription des Français de l'étranger, paraît pour le moins original. En effet, le mari de Fabienne Blineau-Abiramia, suppléante de l’UMP Alain Marsaud pour la dixième circonscription des Français de l’étranger, est un député libanais dont le parti est l’allié du Hezbollah. De son côté, Alain Marsaud lui-même traîne une réputation des plus troubles.

A quelques jours du vote des français de l'étranger, cela fait tâche. Rue89 s’est intéressé à Fabienne Blineau-Abiramia, candidate suppléante dans la dixième circonscription des Français de l’étranger. Si celle-ci s’occupe de la permanence UMP au Liban depuis 2006, c’est surtout son mari qui est particulièrement connu. Et pour cause, Simon Abiramia soutient très ouvertement le Hezbollah.

Député libanais, Simon Abiramia est membre du Courant patriotique libre (CPL), le parti de Michel Aoun. Longtemps anti-syrien, ce parti a viré de bord en 2006 devenant l’un des plus fervents partisans de la milice chiite pro-syrienne créée pendant la guerre civile libanaise. Un soutien a priori aux antipodes de la politique française dans la région.

En décembre 2011, Simon Abiramia n’avait pas hésité à monter au créneau afin de défendre le Hezbollah face… au ministre français des affaires étrangères Alain Juppé. Après l’attentat ayant frappé des casques bleus français de la Finul, chargée de soutenir l’armée libanaise au sud-Liban, Alain Juppé avait accusé Damas et le Hezbollah.  A une question de TV5-monde, Radio France internationale et du journal Le Monde, visant à savoir si cet attentat était un « message » de la Syrie, le ministre avait répondu « nous avons de fortes raisons de penser que cet attentat vient de là », avant d’ajouter que la Syrie « utilise le Hezbollah » pour ce genre d’attaque. 

Aussitôt, Simon Abiramia avait répliqué : « Il n’est pas permis qu’un pays comme la France fournisse des accusations ridicules ou accuse un parti libanais [...] sans donner de preuves tangibles ». De quoi nuire à la candidature de l’épouse du député ?

La commission d’investiture de l’UMP, chargée de vérifier les candidatures des aspirants députés, botte en touche : « Le siège national de l’UMP n’a pas vocation à choisir le suppléant de chaque candidat, ni à le contrôler ensuite. Elle demande encore moins le pedigree du conjoint du suppléant. » A Rue89, Alain Marsaud, ancien juge antiterroriste et candidat de l’UMP, assure que Nicolas Sarkozy lui-même lui a imposé sa suppléante. En toute connaissance de cause ?

En novembre 2007, un article du journal koweïtien Al-Seyassah affirme que « depuis la signature de l’arrangement entre le Hezbollah et le général Aoun, en février 2006, le parti chiite tente avec succès d’infiltrer le Courant Patriotique Libre (CPL) » grâce notamment à Simon Abiramia. D’après le quotidien, Abiramia se serait engagé à servir le Hezbollah et à être l’interlocuteur entre le parti et le pouvoir français, mais également à exploiter l’association franco-libanaise « Rassemblement pour le Liban » dirigée par Elie Haddad avant d’ajouter qu’« Abiramia fait miroiter au Hezbollah ses relations intimes avec l’Elysée et notamment avec le porte-parole du président Sarkozy, David Martinon, un ami de Fabienne Blineau-Abiramia, son épouse » afin d’améliorer l’image du Hezbollah en France.

Il faut rappeler qu’à l’époque Nicolas Sarkozy voulait prendre le contre-pied de Jacques Chirac et réintégrer Bachar el-Assad dans la communauté internationale. Le Qatar a beaucoup aidé à ce rapprochement franco-syrien, qui sera couronné par la venue à Paris d’Assad pour le défilé du 14 juillet 2008, aux côtés de Moubarak et de Ben Ali. Bachar al-Assad était alors considéré comme un partenaire essentiel de la France engagée dans la construction de son projet d'Union pour la Méditerranée.

Comme le rappelle Fabienne Blineau-Abiramia, sa mission au Liban est de représenter « un parti français à des élections françaises ». Elle se dit d’ailleurs  tant « clairement opposé au régime syrien » que « dégoûtée de la politique libanaise ». Cependant, alors que l’UMP est toujours prompt à dénoncer les conflits d’intérêts de journalistes partageant la vie de ministres socialistes, de tels liens entre le mari d’une candidate de l’UMP et le Hezbollah font tâche en pleine guerre civile en Syrie, ce que n'a pas manqué de relever Rita Maalouf, suppléante du candidat du PS dans cette circonscription. "Il est tout a fait choquant  et inqualifiable qu’un candidat choisisse (avec l’aval argue-t-il de Monsieur Sarkozy à l’époque),  et surtout dans la situation internationale actuelle, une suppléante qui peut avoir, de près ou de loin un rapport avec le régime assassin de Bachar El Assad." a-t-elle commenté, avant de poser la question de son indépendance en cas de propagation de la guerre civile syrienne au Liban voisin: "Les Français peuvent être inquiets si le conflit Syrien se propageait au Liban, comment se comporterait-elle alors ? Défendrait-elle les ressortissants français ou soutiendrait-elle comme son mari les intérêts du pouvoir Syrien ?" Jusqu'à présent, Fabienne Blineau-Abiramia semble privilégier l'esquive sur cette question.

Pas de quoi perturber Alain Marsaud, qui relativise : « J’aurais eu une suppléante plus proche du camp Hariri [anti-syrien, membre de la Coalition du 14 Mars opposée à celle du 8 Mars qui réunit le Hezbollah et le CPL, ndlr], j’aurais eu des protestations des aounistes. C’est comme ça au Liban. » le choix de l’ancien juge antiterroriste peut également prêter à discussion au vu de ses liens avec plusieurs hommes d’affaires à la réputation sulfureuse.

En décembre 2004, un conflit oppose des hommes de l'ex-Vivendi Environnement (et ex-Générale des Eaux) à Mohamed Ayachi Ajroudi, Franco-tunisien disant représenter d'importants intérêts saoudiens, qui s’est vu accorder une interruption temporaire de travail (ITT) de sept jours après s’être fait (selon ses dires) agresser à l’hôtel George V par  Alexandre Djouhri, homme d'affaires et intermédiaire, en présence d'Alain Marsaud et de Laurent Obadia. Ces deux personnes sont supposées être parmi les proches d’Alain Marsaud, qui a longtemps travaillé chez Vivendi et était administrateur de Veolia.

Ajroudi dénonçait un supposé «racket» de la part de Marsaud, Obadia et Djouhri, dans le cadre d'une négociation concernant la création d'une filiale au Moyen-Orient, appelée Veolia Middle East (VEM). Selon lui, les trois hommes auraient «exigé d'obtenir 20 % du capital de la société sans contrepartie aucune», ce que niaient les trois intéressés. "J'ai refusé cette tentative d'extorsion à plusieurs reprises, Marsaud ayant tenté de s'inviter dans le deal avec Laurent Obadia, ce qui m'a valu d'être menacé, suivi, agressé", assure Ajroudi.  Que l’affaire soit vraie ou pas, cet épisode est raconté par Pierre Péan dans son livre « La République des mallettes ».

En bref, pour la dixième circonscription des Français de l’étranger, qui quarante-neuf pays du Moyen-Orient et une partie de l'Afrique, l’UMP présente donc un ancien juge reconverti dans les affaires, notamment au Moyen-Orient avec des intermédiaires à la réputation trouble, et une fidèle militante mariée à un député pro-Hezbollah. On ne pourra au moins pas leur reprocher de ne pas connaître la région mais il convient de s’interroger sur les intérêts qu’ils défendent.

 

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01/06/2012, 13:52 | Par profil_inactif_28112

Merci pour ce complément à l'information donnée sur le site de référence rue89.com, si souvent simplement recopiée ici.

Cordialement

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