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Le voile, une nouvelle loi problématique

Intervention devant la commission sur le port du voile intégral, le 18 novembre 2009 à l'Assemblée nationale.

M. André Gerin, président. «Nous avons le plaisir d'accueillir M. Benjamin Stora, professeur des universités enseignant l'histoire du Maghreb et de la colonisation française, fondateur de l'Institut Maghreb-Europe.

Vous avez consacré l'essentiel de votre vie de chercheur, Monsieur le Professeur, à l'histoire du Maghreb, en particulier de l'Algérie, ainsi qu'à la colonisation française : c'est votre point de vue de connaisseur du monde arabe et de ses relations avec l'Occident qui nous intéresse aujourd'hui. En effet, nous ne pouvons pas occulter l'impact de l'environnement géopolitique sur la pratique du port du voile intégral. L'état des lieux que nous avons entrepris tend à suggérer que cette pratique trouve en partie ses origines dans les bouleversements que connaît le monde arabo-musulman depuis plus d'un siècle et dans les relations qu'entretiennent les sociétés de part et d’autre de la Méditerranée.

Les éventuelles séquelles de la décolonisation peuvent-elle, selon vous, expliquer ce qui peut apparaître comme une crispation identitaire ? L’échec de l’intégration, les événements politiques et religieux récents ou plus anciens survenus au Maghreb, sont-ils d’autres facteurs explicatifs ?»

M. Benjamin Stora. Permettez-moi d’apporter une précision qui n’est pas inutile, puisqu’elle éclaire le point de vue depuis lequel je me place. Je suis Professeur dans deux universités, enseignant l’histoire du monde arabe à l’Inalco (langues orientales) et l’histoire du Maghreb contemporain à Paris XIII-Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis. Pour en avoir discuté avec des centaines d’étudiants, pour m’être trouvé devant des amphithéâtres où étaient assises une vingtaine de jeunes filles voilées, je crois connaître ce problème. Les réflexions que je vous livrerai ne sont donc pas seulement celles de l’historien ; elles sont aussi inspirées par mon vécu et ma pratique universitaire.

En guise d’introduction, il convient de rappeler que les populations d’origine ou de culture musulmane vivant en France proviennent dans leur grande majorité du Maghreb. Les statistiques établissent leur nombre entre cinq et six millions.

Les voiles dont il est ici question – burqa ou niqab – n’appartiennent pas à la tradition du Maghreb. Dans ces pays, c’est le haïk qui faisait figure de voile traditionnel jusqu’à la fin des années 1970, de couleur blanche à Alger ou noire à Constantine, masquant le visage ou le jilbab, vêtement qui recouvre entièrement le corps.

L’indépendance a été une formidable séquence d’émancipation, notamment pour les femmes qui ont participé à la guerre. Mais elle a placé le rapport au voile dans une grande ambivalence, puisque le voile était à la fois une marque de défi à l’égard de la présence coloniale française et une oppression dont il s’agissait de se libérer une fois l’indépendance obtenue. Dans les années 1970, notamment en Tunisie sous l’influence d’Habib Bourguiba, ces vêtements appartenant à la tradition religieuse, culturelle et patriarcale avaient pratiquement disparu.

Les voiles que nous connaissons aujourd’hui se sont implantés pendant les années 1980, en rapport à des événements historiques très précis. Cette décennie s’ouvre avec la révolution iranienne en 1979 et se clôt en 1989, qui n’est pas seulement l’année de la chute du Mur, mais aussi celle du retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan et de la naissance officielle du Front islamique du salut (FIS) en Algérie. Pendant cette période décisive, un renversement de tendance se produit, qui permettra aux révolutions conservatrices religieuses de l’emporter et ouvrira la voie à de nouvelles idéologies.

Les vêtements « afghans », portés aussi bien par les hommes que par les femmes, deviennent l’expression de cette radicalité politique. Ils sont une sorte d’armure, le signe d’appartenance à des groupes en situation de guerre. Ils vont alors traverser la Méditerranée pour s’installer en France : 1989, c’est aussi l’affaire de Creil.

Vingt ans après, la situation est encore différente. Le voile est aujourd’hui la marque d’un ressourcement identitaire, ce qu’il n’était pas auparavant. Si la burqa ou le niqab n’ont pas trouvé leur place au Maghreb, le hijab a progressivement envahi l’espace public et est désormais porté par près de 90 % des Algériennes et des Marocaines. Il est souvent perçu comme un instrument d’émancipation, dans la mesure où il permet aux femmes de s’approprier la rue et d’y circuler sans crainte du regard masculin.

Certains groupes politiques ont instrumentalisé le voile. Ils ont fait de cet accessoire, qui symbolise de manière évidente la différence et la séparation, une marque de défi à l’encontre des États arabes et des pays européens. Mais dans la durée, ce défi s’est peu à peu transformé en croyance : le port du voile a alors été revendiqué par d’autres factions comme une pratique religieuse consentie.

De fait, c’est à l’intérieur de l’espace religieux – l’islam est la deuxième religion de France – que le combat se livre, alors que les groupes qui ont enfourché ce cheval de bataille sont des idéologues, qui poseront ensuite la question des services publics ou de l’enseignement, et visent, au-delà, l’instauration d’un système de société. C’est la raison pour laquelle je ne pense pas que ce combat puisse être mené uniquement d’un point de vue juridique ou religieux : il doit l’être sur un plan idéologique, culturel et politique.

Le port du voile intégral me semble inacceptable dans deux situations : à l’hôpital, où le médecin doit savoir qui il soigne, et lors des examens universitaires, où le principe d’égalité entre citoyens doit être respecté. Ainsi, en tant que Professeur, je refuse de faire passer un examen à une femme si je ne peux pas vérifier son identité. Je dois noter que la plupart de mes étudiantes ont accepté d’ôter ponctuellement leur vétement qui couvre complètement le visage ; par ailleurs, je constate que celles qui portaient le voile intégral en 2004 ont changé de tenue vestimentaire lorsqu’elles sont entrées en master.

Incidemment, lorsque je leur fais remarquer que le voile intégral ne les aidera pas à trouver un emploi, ces femmes me répondent qu’elles iront travailler au sein de quartiers communautarisés. L’apparition de « secteurs » réservés aux croyants, hors des lois de la laïcité et de la République, avec commerces et institutions scolaires ad hoc constitue l’un des problèmes auxquels nous serons confrontés dans les vingt prochaines années.

Partant de ces situations, fréquentes dans les milieux hospitalier et universitaire, nous devons pouvoir énoncer des règles simples, pratiques et évidentes. J’avoue, par contre, ne pas voir la nécessité de concevoir une grande loi qui peut heurter la sensibilité de l’ensemble de la communauté musulmane.

M. Éric Raoult, rapporteur. Vous faites partie des grands connaisseurs du Maghreb. Mme Habchi, que nous avons auditionnée, nous a rapporté en des termes très émouvants la situation qu’avaient vécue ses cousines en Algérie pendant la guerre civile. Pouvez-vous nous en dire davantage ? Par ailleurs, il nous semble que le voile intégral est une façon, pour les jeunes femmes issues de l’immigration et récemment converties, d’exprimer leur zèle et de combler l’absence de repères linguistiques ou culturels. Faites-vous ce constat en Seine-Saint-Denis ?

M. Jean Glavany. La professeure Anne Levade, que nous venons d’auditionner, part du principe que le port du voile intégral est le signe d’une appartenance religieuse et qu’en conséquence, une loi pourrait porter atteinte à la liberté religieuse. Votre démarche est différente, puisque vous estimez qu’il s’agit de l’expression d’une radicalité politique. L’historien que vous êtes peut-il nous indiquer quels sont les fondements de cet asservissement des femmes et pourquoi cette radicalité a trouvé dans le voile intégral un moyen d’expression ?

M. Jacques Myard. Après avoir rencontré à Damas une Marseillaise mariée à un Koweïtien et portant le voile intégral, je m’interroge sur les motivations de ces femmes. Votre pratique d’enseignant vous permet-elle de nous donner des éléments sur la liberté dont elles jouissent, où à l’inverse, sur les pressions sociales dont elles peuvent faire l’objet ?

M. André Gerin, président. Vous avez parlé du retentissement des événements de 1979 et de 1989. Quelle est l’incidence des deux guerres du Golfe et, tout particulièrement en France, de la guerre civile algérienne ?

M. Benjamin Stora. Effectivement, les femmes – enlevées, forcées à des mariages de jouissance, assassinées – ont payé un tribut terrible à la guerre civile algérienne des années 1990, cette décennie noire qui a failli emporté l’Algérie. Mais il faut savoir aussi que cette question a servi d’alibi au pouvoir en place, de faire-valoir pour légitimer la répression. Depuis, le statut des femmes datant de 1984 n’a pas été modifié et la charia, dont l’instauration n’est pas le fait des islamistes puisqu’elle remonte à 1963, est toujours en vigueur. Et si l’on met l’accent sur l’islamisme radical, on oublie souvent que c’est l’État qui a encouragé le développement de l’islam comme religion d’État.

Bien sûr, les jeunes femmes voilées qui apprennent l’arabe à l’Inalco sont souvent des Françaises converties ou des « beurettes » qui ne connaissent pas le pays de leurs parents et n’en parlent pas la langue. Le voile renforce certainement leur sentiment d’appartenance identitaire et les installe dans une posture victimaire, soulignant les persécutions dont elles imaginent faire l’objet. Elles croient souvent à l’existence d’une continuité entre la France coloniale et la France d’aujourd’hui. Cette représentation imaginaire d’une société française qui perpétuerait l’esprit colonialiste, qu’on le veuille ou non, s’est installée dans les banlieues et chez beaucoup de jeunes.

Ce constat en amène un autre, que je me permets de vous soumettre : l’absence de chaires universitaires sur le monde arabe, sur l’histoire du Maghreb ou sur la langue arabe explique les lacunes de la transmission mémorielle. Il faut y voir une des raisons pour lesquelles beaucoup vont chercher dans les formes les plus radicales de la religion ou les plus théoriques du nationalisme arabe – dans sa version laïcisée mais islamiste – des outils de référence. Il est donc heureux que des jeunes femmes voilées assistent à mes cours sur l’histoire des rapports entre le Maghreb et la France – la façon dont le nationalisme algérien s’est inspiré des principes de la République par exemple –, plutôt qu’elles aillent écouter des discours essentialistes et religieux, faisant des guerres de décolonisation exclusivement un jihad livré contre l’Occident.

Je ne peux pas traiter ici de la question, bien trop large, des fondements historiques de l’inégalité entre les hommes et les femmes en islam. Je ferai simplement remarquer que ces sociétés patriarcales, rurales et méditerranéennes n’ont pas bénéficié du mouvement de réforme, amorcé au XIXe en Égypte, qui visait à séculariser les sociétés musulmanes et, par voie de conséquence, à instaurer l’égalité politique. La Nahda a été interrompue, sauf dans les sociétés s’orientant vers le « kémalisme » et du « baasisme ». Mais ces deux dernières idéologies ont basculé dans des conduites autoritaires du pouvoir, favorisant l’émergence de courant oppositionnels religieux.

L’absence de laïcisation des États issus des indépendances, le choc de la dépersonnalisation culturelle en rapport avec le temps colonial, le problème de la dépossession identitaire par l’intermédiaire de la langue sont autant de phénomènes qui se cumulent et doivent être analysés. Pour autant, ils n’expliquent pas la situation qui prévaut depuis 1979, quand la « révolution iranienne » a donné un coup d’accélérateur à l’histoire. Depuis trente ans, le problème du ressourcement et de la recherche d’une personnalité authentique face à un Occident considéré comme dominateur, ont permis à l’islam politique de s’inscrire comme une idéologie à part entière. À nous d’en rechercher les théories, d’analyser ses programmes, de comprendre ses visées.

Les motivations qui peuvent conduire une jeune femme à se recouvrir d’un voile sont multiples : ressourcement identitaire ; défi lancé aux parents ; défi lancé à l’école ; volonté de se séparer d’une société considérée comme injuste ; sentiment de revanche par rapport à des grands-parents immigrés, condamnés à une relégation sociale et culturelle. Il faut prendre la mesure de cette réalité pour mieux l’affronter et ne pas se limiter à des considérations abstraites sur l’islam.

Le rapport que ces personnes entretiennent avec la France procède à la fois d’une fascination et d’un sentiment de rejet. Nous vivons dans la société multiculturelle la plus riche d’Europe. Si celle-ci est attirante, elle ne fait pas toute sa place à cette immense jeunesse qui aspire à y entrer.

À cet égard, il me paraît essentiel que nous puissions à la fois combattre le rejet de l’autre – ces vieux démons de l’islamisme que sont la misogynie, l’homophobie, l’antisémitisme et la xénophobie prospèrent dans certains quartiers – et en même temps adresser un message qui rappelle l’impératif d’accueil, de générosité et d’égalité citoyenne. Sans cela, vos lois seront toujours perçues comme allant dans le même sens, celui de la stigmatisation et de l’assignation à résidence identitaire perpétuelle.

M. André Gerin, président. Je vous remercie.

Tous les commentaires

Merci encore une fois, Mr Stora. Votre intervention prouve, une fois de plus (!), que la loi n'est souvent qu'une façon de botter en touche et que le fond des choses est toujours plus complexe qu'il n'y parait à première vue. Encore une fois, à vous lire, on comprend bien le rôle fondamental que doit jouer l'information, la culture, l'étude des problèmes. C'est par ce biais que les mentalités évolueront. Bien à vous

 

Des positions très honorables et un témoignage très courageux de la part de l'universitaire Benjamin Stora. Mais je pense qu'avancer que 90 % de marocaines portent le hijab ne correspond pas à la réalité que je vois tous les jours.

Super et magnifique article..... d'homme.

Je remarque, mais sans malice cela va sans dire, que les femmes sont privées de parole dans cet échange académique.

La parole des femmes n'est citée que brièvement, et l'auteur s'interroge sur leurs motivations sans leur poser la question, ou s'il l'a fait ne le traduit pas en concept sociologique. Pourquoi ?

Quel sens peut avoir une analyse, un diagnostic sans la position de celles qui sont contraintes, ou se réclament de ce signe distinctif.

Encore un effort messieurs, pour ne plus penser à la place des femmes, comme si elles étaient privées de cervelle ou de mot pour dire ce qu'elles pensent.

Et ne me dites pas que vous manquez de moyens, de temps, ou d'enquêteurs. Je ne vous croirais pas.

 

Oui, merci M. Stora d'en appeler à une démarche de compréhension dans toutes ses dimensions sociales, politiques, économiques. L'autodéfense des femmes dans une société où elles se sentent dominées pourrait-elle être un argument justifiant le port de ces voiles ?

Sous une forme à peine différente, il en était un chez nos grand'mères, ne l'oublions pas (début XXème).

Oui nous avons besoin de les entendre, sans aucune violence à leur égard.

Il est vrai que nous ressentons comme une violence leur renoncement à laisser voire leur visage. Etant une femme du sud, je peux comprendre ce paradoxe entre ce qui est séduction et peur de séduire. mfc

Passionnant, M. Stora. Merci de nous rapporter ce débat, et de l'éclairer de votre expertise dans ce domaine. Merci !

Le point de vue de l'historien, voire du sociologue, est indispensable au citoyen pour la compréhension du monde. Merci de nous le rappeler une fois encore, Benjamin Stora.

Ainsi, contrairement à ce qu'affirmait dans une récente émission télévisée Fadela Amara, le port actuel de la burqa ne doit pas s'analyser au regard d'une soit-disant valeur française de l'égalité homme-femme (la France a été un des derniers pays européens à donner le droit de vote aux femmes) mais bien au regard de l'affirmation d'une identité personnelle par une "pratique religieuse consentie".

C'est donc uniquement lors du dévoilement nécessaire du corps à un étranger (devant le médecin) ou de la vérification d'identité d'une personne (à la banque, à l'oral d'un examen, lors d'un contrôle d'identité ou de passage de douane) que le problème se pose, comme il peut d'ailleurs se poser à quelqu'un qui porte de simples lunettes ou une écharpe autour du cou.

Donc, en-dehors de ces cas d'exception, il n'y a pas lieu d'en faire un fromage.

 

 

Je signale simplement que si j'étais directrice de crèche ou de maternelle je refuserais de remettre un enfant à une femme dont je ne verrais pas le visage. Donc il ne s'agit pas de cas d'exception.

Mais ceci n'est pas vraiment le propos de Benjamin Stora que je remercie pour cet article qui pose le problème de façon historique, ce qui est toujours un bon moyen pour réfléchir.

Rien ne vous empêche alors Marie Lavin d'exiger que la femme en burqa vous montre son visage en restant dans ce cas d'exception cité plus haut puisqu'on n'a pas besoin de vérifier l'identité de tous à tout bout de champ, me semble-t-il.

Par ailleurs, même si la femme vient vers vous dévoilée, pourquoi lui confieriez-vous plus facilement un enfant sans vous être assurée par ailleurs qu'elle n'est pas une ravisseuse au visage découvert ? Il s'agit donc d'un problème de vérification d'identité, pas d'un problème vestimentaire...

"Il s'agit donc d'un problème de vérification d'identité, pas d'un problème vestimentaire... "

Oui et non : la vérification d'identité implique au moins de vérifier si le visage de la dame correspond à la photo sur la pièce d'identité.

Or, si la dame refuse de montrer son visage...

Joël Martin, invité de bjm.

Si la dame refuse, il y a alors refus de présentation d'identité comme quelqu'un qui refuse de retirer ses lunettes noires. On ne légifère pas pour autant sur le port des lunettes

Monsieur Stora,

Voile : Zéro loi.

Monsieur Stora,

Non à la loi sur les tenues vestimentaires des femmes, oui à la régularisation de tous les sans-papiers (ou comment un non va toujours avec un oui).

J'ai eu l'occasion d'écrire:

"Le paradoxe réside dans l'interdiction d'une expression politique et religieuse spécifiquement féminine. Car cela dénie la possibilité aux femmes de s'exprimer, en considérant que ce sont les hommes seuls qui contrôlent leur comportement. On ne conçoit pas qu'elles puissent posséder une autonomie dans ce cas précis : une des raisons est qu'en France, l'autonomie s'est constituée contre la religion. Les hommes ont aussi tendance à porter la barbe et des sortes de djellabas. Or, on ne parle évidemment pas d'interdire aux hommes de porter ce genre de tenues. Sans doute est-ce parce que les hommes sont naturellement plus libres psychologiquement que les femmes quand ils se soumettent à des codes vestimentaires, et qu'ils ne subissent jamais de pression sociale ! Forcément, puisqu'ils sont des hommes, ils sont réputés pouvoir résister à la pression sociale. Ce ne sont pas des gonzesses ! Les protecteurs des femmes sont donc pris en flagrant délit de sexisme."

http://www.exergue.com/h/2009-06/tt/burqa.html

 

Bien dit, Jacques Bolo !

"Mais ceci n'est pas vraiment le propos de Benjamin Stora" = mais si justement, c'est le propos, puisqu'il s'agit de légiférer pour interdire le port de la burqa en France comme on interdit les minarets en Suisse

question connexe : faut-il aussi interdire le carnaval de Nice à défaut de pouvoir le faire pour Rio ou Venise qui sortent de notre champ de compétence ?

Benjamin Stora. Vous montrez bien comment le social et plus précisément la situation "des quartiers" interagit avec des sources religieuses elles-mêmes en évolution. J'espère que nos députés n'escamoteront pas votre dernier paragraphe au moment de penser nos lois.

Si j'ai bien compris, selon Stora, le voile n'a pas de relation avec l'Islam, d'après le troisième paragraphe avant la fin?

Voici, sauf erreur, le troisième paragraphe avant la fin :

"Les motivations qui peuvent conduire une jeune femme à se recouvrir d’un voile sont multiples : ressourcement identitaire ; défi lancé aux parents ; défi lancé à l’école ; volonté de se séparer d’une société considérée comme injuste ; sentiment de revanche par rapport à des grands-parents immigrés, condamnés à une relégation sociale et culturelle. Il faut prendre la mesure de cette réalité pour mieux l’affronter et ne pas se limiter à des considérations abstraites sur l’islam."

Donc, selon Benjamin Stora, le voile a des relations avec l'Islam, mais pas qu'avec l'Islam.

Dans le meilleur des cas, "Jardidi" n'a pas bien compris.

Dans le pire des cas, "Jardidi" déforme sans vergogne les propos de Benjamin Stora.

Joël Martin, invité de bjm.

Question d'un ignare en ce domaine, mais possédant deux yeux pour observer:

J'ai l'impression que la montée de l'islamisme radical coïncide avec l'augmentation du nombre des femmes voilées.

En tout cas, dans la région d'Île-de-France où j'habite.

Est-ce que ce sont les Musulmanes qui se radicalisent ?

Ou bien les Musulmans hommes qui les forcent à se voiler?

J'ai entendu il y a quelques jour le recteur d'une grande mosquée rappeler que le Coran n'imposait nullement le port du voile.

Qu'en est-il ?

Joël Martin, invité de bjm.

La burqa ou le voile intégral est un signe dégradant de soumission de la femme. Pour autant toutes les religions du Livre (et les autres aussi) n'ont elles pas toujours soumis les femmes, considérées comme inférieures à l'homme ? Le véritable combat est contre le joug religieux sous toutes ses formes et cependant je suis opposé à une loi d'interdiction vestimentaire dans la rue : les gens ont le droit de porter des pantalons trop grands, des chapeaux noirs, des cheveux longs, des soutanes (!) , non? La rue n'est pas une institution où s'applique la loi de 1905 sur la laïcité ,elle est un espace ou plutôt une sphère privée où les libertés individuelles ne peuvent être réglementées par la puissance étatique.

Je dirais plutôt que la rue est un espace où la vie privée n'a pas à être réglementée tant que nul ne se livre à des actes contraire à la loi..

Comme par exemple un mari qui se mettrait à battre sa femme qui tente de se dévoiler...

Joël Martin, invité de bjm.

Merci Mr Stora pour votre avis éclairé. Je partage avec vous l'idée qu'une grande loin n'est certes pas nécessaire et qu'elle heurterait toute une communauté. Je crois aussi, comme vous l'affirmez, que ce combat contre le voile intégral est à la fois religieux, culturel et idéologique et qu'il doit être mené d'abord à l'intérieur de l'islam lui-même. Mais je ne partage votre votre vision restrictive des situations inacceptables: le caractère laïc de la République est sensible aussi à travers les symboles. Or le voile est un symbole inacceptable dans le champ public. C'est un symbole de stigmatisation des femmes comme vous le rappelez en faisant allusion à la charia.Je ne supporte pas de voir ma fille s'habituer par le regard à cette banalisation de la soumission des femmes à des règles d'un autre âge que nous avons mis tant de temps à combattre. Sa nourrice est algérienne, elle ne porte pas le voile au nom de l'émancipation qu'elle a durement gagné en Algérie d'abord, puis en France. Vous n'imaginez pas à quel point tous les petits renoncements quotidiens auxquels chacun ou chacune se livrent progressivement, en considérant que le voile est acceptable sauf dans telle et telle cironstances etc...sont des formes de petites lâchetés envers la laïcité et surtout à l'égard des femmes et vous ne soupçonnez pas à quel point chaque voile est une violence faite aux femmes en général...Alors, pas de grandes lois, en effet, car elles masqueraient un manque de courage individuel et collectif .Les lois actuelles suffisent mais il faut surtout beaucoup dialoguer y compris au sein de l'islam, dans les écoles, dans les quartiers, dans tous les lieux publics etc mais ne céder en rien sur l'exigence de laïcité dans l'espace public...

Je crois Nadja que vous confondez l'obligation du port de la burqa dans les Etats ou les familles gagnées à la cause de l'islamisme radical et l'autorisation de celle-ci quand elle est librement consentie dans les Etats laïcs. Je crains en effet que ce ne soit pas des laïcs qui partent en croisade contre la burqa ou les minarets en Europe mais d'authentiques religieux chrétiens qui instrumentalisent ici la laïcité mais réclament en même temps plus d'espace pour leur propre expression religieuse. Vous ajoutez d'ailleurs au débat sur la burqa un débat plus général sur le voile islamique confirmant ce qui est sous-jacent au débat-prétexte : une croisade anti-islamique

Effectivement, bien vu..... B.S.

 

 

L'islamisme n'est-il pas une instrumentalisation du religieux à des fins politiques?

Qu'y aurait-il à reprocher à ceux qui entendent combattre une politique de domination, une mise en forme politique de la volonté de puissance. Cette démarche n'est certes pas une exclusivité de certains musulmans, on la trouve dans toutes les cultures et religions, sous toutes les lattitudes et à toutes époques. Cela ne disqualifie pas les combats pour toutes les émancipations. Même si l'on arrive bien souvent à faire avaliser par les dominés leur propre aliénation, le port volontaire d'un signe de soumission, quel qu'il soit, mérite quand même d'être analysé dans toute sa complexité.

Il en découle qu'il faut bien réfléchir aussi aux formes du combat politique à mener pour défendre et pour faire progresser, dans notre République, des valeurs comme la laïcité, la liberté, l'égale dignité des êtres humains.C'est un combat important, il faut veiller à ne pas prendre de mesures contre-productives ni esquiver le problème.

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