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Sortir du Consensus type Moscovici.

« Partout je privilégierai le consensus. Mon rôle n’est pas de déstabiliser le secteur dont j’ai la charge. » Signé Pierre Moscovici.

 

Cette phrase à elle seule révèle  ce qui est la cause, aujourd’hui en France et en Europe, de l’échec  des politiques menées par les gouvernements lorsqu’ils ne sont pas inspirés par l’ultralibéralisme.

 

C’est ce refus du conflit, ce refus de voir que nous vivons dans un monde de conflits, ce refus de prendre en compte que nous vivons dans un monde fondé sur la force, qui interdit aujourd’hui d’ensemencer la politique par l’espoir d’un monde construit sur le droit et la justice.

 

 Si nous regardons derrière nous, il n’y a pas une seule génération, à l’exception peut-être de celles  qui sont nées après la seconde guerre mondiale, et encore, qui ne se soit battues pour des droits qui nous semblent aujourd’hui aller de soi.

 

Et à chaque époque le combat était le même. Celui des classes laborieuses (disait-on autrefois) contre la classe exploitante, celui de la classe dominée contre la classe possédante, celui de la liberté contre l’asservissement, etc.  En fait, chaque fois, ces combats se situaient à l’interface des rapports de domination politiques et économiques.

 

Aujourd’hui, les mots ont changé, mais la réalité est restée la même. À la seule différence que l’orthodoxie de la gestion est dans toutes les têtes, et, pour être moderne, je dirai l’orthodoxie de l’austérité, qu’elle soit de droite, du centre, ou de gauche.

 

 Dès lors, il faut se libérer de cette uniformité de penser que nous imposent en tout premier lieu les médias, mais aussi presque tous ceux qui portent la parole politique.

 

 La division entre « droite » et « gauche » est aujourd’hui presque totalement dépourvue de sens. Devrait s’y substituer une division entre ceux qui cherchent l’avenir en respectant la logique du système (ce qu’on pourrait appeler les « soumis ») et les autres, réfractaires à cette logique. La ligne de partage politique traverserait alors toutes les classes (et sans doute presque tous les individus, obligeant chacun d’eux à renoncer à sa schizophrénie).

 

 Le paragraphe précédent n’est pas de moi, il date de 1978, il est de François Partant. Je l’ai pris dans son ouvrage : « Que la crise s’aggrave ».

 

Et j’en rajouterait une couche, car, parlant de la brutale chute d’activité économique survenue en 1975, Partant abordait la façon dont en traitait les mass media. En ces termes : « il est inadmissible que la flagornerie pousse les mass media à étouffer le scandale permanent que constitue la prévision tendancieuse du pouvoir. L’information devient une véritable contre formation, aussi condamnable et méprisable que la propagande du pays totalitaire, lorsqu’elle accepte de taire la fragilité de la connaissance dans les domaines dont dépend la vie quotidienne et l’avenir de la population. Et de faire croire à celle-ci qu’il est préférable de s’en remettre aux détenteurs du « savoir ».

Plus près de nous, un homme politique s’est exprimé à peu près dans les mêmes termes : « la liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat ». Cet homme, c’est François Bayrou.

 

Sans forme renouvelée du contrat politique et social nous restons dans la reproduction infinie du « même ». Sans nous rendre compte que nous n’évoluons même plus dans les limites de l’utile. Sans voir que le politique n’est plus qu’à l’écoute du domaine de son auto reproduction, de sa parole indéfiniment clonée, en sauvetage de lui-même  seul, alors que sa fonction première est d’être au service des autres, de ceux qui lui ont accordé leur confiance.

 

Et il ne faudrait pas gratter très fort à droite, au centre, et à gauche, pour trouver matière à réorganiser le système. Car, tout compte fait, le diagnostic est partagé sur la crise, ce qui l’a provoquée, ce qu’il faudrait faire pour la dépasser. Il faudrait simplement  faire effort de  renoncer à cette schizophrénie qui partage aussi bien les individus que les institutions pour qu’une partie des « soumis » rejoignent les propositions des « réfractaires ». C’est avant tout une question de mots, de langage, de clarté. Car le consensus à construire n’est pas celui que veulent maintenir ceux qui sont à l’origine de la crise, mais celui de ceux qui veulent la résoudre.

 

Il n’est plus temps de gérer le système. Il est temps de le réformer, et de le réformer entièrement. Et si cela passe par les mots, les mots de démocratie, justice, droit, solidarité sont ceux sur lesquels nous devons reconstruire. Cela implique de lutter contre tous les mots qui les contredisent et structurent le langage de ceux  qui portent le conflit et nous l’imposent.

Ce conflit s’illustre dans ces banques qu’on ne peut séparer ni réguler, dans ses taux d’intérêt imposés aux Etats,  dans ces multinationales qui se sont organisées pour échapper à l’impôt auquel elles étaient soumises, dans ces organismes internationaux comme l’OMC, qui refuse de prendre en compte les conventions de l’OIT, dans ces paradis fiscaux qu’on tolère au sein même de l’Europe, dans la corruption que la justice ne peut poursuivre faute de moyens, quand ce n’est pas faute de volonté politique, quand ce n’est pas complicité de silence.

 

Il est donc temps pour tout gouvernement de retrouver une légitimité  que les idées chahutées de notre époque ont mises à mal. Cela passe par un langage de vérité. Cela passe par un effort d’unité. Cette unité ne peut se faire qu’en échappant aux extrêmes. Aux extrêmes de la droite, aux extrêmes de la gauche. Elle doit se faire autour d’un mot auxquelles il faut redonner tout son sens, car on a tout fait pour le lui faire perdre, le mot centre.

 

L’unité, le vrai consensus, non pas celui de Moscovici, mais celui des doctrines morales et politiques, on ne peut rien souhaiter de mieux comme vœux, pour sortir des crises qui nous réduisent.

 

Bernard Léon

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