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Guadeloupe : Les belles histoires du "Gouverneur Fable"
Le 20 janvier 2011, date anniversaire du déclenchement du mouvement Liyannaj Kont Pwofitasyon, l’émission Retour sur la situation en Guadeloupe diffusée sur Public Sénat consacrait une partie de son reportage à la problématique des prix à la consommation en Guadeloupe.
Nous reproduisons l’échange entre Caroline Delage, présentatrice de l’émission, et Jean Fabre, dit “Gouverneur Fable”, préfet de la Guadeloupe.
L’émission est visionnable ici : http://www.dailymotion.com/video/xgobon_retour-sur-la-situation-en-guadeloupe_news.
Nous la conseillons à tous les citoyens de Guadeloupe afin qu’ils apprennent à mieux connaître ce grand homme que la métropole, dans sa grande bienveillance, a bien voulu offrir à ses lointains enfants. Le téléspectateur pourra ainsi ressentir l’extraordinaire charisme du “Gouverneur Fable”, sa capacité à répondre aux questions les plus malvenues d’une journaliste mal-intentionnée avec une prestance qui n’a d’égale que sa brillante élocution.
Nous renvoyons le lecteur au premier volet de notre enquête : Itinéraire d’une pwofitasyon soutenue par l’Etat.
Caroline Delage : Bonjour Jean Fabre.
Gouverneur Fable : Bonjour.
- Vous êtes le préfet de la Guadeloupe depuis novembre 2009. Vous êtes arrivé quelques mois après les évènements de février.
- Oui.
- Vous veniez de la Creuse. Vous avez pu remarquer, j’imagine, les différences de prix, notamment par rapport à la métropole, en arrivant ici ?
- Oui, il y a des différences de prix, heu…, mais il y a des, heu…, il y a des prix qui ne, qui n’ont pas de différence. Par exemple le prix de l’électricité est le même qu’en métropole parce qu’il y a un mécanisme de solidarité pour l’électricité.
[“Y’a des différences de prix mais y’a aussi des prix qui sont pas différents Et puisque vous me parlez des prix subissant une forte inflation entre la France et la Guadeloupe, je vais vous parler de ceux qui ne connaissent pas de différence” ! Voir Dominique Galouzeau de Villepin : “J’entends ceux qui manifestent mais j’entends aussi ceux qui ne manifestent pas” lors des manifestations anti-CPE de 2006 ; voir Victorin Lurel “Soyons optimistes. Il y a des jeunes en échec mais il y a des jeunes qui réussissent” lors du congrès du 28 décembre 2010 ; voir Rugby, “botter en touche” ; voir le terme “acrobatie”.]
- Pour le reste ?
- Pour le reste, nous sommes dans une île et il est évident qu’il y a des coûts qui tiennent à l’insularité.
[Et la question qui brûle les lèvres du téléspectateur à cet instant précis est : “A combien sont estimés ces “coûts qui tiennent à l’insularité” par vos services, Monsieur le préfet ?”]
- Ce que nous disent les distributeurs qu’on a rencontrés c’est qu’il y a ces dépositaires de marques qui faussent un peu le jeu puisque les supermarchés sont obligés d’acheter les produits à des dépositaires de marques qui fixent les prix, ce qui donc fait augmenter le prix d’achat. - Est-ce qu’on ne peut pas...
- Madame, Madame...
[Pé gyèl a w, fout ! Kité mwen di sa yo di mwen di épi pé bouch a w ti manzè !]
- … remédier à cette situation ?
- Bon, bon. D’abord il faut savoir qu’on vit dans un pays libéral. Les prix sont libres. Ce n’est plus l’Etat qui fixe les prix. Bon. Heu… Ensuite, s’il y a des abus dans la fixation des prix, dans le domaine des prix, on ne peut les sanctionner que si on découvre soit une situation monopolistique, un abus de situation monopolistique, soit des ententes illégales. En ce qui nous concerne, on a mis en place tout un dispositif, des agents de l’Etat et notamment le GIR Concurrence qui est chargé de relever effectivement tous les délits dans le domaine de la concurrence et des prix. Ces services s’activent. On a décelé certains abus mais il faut voir que, heu…, c’est pas non plus très simple d’arriver à les déceler. c’est clair aussi que c’est... qu’il y aurait plus de concurrence, ça permettrait de faire baisser les prix. Mais encore une fois, encore faut-il qu’il y ait des opérateurs qui viennent et qu’il y ait de la concurrence qui s’installe.
[“L’Etat ne peut rien faire pour arrêter la flambée des prix”. L’article 1 de la LODEOM ? Pas entendu parler ! L’article 410.2 du code du commerce ? Pas entendu parler ! Là encore le téléspectateur regrette que la journaliste n’ait pas simplement demandé au préfet s’il connaissait ces textes de lois et s’il savait pour quelles raisons ils ne sont pas appliqués en Guadeloupe. Quant à la fable sur le Groupe d’intervention régionale (GIR) Concurrence… Quels résultats depuis son instauration par Jean Fabre le 27 janvier 2010 ? “On a décelé des abus…” LESQUELS ? “Il faudrait de la concurrence mais il n’y en a pas”. C’est ballot. Ben, c’est pas grave, Jeannot. On n’y peut rien. C’est comme ça. Mais au fait s’il n’y a pas vraiment de concurrence, ce n’est pas qu’il y aurait des tendances monopolistiques ou des ententes, par hasard ? Non, on demande juste histoire de demander.]
[...]
- Quand on parle d’économie coloniale comment cela vous fait réagir ?
- Très honnêtement, aujourd’hui, c’est tout sauf une économie coloniale, à mon sens.
[Une économie qui ne produit pratiquement qu’à destination de sa métropole, qui ne consomme pratiquement que les biens produits par sa métropole et qui dépend entièrement de sa métropole pour sa survie alimentaire ne peut se voir qualifier d’“économie coloniale”. Reste à savoir comment il faudrait désormais appeler ce système de parfaite dépendance qui “est tout sauf une économie coloniale”.]
- Vous ne trouvez pas que le pouvoir économique est détenu par ce qu’on appelle communément les békés ou les blancs-pays ?
- Le pouvoir économique est détenu par, par heu, par des Guadeloupéens, hein. Et donc, je n’ai pas moi à entrer dans ces considérations. Moi ce qui m’intéresse c’est les gens ici qui ont des projets constructifs et qui veulent développer ce territoire ; pour le reste, vous savez, j’ai pas envie de rentrer dans des histoires du passé, heu, je crois que c’est l’avenir qui importe et l’avenir, il se fait avec tous les Guadeloupéens quelle que soit la couleur de leur peau.
[En même temps c’est logique. Si l’économie guadeloupéenne “est tout sauf une économie coloniale”, alors Bernard Hayot est tout sauf un grand béké martiniquais. Ca se tient. Sinon l’avenir se fait avec tous les Guadeloupéens quelle que soit la couleur de leur peau. Bon, tant pis si nous, nous préférerions que l’avenir se fasse PAR tous les Guadeloupéens quelle que soit la couleur de leur peau et non seulement AVEC. Monsieur le Gouverneur : Yékra !]


Tous les commentaires
Kimbé rèd, LKP!
Bon, difficile d'avoir des avis clairs sur une situation aussi embrouillée...
Tout d'abord, l'émission est excellente mais elle aurait été identique si elle avait été tournée en 1970 ou 1980. En clair, la mentalité guadeloupéenne ne change pas et j'ai même l'impression qu'elle se complaît de plus en plus dans la victimisation. Personnellement, ils m'ont gonflés à tout jamais.
Récapitulons quand même : vous arrivez en Guadeloupe, et vous êtes en France. Il y a les mêmes codes partout (magasins, postes, gendarmeries, produits et j'en passe), des voitures (en très bon état) à profusion, des douanes et des habitants pas très accueillants qui vous harponnent immédiatement avec leur négritude passéiste... Nous, les Continentaux, nous avons complètement dépassé ce stade-là depuis les années 1970 (et nous n'y sommes pour rien) : nous venons en vacances, nous venons "travailler" avec eux, ou pour eux mais, non, pour eux, nous sommes des punching-balls.
Nous voyons des Français, colorés certes, mais ce sont des Français qui parlent bien le français : ils sont beaux, bien habillés (mieux que les touristes), font une cuisine excellente et, franchement, tout est positif (sauf les prix et les services)... La face cachée, c'est l'allocation braguette qui permet de faire vivre les familles monoparentales : des mères en souffrance, des pères absents, des enfants sans repère. C'est la faute de la France : ils sont toujours esclaves.
Puis, vous allez dans les îles voisines (non françaises) et, là, c'est le choc : la misère partout... au milieu de laquelle quelques Guadeloupéens nantis (fonctionnaires et politiques) se comportent comme des nababs, avec un certain mépris pour les "locaux". Or, ce sont ces gens-là qui attisent la population et regardent toujours dans le rétroviseur (expression trouvée dans l'émission). Dans le reportage, un intervenant dit que les enseignants sont responsables, et je dis qu'ils sont doublement responsables : les nababs dans les îles voisines, ce sont eux ; les pauvres esclaves qui souffrent, c'est encore eux. En attendant, ils sont aussi bien équipés que la famille française traditionnelle. Tous les emplois publics sont occupés par des gens qui sont Français de plein droit... mais qui sont les plus geignards alors que la population des mères de famille est vraiment en souffrance.
Je conclus : l'Etat français n'est pas bon, cela, tous les Français le savent. Il n'est surtout pas un bon employeur, cela aussi, nous le savons tous car nous avons de très mauvais fonctionnaires (avec des syndicats qui les surprotègent : ce sont eux qui sont syndiqués). Un malheur n'arrive jamais seul, les syndicats sont identiques à ceux de la Corse et de Marseille : ils sont en train de tuer le fromage. La France, l'Europe, c'est bon pour les subventions mais moins on travaille, mieux cela vaut.
La question est donc la suivante : si les Continentaux pouvaient vraiment s'exprimer, eux qui souffrent autant que les îliens, je ne parierais pas sur la présence du pavillon français pour les dix années à venir.
En clair, si la nomenklatura locale continue à jouer ce sale jeu, elle en paiera le prix, tôt ou tard. Personnellement, leur négritude geignarde me gonfle royalement : c'est un discours malhonnête, c'est tout.
Bon, difficile d'avoir un avis clair sur autant de clichés... Vous devriez quand même, d'après moi, éviter d'utiliser le pronom "NOUS". Utilisez plutôt le "JE". Cest le pronom personnel adéquat pour exprimer une opinion aussi subjective que la vôtre (et je ne conteste bien entendu pas votre droit à exprimer une opinion subjective fonctionnant par clichés).
Oui, cessons de regarder dans le rétroviseur et projetons-nous dans l'avenir en toute amnésie, en l'absence totale de toute analyse sérieuse et de tout projet solide.
"Moins on travaille, mieux cela vaut" : j'imagine que c'est votre base d'appui pour expliquer nos 60 000 chômeurs. "Travail ? Y'a pas bon !"
si l'on vous suit.
J'ajoute que je n'ai pas de sympathie pour le Préfet mais il s'exprime comme un Préfet de la Creuse ou d'ailleurs...
Il dit qu'il essaie de comprendre où se trouvent les anomalies et que ce n'est pas facile. Ben, oui, c'est très vrai! J'ai moi-même fait ce genre de recherches, et je vous dis que ce Préfet est honnête : les vrais gagnants n'ont pas intérêt à ouvrir leurs comptes et ce ne sont pas (nécessairement) ceux que l'on croit. La taxe d'Outre-Mer qui fait grimper les prix des produits de base, par exemple, à qui profite-t-elle, selon vous?
Pour les Guadeloupéens, le Préfet, c'est un Blanc et, donc, c'est encore un relais de l'esclavagisme!
Pour moi, les jeux sont faits... depuis longtemps.
"Le préfet est honnête". Bon, personne n'a jamais pensé qu'il tapait dans la caisse. Mais, vraiment, vous démontrez que vous parlez sans connaître grand chose de la situation sociale, ici, au moins depuis les 2 dernières années.
Le préfet est venu avec comme feuille de mission d'enterrer définitivement la contestation sociale portée par le LKP et de veiller à torpiller encore un peu plus les accords signés par l'Etat en mars 2009.
Il essaie de comprendre où sont les anomalies ? Et bien qu'il arrête de chercher : tous les rapports ont déjà été pondus et les mesures permettant de s'en prendre à la cherté des prix ont été décrétées. Il faudrait simplement que le gouvernement veuille bien les appliquer. Allez donc relire les accords du 4 mars, la LODEOM ou les mesures décidées par le CIOM. L'octroi de mer n'explique en rien la flambée des prix sur les importations (nous sommes sous perfusion à tous les niveaux) puisque la TVA est plus faible en Guadeloupe qu'en France et que les collectivités locales ont baissé les taux sur un grand nombre de produits. Soyons sérieux.
@ banbiyou
je ne veux pas vous agresser car, si je suis intervenu, c'est parce que j'ai de bons souvenirs des Antilles et des Antillais.
Par contre, je pense que le problème guadeloupéen est de plus en plus guadeloupéen. Un jour,un Suisse m'a dit ceci : nous sommes des peuples de vallées, vous ne pouvez pas nous comprendre car, seuls, les îliens nous ressemblent.
La France n'est plus "le pays de cocagne", tous les Métropolitains sont OK là-dessus mais, désolé, nous, els Métropolitains, nous ne sommes pas responsables des horreurs passées.
Bien au contraire, nous sommes plus que solidaires!
Non, je pense qu'il y a maintenant un vrai problème guadeloupéen que l'on ne retrouve pas en Martinique (pourtant plus dominée, historiquement et actuellement, que la Guadeloupe) ni, bien sûr, dans les îles voisines.
Personnellement, je vivrai très bien avec ou sans ces problèmes-là...
Pas vous!
Et, donc, please, ne prenez pas mes remarques comme des agressions.
Je retournerai en Guadeloupe, pour les Guadeloupéens mais, entre amis, on peut quand même dire qu'il y a un problème collectif en Guadeloupe ; et que parfois, les problèmes ne viennent pas d'ailleurs mais de soi-même.
C'est plus "adulte" de voir les autres comme des amis potentiels...
Cordialement,
J.M
PS : notez que je suis le seul (jusqu'à présent) à recommander ce billet.
Préfet du Békébousthan ?