Sam.
11
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

L'écriture de l'histoire et les pratiques de pouvoir

Au moment où commence un débat sur « l'identité nationale », je vous communique un entretien paru dans Marianne, il y a quinze jours, sur le rapport entre le pouvoir et l'instrumentalisation de l'histoire.  

Question. - En quoi consiste d’après vous, le rapport de Nicolas Sarkozy à l’histoire ? En une juxtaposition de références historiques et de noms célèbres ?  Ou dans la construction systématique et volontaire d’une idéologie de rupture ?

B.S. - Le rapport de Sarkozy à l’histoire tient à la recherche permanente de facteurs de légitimation, au travers de la mobilisation de figures historiques, sans attention particulière à la cohérence. Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il prononcé, à quelques mois d’intervalle, deux discours quasiment antithétiques. Dans le discours de Toulon, en avril 2007, il soulignait les bienfaits de la colonisation pour l’Algérie ; quelques mois plus tard, à Constantine, il faisait entendre une tonalité bien différente, en qualifiant la colonisation d’ « asservissement ». Dans le premier discours, il semblait vouloir complaire aux pied-noirs du Sud de la France ; dans le second - nettement moins médiatisé en France -, il s’efforçait de rencontrer les faveurs du public algérien. Sa démarche vis-à-vis de l’histoire ne semble donc pas répondre à une cohérence idéologique granitique ; elle apparaît plutôt liée à des stratégies à courte vue. Tout se passe comme si, chez lui, l’intérêt pour l’histoire était indissociable de la conquête du pouvoir et des échéances électorales immédiates. C’est en fonction de ces urgences historiques que s’ajustent les discours historiques de Sarkozy ; c’est aussi sans doute la raison pour laquelle, plus de deux ans après le début de son quinquennat, il manifeste un rapport à l’histoire moins étroit et moins intense. On chercherait en vain, dans une telle instrumentalisation, un dessein général ou une vision globale de l’histoire de France. A la limite, chez Jacques Chirac, du discours du Vel D’hiv (1995) au discours de Madagascar (2005), on voyait se dessiner quelque cohérence. Ce n’est pas la même chose chez Sarkozy.

Les condamnations enflammées de la repentance ne renvoient-elles tout de même pas à une cohérence idéologique ?

B.S: Elles ont été omniprésentes, essentiellement dans la phase de conquête de pouvoir. Il s’agissait de réunifier les droites en donnant des gages au segment le plus droitier de l’électorat sarkozyste (souvent d’anciens électeurs de Le Pen). Franchement, aujourd’hui, je ne les entends plus. Une vision mollement consensuelle prédomine. Ainsi, la position que je défends avec quelques autres - la refondation d’un discours républicain sur la base d’une « mémoire métissée » - n’est plus ni attaquée, ni défendue.

Sarkozy est-il aussi éloigné en la matière de de Gaulle que de Chirac ?

B.S: La comparaison avec de Gaulle est complexe. A l’évidence, la démarche « présentéiste » de Sarkozy se distingue nettement du rapport étroit et intime qu’entretenait le fondateur de la Vè République avec l’histoire de France. De Gaulle était pétri d’érudition littéraire : il appartenait à la « graphosphère ». Sarkozy, par contraste, est un enfant de la « vidéosphère » : son rapport à la France et à son histoire est infiniment moins charnel et physique que chez de Gaulle. Mais, comme je l’ai montré dans Le mystère de Gaulle, de Gaulle n’a jamais voulu se couper du mouvement de la société. Il s’est toujours intéressé aux forces vives, à ce qui bouge. L’Algérie est à feu et à sang depuis quatre ans quand, le 16 septembre 1959, lors d’un discours télévisé, il lâche le mot tabou d’autodétermination. Cette « bête politique » a su se montrer moderniste quand il le fallait. Mais en 1968, c’est une autre histoire… 

Tous les commentaires

"Tout se passe comme si, chez lui, l’intérêt pour l’histoire était indissociable de la conquête du pouvoir et des échéances électorales immédiates."

Voilà ce qui arrive quand on a aucun bagage culturel (ce que l'on appelait dans le passé les "humanités"). Tout devient bon pour récolter des voix.

Ne pensez-vous pas, surtout, que son rapport à l'histoire dépend de l'auteur de son discours et que lui n'a pas d'opinion précise. Quand c'est du Guaino on a une histoire à la Jacques Bainville, c'est assez flagrant aujourd'hui  encore avec ces accents maurrassiens pour parler de la terre (j'attendais même, au point où on en était,  le fameux "la terre elle ne ment pas..." du Maréchal, je ne l'ai pas entendu). Cela explique à mon sens les incohérences que vous relevez dans ses propos, tout varie en fonction du rédacteur. Et lui en effet ne connaîtrait de l'histoire que les péripéties politiques récentes.

Marie,

"lui n'a pas d'opinion précise" Bien sûr, ni même pas d'opinion du tout!

Ca se voit si bien quand il est obligé de lire ce qu'il dit et qui lui a été mis sur papier, tant lui n'en sait rien!

.

Je sais que chez Médiapart, club et journal confondus, nombreux sont ceux qui pensent qu'il y n'y a qu'un seul et unique problème en France : Sarko squattant l'Elysée, hélas, hélas, hélas jusqu'en 2012. Ne pourrait-on pas le bouter dehors un peu avant ?

.

Ainsi, par exemple, s'il y a du tirage du côté de la laïcité, c'est la faute à Sarko; s'il y a du chômage, c'est la faute à Sarko; le bordel dans les banlieues, c'est la faute à Sarko, les profits des banques, c'est la faute à Sarko; la presse qui n'a plus de lecteurs, c'est la faute à Sarko et, naturellement, l'histoire manipulée, c'est Sarko qui nous fait le coup.

.

Cela dit, dans la perspective d'une plus juste information, il me semble qu'il n'aurait pas été inutile de rappeler le discours de Jacques Chirac le 9 décembre 2005 devant un parterre d'historiens à qui il tient, entre autres, ces propos : " « L’histoire, c’est la clé de la cohésion d’une nation. Mais il suffit de peu de choses pour que l’histoire devienne un ferment de division que les passions s’exacerbent, que les blessures du passé se rouvrent. Dans la République, il n’y a pas d’histoire officielle. Ce n’est pas à la Loi d’écrire l’histoire. L’écriture de l’histoire, c’est l’affaire des historiens »."

.

Les mêmes historiens, (avec à leur tête le regretté René Rémond) lancent le 17 décembre 2005 une pétition intitulée "Liberté pour l'histoire" où l'on peut lire :

"« Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes  dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires, touchant ddes historiens et des pensers, nous tenons à rappeler les principes suivants (…) : L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documens, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire ; elle ne s’y réduit pas » .

.

A la suite de cela, une association, également intitulée "Liberté pour l'histoire" est créée qui en quelques jours recueille quelques milliers d'adhésions, cependant qu'une association dissidente voit le jour également dans la foulée (tandis que le Comité de Vigilance face aux Usages de l'Histoire,  dignement réprésenté dans le club Médiapart en la personne de Nicolas Offenstadt, avait été créé un peu plus tôt, si je ne me trompe).

.

Enfin, la commission pour les lois mémorielles de l'Assemblée qui a fonctionné durant le deuxième semestre de 2008, n'aurait certainement pas existé sans ces différents épisodes. Il a été question des travaux de cette commission des lois mémorielles sur Médiapart, sans que cela n'intéresse grand monde et, pour commencer, pas les historiens.

.

jean-paul yves le goff

http://www.lelivrelibre.net

 

Même si je me régale toujours de taper sur le petit Nicolas, je ne pense nullement qu'il soit la seule cause de tous nos malheurs, c'est évident. Mais une chose est certaine, il y contribue!

.

Mais une chose est certaine, il y contribue! " 

.

Certes ! Mais cela me semble une grave erreur - et en tant que médecin tu devrais le bien savoir - de faire passer pour cause ce qui n'est qu'une conséquence.

.

Sarko et la sarkozyte ne sont pas cause de grand-chose, mais ils sont la conséquence de beaucoup de choses...

.

Faire passer les conséquences pour des causes c'est permettre aux causes de continuer à agir.

.

jpylg 

Très modestement, bien sûr, j'adhère à cette dernière proposition :

Le petit SARCÔME n'est que le symptôme et non pas une cause.

Les causes sont dans la société française, bien sûr et déjà la télé. n'y est pas pour rien… mais la télé. est une entreprise de gouvernement, depuis longtemps : 50 ans de gaullisme…

Alors on tourne en rond ?

 

.

Alors on tourne en rond ? " 

.

Non !

.

On prend conscience du fait que le journalisme qui nous informe, en réalité, nous formate.

.

On prend conscience que le journalisme qui nous formate est un journalisme de connivence.

.

jpylg 

Newsletter
Je m'identifie