Condoléances à l’Afrique.
L’opulence étouffe le monde avancé. Des généreux font ce qu’ils peuvent pour les Palestiniens. D’autres les en empêchent. L’ONU proclame la famine, un génocide. Le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Unicef des stars font des déclarations. La Cour internationale de justice émet des mandats d’arrêts, condamne mais ne s’autosaisit pas dans cette destruction de peuples. La famine ravage le continent noir. Les crèves la faim n’ont pas de télévision ni journaux, encore moins de réseaux sociaux virtuels. Ils ont la poisse des dictateurs, des criminels de tout acabit. Leurs glandes lacrymales sont asséchées. L’Afrique est belle pour les photos, les safaris. Elle est riche pour les prédateurs. Une autre fois, l’Afrique est juste bonne à partager comme en 1885 lors de la Conférence de Berlin. Les puissants sont spectateurs, et même complices. Ils la veulent comme ca. Les Africains font peu pour changer, les Africains occidentalisés ne font rien pour les aider.
Les USA sont dans de sales draps. Ils se querellent dans un jeu à deux niveaux pour éviter la décote. Les Européens s’entendent pour sauver un, deux, trois pays et les suivants. Tous ont peur des agences de notations. Les Chinois achètent tout ce qui est mis en vente dans un monde ou tout est à vendre. Et Tout est à vendre. Les Enturbannés louent des terres pour semer. Les grains sont pour eux. Tous n’ont pas honte de ce qui arrive à des Humains juste bons pour l’anthropologie, les théories de développement et les stages dans les organisations non gouvernementales.
Le Canada publie une liste de criminels de guerre venus d’Afrique et d’Amérique Latine. Des militants pour la dignité humaine et moins de pillages continuent à y être assassinés. En Face, il se fait taper sur les doigts par le Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) sur la corruption, le graisse-la-patte de ceux qui tiennent les rênes de ces pays via l’Aide publique au développement (APD). La France bloque des enquêtes sur les ripoux car les révélations risquent de faire des dégâts aussi importants qu’un tsunami dans le « milieu ». Cette APD fixée par consensus au sein de l’ONU à 0.7% du PNB alors qu’elle se monte à 0.31% en 2009. La Norvège qui caracole dans le classement des donateurs avec 0.88% est foudroyée par un double attentat. En chœur, les chefs d’État ont compati, dénoncé, condamné et proposé leur aide; les africains, enfants femmes hommes peuvent attendre. Ce qui s’est passé en Norvège est un événement, ce qui se passe en Afrique, une banalité, une routine tellement rodée qu’elle a l’apparence d’une nécessité. Après ce succinct tableau, après les théories de la modernisation, de la dépendance, de l’industrie industrialisante, la prochaine sera d’après certaines informations du milieu universitaire : la théorie de la démocratie et des droits humains.
Avec la bénédiction du Conseil de sécurité de l’ONU, dans le cadre d’une redistribution de la puissance, L’OTAN bombarde la Libye qui appartient ou appartenait au groupe des pays avancés mesurés avec l’indice de développement humain (IDH), cette abjecte variable Sennienne. Les Tunisiens et Égyptiens en sont sortis (presque) indemnes de leurs cauchemars; les Yéménites, Syriens, Qatariotes et autres sont éclipsés par les besoins stratégiques des Membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.
Entre deux guerres infra-étatiques, non-étatiques ou internes internationalisées, les Africains sont moulus par la faim. L’ONU, où les pays en voie de disparition sont majoritaires, victimes de dictateurs alliés à la ploutocratie mondiale, de maladies négligées et épidémies incurables à cause de l’Organisation mondiale du commerce, des Trips et Gats, est juste bonne pour des plans de peacemaking, peacebuilding et autres programmes de désarmement, démobilisation (DDR ou MDRP). Dans tout cet enchevêtrement, le badge de la « nation la plus favorisée » est quémandé auprès de l’Organisation mondiale du commerce comme s’il s’agissait d’un privilège, d’un honneur. Les constructivistes néogramsciens veulent refaire le monde, les réalistes nord-américains disent que les États sont rationnels, les libéralistes disent que ce sont les individus qui le sont. Les Africains et Sud-américains en sont les contre-exemples vivants plutôt mourants de ces théories. Dans les deux cas, une seule vérité : ils sont tellement irrationnels qu’ils sont incapables de créer des marchés et bourses pour leurs richesses et de régler les différends frontaliers, véritables bombes pour fragmentation comprendre partition, héritages du colonialisme dans la paix.
Dans cet Occident « edenisé » par les pauvres, les prétendues et prétentieuses élites serinent les opinions publiques à travers les médias avec leurs analyses éclairées sur les pays qui ne leur font pas peur mais se taisent sur les leurs.
Ces élites qui aiment à faire de la téléologie, après une rétrospective trop facile, sont trop occupées par la gestion de leur confort et privilèges. Les stars montantes ou ces produits jetables du show-business aiment à faire dans l’autodérision sur l’arriération et les traditions débiles des leurs. Organiser une manifestation, dénoncer de telles horreurs peut porter préjudice à leurs carrières. Toutes, elles sont incapables d’imiter Coluche qui a dit : « des fois on a plus de contacts avec un chien pauvre qu’avec un homme riche ». Oui, bien sûr, c’est juste un extrait humaniste et L’humanisme est contraire au marketing dans un monde où les valeurs sont inversées. Jadis, c’était la pauvreté qui était synonyme de dignité et de fierté. Qu’elle le devienne.
Cherif AISSAT.

