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Juan Chávez : une voix indienne contre le désastre

 

 

Juan Chávez Alonso est paysan dans la communauté de Nurío, dans le Michoacan, à l'ouest de la ville de Mexico. Il appartient à la nation P'urhépecha, dont la langue est l'une des soixante-deux encore parlées dans le Mexique d'aujourd'hui...

Porte-parole de sa communauté, membre du Congrès National Indigène, il a repris, aux côtés des zapatistes mayas et zoques de l'EZLN au Chiapas, des Yaquis du Sonora, des Zapotèques et des Mixes de l'Oaxaca, des Nahuas et des Amuzgos du Guerrero, des Mazahuas de l'Etat de Mexico, etc., la vieille marche de la résistance indigène contre l'oubli et l'extermination programmée des peuples premiers, contre le saccage de notre mère la Terre et des sociétés humaines qui ont su l'habiter, la connaître et la respecter pendant des dizaines de milliers d'années. En 2001, sa communauté a accueilli le 3ème Congrès national indigène, dans le cadre de la marche « Couleur de la Terre » entreprise par le mouvement zapatiste pour tenter de trouver une solution à l'application des Accords de San Andrés, signés 5 ans auparavant entre l'EZLN et le gouvernement fédéral, et jamais appliqués par ce dernier.

De sa parole digne et rebelle, sans concession sur l'actuel désastre politique, économique, environnemental et social, et sur la soumission qu'il a su engendrer, on peut retenir quelques éléments :

  • Il est impératif de respecter la diversité et les droits historiques des peuples premiers, notamment celui d' être libres et autonomes sur les territoires qu'ils habitent, et qu'ils ont su, bien mieux que les sociétés dites « avancées », respecter et conserver contre vents et marées (en Amérique Latine, 80% de la biodiversité préservée est concentrée dans les zones peuplées en majorité d'indigènes).

  • Il faut mettre un terme, le plus rapidement possible, à la folie furieuse déchaînée par le système capitaliste industriel, appelé aujourd'hui néo-libéralisme. Celui-ci est entré dans une spirale sans fin de guerres et de violences, pour s'approprier les ressources et faire tourner ses industries, en même temps qu'il accélère la destruction des sols, des eaux douces et des océans, l'empoisonnement des airs et l'élimination d'un nombre sans cesse croissant d'espèces animales et végétales, avec par-dessus le marché la prétention morbide de substituer aux lois du vivant les solutions high tech, commercialement rentables à court terme, produites par la techno-science.

  • Cette double démarche suppose à la fois une prise de conscience claire de la gravité de la situation, du rôle fondamentalement néfaste de l'Etat et des institutions internationales, et la décision d'un passage à l'acte massif et déterminé : il faut boycotter le mode de vie et de consommation capitaliste, et déserter son système de production mortifère. En même temps, il faut s'organiser, « en bas et à gauche », afin d' assurer la récupération des moyens de production (en premier lieu la terre) de la vie matérielle et sociale, et leur gestion collective, horizontale et démocratique, pour la satisfaction des besoins fondamentaux de toutes et tous.

 

Juan Chávez sera en France pendant un mois et demi, jusqu'au 15 octobre. Il vient rencontrer les individus, groupes et collectifs qui souhaiteront procéder à un échange d'analyses, de réflexions et d'expériences. Sur le monde actuel, sur le regard que nous lui portons, sur nos désirs et nos rêves, sur notre histoire et nos luttes, nos échecs comme nos espoirs. Sur les valeurs (que l'on peut appeler indigènes) de respect de la terre, d'autonomie et de dignité, sur les traditions de résistance et de solidarité, dont la mémoire imprègne encore nos campagnes et nos banlieues...

 

septembre 2008 - Jean-Pierre Petit-Gras

Tous les commentaires

30/04/2009, 17:11 | Par mickye

J'aimerais rencontrer et écouter cette personne, Pourrez-vous nous avertir lorsqu'il viendra en France ainsi que son programme détaillé. Excellent article qui montre que les abonnés du club peuvent et font de l'excellent travail d'information. Pour des articles comme celui-ci et ceux qui concernent les "zapatistes", ça vaut l'abonnement à Mediapart. Merci et bien d'accord avec vos écrits. Bravo Marie paule

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