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L'exil des Harkis: dernières images de l'Algérie
Juin 1962, j’avais 5 ans et je quittais l’Algérie, pour toujours. Je me souviens de cette fin d’après-midi, où près de la maison, accroupis sur le sol, je m’amusais avec un bâtonnet à faire des dessins sur le sol poussiéreux en attendant mes camarades de jeux. Continuant machinalement à faire des ronds par terre, j’entends des vrombissements sourds de moteur : levant la tête j’aperçois en bas de la rue un camion militaire qui tourne dans un nuage de poussière, suivi d’un deuxième. Les passants s’écartent rapidement, d’autres s’arrêtent pour observer, des fenêtres s’ouvrent sur leur passage et, à la vue des militaires, chacun sort de chez soi, interrogatif. J’ai l’impression que les camions se dirigent vers moi ; je recule et monte sur le trottoir. Le convoi s’arrête à ma hauteur, je reconnais alors mon père assis côté passager dans le premier camion ; vêtu en habit militaire, chemise et pantalons beiges, il sort du véhicule et parlemente avec le chauffeur. Je cours vers lui, me colle à ses jambes, il me repousse d’une main affectueuse tout me disant de rentrer à la maison, puis me rejoint visiblement inquiet, parle à ma mère qui se met alors à hurler. Elle se lève, met ses mains sur la tête, se frappe les cuisses violemment, regarde le plafond, vacille et se rassoit. Mon père la presse de se lever, affolée elle court alors de chambre en chambre en continuant à se frapper la tête et les cuisses. Une étrange torpeur commence lentement à s’insinuer en moi, je reste debout sans bouger au milieu de la cuisine, instinctivement j’attrape la main de mon frère aîné. Ma mère s’empare des valises, des sacs, des paquets, ouvre précipitamment toutes les armoires. Mon père évacue mes frères un à un. Je me sens à mon tour soulevé en l’air, c’est un soldat qui me prend sur son dos et m’installe sur les banquettes arrières du camion où des familles entières ont déjà pris place ; il me recommande de rester sage. Ma mère nous rejoint en pleurs, mon père que je perçois soudain apeuré, charge brutalement nos valises et nos sacs, aidé de deux soldats.
Je comprends, j’ai compris, compris que c’est un départ pour toujours, que mes camarades de jeux ne me verront pas ce soir, que je quitte mon pays, ma maison ma famille, comme ça, sans crier gare. Qu’avons nous fait ? Qu’avions-nous à redouter ? Ne sommes-nous pas des Algériens ? Le départ est retardé de quelques minutes, une femme aux pleurs inquiets, un homme angoissé, interrogent les personnes autour de nous : il manque un de leurs fils. Les militaires s’impatientent, les obligent à nous rejoindre. Un attroupement se forme, dont on saisit les regards de crainte et de mépris envers notre petit groupe entassés à l’arrière des camions. Les véhicules démarrent, montent l’avenue pour rejoindre la route nationale qui mène à Alger ; des gens jettent des cailloux sur les camions, nous insultent et crient « vive l’Algérie indépendante ». Soudain, je vois un jeune garçon lâcher un sac de blé qu’il portait sur ses épaules et se mettre à courir de toutes ses forces derrière les véhicules, ses mains en l’air nous font signe de nous arrêter ; il vient de reconnaître ses parents assis à l’extrémité du camion, il ne sait pas qu’ils l’ont attendu jusqu’au dernier moment, qu’ils sont montés dans le camion désespérés et obligés. Il ne voit et ne comprend qu’une chose : ses parents partent sans lui. Tandis que sa mère lui tend les mains en hurlant son prénom, son père se précipite vers l’avant du camion et frappe à coups de poing sur la vitre de la cabine du chauffeur. Rien n’y fait, le bruit du moteur couvre tout. La mère finit par tomber à genoux et implore Dieu, crie sa douleur. Le père pleure soutenu par d’autres hommes. Le camion continue sa route, la silhouette du garçon s’éloigne. Je suis pétrifié, collé à la banquette. Je n’entends plus que les cris et les pleurs de sa mère et de ses autres frères et sœurs. Un sentiment d’impuissance m’envahit progressivement, mon estomac se contracte, ma respiration se bloque, j’ai peur. C’est la dernière image qu’il me reste de l’Algérie et l’insouciance totale et heureuse qui avait été la mienne jusque là, m’étaient soudain révélés par l’immense déchirure du déracinement. Simultanément et intuitivement, je venais de comprendre que la guerre ne laisse que peu de place à l’attendrissement.


Tous les commentaires
J'ai 6 ans, je suis à Rabat, où j' habite depuis 2 ans, avant, à Casablanca, et avant, à Alger, où je suis née. Nous habitons un petit appartement en RDC qui donne sur une impasse, où nous jouons. Le papa des petits voisins, camarades de jeux, a été en prison, je ne sais pas pourquoi. Je suis française, je suis heureuse là-bas, je suis venue en Bourgogne, en vacances, chez ma grand-mère paternelle, 3 fois depuis ma naissance. Ce jour-là, une traction est garée devant la porte, dans l'impasse qui abrite quelques maisons. Je sais que nous partons définitivement, mais ne me souviens pas si cela nous a été, à ma soeur et à mon frère plus jeunes, clairement dit, mais je le sais, je le vois, les bagages sont chargés. Je veux emporter mon cahier, mes parents s'y opposent : on est déjà trop chargés. Je hurle, mais rien n'y fait, nous partons, et je pleure à chaudes larmes, longtemps...nous sommes en 1957.
Cher Ben Boukhtache, Merci, tout simplement. Pour ce texte, pour ce qu'il dit, pour l'avoir publié ici. Merci pour sa sincérité et son élégance. Merci du fond du cœur.
Merci à vous , Monsieur PLENEL , Merci pour votre Humanité .
. Impressionnant. . C'est là où il faut se rappeler que la prière appartient au patrimoine humain. . jpylg
Oui, merci. Il n'y a rien qu'on puisse dire après votre texte, seulement composer un message quand même pour tenter de vous accompagner, vous et tous les déracinés.
J'ai bien conscience que mon commentaire - peut-être un peu trop spontané -, plus haut, n'est pas à la hauteur du récit de Ben Boukhtache : Axel J, qui ressent bien les choses, a bien exprimé mon but - non conscient -, d'accompagner ce témoignage si fort, si juste. J'ai été particulièrement touchée par le choix du point de vue de l'enfant : Merci, merci, merci, 3 fois merci.
Votre commentaire, Peneloppe, était tout à fait à la hauteur en ce que, précisément, il surgissait en toute spontanéité, comme projeté ou porté par le billet de Ben. C'est comme ça qu'on l'avait vu et il nous touchait aussi, tout en fonctionnant comme un hommage. Merci à vous aussi donc! :-)
Encore une page sombre de l'histoire de France! Car à l'image de ce petit enfant "abandonné" combien de familles de harkis ont été laissées sur place ? Les ordres du gouvernement français était de ne ramener aucun d'entre eux dans l'hexagone, quelques officiers ont cependant désobéit. Arrivé en France pendant combien d'années ses familles sont restés dans des camps?
Temoignage poignant, emouvant qui ne m inspire qu une chose : RESPECT.
Bonjour, Merci mr Boukhtache pour cette vérité d'enfance. Peut être pourriez vous l'écrire/la publier sur le site " In Libro Veritas "?: . http://www.inlibroveritas.net/ . " Maison d'Édition fondée en 2005, InLibroVeritas vous propose une nouvelle vision de l'édition : écrivez et partagez librement vos œuvres, composez et personnalisez votre livre unique à la carte, faites partie d'une communauté d'auteurs passionnés de lecture et d'écriture, vendez vos œuvres tout en gardant vos droits, et retrouvez des milliers d'oeuvres du domaine public à télécharger gratuitement. InLibroVeritas est une maison d'édition pas comme les autres qui propose une nouvelle vision de l'édition et vous permet : * d'écrire et partager librement vos œuvres écrites, * de lire des milliers d'oeuvres inédites écrites par les auteurs de InLibroVeritas, * de composer et personnaliser un livre unique à la carte, * de faire partie d'une communauté d'auteurs passionnés de lecture et d'écriture, * de bénéficier de tous les avantages des nouvelles technologies de diffusion sur internet pour promouvoir ses oeuvres, * de vendre et d'éditer vos œuvres tout en gardant vos droits, * d'utiliser des licences de diffusion respectueuses des œuvres et des auteurs et offrant une grande souplesse d'utilisation pour vos lecteurs, * et de retrouver des milliers d'oeuvres du domaine public à télécharger gratuitement. (...)" . Comme une bouteille à la mer, d'autres personnes pourraient découvrir un instant de vie unique et partager ? . ps: Pour Médiapart: j'ignore les droits sur les textes "paroles d'exils" mais ils pourraient être, idéalement, regroupés et édité sous "licence creative commons" sur InLibroVeritas ? (ou gutenberg.org?) ps1: je n'ai aucun intérét sur InlibroVertas, que je viens de découvrir!! ;o)
Cher Monsieur , je suis très honoré , par votre proposition mais ce texte ne m'appartient plus j'ai choisi de le publier et de l'offrir à tous les Abonnés et à toute l'équipe de Média part. merci à vous Cordialement
Bonsoir Ben, Je suis profondément touchée par votre texte et les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. Merci du fond du coeur de ce cadeau que vous nous offrez, je suis sûre qu'il enrichit chacun de nous.
Merci. De votre écriture sans plainte, qui dit Je, sans le dire en même temps, sans se montrer devant les faits; c'est beau.
M. Ben Boukhtache, merci pour votre histoire si terrible. En France, de l'autre coté de la mer, dans le village où je suis né, à La Londe les Maures, nous avons vu arrivé les Harkis dans le camp précipitamment monté chez le Marquis. Je me souviens de cette époque comme si c'était hier. En 1962 j'avais 9 ans, je comprenais la détresse des vôtres. Que de maladresses et d'incompréhensions, que de bêtises. Depuis j’ai lu Camus……et découvre la culture Arabe. Bonne chance.
ce que je ressens dans ce commentaire, c'est surtout une honte cuisante devant notre comportement à tous, face à tous ces gens qui ont cru de leur devoir d'aider la France à garder l'Algérie française; et ce témoignage est douloureux ! ces algériens ont donné leur vie pour cela, qu'avons nous fait pour les remercier ? on les a traité comme du bétail, on les a mis dans des camps et surtout on a tout fait pour les oublier ! Nous n'avons aucune reconnaissance, ni pour ces algériens, ni pour ces marocains et ces artilleurs sénégalais qui ont épaulé la France avec courage et amour pendant la dernière guerre; et comment traitons nous toutes ces familles du magreb issues de ces gens courageux : comme des moins que rien ! oui honte à nous, vraiment !
Au mois de juin, je randonne dans le Tarn et Garonne. Je repère sur la carte que nous passons devant ce qui pourrait être un ensemble de bâtiments d'élevage. Nous découvrons avec stupeur que ces bâtiments constituent un "camp" harki, encore habité, isolé dans le Causse à 3 km du premier village. Les petits enfants y logent... J'ai ressenti une grande honte et j'ai pris le cliché suivant pour garder dans ma mémoire ce qui n'aurait jamais dû exister et encore moins perdurer plus de 40 ans. http://www.flickr.com/photos/29063787@N04/2714809054/
Merci pour votre témoignage, Ben. Il me touche profondément et je vais tenter de vous expliquer pourquoi, même si c'est encore un peu difficile pour moi de le faire.
J'avais presque sept ans en juin 1962. J'étais en 9e, je crois, c'est comme cela qu'on appelait la classe de cours élémentaire 1e année. J'ai peu de souvenirs précis de cette époque, à part peut-être le bruit des voitures, des triporteurs, des charrettes tirées par des chevaux roulant sur les pavés de la ville, et la cour de récréation de mon école. Et le sentiment que j'avais encore beaucoup de temps devant moi avant d'arriver aux vacances d'été!
Je vivais à Lyon en compagnie de ma mère, de ma soeur aînée et de mon frère plus jeune. Nous y avons connu des algériens "immigrés" de gré ou de force. Le mot "harki" n'est entré dans mon vocabulaire que plus tard. J'ai mis longtemps à comprendre pourquoi ma mère commandait toujours avec une certaine émotion du couscous à une amie algérienne qui avait une fille de l'âge de ma soeur et qui l'a suivie ensuite au lycée pour filles, avant d'être mariée par force à Saint-Etienne avec quelqu'un qu'elle n'aimait pas.
Par la suite, j'ai découvert qu'il y avait plusieurs façons de préparer le couscous. Qu'il n'avait pas tout à fait le même goût selon qu'il était préparé par des kabyles ou par des pieds-noirs. J'ai appris aussi que le nom de votre pays d'avant 1962 n'existait pas avant sa colonisation par les français, ni même avant l'Empire ottoman qui les avait précédés. Je ne l'ai su que longtemps, très longtemps après. Ce sont des historiens de métier, originaires eux aussi d'Algérie, l'un issu d'une famille pied-noir de la région de Tizi-Ouzou, l'autre algérien vivant en France et s'intéressant de très prés à l'actualité du terrorisme islamiste et aux liens entre les gouvernements algériens successifs et les groupes armés, qui m'en ont fait prendre conscience.
1962 est devenu pour moi aussi avec le temps bien autre chose qu'une simple date marquant l'indépendance de l'Algérie, après les accords de Vichy, mais si longtemps avant que mon pays reconnaisse officiellement qu'il sortait d'une guerre. Une "sale guerre", ni plus, ni moins que toutes les autres. Une guerre que d'autres régions du monde également colonisées ont eu la chance d'éviter en cherchant elles aussi leur indépendance. L'ancien Soudan français par exemple, dont faisait partie l'actuel Mali et les pays qui l'entourent. Je me dis parfois qu'elles ont peut-être observé ce qui se passait en Algérie, avant 1962, et que leurs leaders historiques avaient compris qu'en tout état de cause, la ou les solutions ne peuvent et ne doivent jamais relever que "du" politique, pas "de la" politique. "Le" politique permet la conciliation en cas de crise. "La" politique est souvent utilisée comme une raison d'affrontement, d'abord verbal, souvent ensuite beaucoup plus violemment.
J'avais sept ans et je sais à présent que je n'étais déjà plus un enfant insouciant comme les autres. Comme ceux qui n'ont connu de rupture ou de déracinement affectif brutaux que plus tard. Mon père était mort depuis cinq ans, à l'hôpital Hugo d'Alger, des suites de blessures par balles contractées la veille de Noël, en 1957, en Haute-Kabylie, où il était officier et chargé de maintenir "la paix civile" dans un "sous-quartier", comme disaient les militaires français. Plusieurs hommes étaient morts de part et d'autre durant la même "escarmouche". Le site internet de ce "bled" fait état de la mémoire des anciens combattants du FLN en usant exactement des mêmes termes que l'armée de chez nous dans ses "citations" pour faits d'armes. Cette similitude de langage me frappe beaucoup, car elle renforce pour moi le thème de l'absurdité de ce conflit, comme des autres. Mais pas de leurs causes...
Il m'a fallu plus de quarante années pour réaliser, puis comprendre tout cela un peu mieux. Plus de vingt-cinq ans pour m'y intéresser vraiment de près. Trente ans environ pour aller chercher des détails, des explications précises, solliciter les souvenirs de ceux qui avaient vécu cette période en étant adultes. Quarante ans pour comprendre que c'était aussi un départ pour toujours, alors que je n'étais parti de nulle part, et qu'il m'avait manqué une moitié du puzzle pour reconstituer le film.
D'autres qui comme vous, Ben, avaient vécu ce départ du sol algérien "pour toujours" ou presque m'ont aidé souvent sans le savoir, parfois en le sachant, mais sans rien dire, parfois simplement en me racontant leurs voyages lorsqu'ils ou elles "retournaient" là-bas, dans ce pays qui n'a jamais été le mien mais qui l'est devenu pour partie d'une autre façon, parce qu'il était inscrit si fortement dans ma mémoire enfantine profonde, par les mots entendus mais incompris, oubliés. Par la douleur a posteriori, aussi.
Plus tard, j'ai lu Camus et j'ai aimé son style, son courage lorsqu'il parle d'Alger, de l'ailleurs. J'ai rencontré des gens qui avaient été "porteurs de valises", qui avaient aidé par conviction d'autres hommes à croire qu'ils allaient libérer leur pays et à le faire, sans supposer une minute que la liberté attendue, la liberté chérie serait aussi longue à venir par la suite, ni que le chemin allait être aussi rugueux après l'indépendance.
Un jour, j'ai fait la connaissance d'un homme qui venait de demander l'asile politique en France. Il était rédacteur en chef à Alger. Sa famille et lui venaient d'être menacés de mort par un groupe armé. Il m'a dit combien ce départ avait été douloureux, malgré tout. Lors des premières élections présidentielles libres, qu'il avait suivi depuis l'hexagone, j'avais obtenu qu'un journal régional publie un article de lui dans lequel il expliquait à quel point c'était important pour ses concitoyens que ce vote "libre" puisse avoir lieu malgré tout.
Depuis mars 2003, j'ai souvent le sentiment que les leaders américains ont reproduit en Irak une partie des erreurs des français d'avant l'indépendance en Algérie, d'une façon certes différente, d'autant qu'ils s'y sont subitement imposés militairement mais d'une façon qui a produit des effets analogues dans l'exacerbation des "moudjahidines", des guerriers de la religion, défenseurs d'autre chose que leur pays réel.
Trés récemment, j'ai entendu dire par un ami que l'actuel président de la République algérienne savait plus de choses qu'il ne voulait bien le dire à propos de l'assassinat des moines de Tibéhirine. Ayant entretemps lu des articles à ce sujet, j'ai mis ce témoignage en vis-à-vis d'un autre qui m'avait "appris" que le ministre des affaires étrangères français de l'époque de ces meurtres, à présent retiré du gouvernement mais pas de "la" politique, avait su que les moines étaient en danger, même comme il n'était pas censé le savoir, aucun ordre n'avait pu être donné pour les protéger.
De toute façon, ces moines disaient à qui voulaient les entendre qu'ils ne voulaient pas quitter leur monastère, même menacés. Pour eux aussi, l'exil aurait commencé s'ils l'avaient fait. L'exil ou la mort, la vie sauve mais avec l'impression d'avoir trahi ceux qui étaient devenus leurs proches, leurs amis, que sais-je? Du coup, c'est effectivement d'autant plus scandaleux que notre pays, le votre, le mien, n'ait pas fait le maximum tout de suite pour permettre à votre famille de mieux vivre ce départ forcé de 1962.
Je ne sais pas très bien où tout cela nous mène. Je voulais vous dire, Ben, à quel point cela me fait du bien et me rassure pour le devenir de l'humanité de lire un témoignage comme le vôtre, aujourd'hui, et tant pis si je me couche encore une fois un peu trop tard, c'est la faute à Médiapart, vraiment "à part", il faut le dire, ce média-là! In fine, ma conclusion : la guerre ne laisse aucune place à l'attendrissement, mais l'attendrissement n'en laisse par chance qu'encore moins à la guerre. A nous de le faire valoir et de le faire savoir! Ceci dit en toute amitié...
Bonjour Monsieur Boukhtache, votre récit est poignant, j'en ai eu les larmes aux yeux bien que la vie et mon activité professionnelle m'aient appris à maîtriser mes émotions; mais vous ravivez là des souvenirs enfouis et douloureux... Mon père travaillait pour une société française qui avait des comptoirs un peu partout en Afrique, ainsi je suis né à Bangui, puis nous avons vécu à Oran, en 1962 j'avais 8 ans et le 5 juillet avait été une journée terrible en règlements de comptes; je me souviens de ces nombreux cadavres dans les rues parfois à moitié calcinés avec des pierres enfoncées dans la bouche... mes yeux d'enfant ne comprenaient pas ce déchaînement de haine et un demi siècle plus tard cette sensation d'horreur est gravée dans mon corps et mon âme. Nous sommes restés encore une année en Algérie, j'y ai fait le CM1, puis cela a été aussi pour nous l'exode vers la France, la colombe blanche que m'avait offert un Algérien qu'il fallait laisser, heureusement il avait accepté de la reprendre et m'avait promis de bien la soigner. Puis l'arrivée à Lyon en pleine année scolaire, histoire de se faire un peu plus remarquer et la stigmatisation des camarades de classe mais aussi des enseignants: j'étais "pied noir" ou "bougnoule" , c'était selon ! Aujourd'hui je sais la souffrance des harkis et la responsabilité de nos négociateurs politiques qui à EVIAN ont sacrifié leurs plus fidèles patriotes. Oubliés, risquant leur vie chez eux, marginalisés en France il faut même se battre devant les commissions de l'armée pour faire reconnaître leurs droits.
Merci de nous faire sortir un peu la tête du sable par ce récit ou la beauté et l’horreur se côtoient sans qu’on n’y puisse rien. Mais le camion ne c’est pas encore arrête depuis ce jour puisque notre beau pays ( a ma connaissance) refuse toujours de dédommager ces gens comme il dédommage les français qui ont séjourné ou combattu la bas.
Bonjour, plutôt bonsoir.. Ben Bouhkatche je m'étais promis de me réserver un moment particulier pour lire vos billets.. voilà c'est ce soir :) j'ai lu le premier billet.... Vite! je vais découvrir les autres..