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Un spectre hante l’Europe…
"Il y a eu mille petits soulèvements, et tout cela fait une seule guerre, incessante entre nous-même et nos esclaves, une guerre silencieuse, une guerre honteuse dont personne ne parle et dont les historiens répugnent à faire le récit.Il y a déjà eu des guerres entre nations, entre cités, entre partis et même entre frères... mais cette foi c'est un monstre qui est en nous, dans nos tripes, et qui lutte contre tous les partis, toutes les nations, toutes les villes."
in Spartacus, Howard Fast (Cicero à Helena à propos du mystère de la révolte des esclaves).
« Julien Coupat » libéré, c’est un point de focalisation de l’attention publique qui se défait… personne ne s’en plaindra à commencer par lui qui pourra peut-être ainsi espérer se défaire du costume absurde que tant de bonnes âmes se sont efforcées de lui tailler.
Il n’a pas manqué de chroniqueurs en mal d’inspiration, de pseudo-journalistes en peine de scoops crapuleux pour boucler leurs fins de mois… Tout aura une nouvelle fois été convoqué depuis sa libération surprise. Tout. Le vieux fond poujado-frustré de certains journalistes de la presse d’opinion, tant en vogue sous le régime présent, n’aura pas manqué d’écrire parmi ses plus belles pages à notre propos. Il y a quelques semaines encore, certains reporters détritivores ont su lécher les mains des enquêteurs jusqu’à obtenir quelques « révélations exclusives » toutes droit sorties des archives secret-défense de la DCRI, doublant ensuite de leurs propres mensonges, les approximations et les amalgames grossiers des « agents des services » en goguette dans la campagne limousine. Et on aura aussi eu droit aux voix souffreteuse de certains épigones de la chronique journalistique et à leurs ratiocinations sur l’irresponsabilité de toute pensée qui n’épargne pas l’ambiance surannée de nos vieilles démocraties.
On nous parle d’ « argent » en « contradiction avec (nos) propres idées », de « fils à papa qui n’assument rien », d’intellectuels « pas sympathiques », « pédants », ou manquant sérieusement d’ « originalité », ou bien encore qui ne « proposent rien » (en effet nous ne voulons pas offrir de programme à un quelconque suffrage…). Au delà de nous accuser de ne pas assumer « nos idées », on ose même nous reprocher, à nous, de faire trop de bruit, quand tant d’autres moins « biens nés » et moins bien entourés sont interpellés, tabassés, enfermés en silence…
Je ne m’arrêterai pas sur chacun de ces morceaux de bravoure, ils valent à peine l’énergie que demande leur lecture.
Ce dont il importe de parler à la suite de cette libération inopinée, ce n’est rien d’autre que ce que nous nous sommes efforcés de mettre en avant envers et contre toute focalisation exclusive sur le personnage « Julien Coupat », ou sur celui de « la bande de Tarnac ». Si toute cette foire doit avoir servi à quelque chose c’est à retourner l’opération de communication du pouvoir contre son principe même. Mais comment ?
L’opération de sidération permanente qui est au cœur du style de gouvernement sarkosyste, sans être elle-même particulièrement novatrice sinon efficace, repose sur la stigmatisation de populations cibles qui sont désignées comme l’autre absolu du cœur virtuel de la « citoyenneté républicaine ». Ce cœur virtuel sans qu’il soit jamais désigné comme tel est sans conteste blanc, européen, chrétien, entrepreneur, respectueux des lois, de la propriété et de l’argent. Il n’est évidemment plus de bon ton de le scander tout haut, même si on semble s’en cacher de moins en moins. Cette identité se dit donc en creux, au fil des figures qui sont désignées comme son opposé, ses « ennemis intérieurs », on renouvelle bien le vocabulaire, moins les principes… il y a eu le « juif », « l’anarchiste », « le rital », « le blouson noir », « le fellaga », il y a aujourd’hui les « bandes de jeunes de cité », les « noirs et les arabes », les « clandestins », les « islamistes », les « anarcho-autonomes », les « pirates », les « étudiants ultras », les « grévistes-voyous ».
Ces « figures » ne fonctionnent que tant qu’elles restent irrémédiablement séparées dans l’imaginaire collectif. Au delà de l’entreprise de terreur (ou d’ « intimidation » selon l’interprétation qu’on fait des textes européens) menée par le pouvoir pour maintenir en état de sidération l’ensemble de la population, ce que craignent les réseaux de pouvoir -sans lesquels Sarkozy n’est rien- c’est bien que l’hétérogénéité (réelle) des ennemis de l’état des chose présent, ne se constitue en puissance consciente de renversement. Non pas un quelconque revival du grand soir mais la constitution en des points divers de nouages qui alimentent une intelligence collective diffuse et constituent positivement les forces capables de survivre au délitement des formes politiques existantes. Les mots pour dire ces forces sont pléthore. Ou bien manquent encore cruellement. Ils sont au mieux ceux du passé, au pire ceux du pouvoir, de l’occident globalisé. Abstenons nous de vouloir épingler ces forces à notre tour.
Ces forces que l’on sent palpables au détour de chaque tour dans les quartiers populaires, de chaque cafétéria de grande banlieue, dans les facs bloquées, les usines occupées, les foyers Sonacotra, les villages qui résistent à la touristification, les anciennes colonies, les hôpitaux psychiatriques… partout où la force des choses, la colère ou le bon sens mènent les uns et les autres à sentir ce qui les distingue radicalement de la figure du « bon citoyen » (français ou européen qu’importe)… au nom duquel on surveille, on « sécurise », on ment, on tabasse, on extorque, on vend des armes, des centrales nucléaires, on exploite, on acculture, on affame, on rend stérile, on expulse, on enferme, on tue.
Ce que l’on veut conjurer par dessus tout c’est le spectre du soulèvement. Lent, progressif, par saccades mais soulèvement bien réel, de ce qu’on finira bien un jour par devoir re-nommer « peuple ». Pas celui dont on se réclame mais bien celui qui partout, tout le temps, échappe à la normalisation et au contrôle, surgit là où ne l’attend plus.

Tous les commentaires
J'ai relu votre texte. Vous critiquez des articles de presse que je n'ai pas lus. Vous ne voulez plus du phénomène Julien Coupat, mais c'est en effet peu intéressant. D'accord pour ne plus en parler. Vous faites un texte disant que les forces qui sont contre l'état des choses présents sont "pléthore", mais nul exemple concret. Vous les sentez "palpables", vous dites le "soulèvement" "réel", celui du "peuple". Impossible de vous contredire puisque l'affirmation est unilatérale. Je n'y lis qu'un éloge atemporel du devenir minoritaire. Pourquoi pas? ou plutôt: comment cela?
cher pascal b, je suis toujours assez d'accord avec les remarques, critiques que vous m'adressez... en tout cas je les comprend. Mais je ne vois pas en quoi une affirmation unilatérale ne souffrirait pas de contradiction... cette affirmation pour moi est juste le fruit de la rencontre entre une certaine disposition (on pourrait presque dire humeur si ce n'était particulièrement réducteur) que je partage avec nombre de compagnons avec qui je chemine depuis quelques années et les rencontres multiples que j'ai eu l'occasion de faire notamment depuis mon incarcération, les témoignages que j'ai venant d'ici et là, directs ou par voie de presse. Autant de choses qui ne me font pas désespérer bien au contraire (alors même que beaucoup de choses dans ma situation personnelle là tout de suite pourraient largement entamer cette disposition - je suis plus coupé que jamais de tout processus collectif, physiquement du moins). Ah aussi quand je dit "pléthore" je parle des mots qu'on pourrait utiliser pour désigner, nommer ces forces, et je dis simplement qu'il n'est sans doute pas temps de le faire encore, on risque encore trop de les enfermer. Les quelques indications qui suivent par ailleurs tiennent aux situations que moi-même ou des proches ont pu traverser ces derniers mois et années et qui rendent ces "nouages" très sensibles et accessibles. Cela demanderait de plus grand développements, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le lieu, mais ce qui me semble essentiel dans le moment présent est de travailler à ces "nouages" c'est à dire des points de liaison entre des fragments de réalité en lutte à travers le territoire. Mon insistance il y a quelques semaines à faire le rapprochement avec les quatre personnes toujours en prison préventive depuis les quasi-rafles policières à Villiers-le-Bel suite aux émeutes de 2007, tient aussi à cette volonté, et cette volonté n'est pas que textuelle je vous rassure. A regarder la multiplicité des luttes qui ont émaillé les deux dernières années, la détermination neuve qui s'y est fait jour, et la frustration qui ne peut manquer de s'en dégager devant l'échec chronique à se lier à d'autres pans de se que nous continuons d'appeler société, on voit qu'il ne manque pas de ces forces éparses. "Devenirs minoritaires" peut-être, "devenirs" au sens de Deleuze et Guattari alors. En tout cas oui quelque chose qui se situe en dessous de l'aspiration majoritaire et de la saccro-sainte "convergence des luttes" qui ne vient jamais. Voilà j'espère que je répond en partie à vos interrogations. Ah oui, pour les articles dont je parle, vous pouvez aller voir le point d' il y a quinze jours, le nouvel observateur de cette semaine, une chronique de libération il y a quelque jours entre autres, rien qui vaille vraiment la peine qu'on s'y attarde à mon avis. Peut-être en ai-je même déjà trop dit sur leur compte. Je ne devrais que m'en vouloir à moi même d'être à ce point désœuvré pour les lire tous.
Oui ? Vraiment ? Votre prose, très fournie, je l'ai déjà lue, maintes fois, durant les seventies. C'était sur le campus de Vincennes et "l'ultra gauche"(ses "activistes acceptaient cette appellation) y était très présente. Une sévère compétition existait entre ces groupes et ceux représentant l'extrême gauche, notamment la LCR et l'OCI, aïeul lambertiste du POI. Près de 40 ans après, ce sentiment de surplace qui ressort de vos textes comme de ceux de Julien Coupat m'interpelle au sens interrogatif du verbe. Du verbe. C'est justement cela qui, à la longue, m'ennuie profondément. Cela ne m'empêche nullement de manifester ma solidarité avec les "terroristes de Tarnac".
Cher Velveth, Je ne peux pas dire que j'aie la même expérience que ceux dont vous voudriez faire mes aïeux... j'ai bien fréquenté les campus et les luttes étudiantes, j'ai été membre d'un syndicat étudiant, j'ai été militant écologiste estampillé, j'ai squatté et abandonné toute perspective politique classique en même temps que tout cursus universitaire ou perspective de carrière... j'ai vécu avec des fous, des apatrides, des "marginaux", des clandestins, des paumés, des militants aussi, j'ai travaillé dans toute sortes d'endroits dans toutes sortes de conditions... j'ai lu aussi autant que je le pouvais même si j'ai toujours été plus porté à l'action qu'à la lecture (simple question de tempérament). Ma pensée est composite, qu'elle soit nourrie d'auteurs de la période dont vous parlez cela est sans conteste. J'ai même lu nombreux de vos billets, avec intérêt parfois mais avec le même sentiment d'immobilisme, d'impuissance et de déjà vu que vous semblez avoir en me lisant... Que pour vous comme pour moi certaines choses ne semblent pas avoir changé depuis ces années soixante-dix, cela ne tient pas à notre manque d'originalité à mon avis mais bien plutôt que tant de choses sont restées irrésolues en acte, et que par bien des aspects nous sommes revenus bien en deçà de là où nous avaient amenés l'action et la pensée collectives dans ces années. Je suis héritier de beaucoup de cet inaccompli, c'est de là que ceux de ma génération et de celles qui suivent doivent à mon avis repartir par delà l'infinie récupération dont ces années et ces pensées sont l'objet. Je ne croirais jamais que quelques jolies têtes et quelques slogans réactualisés pour une nouvelle aventure électorale d'extrême gauche peuvent nous être d'une quelconque utilité dans la tâche qui nous attend. Toute projection théorique ou "programmatique" est vaine en deçà d'expérimentations plus conséquentes, de mise à l'aventure de nos outils de pensée dans la réalité, c'est à cette seule aune qu'on pourra juger qui avance et qui reste immobile.C'est mon avis. Je suis désolé croyez le bien de vous insupporter à ce point.
Vous ne m'insupportez pas du tout. Ne peut-on vous faire une remarque sur le caractère daté de certaines de vos positions sans que vous le preniez pour une agression ? Ce que vous dîtes de l'extrême gauche est en partie vraie mais qu'y a-t-il de commun entre les écrits seventies de la LCR (deux fois dissoute avec, par trois fois, ses dirigeants emprisonnés) et les principes fondateurs du NPA ? Pour avoir connu les deux périodes et participé aux différents textes, bien peu de choses. Mais, je ne tenterai pas de vous convaincre.
A velveth cela doit tenir à la forme post- alors... je ne me suis pas senti agressé je vous ait juste senti (à tort?) excédé... je ne suis pas en guerre avec le npa, je vous rassure, je n'en sais pas grand chose au fond à part quelques articles ici et là et les prises de parole de Besancenot... j'ai parfois plus de griefs contre les rails trotskystes tels qu'ils pouvaient exister à la LCR (comme il y a des rails "autonomes", je ne défend pas toujours l'un contre l'autre). Je suis tout prêt à entendre de vos arguments par ailleurs, je vois bien que le discours ne peut pas être foncièrement le même au npa qu'il l'était à la LCR, d'autant moins à la LCR des années soixante dix, le contexte idéologique est bien différent, et la culture marxiste des ouvriers et étudiants a fait 25 pas en arrière depuis. Je ne peux m'empécher de penser que pour "rassembler" vous avez été obligé de diluer votre (collectif) propre position dans des énoncés très larges ou une juxtaposition de propositions spécifiques entendables dans un contexte électoral et un "public cible" plutôt jeune. Ce sont des plis qui vont avec la forme même de toute machine électorale, ce n'est donc pas un reproche juste un point de vue de quelqu'un qui ne veut plus emprunter cette voie. Toujours est il que je ne me sens pas ou plus vraiment "appelé" par ces formes de regroupement, même si j'essaie de suivre ce qui émane des groupes de réflexion annexes du npa. J'ai souvent du mal avec les réflexes d'organisations pas forcément avec les gens qui y prennent part.
Benjamin, Je ne vais pas vous importuner avec de longs textes qui démontrent que le NPA ceci ou le NPA cela. Des sites comme ceux de MouvementS, ContreTemps et bien sur du NPA peuvent utilement être visités et nombre de bouquins (il n'y a pas que Bensaïd qui écrit !) existent. Je renouvelle mon entière solidarité avec les "terroristes de Tarnac", épiciers ou non. Bien à toi.
A Benjamin, Je comprends mal que le fait de nommer des lieux de résistance puisse les "enfermer". Certains sont nommables sans devenir ausitôt objet d'attention policière nouvelle ou de tourisme journalistique intempestif, je suppose. Ne pas nommer certains de ces lieux, je le conçois, éviter de les citer par principe, non. Mais c'est votre analyse. Vous avez effectué des "nouages" avec des jeunes incarcérés, cela est plus "sensible" pour moi. Oui le devenir minoritaire au sens de Deleuze, c'est une hypothèse qui est riche. Votre lutte contre le désespoir dans lequel le pouvoir voudrait vous enfermer est un juste point de repère politique et individuel. Bravo. Je suis plus proche par mon expérience de Velveth que de vous. Mais ayant participé à cette longue traversée du désert politique de la fin des années 80, ayant espéré en une nouvelle génération militante, maintenant qu'elle est là, je cherche à en connaitre la richesse. Vous en êtes. D'autres en sont, ailleurs, différemment. Dernier point: je ne crois pas que les élections soient une expérience vaine et vide de sens, même si je trouve cette expérience répétitivement triste, pour moi, en fin de compte.
Arf, le NPA... Ni nouveau, ni anticapitaliste ! Juste "la grisaille soviétique retouchée sur photoshop".
Benjamin, vous et vos amis n'avez toujours pas droit à votre liberté de mouvement : il vous est interdit de revenir chez vous, dans votre beau village de Tarnac. Plateau de Millevaches, lieu sublime, mais aussi lieu de tous les dangers, de toutes les menaces ? Un peu risible... Vous êtes, je crois, assignés à résidence chez vos parents : mesure vexatoire, petite punition minable ? Et vous n'avez pas le droit de vous voir, pas le droit de communiquer avec vos amis. Cordon sanitaire ? Devrez-vous tous vous marier ou vous pacser pour pouvoir vous parler ? J'ai été, moi aussi, indignée par certains propos nauséabonds autour de cette "affaire". Ecrire "Julien Coupat" entre guillemets, comme vous le faites, me semble très pertinent.
Je suis : '' blanc, européen, chrétien, entrepreneur, respectueux des lois, de la propriété et de l’argent.'' Et pourtant, je prône un renversement de régime, une sortie radicale du libéralisme, y compris politique et philosophique et je partage même l'essentiel de sthèses du NPA. Non pas sentimentalement ou par affect, mais par raison pure. J'ai même dit entre autres dans ces colonnes que je préconisais une loi établissant la suspension de toutes les dettes des particuliers aux banques. Par conséquent, il ne faut exclure personne. Et surtout commencer par ne pas faire ce qu'ils font, créer des divisions artificielles, des oppositions, des haines. Aucun doute, pas d'exclusion sociale ou politique de cet ordre sur de tels amalgames d'intention. Amicales salutations.
Je pensais évident qu'il ne s'agissait pas pour moi de renverser l'exclusion... le "coeur de la citoyenneté" dont je parle est essentiellement un coeur abstrait mais qui a les dits attributs de couleur et de statut. Il s'agissait juste de dire à quel point cette notion a toujours été et reste racialement et socialement marquée malgré tous les discours universalistes chers à la République. Je suis moi-même de fait "blanc", "européen", "chrétien", "entrepreneur" et quelques variantes de la suite (certes pas "respectueux"), ça n'induit pas que cela soit depuis cela et en défense de cela que je me batte. On ne le fait pas toujours consciemment pourtant. L'isolement relatif des luttes "indigènes", sans-papiers, banlieues témoigne de cette difficulté.
Dit comme ça c'est beaucoup mieux. En effet, il faut fédérer les mécontentements pour aboutir au renversement de ce régime, sans en ignorer aucun, tous sont légitimes. Il faut proposer une grande réconciliation pour une sortie radicale du libéralisme et une reconstruction sociale et politique qui rende la primauté à l'homme et au social sur l'économie. Cela concerne tous les habitants de ce pays çà l'exclusion de tous ceux qui se sont compromis dans le système, élus, dirigents, hauts fonctionnaires, détenteurs de mandats de toute nature. Il faut en effet au premier chef purger le pays de ses élites pourries qui verrouilent tout changement. Bref, avec 60% de gens en déshérance qui ne font plus confiance à l'électoralisme, la solution est dans une autre forme de prise du pouvoir. Amicales salutations.
Avec une presse servile et p(l)eureuse, à quoi s'attendre d'autre ? Pour ma part je ne crois pas qu'il ne faille plus parler des "inculpés du 11 novembre" qui vivent toujours une forme d'emprisonnement. Ajoutons l'interdiction de manifester à la liste des humiliations et continuons à nous interroger sur la liberté d'expression, celle de la presse, de la justice, voire de l'exécutif... Les droits de l'Homme ?
Je lis ce matin dans le journal qu'un Monsieur de 77 ans atteint d'une tuemeur aux poumons a été arrêté, plaqué contre le capot de sa voiture et brutalement menotté par les policiers municipaux de Toulouse pour un simple stationnement génant. Ce régime commence sérieusement à devenir dangereux. Cela se vérifie à tous les échelons de la vie, même les plus ordinaires. La violence d'état est partout et nous devons y prendre garde, c'est à dire adapter nos comportements et réduire l'exposition visible. Ce qui ne veut pas dire ne rien faire ni se résigner. Certaines choses doivent désoramais être faites avec précautions ; notamment dans l'action politique.
Je trouve ici un (des) discours émaillé(s) de bouts d'analyse plus que séduisants. Il reste qu'il est trop souvent hermétique et plutôt obscur quant à ses objectifs et surtout aux moyens de les atteindre. Du moins pour ce que j'en comprends... Il me semble que pour qu'une pensée puisse toucher et imprégner au point d'engager, elle se doit d'être claire et clairement formulée. Elle se doit de s'étendre bien au-delà de simples mots d'ordre tels que "sortie radicale du libéralisme". Elle se doit d'être articulée avec les réalités telles qu'elles sont et avec les conséquences que suppose son adoption et son application. En bref, elle se doit de passer du stade de réflexion au stade concret, pratique... -- Comment effectuer cette "sortie radicale du libéralisme". "Comment" suppose donc un programme. -- Et pour qu'un programme puisse convaincre, il faut aussi, au préalable même, répondre à la question "pourquoi", aux innombrables "pourquoi". En exposant clairement et froidement les aberrations, les souffrances, etc. auxquelles a conduit ce libéralisme-là aussi bien pour l'humain que pour son environnement, aux niveaux local, national, européen, planétaire... Et en analysant les causes structurelles qui mènent à ces aberrations et qui disqualifient ce mode de fonctionnement en économie. -- Et il n'y a pas de programme digne de ce nom qui n'expose, ne détaille et n'explique les solutions proposées, tout en veillant à ne pas négliger les conséquences des interactions de ces solutions, également à ces différents niveaux. -- Et il n'y a pas de programme qui puisse tenir s'il ne détaille les moyens à mettre au service de son application ainsi que les sources dont sont censés provenir ces moyens. -- Enfin, il est indispensable de préciser des délais raisonnables à l'échéance desquels on serait en droit d'espérer un mieux palpable... J'enfonce certainement des portes ouvertes... Mais il me semble que vouloir "une sortie radicale du libéralisme" en ignorant ces questions et en ignorant l'importance qu'il y a à trouver les moyens de convaincre et de susciter une large adhésion librement consentie équivaut à prôner la révolution. Or une révolution, me semble-t-il, fédère autour de slogans et de mots d'ordre mobilisateurs, certes, mais simplistes et que chacun entend à sa manière. Elle fédère autour de souffrances communes, de révoltes face à ces souffrance, et bien souvent autour de la désignation d'un bouc émissaire... A ces différents titres, une révolution a toutes les chances de tourner à un processus violent menant au chaos et à plus de souffrances.
Je me retrouve dans ce que vous dites, Elisawad, tout particulièrement la conclusion, et aussi votre : "tout en veillant à ne pas négliger les conséquences des interactions de ces solutions" Et je me demande si ceux qui prônent une "révolution" par des moyens indéterminés ne songent pas plutôt à une "libération" de personnes que, soit ils assimilent à eux-mêmes : les mêmes désirs, les mêmes aspirations ; soit ils estiment aliénés - et là j'aimerais qu'on me précise les moyens proposés de la désaliénation. Parce que, dans l'histoire des révolutions, on en a quand même connu de biens terribles.
@ eliasawad, Je comprends parfaitement vos interrogations. J'ai déjà beaucoup répondu par bouts et par morceaux à ce genre de questions au fil des fils sur Médiapart mais vous ne deviez pas encore nous suivre. Alors en bref : Critique du libéralisme : Le libéralisme est un système indivisible : économique, philosophique, politique. Il prône la primauté de l'économie sur l'homme ainsi que l'individualisme. En cela il est contraire à la nature humaine qui est sociale et non pas individuelle, politique et non pas économique. Le libéralisme qui considère que tout se vaut et qu'il suffit de laisser les forces ou les idées se hiérarchiser entre elles conduit à la pensée unique et à la loi du plus fort en politique, comme il conduit à l'entreprise unique en économie. Or la loi du plus fort c’est la barbarie, la tyrannie et la destruction sociale. Critique du relativisme et de la recherche du consensus en politique : Le rôle du politique c’est d’arbitrer les conflits d’intérêts dans l’intérêt général et non pas de chercher le consensus (vision libérale) ou le troisième terme dialectique qui résoud les contraires (vision marxiste.) Les notions de vérité et d’intérêt général doivent présider à l’arbitrage des conflits d’intérêt. Critique de la représentation par les seuls partis politique interposés : Les partis politiques généralistes représentent en nombre de militants 2% seulement des inscrits. Et avec cela, dans un système démocratique qui se fonde sur la loi du nombre, ils prétendent incarner la seule médiation possible vers l’universel et l’intérêt général. C’est bien sûr une escroquerie qui aboutit à la professionnalisation de la classe politique, à son inféodation aux puissances d’argent et aux lobbies, au cumul des mandats. Ce système de sélection des élites par lutte interne au sein des appareils des partis ne peut conduire qu’à ce que l’on voit : pourrissement et consanguinité des élites, inféodation aux puissances d’argent, perte de toute vertu. Verrouillage du jeu politique par les puissances d’argent qui contrôlent les médias et l’accès à l’information : cet état de fait rend impossible toute émergence en dehors du jeu électoraliste confiné entre partis de pouvoir ou prêts à s’allier aux partis de pouvoir. Le système est verrouillé, sans espoir d’ouverture. Par conséquent, la solution se trouve en dehors du jeu électoral conventionnel dont je rappelle qu’il ne concerne plus que 40% des inscrits, laissant de côté 60% des gens auxquels plus aucune offre politique crédible n’est faite. Prise du pouvoir en dehors des élections : Légitimité : c’est légitime dans le contexte d’obstruction qui est décrit supra qui fait le malheur d’une majorité de gens au profit d’intérêts catégoriels ultra minoritaires qui tiennent le pouvoir. C’est techniquement possible sans grand risque répressif car les forces de l’ordre sont commandées par les préfets. Les préfets sont un corps républicain légaliste qui suit un pouvoir encore légitime. Si le mouvement populaire est assez puissant, pas un ne risquera d’entacher son nom pour sauver ce régime corrompu. Ce n’est pas la même chose s’il s’agit de réprimer une micro organisation ou un micro gouvernement. Quant à l’armée, elle est encore plus légaliste et se méfie des politiques. En l’état elle n’interviendra pas. Je rappelle qu’en 68 quand De Gaulle est allé sur le Rhin demander aux troupes stationnées en Allemagne de le suivre dans la répression, le général Massu l’a remis dans l’hélico, le renvoyant à Paris sans autre forme de réponse. Enfin, nombre de révolutions récentes ou moins récentes ont eu lieu sans effusion de sang. La plupart de révolutions se font sans incidents majeurs. Quand le pouvoir sent que les choses vont basculer et qu’il est désavoué, il fuit en essayant de sauver les biens matériels qui peuvent encore l’être, ni les fonctionnaires d’autorité ni l’armée ne le suivent. La crainte d’une répression massive est bien sûr entretenue par le pouvoir, mais c’est sans portée pratique réelle. L’interdit révolutionnaire est dans les esprits, pas dans une éventuelle répression. Comment prendre le pouvoir ? Il faut une organisation révolutionnaire structurée, cela ne se fait pas dans l’improvisation. Cette organisation a pour vocation de révéler et de fédérer les mécontentements catégoriels pour agglomérer et canaliser la poussée. Il faut également une circonstance politique favorable. Je crois que la situation favorable est déjà préexistante ; en tout cas elle n’a jamais été si concrète dans notre pays. But de la prise de pouvoir : Chasser les élites corrompues, élus, grands patrons compromis dans la crise financière et/ou sociale, hauts fonctionnaires … Libérer le jeu politique en dehors des seuls partis politiques c'est-à-dire permettre une représentation des corps sociaux intermédiaires, rétablir une représentation à travers ces corps sociaux intermédiaires et non pas à travers les seuls partis politiques (société solidaire). Etablir le vrai principe de subsidiarité, c'est-à-dire faire en sorte qu’un problème politique soit traité au juste niveau où il se situe et ne recourir au niveau supérieur qu’en cas d’impossibilité en première instance. Ainsi l’état se trouve ramené à ces seules fonctions régaliennes. Cette libération se fait par la tenue d’états généraux au sein desquels les différents projets sont débattus. Qui présente les projets ? Tous ceux qui le peuvent en dehors des représentants des partis politiques compromis dans le pouvoir précédent depuis 30 ans. Les états généraux sont constitués par les représentants des corps sociaux intermédiaires et de la ou des organisations révolutionnaires qui ont conduit le mouvement. En attendant, un gouvernement de salut public s’occupe des purges, défait les lois scélérates et gère les affaires courantes. Le projet final issu des états généraux est soumis à referendum. Quelques mots directeurs : Non cumul des mandats. Interdiction du pantouflage. Primauté de l’homme et du social sur l’économie. Rétablissement du contrôle du politique sur la monnaie. Rétablissement de la planification économique et industrielle (comme du temps de De Gaulle). Limitation des marchés dérivés. Casse des trusts, rétablissement de l’économie de proximité. Interdiction de l’appel à l’épargne publique auprès des particuliers autrement que par l’emprunt obligataire. Taxation particulière des profits faits sur la détention de titres de placement. Obligations et fiscalité particulières concernant la détention des titres de participation. Primauté de l’écologie et de la préservation de la nature, décroissance planifiée etc etc etc … Annulation des dettes non hypothécaires des particuliers vis-à-vis des banques. Rétablissement de la place des producteurs par rapport aux financiers. Encadrement très strict des activités bancaires et de marchés. Taxation spéciale des profits spéculatifs etc etc etc… Rétablissement des systèmes de protection sociale collectifs. Eviction des intérêts privés des biens sociaux ; air eau énergie, éducation, santé, etc etc etc … Rétablissement des dispositions protectrices du droit du travail. Rétablissement de l’autorisation administrative de licenciement. Taxation des produits d’importation en provenance des pays à faible coût de main d’œuvre. Taxation des transits de marchandise intra communautaires sur notre territoire, (taxe écologique). Voilà. Mais le plus dur, c’est de faire émerger une conscience politique affranchie de l’illusion libérale et prête à s’affranchir des fausses assurances que lui donne le système. Selon moi, l’organisation révolutionnaire capable de mener le combat existe déjà.
à arquius... J'ai du aussi rater quelques épisodes précédents... étonnant mélange de centralisme démocratique, de décroissance, d'une sorte de dictature du prolétariat, de localisme et de vieux protectionnisme années trente (!)... par endroits contradictoire, mais je ne m'aventurerai pas plus loin dans la critique de votre modèle pour le moment. Une seule chose m'interpelle vraiment, vous considérez que l'organisation susceptible d'opérer cette "prise de pouvoir" existe déjà? ça m'effraie presque, tout du moins ça me scie...pour le coup vous n'êtes pas abstrait, mais un programmatisme (qui programme pour qui?) si minutieux peut difficilement aller sans une vaste entreprise de coercition, voire de terreur dont je me tiens aussi éloigné que possible.
Cher Benjamin, Ils étaient intéressants, très intéressants, ces échanges. A bientôt
@ Benjamin épicier-tr... Intéressante votre façon de pointer, dans vos réponses à Velveth, la vacuité de l’activisme contestataire (discours tribunitiens, électoralisme) depuis les années 70. « Nous (en) sommes (effectivement) revenus bien en deçà de là où nous avaient amenés l'action et la pensée collectives dans ces années. » Seules des « expérimentations (...) conséquentes, de(s) mise(s) à l'aventure de nos outils de pensée dans la réalité » nous permettraient d’avancer. Probablement faudrait-il unir ces deux modes d’actions, « expérimentation » et « électoralisme », l’une nourrissant l’autre : comment renverser autrement un régime sans tomber dans la violence, contre-productive par nature. N’est-ce pas ce que prône le NPA justement, puisqu’il a rejeté le refus d’activisme de la LCR ?
L'activisme prôné par le NPA (désir de prêter main-forte aux travailleurs en lutte) n'a rien à voir avec votre proposition, Benjamin, "de mise à l'aventure de (v)os outils de pensée" : je suis allé un peu trop vite dans mon raisonnement qui laisse croire en une plaidoirie pro-NPA alors que je n'y vois que gesticulations médiatiques. Je posais seulement la question de la nécessité ou non d'agir aussi au niveau électoral (d'abord municipal peut-être), n'ayant pas oublié l'échec de la plupart des expériences communautaires des années 70-80.
@ arquius Je crains que vous n'ayez un siècle ou presque de retard. La dictature du prolétariat, on a suffisamment donné. Le soi-disant consensus "révolutionnaire" que vous semblez deviner sous les remous du mécontentement populaire me laisse rêveur dans un pays qui a voté à plus de 53 % pour Sarkozy : "les pouvoirs d'argent" ne contrôlent pas TOUS les médias ; il en existe de très critiques à l'égard du pouvoir et chacun est libre de s'agenouiller ou non devant la télé. Nous avons la presse que le lectorat demande. . Je préfère et crois bien plus en l'efficacité du grignotage progressif suggéré par Benjamin. . Multiplions donc les "Tarnac" ! Les prisons ne seront jamais assez grandes pour y contenir tous les anti-terroristes du terrorisme sarkozyste que nous sommes.
Je crois que vous vous méprenez totalement sur mes rapports à la dictaure du prolétariat. Je viens carrément de l'opposé et j'ai combattu le communisme pendant 30 ans. Je me suis déjà justifié sur ce point sur Médiapart. Quand il y a 30 ans, nous annoncions la fin de l'URSS, les gens riaient comme des baleines. Les mêmes continuent à rire quand j'annonce depuis plus de 10 ans le fin du libéralisme pour exactement les mêmes raisons. Quant au vote, je ne crois pas à l'électoralisme dans un système complètement verrouilé par les puissances d'argent et les partis qui leur sont inféodés. Je partage ce point de vue avec les 60% des gens qui ne sont pas allés voter aux Européennes. Par conséquent, je prône un renversement de régime auquels devraient participer ou que devraient supporter tout ou partie des 60% de gens qui ne croient plus ni au réformisme ni à l'électoralisme. Je ne crois pas au grignotage, mais à l'action globale. Ce dont parle Benjamin n'a jamais été suivi de succès ni jamais abouti à aucun résultat. Voyez vous des précédents historiques significatifs ? Je crois aux méthodes éprouvées, et là les exemples de succès sont nombreux. Enfin sur les médias, que vous le vouliez ou non, l'attraction est proportionnelle au carré de la masse et à celui des moyens financiers engagés. Les gens voient plus TF1 que les médias libres dont vous parlez, c'est comme ça. La liberté de s'agenouiller ou non devant la télé est une connerie libérale philosophique qui démontre bien la limite de votre connaissance politique et humaine. Cette liberté est viruelle face aux effets de saturation et de déculturation de masse qui sont à l'oeuvre, il n'existe aucune liberté réelle face à ça ; en tout cas, malheureusement pas pour le plus grand nombre. L'exclusive méprisante et induite que vous portez à l'encontre de ceux qui subissent cet abrutissement démontre votre mépris d'autrui et votre sectarisme. Donc, la majorié des gens n'ont aucun choix, c'est fâcheux mais c'est comme ça. Il n'y a rien à reprocher aux gens qui sont trompés ou insuffisamment éclairés ou munis d'une conscience politique suffisante. Enfin, il me semble que vous êtes très imperméables, ce qui dénote un enferment idéologique dans les derniers recoins de la marginalité intellectuelle et politique. Attention, je ne confonds pas marginalité et minorité. Ainsi, on peut être minoritaire sans pour autant être marginal. Et des courants minoritaires peuvent se référer tout ou partie à des idées qui ont pu être majoritaires. Vous cherchez manifestement l'action marginale ou groupusculaire, qui est le terme exact plutôt que grignotage qui est un habillage trompeur. Bref, vous avez bien peu de chances de fédérer autour de vous. Très crument, de mon point de vue, l'action politique que vous envisagez relève de la satisfaction intellectuelle unipersonnelle, une sorte d'onanisme politique.