La mémoire comme outil politique
Depuis quelques années, dans plusieurs pays, des questions politiques autour des problèmes touchant au passé se sont développées remplissant plusieurs fonctions : exalter la fierté nationale, ou empêcher que reviennent les temps de la cruauté…. Et les interrogations, nouvelles, sont nombreuses : dans quelle mesure peut-on légiférer sur la mémoire, le pardon, la réconciliation ? Faut-il défendre un droit à l’oubli, et qu’en est-il alors d’un droit à la mémoire ? Quel rôle peuvent jouer des lois incitant à reconnaître des crimes passés, dans la protection et la promotion des droits de l’homme ? Ces interrogations dépassent, et de loin, la seule compétence des historiens, et envahissent le champ culturel, politique, médiatique. La France est touchée par ce phénomène, au diapason d’autres pays.
Ainsi, au mois de décembre 2007, un grand colloque a eu lieu à Tokyo au Japon autour des guerres de mémoires. Ce pays est aujourd’hui, lui aussi, touché par une série de conflits autour des questions mémorielles. La lutte complexe et multiforme contre l’oubli a pour cadre le sanctuaire de Yasukuni au Japon. Ce lieu sert à rendre hommage aux « martyrs » militaires japonais tombés dans les guerres, dont certains sont des criminels de guerre de la seconde guerre mondiale. L’espace est devenu une référence centrale, quasi religieuse, de glorification de la fierté nationale suscitant des réactions outragées d’autres Japonais voulant au contraire que leur pays reconnaisse sa responsabilité dans les tragédies de la seconde guerre mondiale.
L’Afrique du Sud, avec l’exigence de justice au sortir du régime d’apartheid, en 1990 au moment de la libération de Nelson Mandela, a donné une sorte de « coup d’envoi » mémoriel au niveau mondial. Dans la foulée, se sont amplifiées des luttes mémorielles en Amérique du Sud, au Chili et en Argentine, en particulier. Ce furent, par exemple, les exigences formulées par les mères, aujourd’hui par les grand-mères, de la « Place de Mai », et leur mise en accusation de la junte militaire en Argentine.
Par ailleurs, à la suite de l’effondrement du bloc communiste stalinien à l’Est, l’émergence de demandes mémorielles en Russie, en Pologne, en Allemagne de l’Est (avec l’ouverture des archives de la Stasi) est devenue de plus en plus forte. En Espagne, les batailles de mémoires autour du bilan de la guerre civile des années 30 ne cessent de se développer.
La France n’échappe pas à ce mouvement d’ensemble. La polémique a pris une ampleur certaine autour des « lois mémorielles » en particulier celle de la loi du 23 février 2005 traitant du problème de la colonisation. Son article 4 disposant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », a été abrogé par le président de la République française en janvier 2006.
Au même moment, au Maghreb, le Maroc connaissait une forte exigence de vérité, de justice. A la mort du roi Hassan II, s’est mise en place l’instance « équité et réconciliation », chargée de recueillir la parole des victimes. Mais l’exemple marocain a l’avantage de nous montrer aussi les limites de l’exercice mémoriel : le processus de re-possession des héritages de mémoire, pour dévoiler des vérités historiques, vient buter sur la difficulté de mettre en accusation l’État.
Jusqu’où peut-on libérer la parole ? Jusqu’où peut-on mettre en question le rôle de l’État dans tel ou tel crime ? Dans le cas de l’Algérie, une loi d’amnistie a été décidée en septembre 2005 à la suite d’une terrible guerre civile qui a fait plus de 150 000 morts ; mais sans qu’on ait pu mettre en accusation les groupes islamiques armés ou les forces de sécurité de l’État. Conjurer les malheurs collectifs, calmer les tensions, telle était la fonction plus régulatrice que réconciliatrice de cette loi (très critiquée par les victimes de la guerre civile algérienne).
Les Algériens demandent, par ailleurs, que la France reconnaisse le tort porté aux populations civiles par la pose aux mines aux frontières pendant la guerre d’indépendance, les essais nucléaires au Sahara, ou les bombardements au napalm dans le Nord Constantinois. La bataille de mémoire, comme entre la Chine et le Japon à propos de l’examen de la période coloniale, devient un outil de bataille politique et diplomatique pour faire valoir ses intérêts nationaux du moment.
Le débat sur la mémoire d’un fait historique concerne de très larges secteurs des sociétés à l’échelle internationale.
Ce processus mondialisé mémoriel peut se comprendre en relation avec la crise des idéologies transnationales ou internationalistes. Mais le trop-plein mémoriel qui s’amplifie fonctionne comme symptôme : on se tourne vers le passé de son propre groupe dans une panne de projet d’avenir. Le voyage perpétuel vers un passé personnel signale une crise du futur, une angoisse de l’avenir en termes de projet politique. Cependant l’aspect positif – et citoyen – est que ces interpellations mémorielles font aussi avancer la cause de la justice, des Droits de l’Homme en reconnaissant les torts des États dans des crimes ou des exactions commises par ceux-ci. La prise en compte de cette vague de demande de justice dans un grand nombre de pays, alliant individualisation et citoyenneté, est un phénomène complexe.
La “judiciarisation” de l’histoire est un fait mondial, qu’on l’approuve ou le déplore. Et la France, à propos de son passé colonial, ne pourra pas à échapper à ce questionnement général sur le passé, au nom d’un discours sur « l’anti-repentance ».


Tous les commentaires
Tout d'abord merci pour ce texte passionnant et donc merci à mediapart de permettre ces lectures et ces débats. J'ai une difficulté certaine avec le terme de repentance (à fortiori avec l' anti-repentance). Il y a un sens trop religieux, trop inquisitorial. (Repentez-vous car c'est la fin du monde). Dans la repentance il y a quelque chose que travaille l'humiliation comme réplique à l'humiliation, quelque chose de totalitaire. Il y a aussi quelque chose de purement égoïste qui vise à se sauver soi-même plutôt qu'à libérer l'autre du poids de la négation du crime dont il a été victime. Ne pourrait-on pas utiliser le mot "reconnaissance" comme résultat du travail et de la lutte pour la reconnaissance du crime commis portée par le combat des militants, des familles, des proches et le jugement des tribunaux ainsi que le travail de l'historien. La reconnaissance qui ouvre la voie à l'excuse. La reconnaissance (Cf P. Ricœur) comme "réplique au mépris" et au dénie. J'avais été frappé lors d'un débat autour du livre de François Hollande écrit avec E. Plenel, de sa promesse s'il parvenait au pouvoir d'aller en Algérie pour "s'excuser" au nom de la France. Il me semblait que cette position était mesurée, qu'elle appelait non pas le pardon (blanchiment de la mémoire) mais le dialogue, l'acceptation des excuses par l'autre. Qu'elle était non pas dans le vent mais dans le temps.
Ne faut-il pas penser que ce sera seulement après ce travail de mémoire, qu’accomplira Israël et ses alliés quant à l’expulsion de près d’un million de Palestiniens en 1947-1948, et l’éradication de plusieurs centaines de villages (La Nabka), que nous serons près de voir enfin se résoudre ce que l’on appelle pudiquement le « problème » palestinien ?
cher monsieur , il serait urgent de lire des livres d histoires se rapportant a votre sujet. j ose esperer que vos assertions sont lies a de la meconnaissance historique car dans le cas contraire , il faudrait pudiquement resoudre votre probleme bon week end
Est ce une attaque gratuite, une menace, une diffamation d'un courageux anonyme ? Je n'ai compris à ce commentaire qui ne parle ni de mémoire, ni d'histoire. B.S.
La mémoire comme compensation au vide de l'avenir mais également comme une difficulté à analyser le présent, à l'évacuer. La repentance, comme si en reconnaissant le passé nous en avions tiré la leçon, par un présent immaculé.
Je crois que le commentaire de Marcel2 s'adresse à celui de Maurice Roquet.
La mémoire comme outil politique, c'est pain béni pour entretenir les nationalismes, sous-tendus par des postures victimaires. Dans l'Histoire du Monde dit connu, tous les peuples, à l'instar des individus, ont été tour à tour victime et persécuteur, de bonne foi, même, parfois. Les historiens étant eux-mêmes les produits de leurs histoires individuelles et collectives ne sont pas toujours à même de nous éclairer en toute indépendance d'esprit, ou alors ils ne sont pas suffisamment écoutés. Face au devoir de mémoire, le devoir d'oubli s'impose, si l'on souhaite aboutir à des relations apaisées. Les batailles idéologiques pour tenter d'accéder à une hégémonie - comme une sorte de part du lion - dans une échelle de persécutions éloignent encore davantage de cette perspective. A ce devoir de mémoire, forcément faussé par ce que la mémoire, par définition, a de subjectif , existe une autre voie possible : la passion de l'étude de l'Histoire, qui mène à une juste appréciation en démontant les mécanismes du cycle infernal victime/persécuteur. D'autant qu'une troisième force, tout aussi nocive, incarnée par le sauveteur, se nourrit des deux autres : celle-ci s'illustre très bien dans la mobilisation collective autour de la flamme olympique et des droits de l'homme. Un psychiatre américain des années 60, Eric Berne, père de l'analyse transactionnelle, a parfaitement décrit ce mécanisme du "triangle dramatique" dans un ouvrage : "des jeux et des hommes", dans lequel il décrit ses moteurs, ses lois et ses conséquences dans l'activité humaine .
Nouvel adhérent de Mediapart, j'ai failli m'introduire dans le débat suscité par Francis Deron, dont la contribution est on ne plus éclairante et pertinente. Mais mon propos, qui porte en partie sur la question de la mémoire en Chine, était me semble-t-il trop loin de ces échanges. Découvrant le texte de Benjamin Stora, dont je partage l'analyse, je me lance. Ce texte s'adresse tout particulièrement aux jeunes chinois francophones qui s'expriment dans "Nihao la Chine" et ailleurs. D'où un style qui se veut pédagogique et non conflictuel, même s'il faut appeler un chat un chat pour faire écho à la fameuse citation de Deng Xiaoping. CHINE: LA GRANDE MUETTE Durant les années Mao -1949 / 1976-, la Chine est devenue non seulement opaque mais elle a littéralement trompé le monde, grâce à une propagande de plus en plus sophistiquée, masquant les horreurs telles que le "Grand Bond en avant" et ses 30 à 40 millions de morts, ses milliers de cas d'anthropophagie provoqués par "la Grande Famine de Mao" évoquée par Jasper Becker (1) ou les désastres de la soi-disant "Révolution Culturelle". Au même moment, en occident, des jeunes parmi les plus brillants adhèrent aveuglement au maoisme. En Chine même, décimée par la folie meurtrière du Grand Timonier et de ses alliés successifs, la population ne dit mot, s'écrase, par peur de représailles, du "laogai" (2), muselée par un appareil policier omnipotent. Le pli est pris. Depuis lors, les successeurs de Mao Zedong ont tout fait pour éradiquer des mémoires et semblent avoir réussi. Seule, la littérature dite "de la cicatrice" a parfois réussi ouvrir une brèche, vite refermée. La Chine est aujourd'hui confrontée plus que jamais au "trou noir de l'oubli". "Chine trois fois muette" comme l'écrit le philosophe sinologue Jean-François Billeter. (3) Le dernier article dans Libé de Pascale Nivelle (deux pages avec par ailleurs un interview de JL Domenach, qui n'a jamais été aussi clairvoyant, notamment sur les "droits sociaux") mentionne cette volonté toujours forte de passer à la trappe ce passé honteux. En Chine, il est tout simplement interdit de l'évoquer! Pour revenir au débat lancé par Benjamin Stora, cette impossibilité est plus que pernicieuse, elle fonctionne comme la matrice d'une anesthésie qui fait de ce pays, encore et toujours, une terra incognita. C'est probablement l'une des raisons principales faisant que nous ne pouvons aujourd'hui dialoguer directement avec une "opinion publique" chinoise, pour la bonne raison que celle-ci n'existe pas ou pas encore. Cette main mise du pouvoir, cette capacité à masquer la réalité d'une dictature implacable, incarnée par le Parti Communiste Chinois prolifère toujours. Malgré les dénonciations, les mises en garde venues de l'étranger, et tout d'abord celles de Simon Leys dès les années 70, malgré la voix des dissidents, celle de Wei jingsheng et de qq autres, au demeurant trop peu relayées par les médias occidentaux, la Chine continue de nous mentir, de nous cacher la triste réalité de son système et d'étouffer toute possibilité d'expression pour les chinois toutes générations confondues. Censure et autocensure sont omniprésentes. Dernier exemple en date: l'annulation d'une grande exposition de l'artiste Zhang Huan, mondialement connu, au Musée des Beaux-Arts de Shanghai, parce que l'un des "inspecteurs" chargé d'instruire le dossier avait paniqué devant certaines oeuvres! Or, paradoxalement, la Chine n'est plus au ban des autres nations comme après le massacre de Tian An Men, elle est tout au contraire courtisée, choyée. Le cadeau de ce vieux requin de Samaranch n'en est que l'une des nombreuses illustrations. La Chine fascine d'autant plus le monde que sa puissance économique s 'affirme de plus en plus, au moment où celle de l'occident et du Japon s'effrite. On en vient à croire, à tort, que cette nouvelle Puissance doit être caressée dans le sens du poil au risque sinon de voir nos propres économies s'effondrer encore plus...Or le pouvoir politique chinois actuel, tenu par Hu Jingtao, le "bourreau de Lhassa" et sa clique, gère en direet et sans partage cette puissance économique, contrôle totalement, sans aucune opposition et pour cause, la politique et la diplomatie chinoise, manipule sans vergogne la propagande en utilisant systématiquement toute la panoplie des nouveaux moyens de communication, avec l'appui indéfectible des responsables politiques, économiques, médiatiques, tous à la botte du régime. Résultat: l'écrasante majorité du peuple Han -ethnie représentant 90% de la population chinoise- suit le pouvoir "comme un seul homme", d'autant que l'amélioration des conditions de vie, du pouvoir d'achat (!) est très sensible, même si les disparités entre les riches et les pauvres s'accentuent et si le différentiel entre les régions côtières et celles de l'intérieur s'accroît, sans parler des laisser pour compte de la croissance que sont les 56 "minorités nationales" dont font partie les Tibétains, et les ruraux des zones les plus excentrées. (A ce propos, on parle parfois du fait que des centaines de millions de chinois vivent en-deçà du "seuil de pauvreté", notion claire mais terriblement abstraite. Concrètement, des milliers de villages, notamment à l'ouest du pays, vivent DANS LE DENUEMENT le plus total. Le progrès ne les a jamais rattrapé.) Il faut rappeler ici deux évidences: force est de constater que les chinois sont foncièrement nationalistes, chauvins, voire racistes. La plupart d'entre eux ignorent tout ou presque du monde qui les entoure, faute de pouvoir se déplacer librement chez eux -voir le fameux "hukou", ce passeport de l'intérieur- et hors de leurs frontières, même si des progrès sensibles commencent à se faire sentir-, faute de recevoir les informations nécessaires, fiables sur notre village planétaire. Il est vrai que le tourisme chinois se développe vite à l'intérieur surtout et vers l'étranger. Mais ce tourisme est le plus souvent terriblement enrégimenté. Et le rôle des médias, à l'exception d'Internet, est quasi nul. Les reportages à la télévision sur l'étranger sont rares, orientés, sans intérêt. Les films étrangers ne circulent que grâce aux éditions de dvd pirates, etc. Internet, seul espace de liberté relative, est actuellement repris en main par des milliers -on parle de 30.000!- de censeurs. A propos du Tibet, le pouvoir joue sur du velours car les Han considèrent les minorités nationales avec condescendance, sinon avec mépris. Ils sont de plus persuadés que le Tibet fait partie intégrante de leur pays depuis toujours. Tous ignorent que les armées de Mao et de Deng Xiaping (originaire lui-même du Sichuan, qui était à la manoeuvre là-bas en 1950-51) sont venus coloniser le Toit du Monde. Ils croient, ou feignent de croire, que l'APL, l'Armée Chinoise de Libération est venue "libérer" ce territoire. (A ce propos, les conneries écrites ou dites par JL Mélenchon sont tout simplement affligeantes. Le Tibet a sporadiquement fait allégeance à l'Empire du Milieu, lequel a été, notamment durant les dynasties Yuan -les Mongols- puis celle de Qing -les Mandchous-, soumis et administré par des étrangers, des "barbares"...Passons.) Pour toutes ces raisons, la partie d'échecs qui se joue actuellement apparaît comme capitale, même si l'éveil des consciences semble bien tardif. Tant mieux si la conjoncture actuelle permet de modifier la donne. En ce sens, la tribune récente dans Libé de Lodi Gyatsen Gyari, envoyé spécial du dalaï-lama pour le dialogue avec la Chine me parait des plus constructives. (14.04). Cette partie est capitale pour le peuple tibétain, asphyxié par cette colonisation à marche forcée. Elle l'est aussi pour les intellectuels, les artistes chinois, pour les nouvelles générations qui aspirent au changement, à plus de démocratie, même si force est de constater que les jeunes sont le plus souvent totalement apolitiques. Et pour cause: comment pourraient-ils être politisés dans un pays sans mémoire, dans lequel ne peut exister ni débat ni opposition où l'adhésion au PCC et synonyme d'ascension sociale et de "couverture" pour la nouvelle classe capitaliste? Et cette partie est capitale pour le monde entier. Après ce long détour à caractère pédagogique -je pense notamment à ces jeunes chinois francophones qui écrivent sur la toile, ici même ou ailleurs et qui le plus souvent méconnaissent leur pays, leur histoire mais aussi à un certain nombre de "lecteurs interactifs", sans parler de l'impayable Mélenchon-, je reviens à la question fondamentale de la mémoire, de son absence quasi totale en Chine, de cette intoxication forcenée par les pouvoirs successifs subie par plusieurs générations. Soyons clair: le retour de mémoire qui permettrait d'effacer "le trou noir de l'oubli" apparaît impossible. D'autant que les acteurs de la tragédie maoiste, ses victimes sont en voie de disparition. La plupart de ceux-ci refusent même d'évoquer les violences physiques ou mentales auxquelles ils ont été soumis avec leurs propres enfants, c'est dire. De plus, on l'aura compris, la propagande passée et présente a anesthésié la population chinoise qui est toujours sous la coupe de ce pouvoir "sans foi ni loi". A propos de la mémoire encore, chacun sort le vieil argument de Deng Xiaoping selon lequel chez Mao, "70% des actions sont bonnes et 30% ne le sont pas". Terrifiant. Cette absence de mémoire, de compréhension d'un passé récent monstrueux, cette méconnaissance de l'Autre, ce mépris ou du moins cette condescendance vis-à-vis des ethnies non han, lié de plus à un nationalisme éclatant, tous ces facteurs placent malheureusement les chinois loin, très loin des occidentaux que nous sommes. La Chine pourrait bouger car certains équilibres sont précaires. Si le Tibet est actuellement en première ligne, rien ne dit que les Ouighours du Xingjiang ne prennent le relais. Ou les paysans de plus en plus démunis et le plus souvent "largués". Ou les étudiants, les intellos, les artistes qui désormais sortent de leur pays et/ou commencent à mieux connaitre l'autre monde. Mais pour l'heure, force est de constater que le pouvoir/PCC tient encore les rênes. L'enfermement de centaines de dissidents, la condamnation récente de Hu Jia, les dernières affirmations de Hu Jingtao, en sont la preuve. Dans ces conditions, la responsabilité des états démocratiques, de leurs opinions publiques, est écrasante. PS. Notons que si les JO sont une étape cruciale, se pointe déjà l'horizon une manifestation d'une toute autre ampleur: l'Exposition Universelle Shanghai 2010 qui durera 6 mois et devrait voir passer, selon les dernières estimations des organisateurs chinois, entre 80 millions et 100 millions de visiteurs, essentiellement chinois (95% selon les estimations) mais où tous les grands pays seront présents grâce notamment à leurs pavillons nationaux et aussi à un certain nombre d'actions menées à Shanghai notamment. Pensons-y déjà. (1) "la Grande Famine de Mao". Editions Dagorno, Paris, 1998. (2) Camps de détention et de travail forcés qui pullulaient à l'époque. Certains perdurent encore. Qui s'en soucie? (3) "Chine trois fois muette", Editions Alya, Paris, 2000.