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Un billet d'excuse !

La gangrène de l'absentéisme.

 

 

Il est un mal lancinant, silencieux, insidieux qui sape le système scolaire, ronge notre école au plus profond de ses valeurs : l'absentéisme ! Oh, ne pensez pas que je vienne vous narrer les exploits des champions de la « discipline », des absents chroniques qui ne viennent jamais, ceux-là nous les avons perdus dans la nature. Ne croyez pas non plus que j'évoque seulement ces énergumènes qui mettent en péril toutes les mesures que l'on peut bien prendre en haut lieu. Ils sont parfois convoqués à l'inspection académique pour se voir tancer et menacer d'une belle amende. Puis ils s'en retournent à leurs aventures buissonnières en toute liberté.

 

Non, je veux vous raconter tous les autres, ceux que vous pensez bien dans les clous, qui répondent officiellement à leur obligation scolaire. Ce sont vos chers enfants, charmants bambins mais si fragiles qu'au premier rhume, sinon, c'est la cuite), beaucoup restent à la maison pour ne pas prendre froid. Curieusement le phénomène s'amplifie avec l'âge, les années en « z » sont si difficiles. Aux premiers frimas, c'est la scolarité qui s'enrhume !

 

Il y a l'immense cohorte des malheureuses victimes de l'électronique défaillante. Depuis l'invention du radio-réveil, de la sonnerie du téléphone et autres joyeusetés numériques, il y a une pandémie de pannes. Le retard conséquent ou la demi-journée manquée sont le résultat d'un mal chronique qui a la fâcheuse habitude de se répéter avec la régularité d'un métronome. Les parents conciliants, naïfs ou encore au lit couvrent le problème d'un mot bienveillant. Comment voulez-vous alors mettre les pendules à l'heure ?

 

Il faut encore compter sur les victimes des incidents bénins, des chutes diverses, des glissades et autres galipettes. On ne lésine plus sur la résine, jamais il n'y eut autant de béquilles dans nos collèges que ces derniers temps. On multiplie les absences pour ces mutilés de la vie ordinaire, on distribue généreusement les dispenses de sport et des cours se vident avec la mansuétude du corps médical. L'école se grippe et l'enseignement boîte bas !

 

Puis nous devons redouter les vicissitudes de la circulation routières. Une grève des transports, une chute de neige, un bon coup de gel, des trombes d'eau et voilà le pays désorganisé et nos classes bien vides. Cette petite plaisanterie peut durer une bonne semaine, elle induit dans les esprits juvéniles qu'il ne faut prendre aucun risque pour se rendre au travail. La leçon est vite comprise et les problèmes de transport individuel deviennent vite singuliers. La continuité scolaire s'enraie un peu plus encore !

 

Il y a toutes les obligations d'une existence si compliquée que les rendez-vous importants ne peuvent se prendre que sur le temps scolaire. L'orthodontiste tient la palme de l'excuse, il est suivi de près par l'orthophoniste et autres spécialistes qui souvent ne travaillent pas en dehors des heures de classe. Ajoutons tous les rendez-vous internes à nos collèges, et la classe devient un joli pointillé qui manque de continuité.

 

Rien de neuf sous le soleil me direz-vous, que nenni ! Celui qui a manqué ne doit pas rattraper. Il a excuse estampillée, homologuée, certifiée. Il se trouve ipso facto exonéré de tout rattrapage, de tout devoir éventuel donné en son absence, de tout contrôle pour peu qu'il ait été donné sans qu'il en fût averti par un SMS spécial. Gare à celui à qui viendrait l'abominable idée de réclamer la prise d'un cours manqué, l'exercice ou le contrôle évité. Ce serait l'occasion d'une belle révolution, enfant, famille et tout le système venant défendre celui ou celle qui n'y peut rien !

 

Nos classes deviennent à ce joli train train un vaste gruyère ayant plus de trous que de croûte. Il nous faut célébrer les jours fastes où il ne manque personne. Ne soyez pas surpris qu'ensuite, nous préparions de futurs adultes qui éprouveront les plus grandes difficultés à répondre aux exigences de ponctualité et de présence qu'impose le monde du travail. Je sais que dans notre belle maison, nos élèves ont parfois des modèles désastreux en la matière. Mais je n'en dirai rien de peur de me faire taper sur les doigts.

 

Absentéistement leur.

Tous les commentaires

01/02/2012, 09:56 | Par Anne Gentry

Billet d'excuse (comprendre n'est pas excuser, d'ailleurs).

C'est vrai, tout ce que vous dites : ce matin, mon "année en z" a raté une heure de cours because verglas et pas de transport scolaire (annulés car des cars se sont mis en travers hier, alors, principe de précaution ...), et pas bien ravie parce que je l'emmenais pour suivre les trois heures suivantes quand même ("va y avoir personne", entendez "y aura pas les copines, elles restent chez elles", merci SFR et le forfait SMS illimité ...). Il a quand même fallu rouler doucement, hein, normal qu'on ne soit pas très rassurée, surtout quand on laisse le plus petit tout seul à la maison pour l'occasion (pas la peine de les tuer tous les deux dans le ravin qui longe un moment la route, finalement).

 

Quant aux orthodontistes, j'entends très bien, trop bien, votre ironie, c'est nabum, mais vous êtes-vous trouvé(e) face à leur système, et copieusement énervouillé(e) avec eux (pour peu d'effets, en plus) ? Oui, peut-être .... toutes les copines me racontent la même chose, alors ...

Je vous le résume : "C'est 700 euros par semestre, payé d'avance et remboursé (si on peut dire) en fin de semestre, et les rendez-vous pour poser  les bagues c'est pendant les jours d'école parce qu'on veut avoir le temps (ndlr : le mercredi, 450 jeunes venaient passer 5 minutes toutes les 6 semaines pour visite de contrôle, donc on n'a pas le temps), et non, on ne vous programme pas d'avance les deux premiers rendez-vous, c'est comme ça qu'on travaille, nous " ... et donc tant pis pour votre agenda professionnel ; ou alors : "ah oui le médecin a changé, même pas prévenus (ndlr : ici, la relation soignant - soigné n'a pas un intérêt fondamental, visiblement), les horaires aussi, tant pis, vous ne pourrez même plus venir le mercredi pour les visites de routine à partir de telle date" ; et surtout, pour me clore le bec quand je commençe trop  à les gonfler : "nous on fonctionne comme ça et puis c'est tout" ...  et on vous annonce froidement au moins cinq semestres de traitement à ce rythme (et ce tarif) et puis x années de consolidation (toute la croissance d'après elle, je crois qu'elle m'a un peu rêvée, la dame, mais bon) .... Quand je dis "on", c'est la secrétaire qui s'y colle, la pauvre, la plupart du temps, le docteur est trop occupée ... Je les regarde et je me dis que si je faisais pareil avec les miens, de souffre-douleur, j'aurais sans doute des problèmes de taux d'activité ... c'est ça, les marchés (juteux) captifs. Pourtant, je suis sur un bon créneau.

Pardon, ce n'est pas un billet sur l'orthodontie, je réalise, après coup Innocent.  Ça doit être une épine irritative mal refoulée ...

 

Oui, l'absentéisme, vous avez raison. Faut doser : le rhume à l'école, oui, la fièvre, même petite, non. Parce que je ne peux pas facilement revenir dans deux heures les chercher alors j'assure la journée d'avance, de bon matin. Bien ou mal, selon qui observe mon organisation, je peux le comprendre.

 

Je les préfère à l'école et au collège, je suis plus rassurée, j'ai plutôt confiance en leurs maîtres, je n'ai pas de trop mauvais souvenirs des miens, et je m'imagine qu'ils y apprennent beaucoup de ce qui peut les armer pour leur vie future ...

 

Mais je comprends votre exaspération. Comme vous le dites vous-même ailleurs, faites quand même  attention à vous, la corde pourrait finir par casser.

 

Avousrelireprochainement vôtre ...

01/02/2012, 12:40 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de Anne Gentry le 01/02/2012 à 09:56

Anne  Gentry

Je vous devine sur les dents et j'ai immédiatement le sentiment de ne pas être confronté aux parents que j'évoque. Pour vous l'école est importante et une heure de retard pour cause de verglas et quelques absences pour une dentition à refaire sont exception !

 

J'évoque des récidivistes de l'absence, des gens qui prennent prétexte de toute annonce à la radio sur la circulation, la neige ou une éventuelle grève pour ne pas envoyer leus enfants.

Je note les absents chaque jour et depuis fort longtemps. D'exceptionnelle, l'absence dans les classes dont je m'occupe est devenue banale, habituelle, récurente ( ce matin j'ai eu mon absent du mercredi matin, couvert par les parents depuis le début de l'année parce que ça ennuie ces braves gens de le conduire ce jour-là).

Absence justifiée, absnece qui sort du cadre des mesures contre l'absentéisme. C'est un suicide social mais ils s'en rendront compte bien trop tard !

 

Merci pour ce billet eloquant sur l'orthodentie 

Au plair d'aller vous lire

01/02/2012, 13:27 | Par Anne Gentry en réponse au commentaire de C’est Nabum le 01/02/2012 à 12:40

Ils étaient douze en classe, ce matin, mais bon ouf, il y avait une copine ....

 

Remarquez, hier, ils étaient neuf (mais bon, c'était neige + grève, faut comprendre ... et la neige, dans le 1-3, on dirait que les martiens attaquent, tout de suite ...).

 

Bah, à mon avis, à me relire, je suis plus sur les dents avec l'orthodontie (c'est l'occasion ou jamais, vous me direz ..) qu'avec ce vécu de l'absentéisme que vous évoquiez, je pense ! Excusez-moi d'avoir à ce point laisser filtrer mon énervement.

01/02/2012, 14:14 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de Anne Gentry le 01/02/2012 à 13:27

Anne Gentry

 

Si j'ai pu calmer une râge de dent, j'en suis content.

Laissez filtrer, je me charge de dépos et je vous laisse l'onde pure !

Bonne soirée

01/02/2012, 14:39 | Par Gilbert Pouillart en réponse au commentaire de C’est Nabum le 01/02/2012 à 12:40

vieux collègue, retraité, je viens porter, non la nostalgie du passé, mais l'encouragement pour les difficultés d'aujourd'hui. J'ai enseigné à tous les niveaux de notre système français, de la Maternelle à l'Université, en passant par les institutions de formation, et j'ai eu une chance inouïe : je n'ai jamais eu que de bons élèves...Je veux dire que je n'en ai jamais approché un qui n'ait un point fort, une aptitude particulière, une "accroche" d'enthousiasme.  pas toujours facile à découvrir, ni pour moi, ni pour eux, soumis que nous étions aux contraintes et difficultés que vous connaissez bien dans leur mouture actuelle. Au sujet des absences : comme professeur d'EPS, mes "dispensés" venaient au gymnase ou au stade, ou à la piscine (Ah! M'sieu, y aura  bien un chrono ou une fiche d'obs à tenir ; et puis, quand mon genou ira mieux, je veux pas être largué : les copains me racontent pas tout ).Dans un autre milieu : mes amphis à PARIS X, bourrés (Mr X, son amphi, c'est tel bouquin :je peux l'étudier à la maison quand je veux ; mais vous, on s'est aperçu que trois heures, c'était trop court pour poser toutes les questions qui nous viennent ; et puis, un cours chez vous, c'est cinquante bouquins prédigérés...) Ils étaient trop gentils ; mais c'est vrai qu'un amphi, pour moi, c'était vingt heures ou plus de préparation, et que je ne donnais jamais de "polycop". Rien qu'à vous lire je devine que vous avez la passion qui me gonflait. La période est terrible ; mais, tout retraité que je suis, je vois chaque jour dans la rue, à la médiathèque, en bord de mer, au marché, que les jeunes, et même les pas jeunes, peuvent avoir "une fusée au cul". Ils n'ont pas toujours trouvé la bonne rampe de lancement, et nous ne sommes pas toujours en mesure de les aider à la découvrir. Mais courage! Soyons orangistes, vous savez :" il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer". On finit toujours par mourir ; vivons, nom de nom!

01/02/2012, 15:24 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de Gilbert Pouillart le 01/02/2012 à 14:39

Gilbert Pouillart


Merci pour votre néergie, merci pour vos compliments, merci pour votre témoignage.


Ils sont tous un talent même chez mes mommes cassés par le système scolaire (SEGPA) le chômage et la misère pour leurs parents, les foyers où ça va de mal en pis.

Je cherche à les rendre heureux mais à côté de moi, ce n'est pas toujours le cas. Ils trouvent aussi des profs qui n'en peuvent plus, d'autres qui attendent la fin, le week-end ou les vacances.

Il y a la réalité désespérante de la langue qui ne permet pas de tout comprendre, de bien dire, de ne pas gueuler sa haine !

Je me bats chaque jour et paradoxalement peut-être je décris d'un trait noir ce que je vois autour de moi. C'est mieux qu'une pschychanalise et je tiens encore debout grâce à mon bille qutidien (3 ans ailleurs moi qui suis nouveau ici !)

02/02/2012, 17:30 | Par Gilbert Pouillart en réponse au commentaire de C’est Nabum le 01/02/2012 à 15:24

Courage, ami! Ce métier n'a pas que de mauvaises surprises. Vingt-cinq ans après, un gaillard de quarante balais m'a attendu dans un couloir pour me dire "Si je ne suis pas devenu un voyou, c'est grâce à vous!" Quel choc! Je reconnaissais bien le visage, mais mon souvenir était celui d'un gamin "lambda", ni un "à problèmes", ni un "flamboyant". On se sent tout petit, et encore plus responsable. Après, en y repensant, on se dit que ça vaut le coup de se battre pour chacun de ceux qui vous sont confiés. Il vous est arrivé -ou arrivera- un truc dans ce genre, j'en suis sûr. Pas d'angélisme là-dedans, j'ai eu des pertes et des deuils aussi...mais (re) ça vaut le coup.

 

01/02/2012, 13:32 | Par christian paultre

J'aimerais la statistique de l'absentéisme des enseignants....

01/02/2012, 14:17 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de christian paultre le 01/02/2012 à 13:32

Christian paultre

 

Point n'est besoin de vos remarques je m'en suis chargé moi-même car je sais la poutre que nous avons parfois dans l'œil.

"Je sais que dans notre belle maison, nos élèves ont parfois des modèles désastreux en la matière. Mais je n'en dirai rien de peur de me faire taper sur les doigts."

Mais je doute que vous soyez allé jusqu'à l'épilogue et je crois que vous avez séché la fin du cours.


j'espère que vous avez au moins pour ce motif une bonne excuse, quant à celle du dénigrement de la profession, elle n'en a pas besoin, c'est dans l'air du temps.



01/02/2012, 19:44 | Par christian paultre en réponse au commentaire de C’est Nabum le 01/02/2012 à 14:17

je dénigre ceux qui dénigrent les enfants, ça n'est pas votre métier

cette forme de mépris m’insupporte

ce qui est dans l'air du temps c'est le naufrage de notre projet éducatif, naufrage dont vous n'êtes pas complètement responsables mais à trop chercher d'excuses on recule le moment où il faudra changer d'approche et non de programmes ,d'horaires ou de dates de vacances.

01/02/2012, 16:17 | Par JJMU

Bien sûr Nabum, votre inventaire (comme souvent les inventaires) est juste. Sauf qu'il n'est QUE juste. Il perçoit le symptome, mais pas la cause (j'ai dit : "la cause", pas les prétextes), il perçoit le symptome, mais pas les conséquences (j'ai dit "les conséquences", pas les effets). Bref : si les enfants (j'ai dit les "enfants", pas les élèves) sont ailleurs qu'en classe, même présents, je me demande si l'école, elle, elle est bien avec eux (j'ai dit "l'école", pas la garderie).

Bref, les représentations dont nous parlons sont-elles bien les mêmes ?.. Que visons-nous ?.. Pour qui ?... Avec qui ?...

Jean-Jacques M’µ

01/02/2012, 16:37 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de JJMU le 01/02/2012 à 16:17

 JJMU

puis-je vous faire commentaire à moins que vous ne vouliez que réponse ?

J'Avoue ne pas saisir tout de votre propos ou bien est-ce paroles en l'air ou Mots assénés ?

Qui suis-je ? Je n'ai sans doute ien compris !

01/02/2012, 21:01 | Par JJMU en réponse au commentaire de C’est Nabum le 01/02/2012 à 16:37

Oui, pardon, je suis allé un peu vite (j'étais pressé).

je suis enseignant comme vous. En fin de carrière. J'ai longtemps déploré non seulement l'absentéisme des élèves, mais également les intrusions dans les cours : oh, c'est vrai, ça n'arrive qu'une fois ou deux l'an par discipline, mais en première heure pour apprendre la diététique d'un petit déjeuner, en fin de matinée pour apprendre le permis, une autre fois pour une intervention au sujet de la drogue, une autre fois pour l'éducation sexuelle, une fois encore pour le tournoi sportif des établissements de la ville, etc. Quand j'avais 6h 30 par semaine de français avec mes collèges en 1989, je n'en ai plus en 2010 que 4h30 en fin de collège, et 4h en lycée, selon les options...

Va faire un enseignement de plus en plus en double contrainte devant des classes de plus en plus surchargées sur le plan du nombre d'élèves et sur celui de la quantité de travail à fournir. Je parle de double contrainte, parce que je pète un câble entre les directives et la pression sociale.

Les directives du bulletin officiel me demandent de prendre le temps de tenir compte des représentations des élèves (ce qui est juste, il faut effectivement que les élèves s'approprient les savoirs avec leurs propres curiosités, pourvu qu'on sache les entendre, les répercuter, y répondre, ce qui est un sacré travail qui demande du temps, de la patience et une parfaite maîtrise de ses enseignements) : prendre le temps en à peine plus de 4h en une semaine !...

La pression sociale, elle, avec les familles, l'institution, les décomptes académiques pour obtenir des postes et des classes l'année suivante, tout ça impose à l'enseignant d'aller au plus vite vers les contrôles, les évaluations sommatives, les résultats tranchés qui accordent ou non son passage à l'élève, sachant qu'il y a à la fois (autre double contrainte) un niveau pas toujours très honorable, et à la fois, ce qui se comprend, pas de redoublement, ce qui fait qu'on peut légitimement s'inquiéter des forçages vers les examens et les orientations.

Bref, je pense que nos sociétés sont devenues malades à cause des peurs devant la véritable précarité sociale que nous fabriquent nos gouvernements successifs, reprenant les langages, non seulement des entreprises, mais des discours humanitaires catastrophistes et paternalistes (le développement durable instillé dans nos textes argumentatifs et dans les parcours découvertes !...).

En 20 ou 30 ans, nous avons perdu la fonction d'ouverture des consciences que proposait pourtant la démocratisation de l'enseignement et le collège unique. Nous pouvions en finir avec le mandarinat et la course aux élitismes dès le plus jeune âge. François Dubet en dénonce depuis longtemps déjà l'hypocrisie scolaire de ce collège qui a perdu son sens, en se chargeant de faire le sale boulot de la sélection que, de toute façon, parent pauvre d'une université qui n'a d'universel que le nom, en se spécialisant en facultés ouvertes au monde de l'entreprise, et qui se prend à faire avec un tiers d'étudiants salariés et un tiers d'étrangers, et tous ces cours supplémentaires pour rattraper les niveaux !... pendant que les prépas aux grandes écoles raflent les bourses et les honneurs. 

Que dire de plus ?... Je crois que les élèves non plus que leurs profs n'aiment se retrouver avec les conditions qui leur sont faites, où les dès sont à ce point-là pipés. Pardon de n'avoir pas été plus clair ce matin, mais j'aimerais une remise à plat qui prendrait deux ou trois ans sans aucune réforme, juste que l'on dise en classe de quoi on parle et pour qui on se parle. Sans diplome à la clé. Juste pour repartir à zéro, ensuite, sur la base d'une envie d'apprendre des deux côtés. je dis des bêtises. Personne n'entendra ma demande, jamais au sérieux. Et pourtant, il nous faudrait arrêter cette folie. Il faut vraiment arrêter de se faire souffrir comme ça. Quand ça fait si mal et que personne ne fait du bien à personne, la solution la plus saine, c'est encore d'en finir avec ce qui fait mal et de remettre les pendules sur une nouvelle heure, convenue ensemble. 

Jean-Jacques M’µ

01/02/2012, 21:26 | Par C’est Nabum

JJMU

Nous exprimons notre inquiétude chacun à notre manière, l'un du côté des classes ordinaires, l'autre enseignant de la marge scolaire, celle où plus rien ne va avant les autres.

Ce qui arrivent dans nos classes de relégations finit par advenir dans les vôtres et nous constatons le travail de casse systématique entrepris par un gouvernement au service de noirs desseins.

Il faut ternir définitivement l'image de l'école en brouillant tous les messages, en accroissants les charges de travail administratif tout en faisant croire à l'opinion qui ne demande que ça que les enseignants ne font rien !

Puis il faut diminuer le niveau de formation des élèves pour en faire des sujets dociles de la mondialisation. Enfin il faut préparer la mise sur le marché de l'éducation avec le chèque formation et la fin de notre institution.

Les absences, les parents et les mômes cassés, les réformes débiles s'inscrivent dans ce plan absurde et mortifère. Nous subissons ce massacre en payant tous, élèves, parents, enseignants les pots brisés d'une politique qui confine au crime d'état !

01/02/2012, 22:00 | Par JJMU en réponse au commentaire de C’est Nabum le 01/02/2012 à 21:26

Je m'empresse d'ajouter que je ne suis pas si sûr que le crime ne viendrait que de l'État (bien qu'il ait une lourde responsabilité, incontestable, c'est vrai). La RGPP est une fabrication bureaucratique et technocratique, oui, mais fondée sur des réponses à des demandes des publics. Quand les gens demandent que l'enseignement de leur môme soit adapté à la vie active et professionnelle, c'est leur demande qui devient criminogène à son tour. Chacun visant l'intérêt de sa chère tête blonde, nous n'avons jamais vu la somme des intérêts particuliers faire l'intérêt général, au contraire !... Ce qui fait que la fameuse double contrainte dont je parlais sur le plan perso, de l'enseignant, devient alors un véritable mode de fonctionnement sociétal : on veut une solution adaptée à l'acquisition des savoirs de son enfant (j'ai dit "enfant", pas élève) et on veut à la fois son contraire : l'égalité des chances pour tous les élèves, qu'en réalité, on a négligé du point de vue de l'acquisition des connaissances, des multiplicités d'approches pédagogiques, de ressources diverses de documentation et d'informations. Les discours sur une école équitable tremplin de l'entrée dans le monde du travail sont aussi les discours des fédérations de parents d'élèves comme des syndicats d'enseignants. C'est tout le monde adulte qui est ligué contre la curiosité des adolescents, quand ils n'ont pas été cassés par le système scolaire auparavant.

Brrr !

Y a-t-il une issue ?...

Re-brrrr ! il fait vraiment très très très froid, vous ne trouvez pas ?...

Jean-Jacques M’µ

02/02/2012, 06:34 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de JJMU le 01/02/2012 à 22:00

JJMU


Pour l'issue, lisez le billet du jeudi 2 février.

Hélas, c'est la seule que je vois !


à bientôt

02/02/2012, 17:41 | Par Gilbert Pouillart en réponse au commentaire de JJMU le 01/02/2012 à 22:00

Bien vrai tout ça...        heureusement, on peut toujours tricher avec les "horaires, instructions et programmes" , pas trop visiblement ou au contraire avec provocation ; ou bien même, faire de "l'excès de zèle" , voire "la grève du zèle" (application méticuleuse au mot près, qui se révèle toujours ridicule). Et puis, surtout, les élèves, même petits, sont capables de s'apercevoir qu'on est "pour eux", même quand on en engueule un. Et on est aussi responsables des familles, qui savent parfois encore moins bien que nous que faire. Ca prend du temps, oui. Mais diu temps pendant lequel on ne s'emmerde jamais...

02/02/2012, 17:48 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de Gilbert Pouillart le 02/02/2012 à 17:41

Gilbert Pouillart


J'ai choisi de travailler à la marge (Segpa -atelier relais ...) pour être beaucoup plus libre et ne pas me soucier de ce bardage insupportable et si peu utile. Je vais comme je l'entends et attends encore que l'on vienn me chatouiller sur ma liberté farouche.

01/02/2012, 21:32 | Par Belange

C'est que le marché est juteux ! On va vers la privatisation de l'enseignement !

02/02/2012, 17:34 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de Belange le 01/02/2012 à 21:32

Belange


Nous n'y allons pas, nous y courons !

L'état prépare le châque formation, est disposé à mettre l'éducation dans le secteur marchand

Tous se vend dans ce système abominable pour les humbles.

02/02/2012, 17:43 | Par Gilbert Pouillart en réponse au commentaire de C’est Nabum le 02/02/2012 à 17:34

Ce n'est pas d'hier, et ça reste entravers de la gorge. Mais nous, on peut ne pas se vendre, ni acheter les bobards.

02/02/2012, 17:45 | Par C’est Nabum en réponse au commentaire de Gilbert Pouillart le 02/02/2012 à 17:43

Gilbert Pouillart

 

Nous ne sommes pas à vendre et pourtant on nous brade !

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