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Lien national et mémoire

La société française est confrontée à un défi redoutable, celui d’une possible guerre des mémoires, pouvant remettre en cause l’existence d’un lien national. Comme d’autres pays, la France connaît une puissante vague mémorielle venant ébranler les grands récits nationaux traditionnels, en même temps qu’elle exprime des attentes nouvelles vis-à-vis du passé. Ce mouvement bouscule un ensemble de traditions historiographiques, politiques, culturelles. Qu’il s’agisse du passé lointain ou du passé proche, une série de débats difficiles se sont organisés autour des « lois mémorielles » ; et des conflits ont éclaté à propos de l’histoire de l’esclavage, par exemple sur la survie d’une « économie de plantation » aux Antilles ; ou entre groupes porteurs de la mémoire de la guerre d’Algérie, entre descendants d’immigrés, de harkis, ou de « pieds-noirs ». La concurrence entre ceux qui se vivent toujours comme des victimes a envahit la scène politique, provoquant des replis sur des origines réelles ou imaginaires. Le sentiment d’appartenance à la nation se fragmente.
Pourtant, depuis plusieurs années la connaissance de la période de la colonisation, ou de celle de l’esclavage, s’est considérablement développée, notamment à la suite de travaux universitaires portant, par exemple, sur les histoires des guerres d’Indochine ou d’Algérie, les refus (ou acceptation…) du système colonial, la nature du régime esclavagiste, ou l’activité politique des immigrés venant de l’outre-mer. Mais ce qui frappe, provoque l’interrogation, c’est que cette histoire savante n’arrive pas à freiner les usages abusifs du passé s’exprimant par la puissance des revendications mémorielles. Ces revendications sont souvent portées par des nostalgiques du temps colonial, ou par ceux qui veulent « rejouer » l’anticolonialisme en portant les habits du passé. Ces attitudes, et ces conflits permanents, affectent le statut ou la construction du lien national.
Nous savons que l'Histoire est une discipline fondamentale, surtout lorsqu'il s’agit de défendre les valeurs républicaines, démocratiques et laïques. Car « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre »….. La construction d’un récit d’histoire nationale, nouveau, peut donner un sens aux différentes mémoires, blessées, actives, vivantes. Aujourd’hui, deux séquences historiques sont puissamment présentes dans les débats, et utilisées comme des références décisives, en particulier dans la jeunesse française : l’esclavage et la colonisation.
Ces deux pages essentielles de l’histoire nationale sont encore trop faiblement prise en charge, dans l’enseignement et les médias.

Il n’est pas ici nécessaire de revenir sur l’utilité de l'enseignement de l’histoire, au lycée et à l’université, pour la formation civique des citoyens. Mais il faut insister sur le fait qu’il n’existe pas en France, de chaire d’enseignement de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage ; et les enseignants, du secondaire en particulier, sont très peu formés à la connaissance de l’histoire des pays, et des personnages, issus de l’ancien monde colonial (qui sait aujourd’hui, que les grands leaders indépendantistes, comme Bourguiba, Ferhat Abbas ou Bourguiba étaient imprégnés des valeurs républicaines françaises, qu’ils ont utilisé contre le système colonial ? Ou que l’Emir Abdelkader, qui avait combattu la présence française en Algérie, s’était ensuite rallié à la conception de l’Islam des Lumières ?) Une commission, formée d’enseignants et de spécialistes de cette histoire, pourraient faire des propositions nouvelles sur les contenus d’enseignements, dans le secondaire, et proposer l’ouverture de postes de Professeurs, ou de thèmes pour les Ecoles doctorales portant sur l’esclavage et la colonisation. Cette commission pourrait être composée d’historiens spécialistes de ces questions, de diverses sensibilités. En ce qui concerne les médias, films, émissions télévisées, expositions à caractère historique et tout ce qui fait l’actualité dans ce registre, il est plus que temps de lancer rapidement une grande émission sur les chaînes de service public qui traite de ces questions, en s’adressant à un public très large. A partir de la sortie d’un film, de la parution d’un ouvrage d’un écrivain francophone, ou d’une actualité culturelle ou sociale, une émission peut aborder de manière régulière ces thèmes, pour donner un sens à l’appartenance à la société française d’aujourd’hui. Mais ces questions, posant de fait le multiculturalisme qui s’installe dans la société, ne semble pas préoccuper les dirigeants politiques….
B.S
PS : A partir de l’utilisation d’un message privé (mail) un chercheur en sciences humaines, V.Geisser, va être traduit devant une commission disciplinaire du CNRS pour avoir diffamé un « fonctionnaire de défense ». Tout en ne partageant pas les opinions de ce chercheur sur l’islamisme ou la laïcité, il va de soi que l’utilisation par l’administration d’une correspondance privée (la même chose s’était produite récemment pour un salarié de TF1) pour sanctionner un fonctionnaire n’est pas acceptable.

Tous les commentaires

16/06/2009, 09:44 | Par Philips Michel

Monsieur Stora, cette histoire savante n’arrive pas à freiner les usages abusifs du passé s’exprimant par la puissance des revendications mémorielles. Ces revendications sont souvent portées par des nostalgiques du temps colonial, ou par ceux qui veulent « rejouer » l’anticolonialisme en portant les habits du passé. Pouvez-vous nous apporter quelques précisions ou exemples à ce sujet. Nous avons le sentiment que, lorsque notre président fait référence au passé, à l'Histoire, il le fait souvent de manière maladroite, avec des distorsions. Avez-vous le sentiment que cette "liberté" prise avec l'Histoire est à l'origine de l'ouverture d'une porte pour ceux qui ont intérêt à "revisiter" l'Histoire à la lumière de leurs propres intérêts? Bien respectueusement. PS Au sujet de Mr Geisser, LIRE ICI l'article de Médiapart.

16/06/2009, 15:28 | Par Marie Lavin

Merci de ce texte qui réaffirme l'importance de l'enseignement de l'histoire et la nécessité de le modifier constamment en fonction de l'évolution de la recherche universitaire bien entendu mais aussi en fonction d'objectifs civiques et républicains. La concurrence mémorielle fait un tabac en ce moment et elle se nourrit d'approximations, voire d'erreurs historiques grossières, le rôle de l'école républicaine c'est bien de proposer un discours solide, argumenté, ancré dans la recherche de haut niveau.

16/06/2009, 16:30 | Par cloclo

A partir de l’utilisation d’un message privé (mail) un chercheur en sciences humaines, V.Geisser, va être traduit devant une commission disciplinaire du CNRS pour avoir diffamé un « fonctionnaire de défense ». Le problème est qu'il n'est pas dut tout établi que ce message était privé !! Je crois savoir qu'il a été rédigé avec adresse émetteur spécifiant le nom de domaine du CNRS, avec formatage CNRS. Le chercheur Geisser n' a pas utilisé sa messagerie perso, chose élémentaire qu'il aurait du faire quand on sait que tous messages peut être rerouté à l'infini avec en-tête CNRS. Il ne viendrait à personne l'idée d'utiliser un papier à en-tête d'un ministère pour envoyer une missive privée au contenu plus que délicat !! Or c'est la cas et donc ce monsieur mérite une sanction justifiée.

17/06/2009, 09:44 | Par Benjamin Stora en réponse au commentaire de cloclo le 16/06/2009 à 16:30

Merci infiniment pour cette précision (ce n'est pas un mail privé) que je connaissais pas du tout... Pourquoi cela n'est il pas porté à la connaissance des signataires de cette pétition ? Bien à vous, Benjamin Stora.

17/06/2009, 02:17 | Par cerise

Avant la mémoire, la connaissance ! Effectivement il y a un risque de fracture de la société française parcequ'elle a vécu avec un récit simpliste aussi bien de la colonisation (les tâches roses sur les livres de géographie), puis la décolonisation, les tâches roses avaient quasiment disparu sans plus d'explications. Trop longtemps l'enseignement et les historiens n'ont pas voulu aborder les sujets de la colonisation et de l'esclavage qui ternisait l'image d'Epinal de la France des droits de l'homme. Toujours en géographie il y avait un commentaire rapide et euphémisé sur le commerce du "bois d'ébéne" . Les mots de traite négrière n'étaient pas prononcés, alors aujourd'hui quand il faut se mettre en face des pratiques esclavagistes et des ventes d'êtres humains, quand on apprend que des chiens étaient dressés pour déchiqueter les nègres marrons qui s'échappaient de la plantation , on est un peu moins fiers d'être français. Et, quand il faut convenir qu'une bonne partie du patrimoine, du développement de nos grands ports, de notre commerce ont été acquis par l'exploitation forcenée des esclaves et par la colonisation, on est acculé à des révisions déchirantes. Je pense qu'avant même la mémoire il faut accéder à la connaissance de la réalité, quand on saura des deux côtés de quelle histoire on est issus, il sera peut-être possible de se parler vraiment et pas faire semblant d'intégrer ou d'assimiler ceux qui ont été expulsés de chez eux par les "bienfaits" de la colonisation; On ne peut pas construire sur le mensonge ou l'ignorance. L'ignorance me fait plus peur que la confrontation des mémoires. Cerise comme le temps des...

17/06/2009, 10:03 | Par jean_paul_yves_le_goff

. Il faudrait dire, à mon avis, que ce concept de "mémoire", pratiquement toujours lié à celui de "devoir" (devoir de mémoire) est d'invention récente et me semble avoir surgi dans un contexte où le concept d'histoire lui-même était mis en question, notamment sous l'accusation d'être manipulée. . Maintenant, pour approfondir de tels sujets dans le cadre d'un forum, il faudrait que le site fonctionne et cela devient de moins en moins évident. On ne peut pas passer sa matinée à attendre que la page s'affiche. . jpylg

17/06/2009, 10:04 | Par jean_paul_yves_le_goff

. Il semblerait, aujourd'hui, que la connaissance du passé présente deux versants: le versant histoire et le versant mémoire... . Je me demande dans quelle mesure il ne s'agit pas d'une nouvelle victoire, d'autant plus plus efficace qu'elle serait discrète, du diaffoirantisme, cancer de la pensée d'aujourd'hui. . jpylg

17/06/2009, 12:05 | Par heches65

Arrêtez de vous voiler la face ! La colonisation était voulue par une "élite de droite" et les églises, chacune pour "apporter" sa lumière (sans se poser de question sur le fait d'aliéner l'homme) ; le commerce du "bois d'ébène" et l'esclavage consécutif, ont été financés par des capitalistes. Et le peuple, celui des "obscurs", celui qui constitue "l'essence française" et qui pourtant regroupait la majorité des français dans tout ça, pensez vous qu'il approuvait (ou avait les moyens de le faire) ? Certains même furent "transplantés" (cf. commune de Paris) outre-mer. Doit-on le rendre responsable de cela ? lui coller l'étiquette de l'opprobre ? a-t'-il bénéficié des fruits de ce capitalisme sauvage, "va-t-en guerre" ? L'article ne cite que deux épisodes vécus essentiellement au 19ème siècle. Les inconscients du néocapitalisme continuent de sévir. Leurs actions sont encore plus dévastatrices (les pays sous-développés, l'environnement, les faillites, le chômage, ...). L'histoire gommera t-elle aussi ces faits précis et généralisera t-elle à notre monde les actions de certains ? Dans les "choses qui gênent" pourquoi ne pas y ajouter la période de Vichy ? de faire un parallèle avec la politique actuelle d'un gouvernement qui favorise un retour "musclé" de personnes "non désirées" dans leur pays d'origine et punit des "obscurs" qui n'approuvent pas ses méthodes. Pensez vous qu'il est normal de gommer cela sous prétexte que n'est également concernée qu'une minorité (parents, voisins, hommes politiques ou religieux, ...) dont certains "se sont refait une virginité" ? La mémoire ne doit pas être sélective ni à "deux vitesses" ; elle ne doit pas "mutualiser" les repentirs tendanciels mais citer les faits.

21/06/2009, 17:35 | Par Georges HERVE en réponse au commentaire de heches65 le 17/06/2009 à 12:05

Je crains qu'il n'y ait quelques amalgames et imprécisions dans certains commentaires. On semble mettre dans le même sac esclavage et colonisation, or ce sont deux faits distincts même s'ils relèvent tous deux de conceptions racistes et xénophobes. Conceptions que l'on retrouvait dans certains manuels en usage dans l'école de Jules Ferry comme le montre ces quelques extraits : "S'ils ne sont que le tiers de l'humanité, les Blancs, par leur intelligence supérieure, leur esprit d'invention, leur morale plus élevée, leurs religions plus pures et plus nobles, la force de leurs armes perfectionnées, de leurs machines supérieures sont les rois de l'univers. La race blanche est la plus parfaite des races humaines. Les plus forts et les plus intelligents sont les Européens. Les Français ne sont pas venus copier les mauvaises habitudes des indigènes mais leur communiquer les mœurs d'une civilisation supérieure11. La race en danger : après les saignées de la guerre, nous sommes obligés d'avoir recours à la main-d'œuvre étrangère dans des proportions effrayantes... Oui c'est pour défendre et conserver la race que nous avons accepté ces meurtres et ces tueries que nous n'avons pas voulus. Il ne faut pas nous laisser submerger par les masses barbares. Il faut que partout nous soyons leurs chefs et leurs instituteurs. La France doit être une nation de "cadres"... Le ministre de l'agriculture doit veiller à ce que notre sol nous donne tous les produits que l'étranger nous vend à des prix énormes.12 Supprimer les frontières ! mais aussitôt la France se couvrirait d'un ramassis d'étrangers, avides de ses richesses, de l'exploiter dans le plus mauvais sens du mot. Et lorsque tous ces vampires exotiques l'auraient saignée à blanc, la fraternité des peuples se traduirait par des calamités que l'imagination n'ose concevoir. Ce serait du propre, en vérité ! " (cités dans "la gloire du certif", Michel Jeury, Robert Laffont) L'esclavage est une pratique qui remonte à la plus haute antiquité et qui n'a épargné que peu de sociétés humaines. Le commerce du bois d'ébène - ou commerce triangulaire - a été pratiqué par des armateurs français dès le 17e siècle et a surtout été florissant au 18e siècle. C'était un domaine qui proposait des revenus importants aux investisseurs : Voltaire fut de ceux-ci. Le Code Noir, promulgué par Louis XIV/Colbert précisait les droits et devoirs des maîtres et des esclaves, et notamment les peines encourues par ces derniers en cas de désobéissance à ceux là. Le Code Noir fut aboli par la Convention puis rétabli par Napoléon 1er. L'esclavage ne fut aboli dans les colonies françaises que sous la 2e république (qui a aussi ajouté le 3e terme de notre devise républicaine, l'éternelle oubliée) Si la colonisation est une pratique qui remonte au 17e siècle, en France, elle a surtout marqué le 19e siècle, avec la conquête de l'Algérie d'abord (1830) - pour des raisons de politique intérieure - mais a été très active surtout aux débuts de la 3e république. Une erreur fréquente veut qu'elle ait été soutenue par la droite. Or la droite, à l'époque, était essentiellement royaliste et regroupait les propriétaires terriens qui s'opposaient aux conquêtes coloniales, n'y voyant que des dépenses inutiles. Les colonialistes furent les radicaux (gauche) liés à l'industrie. Voir le discours de Jules Ferry (encore lui) sur le colonialisme. Le code de l'indigénat, rédigé pour l'Algérie dès 1830 fut renforcé en 1874 et étendu à toutes nos colonies en 1889 sous la 3e république. Il ne fut aboli qu'aux lendemains de la dernière (?) guerre. L'industrie occidentale a prospéré pour une bonne part grâce au pillage des ressources naturelles des pays colonisés. La montée de nos classes moyennes est donc liée à la colonisation. Ce qui relie l'esclavage et la colonisation c'est, pour une bonne part, la course à l'enrichissement : - des colons propriétaires terriens d'Amérique qui avaient besoin d'une main d'œuvre abondante et bon marché dans leurs plantations (avec les retombées sur les négriers mais aussi sur l'industrie sucrière et autre). La guerre de Sécession opposa les Nordistes dont l'industrie avait besoin d'ouvriers/consommateurs aux planteurs Sudistes. L'esclavage fut aboli aussi pour des raisons économiques aux USA ! - des industriels qui avaient besoin de matières premières abondantes et peu chères. Comme le dit une des personnes de ce fil, ce sont des connaissances précises de faits que l'enseignement de l'histoire doit apporter. Et non des manipulations dont certains politiciens sont friands. Rappelons qu la colonisation et l'esclavage, abolis, sont toujours actifs de nos jours. Un grand ami de notre président, Vincent Boloré, possède notamment de vastes plantation d'hévéas au Libéria - où les conditions de vie des ouvriers n'ont rien à envier à celles imposées aux leurs par Firestone, dans le même pays (qui fut fondé par d'anciens esclaves noirs américains !!!) Le même vient de s'approprier la concession des ports du Nigéria (sauf erreur de pays de ma part).

21/06/2009, 21:10 | Par Vertubleu en réponse au commentaire de Georges HERVE le 21/06/2009 à 17:35

Bravo et merci. @ +NEO-

17/06/2009, 12:19 | Par jean_paul_yves_le_goff

. La colonisation-décolonisation, et tout spécialement l'Algérie, est une page particulièrement dramatique de notre histoire, à peu près aussi difficile à gérer que l'occupation par l'Allemagne nazie. . Je ne vois pas en quoi inventer un concept aussi diaffoirantiste que la "mémoire" nous aide à nous dépatouiller dans cette tranche particulière d'histoire. . jpylg

17/06/2009, 15:06 | Par Lincunable

Merci Benjamin Stora pour ce retour au débat de fond entre l'histoire qui s'efforce de reconstituer le passé dans toute sa complexité et la mémoire qui s'efforce de ne retenir que ce qu'elle veut bien retenir (voir la stigmatisation de la repentance par Nicolas Sarkozy). Parmi les jugements de la rue entendus fréquemment sur des pages d'histoire peu glorieuses : "à quoi bon remuer tout cela, c'est rouvrir des plaies pour rien". Je ne suis pas sûr néanmoins que l'histoire soit faite pour réconcilier la nation avec elle-même. Elle est là uniquement pour éclairer le présent à la lumière de notre connaissance du passé dans toute sa complexité, c'est-à-dire que la compréhension du passé se modifie sans cesse, d'une part par les problématiques contemporaines qui nous font interroger le passé différemment (exemple : la crise climatique est-elle exceptionnelle ?), d'autre part par les nouvelles sources et témoignages qui nous font réviser la perception que nous avions auparavant du passé, notamment en confrontant des points de vue différents (histoire vue par les colonisateurs, histoire vue par les colonisés). La nation n'est pas mise en danger par l'histoire mais par l'évolution de la globalisation du monde qui rend le lien national insuffisant pour rendre compte des identités sociales, économiques et culturelles.

17/06/2009, 15:28 | Par jean_paul_yves_le_goff

. " débat de fond entre l'histoire qui s'efforce de reconstituer le passé dans toute sa complexité et la mémoire qui s'efforce de ne retenir que ce qu'elle veut bien retenir " . L'histoire, qui serait la réalité et la mémoire qui en serait l'habillage, c'est la définition qu'il plait à "Lincunable" de donner et je ne suis pas loin de penser que le fond de la question est là. . Le problème, c'est que les nouveaux prophètes et les nouveaux exégètes qui nous sortent de la "mémoire" à tour de bras, quand il est question d'histoire - Nicolas Sarkozy n'a pas manqué d'être dans ce cas-là dans son discours du 6 juin 2009, en compagnie de son pote Obama, quand ils se lancent dan d'interminbles discours sur la "mémoire" et le "devoir de mémoire", se gardent bien, précisément, de définir ce qu'ils entendent par "mémoire" et en quoi la "mémoire" diffère de l'"histoire". . jpylg

17/06/2009, 16:11 | Par Lincunable

cher Jean_paul_yves_le_goff, vous ne m'avez pas lu jusqu'au bout : je ne dis pas que l'histoire est la réalité. Quelle peut être la réalité d'un évènement pour lequel nous manquons de sources, par exemple ? je ne dis pas non plus que Nicolas Sarkozy fait un travail d'historien mais qu'il utilise (souvent à contre-sens)l'histoire pour justifier sa conception de la nation : "jamais l'homme africain n'est suffisamment entré dans l'histoire" (discours de Dakar)

17/06/2009, 16:12 | Par jean_paul_yves_le_goff

. Merci. . Je pense que vous m'avez mal lu également. . Salut ! . jpylg

17/06/2009, 16:36 | Par Lincunable

Je n'aime pas trop cette appellation de "devoir de mémoire" = nous honorons la mémoire des défunts qui nous sont chers, c'est entendu, par des cérémonies d'anniversaires sur les tombes, par exemple, ou, au plan collectif, par un mémorial ou par des célébrations nationales qui sont de l'ordre de l'émotionnel pas du rationnel. Mais pourquoi y aurait-il obligation à le faire ?

17/06/2009, 17:23 | Par Renarblanc en réponse au commentaire de Lincunable le 17/06/2009 à 16:36

La mémoire consiste à rejeter ce qu'il convient d'oublier. Jorge Luis Borges, à travers une nouvelle du recueil « Fictions », intitulée « Funes ou la mémoire », folio, Gallimard, pp. 109-118, met en scène un personnage Ireneo Funes, qui ne peut rien oublier et qui a donc une mémoire « infaillible »...Rapidement, cette mémoire l'encombre, et le transforme en monstre abstrait, totalement inadapté au monde, et dont les propres entreprises intellectuelles sont vouées à l’échec. Une mémoire infaillible semble conduire à une mort précoce imminente. La mémoire infaillible s'avérant invivable, on peut dire que la mémoire se résume à un travail subjectif de reconstruction du passé, à partir de ce que l'on choisit consciemment ou non d'oublier. On voit comment se construisent des mémoires communautaires et les dangers qui en découlent lorsque ces mémoires se prenant pour l'histoire, prétendent englober la totalité du passé. L'histoire, quant à elle, est une reconstruction objectivée du passé, à partir de la démarche scientifique, afférente à ce champ de recherche.

17/06/2009, 17:11 | Par jean_paul_yves_le_goff

. " Je n'aime pas trop cette appellation de "devoir de mémoire" . Cela fait partie des "tics" de langage que les médias infusent dans la culture des oui-ouistes - exactement comme "travail de deuil" - qui font croire aux oui-ouistes, à leur grande satisfaction, qu'ils pensent. . jpylg

17/06/2009, 17:38 | Par Renarblanc en réponse au commentaire de jean_paul_yves_le_goff le 17/06/2009 à 17:11

Cher jean_paul_yves_le_goff Chez vous, la répétition constante de la formule "oui-ouiste" fait véritablement partie d'un tic de langage. Elle vise à désigner tout ceux qui ne pensent pas "comme vous", et par voix de conséquence vous assimile en miroir à un "non-nonniste" ce qui, avouons le vous renvoie dans les cordes des "oui-ouistes", car deux négations s'annulent. Si un "oui-ouistes" signifie la même chose qu'un "non-nonniste", c'est que la formule ne signifie rien...et qu'elle est vraiment un tic de langage...en ce qu'il est employé régulièrement, à tout bout de champ, sans avoir aucune signification. D'ailleurs à la question qu'est-ce qu'un "oui-ouiste" ?, vous répondez : "vous me permettrez de ne pas vous répondre"...

17/06/2009, 22:54 | Par cerise

Le " devoir de mémoire " qui fait un tabac dans les médias et auquel on veut nous contraindre me paraît être un terme grandiloquent qui évite de parler d'histoire. Il y aurait une obligation à se souvenir, mais se souvenir de quoi et de qui, le sujet reste tabou. De la colonisation se souvient-on des violences et humiliations infligées au peuple algérien, se souvient-on de la façon dont l'Etat français a traité les harkis, se souvient-on du retour des pieds-noirs ? le devoir de mémoire peut être mis à toutes les sauces, par contre le traitement historique du fait colonial, le récit de la guerre d'indépendance, l'écriture d' une histoire lisible par les deux camps 50 ans après les accords d'Evian. C'est à ce travail que s'attèlent Messieurs STORA et HARBI, auquel a participé aussi Germaine TILLON et j'en oublie. C'est avec ces références que l'on sortira de l'impasse.

17/06/2009, 23:16 | Par Grain de Sel HV

Laissons tomber le "devoir". Juste la mémoire, car c'est là le lien....

28/06/2009, 15:04 | Par Martinke_H en réponse au commentaire de Grain de Sel HV le 17/06/2009 à 23:16

Suis d'accord Grain. Cette notion qui c'est glissée dans la langue française, me laisse régulièrement perplexe. Elle s'applique en général aux evenements très sombres, qui se situent dans l'histoire "récente" d'un pays, une région du monde. Assez loin dans le temps toute fois pour avoir été assimilés. On peut penser qu'il s'agit d'une notion bien veillante : nous avons le devoir de nous souvenir, ne pas oublier. Soit. Ce que je ne saisis pas bien, c'est l'opportunité ici du mot "devoir". Devoir comme quelque chose que l'on doit? (aux victimes? dans ce cas cela sonne juste) Devoir comme quelque chose d'obligatoire (sans ce "devoir", on oublierait). J'ai l'impression que ce type de terme nous rend coupable de peut-être pouvoir oublier. Pourquoi pas plutôt "besoin de mémoire". Merci à Benjamin Stora pour cet article sur une chose fondamentale quasi impossible: la transmission objective de la mémoire, l'histoire.

18/06/2009, 00:31 | Par Lincunable

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le lien entre amnésie (perte de mémoire) et amnistie (precription officielle de l'oubli) pour échapper à la reconnaissance de la faute et à la demande de réparation (cf. Bruno Etienne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mots_0243-6450_1998_num_57_1_2393). Ainsi, c'est bien connu, les responsables de génocides s'efforcent d'effacer les traces matérielles de leurs forfaits en les commettant d'abord dans le plus grand secret (les nazis ne parlaient jamais de chambres à gaz mais de douches) puis en détruisant tout ce qui pourrait en révéler l'existence (dynamitage des chambres à gaz au moment d'abandonner les camps, incinération des cadavres pour ne pas qu'on puisse identifier les charniers), etc...

20/06/2009, 23:33 | Par Vertubleu

"D'où je viens ?? Qui suis-je ?? Où vais-je ??" Ces trois questions aussi lancinantes, qu'obsédantes et vieilles comme le monde, étaient celles que Jacques Chirac gardaient le plus précieusement, écrites sur une feuille blanche, dans sa serviette qui ne le quittait jamais dans tout ses déplacements. Cette page blanche était aussi proche du bouton nucléaire, que ces mêmes phrases peuvent à elles seules, dans des circonstances données créer de véritables cataclysmes humains. Un homme à l'image d'une nation, et l'évolution de ce même homme emblématique que fut Jacques Chirac, communiste à 20 ans, capitaine de l'armée Française en Algérie, puis de droite à 30 ans. Les choses changent, les hommes changent et les nations aussi, et je ne sais pas si l'histoire peut arrêter leur si tumultueux mouvement. @ +NEO-

30/06/2009, 10:01 | Par Lincunable

Le fait de changer n'implique pas l'oubli de ce qui a été. L'oubli implique en revanche le refus de voir la vérité en face et d'assumer sa propre histoire.

06/09/2009, 17:11 | Par kanibal56

L'histoire devrait n'être que l'objet des historiens, ou des amateurs, je ne ne dis pas qu'il faut nier, mais un peu d'oubli est salutaire à l'action. Si l'Algérie (plus que le maroc) reste accrochée à son passé elle ne créera que du ressentiment, et contrairement à Marc Ferro je ne pense pas qu'il s'agisse d'un moteur de l'histoire bien au contraire, c'est l'oubli le moteur de celle-ci.

06/09/2009, 18:41 | Par christian paultre

L'histoire les politiques ont toujours voulu se l'approprier, l'interpréterà leur guise, l'officialiser tant et plus.

Dans le système politique du story telling où la communication politique fait l'histoire cette appropriation de l'histoire fait naturellement partie de la politique. On arrête pas le progrès...

06/09/2009, 20:00 | Par jean_paul_yves_le_goff

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" cette appropriation de l'histoire fait naturellement partie de la politique. "

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N'oublions pas non plus "l'historien" Winston Smith dans 1984 d'Orwell.

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