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Nous en avons rêvé : Musulin l'a fait



 

Ce matin, le convoyeur de fonds Toni Musulin comparaît pour le vol de plus de 11,6 millions d’euros dans son fourgon. Malgré les tentatives de ses avocats, le procès n’a pas été reporté. On dit même qu’il pourrait s’achever ce soir ou demain avec, à la clé, un verdict dans la foulée sous vingt-quatre heures. Les victimes de l’amiante, du bitume ou des marées noires apprécieront.
“Quel domicile déclarez-vous?”, demande à l’ouverture le président du tribunal. “Bah, la prison de Corbas”, répond Toni Musulin. Effectivement, il n’a plus d’autre domicile fixe depuis qu’il s’était fait la belle en abandonnant son appartement où les enquêteurs ne trouvèrent que du vent : ni vêtements, ni draps, réfrigérateur vide, plus un papier. Comme si le locataire avait voulu effacer toutes ses traces.
C’était pourtant un employé modèle, M . Muselin : un “salarié discret, ponctuel” et “correctement noté » assure Claudia Chemarin, l’avocate de Loomis, son employeur. Pourtant,le 5 novembre 2009, l’employé modèle fausse compagnie à ses collègues. Au volant de son fourgon blindé, avec plus de 11,6 millions d’euros ! Cherchez l’erreur. Le véhicule était retrouvé trois heures plus tard… Vide. Deux jours après ce modeste larcin, 9,1 millions d’euros étaient découverts dans une voiture au fond d’un box que le convoyeur avait loué jusqu’en décembre 2009 sous une fausse identité.
Onze jours de cavale avec détour par l’Italie. Puis Musulin réapparaît aussi brusquement qu’il s’était volatilisé. Le 16 novembre 2009, il se rend à la police de Monaco, demandant à être remis à la police française. Il est mis en examen et écroué le 18. Depuis, Musulin se mure dans un silence total, refusant de dire où sont passés les 2,5 millions d’euros manquants.
À l’époque, cet illustre inconnu sans casier judiciaire avait fait un tabac sur le web. Robin des Bois ou Arsèle Lupin : la gloire arrivait sans crier gare. Et Albert Spaggiari n’était pas loin. On peut s’interroger sur cette adoption massive d’un délinquant (c’est ce qu’il est, non ?). Il est vrai que cette période correspond à la découverte de la face cachée (et pas belle à voir) des banques, des fonds d’investissement et des traders. Au fond, Musulin venge un peu les sans-grade qui applaudissent l’exploit. Voler des voleurs ressortirait en quelque sorte de la morale pure et simple. Les internautes en avaient rêvé, Musulin l’a fait. Le symbole populaire couvre la Toile durant des jours. Et de citer les parachutes dorés, les bonus, les dépenses élyséennes, etc.
Il paraît que Toni Musulin se défend aujourd’hui de tout lien de ressemblance avec les héros cités. Il ne se voit qu’en salarié aigri, se plaignant de son salaire minable et affirmant sans gêne que « cela se paierait un jour ». Donnait-il le change dans le cadre d’un scénario bien ourdi ou n’est-il en fait qu’une variante des salariés de France-Telecom aux suicides répétés ?
Il se dit un homme « normal ». Ses voisins le voyaient partir pour faire du vélo ou son jogging. Ses collègues de travail le trouvaient un peu à l’écart, peu bavard, n’acceptant pas leurs invitations amicales en famille et ne restant jamais aux petites fêtes organisées entre copains après le travail. De son côté, la femme qui partagea sa vie durant onze ans le décrit comme un « homme simple, économe et surtout amoureux des belles choses. » Une simplicité qui ne l’empêchait pas d’avoir dix comptes en banque objets de mouvements nombreux et importants. En mars 2007, il investit ainsi 115 000 € dans une société civile immobilière destinée à l’acquisistion d’un appartement à Romans-sur-Isère. Dans cette affaire, il est associé à un marchand de biens assez trouble dont l’adresse professionnelle n’est rien d’autre qu’une boîte aux lettres sur une chantier abandonné… alors qu’il vit dans une somptueuse résidence sécurisée à Villeurbanne.
On sait aujourd’hui que l’autre face de ce Musulin-Janus présentait un profil différent de celui de l’employé modèle. Avec un train de vie sans rapport avec son salaire mensuel de 1 500 €. Club de musculation, Ferrari et autres voitures de luxe : un autre style. Il pratique aussi le krav-maga, un sport de défense israélien.
Ce 11 mai, Musulin demeure une énigme et il y a fort à parier que son procès ne mettra en lumière aucune des zones d’ombre dans lesquelles il se réfugie. Peut-être saura-t-on, un jour, s’il travaillait pour son compte ou s’il n’était que l’instrument d’un petit gang ou d’une organisation criminelle quelconque pour qui il aurait détourné ces 2,5 millions d’euros aujourd’hui introuvables.


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