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Ultime recours: la Cour de Strasbourg en danger
«J'irai jusqu'à Strasbourg s'il le faut, mais on me rendra justice»: on entend souvent ces propos dans la bouche de justiciables qui craignent que leur cause ne soit pas entendue dans la succession pyramidale de tous les recours possibles dans les juridictions de leur pays. Par Strasbourg, il faut entendre ici «Cour Européenne des Droits de l'Homme» (CEDH). Organe prestigieux du Conseil de l'Europe (COE), cette juridiction étend sa compétence sur les 47 pays membres dont chacun désigne un juge et un seul, quelle que soit son importance démographique.
Mais voici que, pour indigence de moyens et surabondance de plaintes, son fonctionnement est, sinon fortement compromis, du moins gravement perturbé jusqu'à craindre la paralysie. Victime de son succès !
Dans son rapport qu'elle présentera, en janvier, à l'Assemblée Parlementaire du Conseil (APCE), une députée néerlandaise, Mme Bemelmans-Videc, ne prend pas de gants: «la situation actuelle est simplement intenable, pour ne pas dire suicidaire».
Un budget pauvre en recettes
58,96 millions d'euros cette année pour salarier 630 agents et faire fonctionner l'Institution, fleuron de l'Europe des 47. Comparaison affligeante : le TPI de La Haye, organe de l'ONU, dispose d'un budget de près du double pour quelques agents de plus (103 millions pour 683 agents). Plus grave encore, la Cour de Justice de l'Union Européenne, à Luxembourg, dispose de 4 fois plus de moyens financiers. Très étrange aussi, la même UE dépense davantage, rien que pour ses publications. Ce sont donc les pays les plus «influents» qui assurent la plus grande part : la France, qui verse 25 millions au COE, fait partie des cinq gros contributeurs. Rappelons que le budget de l'UE est de 142 milliards d'euros contre 340 millions pour le COE (217 millions pour la contribution des Etats). Oui, on ne joue pas dans la même catégorie mais les missions sont différentes bien que complémentaires.
Une totale inadéquation entre contribution et recours.
«Des oursins dans une poche et la main tendue pour remplir l'autre», commente un haut fonctionnaire inquiet. La formule est amusante mais inappropriée, puisque les Etats pingres sont aussi ceux qui sont le plus souvent mis en cause par leurs justiciables. En effet, depuis l'extension vers les pays de l'Est, il y a une décennie environ, les plaintes de particuliers contre ces pays de démocratie récente et inachevée s'entassent alors que les contributions financières sont minimes. «Absurde, injuste, scandaleux!» pense tout haut Mme Bemelmans-Videc. Quinze pays membres ne mettent même pas, au pot commun, ce que coûte le juge qu'ils ont délégué à la Cour, soit 330.000 euros par an pour un salaire net mensuel de 14.000 euros. Eh oui !
A Luxembourg, en 2010, on a traité 1230 affaires et on en compte 2284 en attente.
A Strasbourg, 41 183 décisions ont été rendues et 139 650 requêtes sont pendantes. Une situation intenable en effet. Alors que faire ?
Evidemment, comme le suggère la députée néerlandaise, il faut augmenter les recettes.
Mais surtout: «la responsabilité première incombe aux juridictions et aux autorités nationales; la Cour de Strasbourg ne devant jouer qu'un rôle secondaire. Cette obligation est consacrée par le principe de subsidiarité». En clair, faites une meilleure justice et les plaintes seront moins nombreuses. Cela concerne particulièrement six Etats qui comptabilisent 70% des requêtes déposées (Italie, Pologne, Roumanie, Fédération de Russie et Turquie).
Osera-t-on suggérer à Mme Bemelmans-Videc de proposer une possibilité d' «amélioration» supplémentaire qui consisterait à inclure en plus de la contribution fixe une participation variable en fonction des dépôts de plaintes à traiter?
Que l'Institution continue de fonctionner dans de bonnes conditions est dans l'intérêt de tous les justiciables même si, du côté français, on n'en abuse pas.
Antoine Spohr.


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Ils ne veulent pas financer la démocratie...
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Ils ne veulent pas financer la démocratie...
Il y a tout de même les six faucheurs volontaires qui ont refusé un prélèvement ADN. Plus les jugements qui ont entrainé la modification de la garde à vue. D'ailleurs dedans il y a un jugement pour un cas Turc. Donc tout le monde en profite. Non il faut payer...et c'est impératif
Eh oui, je sais mais, en européen convaincu, parfois désolé, je m'impose systématique d'oublier des aspects qui pourraient être exploités par des populistes anti-europééns. Un peu faux-cul en somme!
C'est une institution essentielle. Mais en ces temps de régression démocratique, rien d'étonnant que le soutien des Etats soit faible.
C'est une des rares institutions européennes qu'il faut défendre à tout prix. Mais en ces temps de retour au nationalisme, les Etats préfèrent les institutions européennes où la démocratie n'existe guère et où ils imposent leurs choix.
On recule, on recule.
Et le Parlement de Strasbourg avait été présenté aux citoyens d'Europe comme le gage de la démocratie au sein de l'Union. Le manque de financement a conduit à son asphyxie, et, bientôt, à sa suppression... Avec de pareils signes, le message est terriblement clair. Une fois le forfait accompli, il n'y aura pas plus de justice en termes de droits humains que de démocratie en termes de droits sociaux. Les affaires sont les affaires. Pour l'UE et ses gestionnaires, les êtres humains ne sont rien.
Et nous laissons faire !?...
Jean-Jacques M’µ
< inclure en plus de la contribution fixe une participation variable en fonction des dépôts de plaintes à traiter >
Oui ! et mettre ces Etats en observation ?...
MAIS l'Union Européenne est dans un tel état ............
Je constate une fois de plus que des lecteurs a priori intéressés par les affaires européennes confondent encore le Parlement de l'UE ( les 27) et Le Conseil de l'Europe ( les 47) dont est issue la Cour.Ce sont deux institutions très différentes. Mais il aut reconnaître qu'on a rien fait pour éviter ces confusion.En effet, quelle différence entend-on dans Conseil Européen (CE)et Conseil de l'Europe( COE)? Un substantif prend la place d'un adjectif qui en est issu.
Or le CE est la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement des 27=UE ; le second est toute l'institution qui comporte un comité des ministres(47) une assemblée parlementaires et la CEDH qui nous occupe ici.Pas facile. Les britanniques appellent souvent le Conseil Européen, the summit. Nous disons de plus en plus" sommet européen" aussi, mais ce n'est pas dans les textes.
Non seulement on n'a rien fait pour éviter cette confusion, mais on a tout fait pour l'entretenir. La Cour n'était-elle qu'un appât ?
Quand on regarde les decisions emises par la Cour, ils concernent tous presque actuellement crimes de guerre en Chechnya etc ou torture par les Russes. Quelle chance pour un citoyen ordinaire dans l'Europe de l'Ouest maintenant de se faire entendre des cas anodynes en comparison mais tout de meme une vicieuse et intentionelle travestie d'une "justice" cense exister qui n'existe pas en realite ici? Une guerre psychologique - et physique - mene par la pretendue "justice" francaise pour 10 ans. Oui, je parle d'experience personnelle et actuelle.
Ces autres crimes de guerre devraient etre traitees par des cours speciales avec plus de visibilite aussi et non pas le CEDH.
War Crimes Tribunals pour Chechnya etc - ca c'est approprie, non pas le CEDH. Si le CEDH maintenant donne recours a la population de 47 pays et non plus vraiment l'Europe ca laisse une vide de justice dangereuse ici dans l'Ouest.
Juge à Strasbourg : 14 000 euros par mois, soit 168 000 par an.
C'est vrai que c'est un organe prestigieux.
Cet excellent article m'avait échappé. L'erreur est réparée.