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En Turquie, les difficultés poursuivent les réfugiés syriens.

Boşin. Le camp de réfugiés entouré de barbelés. La route mène au sommet de la colline où se trouve le poste frontière.Boşin. Le camp de réfugiés entouré de barbelés. La route mène au sommet de la colline où se trouve le poste frontière.

Alors que plus de cent mille réfugiés vivent actuellement en Turquie, les habitants de la région de Hatay ont accueilliles syriens fuyant les combats. Dans les camps ou dans les villages frontaliers, la cohabitation est paisible. Cependant le manque d'aide et les mesures de sécurité dans les camps restent source de problème. Au loin, le bruit quotidien des bombardements rappelle que la guerre est proche.

Je ne sais pas quoi dire, à Istanbul on ne ressent pas les effets de cette crise syrienne. A l'est, il y a eu des bombardements et une famille turque est morte... Mais ce n'est pas mon combat". Pour Burak, comme pour de nombreux Stambouliotes, la Syrie est loin et les réfugiés ne font partie de leurs préoccupations quotidiennes. La menace d'une guerre, entre la Turquie et son voisin, ne reste qu'une vague idée lancée par le président Erdogan pour "renforcer sa popularité en jouant sur la fibre patriotique", rajoute l'étudiant en lettre de 23 ans.

A plus de 800 kilomètres de la capitale turque, les habitants de la région de Hatay ne peuvent ignorer les dizaines de milliers de réfugiés qui ont fuit la Syrie pour venir se mettre en sécurité en Turquie. Hatay a été rattaché à la Turquie en 1939 par référendum. Pourtant, soixante-dix ans après, sa population ne manque pas de revendiquer fièrement son identité arabe. "Les réfugiés ? Ils sont les bienvenus ici, nous sommes tous ensemble, nous sommes tous arabes", assure Hussein, chauffeur de micro-bus.

"Ils sont arabes par les sentiments, mais pas matériellement.", déclare Abou Abdu, réfugié originaire de la région d'Idlib, "Le loyer ici, avant que les Syriens n'arrivent, était de 50 dollars ! Moi je doit payer 300 dollars ! Au lieu de m'aider, le propriétaire préfère profiter de ma situation.". Arrivé avec toute sa famille il y a trois mois dans le village de Kavalcık, il a décidé de quitter son pays lorsque les bombardements ont commencé. "Il y a six mois, l'armée de Bachar el-Assad est venue dans notre village de Kili. Ils ont tué beaucoup de gens et ils ont vidé des bidons d'essence dans les maisons avant d'y mettre le feu." explique Fatima, la mère de famille. Aujourd'hui, ils habitent avec leurs neuf enfants dans une petite maison, à quelques centaines de mètres de la frontière. Les pièces sont vides, quelques tapis réchauffent l'atmosphère et une télé diffuse les dernières informations sur les combats en Syrie. "Dans les camps ils ont à manger, des couvertures, une école. Mais les conditions ont dures, ils n'ont qu'une tente par famille, des toilettes communes et surtout c'est fermé. On ne peut pas sortir et rentrer comme on veut. (...) Je ne reçois aucune aide. On doit se débrouiller nous-même.", explique Abou Abdu. Pour subvenir aux besoins des siens, ce chauffeur routier de 48 ans se rend régulièrement de l'autre côté de la frontière pour travailler.

Abdu et ses frères

Abdu et ses frères. Arrivés il y a trois mois en Turquie, ils ne vont pas à l'école.

Cependant, la majorité des réfugiés n'ont pas eu le choix. "Il n'y avait plus moyen de travailler. On ne pouvait rien faire et ça devenait trop dangereux pour les jeunes." déclare Bassam qui, avec sa femme et plusieurs membres de sa famille, a fuit la région d'Alep un an auparavant. Le jeune homme vit dans un des camps mis en place près de la frontière par le gouvernement et le croissant rouge turc. "La vie est bonne là-bas, il y une école pour les enfants et un centre de soin". Sa petite nièce, quelques années à peine, joue à côté de lui sur le siège passager du véhicule. "Je n'ai pas vu mon frère depuis un an et un mois. Mais je reste optimiste, nous rentrerons bientôt en Syrie".

Arrivé avec une cinquantaine de réfugiés dans un convoi spécial guidé par la gendarmerie turque, Bassam vient se réapprovisionner au marché. Sans perdre de temps, hommes, femmes et enfants se dirigent vers les étalages. "On donne de l'argent aux réfugiés et ils viennent une ou deux fois par semaine acheter des vivres ici.", explique un haut-responsable de la ville d'Altınözü. "Il n'y a aucune tension entre Turcs et Syriens, nous sommes tous frères.", ajoute l'homme souriant qui refuse de s'étendre plus sur le sujet.

Des camps sous haute sécurité

Pour les responsables politiques de la région, la sécurité est une priorité. Sans autorisation du bureau d'Ankara, les camps restent fermés aux personnes extérieures et les interviews avec les autorités sont quasi-impossible. "C'est une question de sécurité, n'importe qui ne peut pas avoir accès aux camps et aux informations.", explique rapidement un homme du bureau du gouverneur de la région de Hatay. "C'est une situation très délicate." ajoute-il avant de vite prendre congé.

Cette pré-occupation permanente pour la sécurité des camps est directement liée à la présence des gradés de l'ASL dans la région. Un général séjourne au camps d'Apaydin et de nombreux officiers à Boşin, à deux kilomètres de la frontière syrienne. A l'entrée du camps, le ton monte. "Pourquoi c'est interdit d'entrer ? ", crie un homme aux militaires qui essayent de calmer le jeu. Retenu par quelques-uns de ses amis, il s'agite et devient menaçant. Parqués derrière des barrières, une dizaine d'hommes attendent de pouvoir sortir. Un préfabriqué sert de bureau aux militaires qui, pour la majorité, ne parlent ni arabe ni anglais.

A une dizaine de mètres du camps, des combattants de l'ASL discutent sous un arbre. Beaucoup sont jeunes, entre vingt et trente ans. Sur ordre, de celui qui semble être le "chef", ils exhibent fièrement leurs cicatrices. Les blessés sont directement transportés dans des hôpitaux de la région, grâce aux ambulances du croissant rouge turc. Pourtant, les conditions sont loins d'être idéales pour Mohamed : "Si on veut ramener un blessé de Syrie ici, en Turquie, il faut que les gendarmes vérifient les blessures à la frontière. Le temps de faire ça, l'homme n'a plus de sang et il meurt avant d'arriver à l'hôpital.".

  Un soldat de l'ASL

Les combattants de l'ASL exhibent fièrement leurs blessures.

 

"Là-bas, on sent qu'il y a la guerre"

Pour les habitants de la zone frontalière, la guerre est omniprésente. "Là-bas, il ne faut pas y aller. On sent qu'il y a la guerre", avertissait Sultan, la jeune employé de l'Office du tourisme d'Antakya, en parlant de la zone frontalière.

Près de la frontière, dans le village de Boşin, un groupe d'hommes prend le thé. D'un regard las, ils voient passer un véhicule blindé de l'armée turque, un soldat sur la tourelle, mitrailleuse lourde en main. "Il y a la guerre juste à côté, la nuit on entend les bombardements et les tirs. Les avions passent juste au-dessus de nos têtes", commente l'un d'entre eux, un sourire en coin. "Bashar a l'Iran avec lui, la Russie et la Chine. Pour sûr, il a la bombe nucléaire. Et les français, vous êtes avec qui ? Avec les Turcs ou avec Bachar el-Assad ? ", interroge un second. Pendant un court instant, la Syrie "libre" et la Turquie ne font plus qu'un. Quelques heures plus tard, des bombes tombent sur la ville syrienne de Salqīn et une partie du paysage disparaît derrière un nuage de fumée

 

Par Camille Martin et Aymeric Mellet

Photo: Aymeric Mellet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25/12/2012, 17:02 | Par GIULLIETTALASUBVERSIVE

C'est incroyable qu'un pouvoir se permette de détruire, de tuer des civils, en étant armé par des grandes puissances, défendant leurs territoires contre d'autres grandes puissances, trop heureuses de sauter sur l'aubaine d' un mur  d'oppression se fissurant pour  s'emparer de richesses naturelles.

Quand  ces comportements nuisant  à l'humanité, cesseront-ils ?

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