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Bouleversements géopolitiques dans l'arctique

La perte de glace de la banquise arctique ces 35 dernières années, devenue spectaculaire au cours des étés 2000 à 2007, et représentant 1,7 millions de km2 en 2007, ainsi que l'accélération de la fonte au Groenland (300 milliards de tonnes par an) changent progressivement la géopolitique de la région arctique.

Les nouveaux calculs géostratégiques des différentes puissances du cercle arctique en matière énergétique (dont les réserves d'hydrocarbures sont censées correspondre à 20% du total mondial selon l'USGS) et de transport de marchandises se multiplient. 6a00e54f9b8373883401053624f761970c-piCela se voit dans les tentatives russes d'occupation des espaces sous-marins, notamment ceux qui pourraient contenir des gisements d'hydrocarbures, et d'optimisation du Passage du Nord-Est, le développement en cours des ports et des bases militaires le long du Passage du Nord-Ouest au Canada, l'importance croissante du Conseil Arctique, et les derniers positionnements arctiques de l'UE.

Dans le cadre de ces évolutions environnementales, énergétiques, et sur les nouveaux passages ouverts au commerce international, les territoires européens et nord-américains de l'Islande, la Norvège, et le Groenland pourraient jouer un rôle décisif pour le futur positionnement de l'UE dans cette région. Les problématiques financières de l'Islande, les relations entre les pays membres de l'Espace Économique Européen et ceux de l'UE, et l'autonomisation par étapes du Groenland, sont toutes des pièces d'un puzzle plus large, celui du redécoupage géopolitique et géoéconomique de la région arctique.

La stratégie de diversification économique de l'ile scandinave d'Islande, menée depuis plus de dix ans à la marge des activités plus traditionnelles (pêche, tourisme, énergie), et des échanges commerciaux au sein de l'Espace Économique Européen (EEE), se solde en 2008, à l'aube de la crise financière mondiale, par un échec à résonance mondiale, qui aura durablement entamé la crédibilité économique des dirigeants du pays. Les manifestations publiques à Reykjavik, les récriminations entre pays d'Europe du Nord, notamment le Royaume-Uni et l'Islande, et le paquet de sauvetage financier de plus de $10 milliards issu de prêts des autres pays scandinaves et du FMI, le premier en Europe de l'Ouest depuis les années 70, aura remis au gout du jour une adhésion possible de l'Islande à l'Union Européenne, lui permettant de bénéficier des protections du bloc européen, notamment financières en cas d'intégration dans la zone euro.

Cette adhésion serait particulière car il s'agit non seulement d'un pays à faible population, avec un niveau de vie élevé, et une économie moderne, mais aussi d'un pays répondant déjà à un nombre considérable de conditions de pré-adhésion, de par son appartenance à l'EEE et à la zone Schengen, au même titre que la Norvège, le Liechtenstein, (et prochainement la Suisse via l'AELE si elle ne refuse pas le principe de libre circulation des travailleurs). Une éventuelle adhésion islandaise à l'UE serait donc accélérée et s'effectuerait selon toute vraisemblance au même temps que celle de la Croatie, candidate depuis 2004.

A l'inverse, la stratégie du Groenland, d'autonomisation croissante vis-à-vis du Danemark et de l'UE, cherchant à profiter d'une manne pétrolière relative, sans prise en compte des nouveaux facteurs internationaux liés au réchauffement climatique et la sécurité régionale, démontre un manque de réflexion sur les intérêts à long terme de ce territoire. Sa pleine réintégration dans l'Union Européenne, y compris sous la forme d'un Etat indépendant déclaré réserve environnementale, avec toutes les protections économiques et culturelles nécessaires pour sa population Inuit (couvrant aussi les autres populations arctiques dont les Saami en Scandinavie) est à envisager.

Au delà de ces deux exemples, c'est tout le concept d'Espace Économique Européen, de même que celui des opt-outs de certains traités européens choisis par le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède, qui est à revoir. Les possibilités offertes depuis les années 90 de participer à une Europe à la carte fragilisent l'architecture géoéconomique et géopolitique européenne, elles l'empêchent même de répondre de manière groupée et significative aux multiples crises de ce début de siècle.

 

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