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Forum du Bureau d'Etudes Ouvrières du samedi 16 avril 2011
Le Bureau d'Etudes Ouvrières a tenu, ce samedi 16 avril au Palais de la Mutualité de Pointe-à-Pitre, son grand forum de lancement. Ce fut un succès en termes d'affluence avec pratiquement 150 participants. De bon augure pour la suite des actions que souhaite entreprendre cette association née du mouvement social de 2009.

Banderole du BEO à l'entrée de Palais de la mutualité de Pointe-à-Pitre.
La question des marges abusives sur les prix des produits de grande consommation préoccupe toujours autant la population ; son potentiel d'indignation et de mobilisation demeure intact.
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L'équipe du BEO
Le forum a débuté par une brève présentation à la salle de l’équipe de militants qui, depuis deux mois, se réunit chaque semaine pour donner vie à cet outil totalement neuf et entièrement dédié à la défense de l’intérêt général qu’est le BEO. Comme pour la création du LKP en décembre 2008, il s’agit du regroupement de militants appartenant des structures tout à fait diverses : associations de consommateurs, syndicats de travailleurs et mouvements politiques.
Puis l’on est passé directement à la projection du film Main basse sur le riz de Jean Crépu et Jean-Pierre Boris qui s’est saisi du contexte des émeutes de la faim, qui se sont déclenchées en de nombreux points du globe au cours de l’année 2008, pour s’interroger sur le fonctionnement de la production agricole et du commerce international du riz.
Un film documentaire particulièrement bien étayé pour comprendre que la « crise alimentaire mondiale » était un ensemble de disettes factices. Non une insuffisance de production de la céréale qui constitue, pour la moitié de la population mondiale, l’alimentation quotidienne de base, mais une pénurie organisée au nom d’intérêts spéculatifs dans le cadre d’un système de libéralisme économique. Intérêts de traders certes, mais également de gouvernements de pays producteurs retardant la vente de leurs stocks afin d’entretenir la flambée des prix à la tonne. Spéculation immorale en ce qu’elle concerne un produit de première nécessité permettant l’alimentation de milliards d’êtres humains, spéculation criminelle en ce qu’elle s’attaque, non à un simple droit de consommateur, mais directement au droit à l’existence des masses populaires des pays du Sud.
Or, pas plus que la famine elle-même, cette dépendance alimentaire n’est naturelle. C’est une dépendance entièrement politique, conçue et mise en oeuvre par les institutions financières internationales dont le contrôle appartient aux gouvernements des grandes puissances industrialisées et, pour un certain nombre d’entre elles, grandes exportatrices agricoles (le gouvernement des Etats-Unis détient 16 % des droits de vote au sein du FMI, l’Union européenne 32 % ; seuls 8 pays y possèdent un représentant permanent : l’Allemagne, l’Arabie Saoudite, la Chine, les Etats-Unis, le France, le Japon, le Royaume-Uni, la Russie).
Ces institutions financières ont « incité » les pays pauvres - au nom de la restructuration de la dette qu’elles possédaient sur ces derniers - à délaisser les cultures vivrières pour se spécialiser dans les productions d’exportation censées leur apporter des devises capables de leur permettre de rembourser lesdites dettes. Et comment nourrir les populations du Sud ? En achetant – du riz notamment – sur le marché mondial. A donc été créée une économie d’import-export, ayant rompue avec toute forme d’auto-subsistance, totalement insérée dans ce phénomène qui nous est vendu sous le terme « d’interdépendance ». Une fois que les prix agricoles commencent à flamber, la prétendue « interdépendance » révèle en réalité une totale dépendance alimentaire et la brillante idée des économistes débouche sur des crises alimentaires et des émeutes sociales. La responsabilité de l’alimentation des peuples a été retirée aux gouvernements pour être confiée à la main invisible du marché. Celle-ci ne rend de comptes qu’aux actionnaires et aux conseils d’administration – et non aux peuples et aux citoyens, elle ne vise que la satisfaction de leurs seuls intérêts. Et raréfier l’offre, c’est bon pour le commerce !
Michel Branchi
Cette présentation des phénomènes de dépendance alimentaire et de spéculation financière autour des ressources céréalières à l’échelle du globe servait, en quelque sorte, d’introduction à l’intervention de Michel Branchi – ancien fonctionnaire de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – qui présenta les causes de la vie chère en Guadeloupe. Loin de pouvoir se résumer – comme certains tentent de clore ce débat d’intérêt public – à une problématique de distance et de coût de transport entre la métropole et ses colonies, la question de la vie chère en Guadeloupe a, elle aussi, des raisons historiques et politiques qui n’ont rien à voir avec de prétendues règles naturelles du fonctionnement économique.
Pour comprendre le phénomène de la vie chère en Guadeloupe, il faut reprendre l’histoire, depuis Colbert et le développement – à la fin du 17ème siècle – de la culture de la canne à sucre dans les colonies de la monarchie française, de la mise en place du système de l’Exclusif commercial. Dans ce système de l’Exclusif, les colonies ne doivent commercer qu’avec leur métropole : lui vendre exclusivement leurs productions de sucre, de café, de cacao (de bananes à partir du 20ème siècle) et lui acheter, également de manière exclusive, ses productions manufacturières ainsi que les denrées nécessaires à l’alimentation de base. Dès l’Ancien Régime, alors que les terres agricoles de Guadeloupe sont largement capables de produire suffisamment pour la population qui y vit, il est décidé qu’elles seront consacrées à une production presque entièrement tournée vers l’export (sauf pour les jardins à vivre laissés aux esclaves pour qu’ils se chargent eux-mêmes de leur subsistance). Ce modèle qui est celui d’une économie de plantation (système qui peut aussi bien fonctionner avec le recours à une main d’oeuvre servile qu’à une main d’oeuvre salariée comme l’a démontré l’abolition de l’esclavage de 1848) n’a jamais été abandonné. Né d’une volonté politique de la monarchie française, il s’est prolongé sous tous les régimes républicains (peut-être aurai-je l’occasion, dans un prochain billet, de présenter ici la brève expérience d’un autre système entre 1794 et 1798 ; expérience énergiquement occultée par la majorité de l’historiographie traitant de la période révolutionnaire en Guadeloupe) qui se sont montrés, en général, particulièrement poreux aux intérêts des planteurs, y compris depuis que ce derniers ont diversifié leurs activités dans les secteurs de l’import et de la distribution et se sont procurés des situations d’oligopoles, favorables à des ententes commerciales sur les prix de vente.
Cette porosité des gouvernements successifs (voir, entre autres, le dossier du chlordécone) entraîne, sinon une politique favorable aux pwofitan, au moins une inaction politique qui permet la perpétuation de la pwofitasyon. Je renvoie à l’article Itinéraire d’une pwofitasyon soutenue par l’Etat pour la liste des engagements non respectés par l’Etat et le rappel des textes législatifs qui permettent pourtant à tout gouvernement de prendre des mesures contraignantes concernant la formation des prix lorsqu’il existe des « situations de monopole » ou des « difficultés durables d’approvisionnement » comme c’est le cas en Guadeloupe.
Ce refus de la République de remplir sa fonction de protecteur des citoyens ramène directement à la création du Bureau d’Etudes Ouvrières.
D’abord parce que, à ce jour, l’Etat n’a jamais versé la subvention de 100 000 € prévue par l’article 22 du protocole d’accord du 4 mars 2009. C’est une illustration très concrète des affirmations mensongères du préfet et de la ministre de l’Outre-mer lorsqu’ils prétendent – à coups de pages de publicité – que « l’Etat respecte ses engagements ».
Ensuite, parce que c’est cette absence d’actions et de mesures de la part de l’Etat qui justifie l’existence du BEO et les initiatives qu’il souhaite entreprendre. Si l’observatoire des prix remplissait son rôle, si les moyens étaient donnés à l’ex-DGCCRF pour qu’elle remplisse le sien et si l’INSEE établissait les comparatifs entre les prix des produits vendus en Guadeloupe et ceux vendus en France, le BEO n’aurait pas à financer lui-même les études et les recherches sur la formation des prix et il n’aurait pas à recourir à la bonne volonté de citoyens bénévoles. C’est le désengagement de l’Etat qui confère sa légitimité au Bureau d’Etudes Ouvrières. D’un rôle de structure indépendante pouvant émettre des avis critiques et des études d’expertise, le BEO se retrouve à devoir assurer, seul, les fonctions jadis dévolues aux administrations de la République.
Quel meilleur exemple de la déliquescence des services publics et de la nécessité pour les citoyens de prendre en main la défense et la promotion de l’intérêt général ?
Je pense que ce que j’écris là, comme ce qui a été présenté samedi soir, suffit à justifier l’initiative prise par l’équipe qui anime le Bureau d’Etudes Ouvrières. Reste à comprendre le fonctionnement de l’action de relevé des prix. Cela a été la dernière partie du grand forum de samedi. Inviter les personnes présentes à s’inscrire en tant que bénévoles au sein des brigades ouvrières de contrôle des prix et leur expliquer le fonctionnement de celles-ci.
Alain Plaisir, président du BEO, entouré de Tony Grava et de Manuella Loval.
A ce sujet, les animateurs du BEO ont insisté sur divers points qui peuvent paraître évidents mais qui ont été questionnés par l’audience.
La participation se fera selon le mode du bénévolat. Les subventions reçues, comme prévu par le protocole d’accord du 4 mars 2009, de la Région et du Département ne seront pas utilisées pour salarier des enquêteurs. D’abord parce que le BEO souhaite établir une gestion très rigoureuse des subventions reçues qui sont des fonds publics. Ensuite parce qu’il s’agit d’entreprendre des actions citoyennes que l’on résumera par la formule : pour les citoyens, par les citoyens.
Le mode d’action choisi par le BEO est un mode d’action ouvertement transparent et paisible : il ne s’agit pas d’opérations coups de poing. Les brigades se présenteront directement dans les différentes enseignes, en arborant tee-shirts blancs et badges du BEO, pour relever les prix des produits sélectionnés. Il ne s’agit pas de troubler la bonne marche de l’établissement, de haranguer les clients ou de faire baisser le rideau sous prétexte de marges manifestement abusives.
Le rôle du BEO n’est pas d’organiser un mouvement populaire mais de consciencieusement élaborer une base de données (c’est le volet centre de contrôle et d’investigation) et de diffuser des informations et des analyses sur le coût de la vie (c’est la partie centre de recherche et de documentation).
Le BEO est une émanation du LKP, comme l’a rappelé Murielle Bertille, l’une de ses animatrices, en clôture de la soirée : « Tinon an nou sé BEO, non an nou sé LKP« . Si des actions de groupe devaient être entreprises pour imposer une baisse des prix, soit en requérant de l’Etat qu’il remplisse son rôle de régulateur qui lui est reconnu par l’article L410.2 du Code du commerce et l’article 1 de la LODEOM, soit directement auprès des grossistes ou des distributeurs, il est évident que l’initiative en reviendrait au mouvement LKP ou à tout autre regroupement à venir de citoyens guadeloupéens. Pas à une structure de défense des consommateurs en charge de la recherche statistique et économique. Le BEO ne remplace donc pas, ni ne concurrence, le LKP. Il n’est qu’un des outils disponibles pour obtenir satisfaction sur les revendications portées en 2009 et qui demeurent toujours dans l’attente d’être satisfaites.
C’est sur ces derniers éclaircissements que s’est achevé le grand forum du BEO. Non sans que plusieurs dizaines de personnes se portent volontaires et s’inscrivent pour les futures brigades ouvrières qui devraient opérer sur le terrain à partir du mois de mai.
C’est justement l’implication du plus grand nombre, l’appropriation populaire de cet outil de contrôle et de recherche qui feront le succès du BEO. Et du succès du BEO dépend, au moins en partie, le devenir du LKP lui-même : les actions menées par le BEO sont l’opportunité de passer d’un discours de dénonciation à des résultats concrets, observables par tous, dedéchoukaj a pwofitasyon. Un moyen de redonner un second souffle au mouvement social.
Pour joindre le BEO :
tél. : 0690 61 95 91
Email : bureau.etudes.ouvrieres@gmail.com




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Merci de l'info. L'initiative interessante, j'espère que la stratégie du BEO soit payante sur le long terme. Bon vent à lui et à ses militants!
Koszayr