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May

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De la créativité orthographique

Une autre écriture.

On ne cesse de disserter à propos de la baisse continue du niveau d'orthographe des jeunes. Acceptons-le comme un fait acquis; d'année en année le niveau baisse au point qu'aujourd'hui nous en sommes à rechercher des moyens pour les convaincre tout simplement de son utilité.

Au cours de ma carrière d'enseignant plusieurs faits m'ont frappé, qui me conduisent aujourd'hui à penser que ce mépris apparent de l'orthographe pourrait cacher un phénomène autrement plus inattendu.

 

Des indices…

 

Premièrement, les élèves rendent des travaux tapés au moyen d'un traitement de texte....truffés des mêmes fautes que s'ils avaient été manuscrits. Chacun connait l'efficacité du correcteur orthographique de la plupart des traitements de texte et leur efficacité, du moins pour les fautes les plus courantes. Pourquoi ce refus de l'utiliser?

Une anecdote, ensuite. J’ai récemment donné à mes élèves, futurs designers, une étude de cas concernant un « balai de sorcière », sorte d’aspirateur d’appoint. Quelle ne fut pas ma surprise d’abord, ma colère ensuite, quand je vis tous ces « le balais de sorcière », « un balais », etc…Et voici qu’une élève me dit « Oui mais Monsieur, avec un « s », c’est tellement plus joli ! ». Ce à quoi toute la classe acquiesce. Le « balais », avec son s, fait l’unanimité. Ils savent fort bien que ce n’est pas la bonne orthographe, mais, puisque c’est « plus joli » ainsi, ils prendront plaisir à l’écrire avec sa faute. Le dernier indice m’a été révélé après avoir compris cela.

Comment expliquer autrement qu’une élève commette une faute sur son propre prénom ? Lorsqu’elle écrit « Mari Aure » au lieu de « Marie-Aure », essayez de vous mettre à la place du pauvre enseignant démuni.

 

Le contrat social.

 

Ou pourquoi l’orthographe…C’est bien sûr un ensemble de règles communes qui permettent aux possesseurs d’une même langue de communiquer ensemble par l’écriture. Bien. Ceci impliquerait donc que ces jeunes,en refusant l’orthographe des vieux, s’inventant leurs propres règles secrètes, refuseraient le dialogue écrit avec eux. Notons au passage que ce refus ne concerne pas la lecture ; les jeunes sont de plus en plus des lecteurs assidus.

 

La fracture ; l’orthographe des jeunes contre celles des vieux.

 

Quiconque a quelque peu fréquenté les forums et autres blogs n’a pu manquer de le remarquer ; ceux destinés aux jeunes sont pour nous illisibles, et les rares jeunes qui s’expriment sur les forums des vieux se font gourmander pour leur style « SMS ». La communication intergénérationnelle est interrompue. Avec un minimum d’expérience, on peu situer l’âge d’un intervenant sur son orthographe…

Le SMS en marque la naissance, l’invention. La bonne surprise, c’est que ce succès prouve qu’il existe une envie, un désir, un besoin chez les jeunes de communiquer par l’écrit. Le charme désuet de l’échange épistolaire semble intact. C’est je pense, le premier médium de communication écrite qui marque cette fracture entre générations. Ils l’ont adopté instantanément alors que nous avons refusé soit de passer des heures à taper l’ensemble des lettres formant un mot à l’aide de notre seul pouce, soit de participer à l’invention d’une orthographe spécifique.

Nous y voilà !

Mon travail de prof consiste à tenter de rendre mes élèves créatifs. Je ne saurais donc condamner cet acte de création sans y regarder à deux fois. Ils se sont inventé un langage, rien de nouveau, c’est la plus vielle caractéristique de l’adolescence. Ce qui est nouveau, c’est qu’il s’agisse d’un langage écrit, d’une part, et que ce langage ne cohabite pas avec le langage commun ; il le remplace purement et simplement.

Ou tout cela nous mène-t-il ?

Voilà bien la question. Tout d’abord, si mon analyse était juste, cela tendrait à prouver que l’enseignement du français ne serait pas en cause. Alors qu’il me soit permis de présenter une hypothèse. Cette génération nouvelle que je vois changer un peu à chaque rentrée scolaire, avec certaines tendances lourdes qui ne cessent de s’accentuer, cette génération qui se construit année après année, cette génération qui est notre futur est bien fâchée. Elle ne nous fait aucunement confiance. Elle se méfie de nous. Elle cherche en elle-même les solutions que nous n’avons pas su lui proposer.

Tous les commentaires

Cher Camembert, vous avez peut-être raison. Mais où donc classerons-nous alors tous ceux qui ont quitté depuis belle lurette les bancs de l'école, du collège, du lycée, même de l'université, pour beaucoup, et qui parsèment leurs textes de fautes d'orthographe et de grammaire qu'il est impossible de considérer comme des fautes de frappe? Et qui, comme on l'a vu à plusieurs reprises dans ce Club (pourtant plus relevé que beaucoup d'autres) revendiquent la liberté de faire toutes les fautes qui "leur passent sous les doigts"...

Cher Tonymaj, vous avez raison. Il y a toujours eu des réfractaires orthographiques. Pourtant c'est aujourd'hui l'ensemble d'une classe d'âge qui est atteinte, d'où ma réflexion.

On peut les classer comme des réactionnaires. Adeptes du recul, résignés à la confusion du sens...

Bonjour et merci pour cette intéressante réflexion sur la création de ce langage écrit. Quant à la fin, elle me laisse perplexe : de tous temps, n'est-ce pas le propre de l'adolescence que d'être fâchée avec les "adultes", de se méfier des normes établies et de refuser en bloc les vieux modèles pour chercher des solutions novatrices? Je crois qu'il existera toujours des ados qui se fondent dans le moule et d'autres qui se révoltent pour bousculer nos certitudes et créer l'avenir.

Bonjour Myriam, je suis tout-à-fait d'accord avec vous quand à votre conclusion, c'était bien le sens de mon propos, je voulais juste souligner un fait nouveau, à savoir que cela passe aujourd'hui par le langage écrit. Ce qui n'est pas une si mince affaire, après tout.

Je trouve même que c'est audacieux.

Le français classique et son enseignement (son apprentissage) sont une base nécessaire, indispensable pour tout le reste qui en découle. Un exemple au hasard: si par exemple on est ado et qu'on veut créer son propre langage écrit en réaction au langage officiel.
Mais le français classique, malheureusement, n'est pas enseigné. Il n'existe pas, pas même dans la vision des plus ardents pédagogues amoureux de la langue, de la vie et de la communication. Parce que le français, comme toute langue vivante, a besoin d'évoluer. Si la langue est figée, on ne peut plus l'appeler "langue vivante": c'est une langue morte. Et c'est cette langue morte (ne comprenant aucune ouverture, aucun vecteur d'évolution et de transformation constante) qui est enseignée, malheureusement, à la place du français classique perdu.
Je crois que ce que vous sentez chez vos élèves, c'est tout simplement l'amour naturel de la vie qui n'est pas une gestion de concepts figés et morts, mais une constante évolution et une approche souple, adaptative et créatrice de la communication et de la vie ensemble dans cette société basée sur la parole et les mots autant que sur l'image et le visuel.
Une culture qui vit, c'est une culture dont la langue évolue, et l'orthographe avec. Une culture qui a figé sa langue, on ne peut pas dire qu'elle s'est simplement arrêtée à un certain point, ce serait une lourde erreur. Une culture qui a figé sa langue, c'est une culture qui a signé son arrêt de mort. Son suicide.
Mais les jeunes, avec leurs révoltes et leurs belles naïvetés, heureusement sont porteurs "naturellement" (c'est biologique voire chimique) du bel instinct de survie qui fait qu'on refuse de mourir et qu'on trouve, seul s'il le faut, la sortie du piège mortel.

Merci de cette contribution, Axel J. Je suis assez d'accord avec vous, mais je vous trouve un poil trop optimiste. Seriez-vous prof de français? Dans ce cas, je vous félicite si vous avez pu garder un telle foi!

Un ado veut créer son langage propre... C'est quoi ça ? Une idée d'adu ? Vous êtes adu vous ? En tant qu'adu j'ai mon idée sur l'ado. Ca n'existe pas. C'est un concept bidon. De la "daube" pour marchands de produits logotés ! Un sujet pour la psychiatrie "infantile. Les jeunes gens ont besoin de nous. Ils le disent, le font savoir... Mais, comme c'est du boulot de s'occuper des ado (lescents), alors les adu (ltes) préfèrent laisser tomber et leur voter un large crédit d'indulgence. Moins fatigant! Et voilà revenue cette vieille idée de la langue qui vit, qui se transforme sinon elle meurt ! Il faudrait quand même sortir de ça ! Une langue qui se clive, entre une belle part, réservée aux gosses bien nés, bien encadrés... et une autre part, rudimentaire, pour les couillons, qu'on appelle je ne sais pourquoi , les jeunes, je ne vois pas là de quoi chanter l'hymne à la langue qui évolue vers les cîmes de la créativité poétique. La dictée de Pivot a fait du mal, en ce sens qu'elle a donné de l'orthographe une idée ridicule... Un contresens. Mais j'aime bien Pivot !

Une faute d'orthographe est-elle une faute ? Ou ne serait-ce pas plutôt une erreur, un oubli, un acte manqué, donc finalement, un acte parfaitement réussi ? "Quand c'est raté, c'est réussi". (Françoise Dolto).

Quelle est la nature de cette indulgence générale pour les manquements aux règles de l'orthographe ? C'est étrange, sur médiapart, cette tendance au conformisme. Toujours la même chanson sur la langue qui vit et bouge, sur les JEUNES qui créent comme des fous de nouvelles formes, sur les fautes qui n'en sont pas, et sur l'acceptation "comme un fait acquis" (tu parles d'un acquis!) du fait que les jeunes et les moins jeunes ne se conforment plus à aucune règle de grammaire. Les jeunes, ça fait 30ans a peu près qu'on nous en parle... Les jeunes ont environ 40ans maintenant. Ils sont instits ou cadres ou autre chose, en tous cas ils écrivent en confondant infinitif et participe, en égalant le futur et le conditionnel, etc..; On surveille, on est très vigilant, on dénonce tous les dérapages, tous les écarts, de langage notamment, qui pourraient mettre à mal les acquis comme la mixité, la laicité, l'égalité entre les hommes et les femmes,etc... Mais, quand il s'agit de menaces portant sur la qualité de la communication entre les humains, le langage écrit par exemple, on est prêt à accepter toutes formes de dégradation... On peut même aller jusqu'à enteriner une certaine ségrégation : entre les jeunes et les vieux, pour commencer ! Une langue pour les jeunes, une autre pour les vieux... Et puis, pour finir, Dolto, large coup de pinceau : quand c'est raté, c'est réussi ! (voir ci-dessus) Vlan ! Avec ça coco, on sait où on va hein ! On manque d'une certaine réflexion, d'un certain savoir; la preuve est qu'on se découvre incapable d'expliquer l'intérêt de la grammaire... On manque de courage. On préfère pratiquer, comme toujours la bourgeoisie l'a fait, l'assimilation des contradictions. Ca fait généreux et c'est commode... Pas s'prendre la tête !

Ne vous fâchez pas et dites-moi plutôt d'où viennent les règles de l'orthographe actuelle, et d'où elles tirent leur autorité à vos yeux. Qu'est-ce qui rend si respectables les décisions de l'Académie française, qu'on doive s'y soumettre sans pouvoir les contester ?

Alain Gillis, on sent derrière vos trois gros paquets violents presqu'illisibles, une reflexion juste à laquelle personnellement j'adhèrerais naturellement si toutefois j'arrivais à les lire. Mais je salue quand même le "coup de pied au cul" dont certes beaucoup auraient besoin.
Cher Camembert, Après votre remarque sur mon "optimisme", je gardais ce fil bien au chaud dans ma tête car je voulais y revenir. Ce ne sont donc pas les bombardements de Gillis qui me font continuer ici. Voilà: Mon optimisme apparent, n'est pas sur la situation réelle, mais sur ce que feraient des jeunes avec la langue, s'il en avaient les moyens, c'est-à-dire s'ils savaient le français et s'ils avaient appris à écrire avant l'adolescence. Ils pourraient aller par exemple jusqu'à s'amuser à créer des langues écrites, pour le fun. Pour l'exemple: j'en connais personnellement. Déjà polyglottes à 16, 17, 18 ans de langues "réelles", ils se sont mis à inventer PLUSIEURS langues différentes, grammaire etc, étymologie même, graphisme aussi, tout cela par jeu au moment de la grande vogue du film "Le Seigneur des Anneaux". A ces gamins, tout naturellement on leur dit, “mais puisque vous êtes si doués et parlez déjà suédois, finnois, anglais et allemand, au lieu de créer des langues "qui ne servent à rien", apprenez le chinois, le coréen, le swahili, sinon l'esperanto?” - mais ce n'est pas la linguistique qui les intéresse, c'est le jeu! :-)
Tout ça pour dire: il y a dans la jeunesse tout ce qu'il faut comme énergie et comme enthousiasme pour faire évoluer la langue dans le bon sens, MAIS, encore faudrait-il qu'ils aient appris le français losqu'ils étaient enfants. Or, ce n'est pas un français "intelligent" qu'ils ont appris enfants, c'est un français figé, propre à toutes ces interprétations vaseuses et démagogues qui ont fait tant de mal depuis 30 ans et que Gillis dénonce justement dans ses diatribes.
Dans le processus d'abandon, de "désaveu" de la langue, il y a un autre paramètre qui est étrangement oublié alors qu'il est encore plus décisif que le passage du monde de l'écrit au monde de l'audio-visuel: c'est le fait qu'il y ait toujours eu des lettres, des "choses écrites", dans leur champ de vision, depuis qu'ils sont nés.
C'est une différence fondamentale, entre deux mondes presque étrangers l'un à l'autre, et entre parenthèses, c'est une nouvelle démonstration de notre manque total de réflexion et de recul: "Avant", on pouvait passer toute une journée, voire plusieurs jours d'affilée ca dépend où on habitait, sans voir une seule lettre, sans avoir rien "d'écrit" dans notre champ de vision. Pas de publicités aux murs, dix fois moins de panneaux routiers, jamais rien d'écrit sur les vêtements (la marque, même prestigieuse, était cachée sous le col), etc etc etc. Tout ce qu'on lisait avait de l'importance et du sens.
Aujourd'hui, au contraire, on ne PEUT PAS, même à 3000 mètres d'altitude en pleine ascention du Mont Blanc, ne pas TOUJOURS trouver "quelque-chose d'écrit" dans son champ de vision (en tant qu'alpiniste: les marques des sacs à dos et du matériel, placardées comme des pubs: vous vous retournez vers votre compagnon de cordée, et vous voyez AUSSI "Vuarnet" ou "Julbo", écrit sur ses lunettes...). Les enfants d'aujourd'hui, depuis leur tout premier jour, n'ont jamais connu un seul instant sans avoir des lettres ou des chiffres dans leur champ de vision. Et la plupart du temps, c'est du nonsens, souvent même inculte sur les fringues, sinon du raccolage publicitaire. Partout, dehors, dedans, famille, ville, campagne etc.
Voilà comment l'écrit a perdu toute dignité. C'est une différence fondamentale avec les temps où l'écrit était porteur de sens et de confiance. Aujourd'hui, l'écrit signifie nonsens et "bruit de fond" dont il vaut mieux faire abstraction. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que les jeunes s'entichent de l'amour de la langue si en plus, par ailleurs, elle se montre figée, incapable d'évoluer sauf par des artifices démagogues qui ne trompent que leurs auteurs.

Reprends ton souffle, Axel! Paquets pour paquet, vous me semblez arriver aux mêmes conclusions, Gillis et toi. Belle défense en tout cas, de la part des deux.

Franchement, je vois pas bien ce que j'ai écrit de tellement illisible. Ce n'est peut-être pas dans la forme "consensuelle" et un peu monotone dont on a l'habitude... De là à me dire illisible... Vexé je suis !

Vexé? Désolé, mais nous sommes donc quittes (merci Tony!) :-) car si vous croyez que ça ne me vexe pas, moi, que vous m'assimiliez à la démagogie "jeuniste" elle-même un peu dépassée depuis qu'on commence à comprendre tout le mal qui a été fait (ce dont d'ailleurs $arko se sert pour asseoir sa pseudo-argumentation: il aurait tort de se gêner...). Dolto? Bon, les Dolto, il en fallait, et je crois même que le monde est meilleur après "les Dolto", alors c'est vexant aussi de se voir catalogué sur ce qu'il y a de plus mal interprété chez "les Dolto"...
Mais vous avez raison, c'est sûrement aussi que je n'ai pas l'habitude de votre style. Tenons-en nous donc au fond de ce billet de Camembert! :-)

Bien sûr, je pourrais laisser tomber. Mais ce serait pas très gentil non plus. Je ne comprends pas pourquoi vous pensez que je vous vise particulièrement à propos du jeunisme. Je répondais à l'époque, dans sa tendance... Enfin bon, me v'la propriétaire de paquets illisibles et de diatribes violentes.

Enfin bon, me v'la propriétaire de paquets illisibles et de diatribes violentes.” Je peux vous les reprendre un bon prix si ça vous arrange, quoique je sois déjà assez bien équipé moi-même? :-)

ah oui, j'ai vu. C'est à cause de "un ado veut créer son propre langage"... J'avais commencé de réagir à propos de cette phrase là. Et puis après, j'avais quelque peu oublié que vous en étiez l'auteur... Mais vous savez, ça, c'est parce que c'est une idée tout de même assez répandue, que les jeunes veulent créer leur langage, et c'est à cette idée que je m'en prenais. Pas à la totalité de vos propos. Moi je m'en fous de faire "profil bas" quand la situation l'exige. Donc : mettons que j'ai été maladroit, expéditif, péremptoire... Et je vous prie de m'en excuser. Ce qui m'importe vraiment c'est de refuser, et de faire en sorte que d'autres refusent la banalisation de l'illetrisme des jeunes gens... Et ça, là dessus, je suis assez nerveux. C'est vrai. Car j'ai l'impression qu'on laisse tomber les jeunes. Justement.

Moi je crois que il n'y a pas de fumée sans feu, les fautes sont le reflet des innombrables incoherances de la langue! pourquoi ne pas écrire comme on parle ? les turcs l'on bien compris : ex telesyeg, restoran, toilet pour ne citer que des mots qui peuvent etre compris par un français. A quand un grand nettoyage?? faut il plasiquer l'académie ????

Chère Cléopatre, sans aller jusqu'à phonétiser, il faudrait certainement travailler sur les innombrabres incohérences, il faudrait introduire un "cercle vertueux" de logique. Mais cela ne se fait pas par décrets et autoritairement, enfin pas quand il y a tant à faire. Il faut vraiment trouver des vecteurs dynamiques, plutôt que remplacer des rigidités par d'autres rigidités sous prétexte que les nouvelles rigidités seraient plus simples. Et c'est là que la vie sociale des plus créatifs, souvent les jeunes, est un critère ou un paramètre incontournable.
Phonétiser, ce serait une erreur car ça supprimerait le recours constant et inconscient au latin et au grec, que l'on pratique tous quotidiennement sans même s'en rendre compte. Par contre, je ne vois pas pourquoi on ne supprimerait pas tout ce qui est accents circonflexes sur les i, ou les incohérences de double-consonnes sans racines latines ni grecques, etc. il y aurait beaucoup à gagner aussi dans la conjugaison des verbes, et dans la simplification des groupes de verbes.
Un principe très prometteur aussi: ne pas chercher à tout changer ni à tout simplifier, mais compter que si on rend facile UNE chose qui était difficile avant, cela libère l'énergie des élèves pour se concentrer sur le reste, déjà, mais aussi ça peut démarrer une dynamique vertueuse pour tout le reste.
De toutes les langues que je connais de près ou de loin, c'est le français qui offre le plus d'occasions d'erreurs et de fautes d'orthographe. C'est aussi une langue qui n'a pratiquement pas été réformée depuis 50 ans (ou plus?), à comparer aux autres pays qui simplifient et modifient leurs langues assez régulièrement depuis 50 ans.

Ah oui !!! qje suis entièrement d'accord avec vous ( mettez cher au masculin car je n'ai de la reine que son esprit a ne pas se laisser "envahir" ) je suis moi aussi un adepte de la supression des accents ! habitude que j'ai prise au début des "chats" internet il y a une dixainne d'années ...deja et ou ceux ci n'étaient pas reconnus par les logiciels d"échanges. Et si on parle du déclin du français c'est du aussi a mon avis a toutes ces incohérances..... il y a la racine rance dans ce mot notez bien! J'ai moi aussi voyage dans beaucoup de pays et c'est souvent des remarques d'incomprehension quant aux règles d'écriture qui reviennent ! je propose de faire subir l'épreuve de la dictée obligatoire aux Immortels ? Bonne soiree dans le nord avec du soleil et des vacances j'espère!!

Moi, je pense que tout est une lutte (darwinienne) pour la vie. Entre les langues aussi. Et le langage évolue, décennies après décennies. Parfois, avec des accélérations, comme cette culture SMS. Même si je suis d"accord avec A. Gillis sur la non-nécessité de catégoriser les adolescents, je pense qu 'il y a chez chacun, particulièrement dans ceux qui passent des caps difficiles comme les adolescents, des fortes envies complémentaires de s'identifier en utilisant le langage le plus répandu voire le plus à la mode, et de se différencier en tentant l'originalité, le décalage. Je pense donc que tout ce qui doit les aider doit venir d'adultes qui sont eux plus à l'aise avec cette dualité identification/différenciation, et donc qui ont un langage clair, avec du sens, et, logiquement, avec des codes, des règles, et donc, pour moi, une grammaire et une orthographe, même évolutives avec le temps. Donc (ouf), je pense d'une part que les adultes ont à prendre leur place en ne devenant pas psychorigides mais tout de même exigeants concernant l'orthographe au sens large, et d'autre part que la vie trouvera son chemin en faisant évoluer les langues comme depuis des milliers ou des millions d'années (seules les plus adaptatives et fortes résisteront). bonne soirée.

Monsieur Cléopatre, La racine "rance", ça va pas ça ! Incohérence... Mais Laurent Malbrunot , je pense que vous comprenez ma position. Car oui, bien sûr, les jeunes gens jouent avec la langue la partition dont ils ont besoin pour signer leur arrivée. Pas de problème avec ça pour moi ! Ca s'est toujours passé ainsi. Je m'en souviens, c'était assez drôle ! De là à dire que le rejet, le dénigrement et pour finir, la perte de l'orthographe serait une sacrée bonne affaire intellectuelle. Sûrement pas ! Or, aujourd'hui, avec les errances pédagogiques, psychologiques, et puis sociales, on a tendance à minimiser de façon incroyable les conséquences de nos inconséquences éducatives, au sens le plus large. Ce ne sont pas les accents ou les consonnes redoublées qui posent problème, c'est la grammaire ! Les accords ! La conjugaison des verbes ! Le sens! Ecrire : elle et parti Là non !

Cher Alain Gillis, pour abonder dans votre sens (sens: un mot qui compte pour vous comme pour moi, mais là est malheureusement la question profonde, la valeur qu'on donne au sens même: si on pense que le sens est important ou pas...) voici deux exemples qui me laissent toujours aussi perplexe, et qui démontrent bien que le sens est, soit secondaire dans la forme de pensée du nouveau monde audiovisuel et commercial, soit relié à d'autres supports que la langue, tombée elle en disgrâce pour représenter la connaissance et la confiance. Je choisi exprès deux exemples anglais, pour soutenir mon idée que le problème n'est pas vraiment dans la langue française elle-même, mais plutôt dans la conception du monde et des priorités qu'on choisit dans nos nouvelles sociétés.
Exemple #1, la confusion permanente entre its et it's, qui n'est pas seulement le fait de la nouvelle tranche d'âge, mais qui est commise par toutes sortes de gens, y compris par ceux qui prouvent par leurs écrits une pensée sûre, construite, cohérente et pleinement confiante en elle-même. Pourtant, si on s'en tenait au sens, il devrait être rigoureusement impossible de confondre "son/sa", avec "cela est"? On entrevoit là que la paresse et une certaine "phonétisation" sont à l'oeuvre. Exemple #2, alors là, on est en plein dans la "phonétisation", peut-être pas tant sans comprendre, peut-être plutôt reléguant très loin dans les priorités, la rigueur dans la transcription? il s'agit du remplacement du verbe avoir par la proposition de, comme dans par exemple "I should of said" (au lieu de "I should have said"). Il est bien clair ici que c'est une simple question de priorité au message, sa transcription écrite ne représentant qu'une corvée, tant la télépathie par exemple, serait plus efficace? Car bien entendu, en y regardant de plus près s'il y était invité par un prof, il ne pourrait jamais confondre "have" et "of"? Aïe quoique?..

Cher Axel.J Le sens, s'il se perdait tout à fait, on en deviendrait fou. En dépit de toutes les brutalités de la phonétisation dont vous parlez, le sens, comme vous le faites remarquer, est conservé. Et si on simplifiait la langue, même à l'extrême, on ne perdrait pas nécessairement le sens. Mais on se dirigerait sûrement vers une forme de "sabir", le service minimum de la langue en somme, à peine plus qu'un code. Toi vouloir ? Moi vouloir ! Toi kiffer ? Moi kiffer ! Pourquoi perdre du temps à désirer ? Vite, satisfaire le besoin ! Pour les échanges commerciaux, idem ! Et pour les conflits en tous genres, pareil ! On gueule un grand coup et on tape! La régression s'en prend aux capacités de nuances garanties par la langue. Tous les détours, diplomatiques, érotiques, métaphysiques, juridiques, poétiques... exigent la richesse de la langue. Toute promotion du sabir phonétique revient à applaudir le rétrécissement barbare de ces capacités d'expression. L'aspect créatif des fautes de grammaire est seulement récréatif. Comme les mots d'enfants! Its right no ?

Excellente interprétation par Alain Gillis du Grand Manuel de la régression-pour-une-dictature-absolue, le "1984" de George Orwell, avec son explication du fonctionnement de la "Novlangue" visant à réduire petit-à-petit le vocabulaire, la grammaire et le sens jusqu'au minimum, pour réduire la pensée, jusqu'au but ultime qui est la non-pensée, plus sûr moyen d'asservir les peuples.
Pauvre George Orwell qui voyait cela clairement dans les mondes staliniens et hitlériens! Il n'avait probablement pas imaginé que le monde de la consommation et de la télé était un bien plus sûr moyen de parvenir à cet obscurantisme et à cet état de dictature absolue...
Plusgood Alaingillis! Doubleplusgood Bigbrother! (pardon mais je dois exercer ma novlangue un peu rouillée :-))

Bon, pour tous ceux qui désespèreraient des ados d'aujourd'hui, je vous en présente 4 en vidéo: http://fr.youtube.com/watch?v=pG42i0eDg5A Ils sont bilingues, composent leur propres morceaux, écrivent leurs textes en anglais, chantent sans accent, et ont quand même de bonnes notes à l'école, pour ça qu'ils ont le droit de jouer au New Morning, et quinze ans de moyenne d'âge seulement... Vive The Cat King Band!!!

on désespère un peu des adus, pas des ados ! Je ne vois pas le rapport...

Ah, c'était pas une fÔte de frapp'? Sinon, le rapport avec le billet de camembert est assez clair, mais je n'ai pas lu tous les échanges qui ont suivi... môssieur! ;o)

Non ! Je trouve que c'est bien , cette façon de nommer les gens, les adu(ltes) qui parlent sans cesse des ado(lescents), comme si c'était une race. Certains écrivains, certains journalistes, certains psychologues, tous ces adus, tous penchés sur ce diminutif ! Les ados ! Comme si c'était un concept ! Les boutons, les hormones, la recherche d'identité, tous ces poncifs d'après guerre... assemblés pour définir une catégorie. Les trentenaires, le troisième âge, la ménagère de plus de 50ans...vous êtes dans quoi vous ?

Dans la merde.

Je n'ai pas tout compris ni tout suivi, mais je trouve que les "ados" vont bien, mieux que leurs prédecesseurs qui sont souvent des "adultes" bien en peine de se définir. Je n'aime pas qu'on catégorise les "ados", et qu'on catégorise tout court, type DSM pour ceux qui me comprennent. On formate à créer des découpages genre cibles publicitaires. Ce qui diffère un film nul d'un film bien (ou une relation sexuelle nulle d'une relation sexuelle bien etc.) c'est le sens, l'émotion, le passage au corps, le dialogue. Le langage est porteur de tout cela, donc lui enlever ses codes orthographiques et grammaticaux lui feront-ils perdre de tout cela (du sens entre autres) ? Je ne suis pas compétent, mais a priori, je m'inquiète un peu. Je pense qu'il faut une certaine exigence qui est le corollaire d'une certaine profondeur dans la réflexion (aux dens sens : réfléchir et se regarder dans un miroir). Sinon, on demande aux profs de soupoudrer un peu de français (mais soyez pas trop dur sur l'orthographe), un peu d'anglais (its ou it's, bof, soyez pas trop dur), un peu de maths (s'il dit Pythagore et pas théorème de Pythagore, acceptez, acceptez), et puis on a un magma de connaissances vagues, avec peu d'exigence et, pour moi, peu de sens. Pourquoi pas du pain et des jeux à donner au plus grand nombre ? Or, les mots, leur ordre, leur poids, signifient et s'interprètent, que cela soit dans une démarche artistique, dans une démarche de dialogue, ou ... chez le psy. Mais je sais qu'ici comme ailleurs allier exigence avec profondeur, créativité et liberté ne va pas de soi. Les vrais artistes ne sont pas des ados paumés mais des personnalités exigentes. Dans et avec des codes très précis, les artistes renouvellent le genre qu'ils incarnent en le dépassant. J'arrête là ! Le titre "de la créativité orthographique" me semble étrange et incompatible. On ne demande pas à un juge, à un policier, à un "régulateur" d'être un artiste. Il me semble qu'on confond magma informe et atelier d'artiste.

C 'est peut etre hors sujet, mais pourquoi se focaliser sur cette abréviation les"ados"? Je les cotoie quotidiennement dans mon travail, et je les appelle: "jeunes gens"(respect...respect...); je trouve que c"est moins restrictif. Pour ce qui est de l'orthographe, je ne suis pas aussi pessimiste que certains; je pense qu'après leur "crise d'ados"(que je n'encourage pas), quand le besoin s'en fera sentir (concours, recherche d'emploi...), ces jeunes reviendront aux apprentissages fondamentaux qu'ils ont reçus.

Adus/Ados.. Ah, atentifs lecteurs de Médiapart! J'ai beaucoup hésité à utiliser ce terme d'adolescent, sentant bien que j'offrais là l'autre joue si prompte à se laisser giffler... Mékefer? Caractériser avec précision la tranche d'âge, le milieu social, le revenu imposable des parents? Le courage m'a manqué. J'ai utilisé ce terme générique d'ado en pensant que chacun saurait à peu près ce qu'il désigne usuellement. Mea culpa, mea maxima culpa. Merci en tous cas à tous pour ces échanges où la diiférence de vue n'exclut ni le respect ni surtout, l'humour.

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