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L'âme de la France, l'essence de la gauche

Il y a un an, six mois peut-être, j'aurais prédit la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. C'est qu'elle a beau avoir élu un Président de gauche, la France était à droite, et le demeure.

 

Il faut baisser les impôts. Garder nos footballeurs. S'en remettre aux riches pour créer de la richesse. A leur charité pour la redistribuer. Faire la chasse aux tire-au-culs. Serrer la vis aux gosses. Avancer les réveils des parents. Transformer les aides sociales en outils de chantage. Tancer l'étranger. A défaut de le renvoyer chez lui, lui rappeler qu'il n'y est pas.

 

L'objet de ces soixantes minutes (http://www.soixanteminutes.com) fut et demeure de donner le coup de rein pour sortir de ces ornières. Qu'elles sont profondes et fréquentées!

 

Reste qu'en prétendant, à gauche comme à droite, que la France est historiquement, irrémédiablement, naturellement de droite, on en creuse une autre, d'ornière. A coup de psychologie des peuples de bien bas étage. A partir d'une erreur fréquente dans la démarche diagnostique: confondre le symptôme et la maladie.

 

C'est une bonne maladie, au reste: ce n'est pas la France qui a l'âme a droite, c'est la gauche qui est par essence minoritaire.

 

C'est son histoire: des lubies d'avant-garde devenues le socle du patrimoine humain et des évidences collectives. C'est son exigence et son destin: mesurer parfois son authenticité à son isolement, devoir batailler pour que l'intérêt général se reconnaisse lui-même et échappe aux habiles duperies des intérêts bien entendus. C'est notre présent: chercher la révolution par la réforme, et conquérir les moyens de la réforme sur la frilosité à la mettre en oeuvre. Combattre aujourd'hui pour les gagner. Combattre plus encore demain pour nous en servir. Combattre parfois contre nous-mêmes: contre les délices de Capoue d'une majorité acquise qui nous éloigne du devoir de redevenir minoritaires, contre l'auto-satisfaction de la belle âme qui s'aime minoritaire et craint de se salir en gouvernant.

 

Tout à la fois être minoritaires et lutter pour conquérir la majorité. Et être majoritaires tout en gardant l'exigence de proposer des réformes auxquelles seule une minorité adhère pour l'heure.

 

Voter aujourd'hui. Voter aujourd'hui. Voter aujourd'hui.

 

Penser et combattre toujours.

Tous les commentaires

10/06/2012, 09:46 | Par bboureille

Et 56 autres billets sur http://www.soixanteminutes.com

10/06/2012, 10:21 | Par Gilbert Pouillart

Il est plus facile d'être de droite sans droiture, que de gauche sans gaucherie. Bravo pour le billet, qui prend une distance : c'est cela, avoir la fibre historique. Tant de braves gens ne décollent pas le nez du présent absolu ; parce qu'on ne leur en laisse, ni le temps, ni les moyens.

En effet : Galilée était-il "de gauche"? Et Gutenberg? Et Vinci? Et, et, et...Ce qui fait problème. Parce que cela place dans les rangs "du peuple" des membres d'une élite  , qui n'ont oeuvré pour le plus grand nombre qu'à leur insu...Le monde humain est ainsi fait : si complexe qu'un monarque absolu, comme Pierre le Grand de Russie, peut apparaître, des siècles après, comme "de gauche"...pour son époque.

Il n'y a pas de société sans luttes politiques, et pas de politique "séparée", isolée de l'ensemble du changement social, pour le meilleur et pour le pire. N'empêche qu'il vaut mieux être "de gauche" dans son temps, que d'être seulement reconnu "plutôt de gauche" deux cents ans plus tard, non ?

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