Lun.
28
Jui

MEDIAPART

Connexion utilisateur

[CONGO-BRAZZAVILLE] Sassou Nguesso ou le coup d'Etat permanent

SASSOU NGUESSO OU LE COUP D’ETAT PERMANENT

Au Congo-Brazzaville, depuis la déflagration de la poudrière de Mpila,  il y a comme une atmosphère de fin de règne. A la stupeur et la désolation des populations, à l’improvisation des autorités, succède désormais la nervosité du pouvoir de Brazzaville. Une marque de fabrique des dictatures. Les coups partent dans tous les sens, évitant scrupuleusement d’atteindre le centre névralgique du pouvoir. Les conclusions de l’enquête officielle de l’explosion du 4 Mars 2012 ne sont pas encore connues que les arrestations se multiplient, sans, toutefois, toucher au cœur du pouvoir ; histoire de ne pas scier la branche sur laquelle on est assis.

Vingt-deux milliards d’allocation d’urgence

L’heure est grave. Les victimes de l’explosion sont en majorité des électeurs du PCT. La frénésie du gouvernement dans les actions engagées n’est pas anodine. Ceci explique cela. Il convient très vite d’étouffer la révolte populaire venue des quartiers nord de Brazzaville (qui embraserait tout le pays) par la distribution des espèces sonnantes et trébuchantes. Pour l’instant, l’opération de « déminage » a bien fonctionné. Selon le directeur de cabinet du ministre des finances, du budget et du portefeuille public, Jean Raymond Dirat, depuis le 23 mars dernier, le gouvernement a déjà décaissé 22 milliards 442 millions francs CFA au titre de l’allocation d’urgence de soutien aux familles sinistrées de l’explosion du dépôt d’armes et munitions du régiment blindé de Mpila, du 4 mars dernier à Brazzaville. Plus de 7000 des 27.000 familles sinistrées recensées ont déjà perçu, chacune, une allocation de 3 millions francs CFA prévue à cet effet par l’Etat (Congosite.com, 13 avril 2012). Les sinistrés de Bakongo-Makélékélé, de la région du Pool et de la vallée du Niari, victimes de la guerre de 1997, 1998 et 2002, ne bénéficient à ce jour d’aucune aide financière du gouvernement du Congo-Brazzaville. Deux poids, deux mesures ?

Le Bossuet des oraisons funèbres   

Les poids lourds du système Sassou sont montés subrepticement au créneau. Ce fut d’abord Florent Ntsiba, larmes aux yeux, qui essuya les plâtres en accusant l’année 2012. Ce fut   « La vérité si je pleure ». Pitoyable ! Puis vint le tour d’Aimé Emmanuel Yoka, l’aigle de Meaux, pour justifier les arrestations de deux avocats : Hervé Ambroise Malonga et Gabriel Auguste   Hombessa. Selon le ministre de la justice Aimé Emmanuel Yoka, les deux avocats sont tombés sous le coup de la loi, pour avoir tenté de donner une conférence de presse dans un camp militaire. Cet acte «est incriminé par la loi comme une atteinte à la sûreté de l’Etat». Les arguties juridiques du Bossuet des oraisons funèbres au Congo, Aimé Emmanuel Yoka, ne sont guère convaincantes. Car, au Congo-Brazzaville, on rentre dans un camp de résidence militaire comme dans un moulin.

L’agaçant Ntsourou

Les militaires n’ont-ils pas la pleine et complète jouissance de leur résidence ? L’objectif du pouvoir est clair comme l’eau de source : mettre un écran de fumée sur les responsabilités des proches du pouvoir de Sassou Nguesso et chercher rapidement des bouc-émissaires. Un remake de 1977 qui permit à Sassou Nguesso de passer entre les mailles du filet après l’assassinat de Marien Ngouabi et de jeter l’opprobre sur les Bakongo. N’avait-on pas entendu entonner la chanson « bakongo ba bomi Marien » ? La stratégie du bouc-émissaire est ainsi en branle. Evoquée dès les premières heures de l’explosion, l’hypothèse du court-circuit a fait flop. La thèse accidentelle a été abandonnée au profit de la thèse criminelle : celle d’une main noire. Cette fois-ci, une main noire Téké. D’où l’arrestation du colonel Marcel Ntsourou cité dans l’affaire des Disparus du Beach.

Philippe Obara versus Marcel Ntsourou

Le colonel Marcel Ntsourou n’est pas un enfant de chœur. Il commençait à faire de l’ombre à certains membres du clan présidentiel. En plus, l’arrogance éclatante de Marcel Ntsourou ci-devant secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité, une super institution au-dessus des corps de la force publique, agaçait sérieusement. En effet, la commission d’enquête avait interpellé l’un de ses chauffeurs, pour l’interroger. Mécontent et considérant que ce geste ne pouvait que le viser, le colonel Ntsourou s’est rendu, lui-même en personne, le vendredi 30 mars, à la Direction générale de la surveillance du territoire, rencontrer, dans son bureau, le colonel Philippe Obara, président de la commission d’enquête, pour obtenir la mise en liberté de son chauffeur. La conversation entre les deux officiers ne se serait pas bien passée (La Semaine Africaine, 13 Avril 2012).

Linge sale

L’axe Olombo-Oyo-Boundji, caractérisé par l’affairisme et l’incompétence de ses cadres militaires (Norbert Dabira, Jean Dominique Okemba, Jean François Ndengué etc.) sur lesquels pèsent de fortes présomptions, cet axe n’étant pas éclaboussé, le clan peut continuer à poursuivre tranquillement son…chemin d’avenir. Jusqu’à quand ?   

Benjamin BILOMBOT BITADYS

Newsletter