Fri.
25
May

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A QUELLE CIVILISATION APPARTENEZ-VOUS ? L'INFÉRIEURE ? LA SUPÉRIEURE ?

 

 

 

 

 

 

 

Pour Luc Ferry, regarder en face le pire qu'a connu l'Europe c'est entretenir "la haine de soi". C'est cette haine de soi, dira-t-il plus loin dans l'interview, qui permet à Levi-Strauss de mettre à égalité toutes les cultures. L'Europe n'est pas "fondamentalement, ça", nous dit l'ancien ministre de l'éducation, c'est aussi "la fin de l'esclavage, la fin du colonialisme..." Drôle que, voulant citer ce que l'Europe a de meilleur, l'invité convoque d'autres horreurs de notre civilisation. Toutes ces monstruosités reconnues, Luc Ferry ose conclure qu'à ses "yeux, oui, la civilisation européenne peut légitimement être considérée comme supérieure à d'autres. Pas à toutes les autres mais à d'autres." Ce qui rend la civilisation européenne si supérieure, si incomparable selon Ferry, c'est son invention de l'autonomie, le fait de donner, en art, en politique, "à soi-même sa loi". Notre culture est une "culture de l'âge adulte", qui vaudrait bien mieux que celles où il n'y a pas d'écriture ni d'oeuvre littéraire. Exit, donc, toutes les civilisations longtemps orales, et hop, on vire une grande partie de l'Afrique, de l'Amérique, de l'Océanie et j'en passe. Et le ministre de répéter plusieurs fois que l'oeuvre de Mozart est supérieure au tambourin guayaki ou d'autres.


Personne ne s'en indigne à l'antenne. Ni Patrick Cohen, ni Caroline Fourest. 


Personne pour lui démontrer sa connerie crasse.


Primo, le philosophe compare une oeuvre entière à un instrument. Cette comparaison est éloquente. L'universitaire argumente de la même manière qu'un inculte. En face de la richesse et la splendeur d'un Don Giovanni, les civilisations inférieures comme celles d'Amazonie n'auraient qu'à offrir à l'humanité le boum boum d'un tambour. Dans l'inconscient du ministre, l'instrument n'a pas été choisi par hasard. Le tambour. Il y a tout un art du tambour, il y a des tonnes de tambours différents, mais là n'est même pas la question. Il est surtout un instrument emblématique dans nombre de récits qui ont alimenté l'imaginaire européen depuis fort longtemps et qui ont forgé toutes sortes de visions phantasmatiques sur l'Autre des civilisations "traditionnelles", "primitives", ou "premières" pour être politiquement correct. Probablement d'une ignorance crasse sur les traditions musicales amazoniennes, le ministre préfère les réduire à une simple percussion.


Secundo, Ferry n'a absolument pas conscience que son affirmation est proprement ethnocentrique et scientifiquement indéfendable. Le Don Giovanni de Mozart ne peut devenir génial que dans l'esprit de quelqu'un qui a été formé, de par sa culture, à des gammes musicales, à des tonalités propres à cette culture. Quand les premiers chinois lettrés ont entendu jouer de la musique savante européenne, ils ont trouvé tout à fait étrange la sonorité de cette musique et n'ont en rien crié au génie. Luc Ferry est à la retraite, il a du temps, alors je lui conseille de visiter les pays aux civilisations prétendument inférieures. Il apprendra peut-être qu'il faut des années pour être initié à tel ou tel instrument. Il apprendra que certains peuples n'ont pas d'écriture mais ont des dizaines de mots pour décrire la feuille d'un même arbre, que d'autres ont développé des civilisations où l'activité productrice est liée à la satisfaction des besoins et non pour des profits démesurés ou une croissance infinie au détriment de la vie humaine et de la planète. Notre ministre apprendrait aussi que certaines sociétés sans livres élisent des chefs pour leurs talents oratoires et de sagesse non pour exercer des pouvoirs démesurés et coercitifs. Il comprendrait que d'autres sociétés n'ont pas de leçons démocratiques à recevoir de nous. Et je ne parle pas du sort enviable que nombre de sociétés réserve à leurs vieillards : une autre leçon de partage que nous pourrions méditer.

 

Bien entendu, il ne s'agit pas de tomber dans la connerie inverse de celle de Luc Ferry pour dire que notre civilisation est pire que les autres. Elle n'est ni meilleure, ni pire. Seulement, dans les temps actuels où notre civilisation a développé dans le monde entier un modèle économique effroyable, qui broie chaque jour de plus en plus d'existences, je me demande si nous ne devrions pas avoir les yeux tournés vers des formes de savoir traditionnel, qui tentaient de respecter la nature , les besoins des hommes, la liberté, le loisir, et regardaient ce qu'on appelle travail comme une activité propre à satisfaire nos besoins et pas comme un but en soi, et encore moins un outil à  fabriquer des esclaves.


source image de base de Luc Ferry :


http://www.20minutes.fr/societe/733968-luc-ferry-partouze-pedophile-ministre-marrakech-quand-langues-delient-moitie#xtor=RSS-145

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Tous les commentaires

On peut dire ça. On peut aussi dire qu'on se fout totalement du statut et de la notoriété que les pouvoirs médiatiques leur ont donnés. Nous sommes nombreux, depuis l'invention d'internet, à montrer que nous n'avons pas besoin d'être célèbres pour être penseur ou philosophe. De nombreux citoyens réfléchissent dissertent, philosophent aussi bien, sinon mieux que la plupart des Philosophes avec un grand P.

Oui avec un P supérieur...

Quel raisonnement ridicule : "Don Giovanni, c'est mieux que les tambours Guyaki" ! Et le ballet royal cambodgien, c'est mieux que "la queue-leuleu interprété par Nadine Morano"

La découverte de l'art du Bénin par les surréalistes, c'est l'acte de naissance de l'art moderne. Et les polyphonies des pygmées c'est quand même un peu plus raffiné que "Mille colombes" interprétées par notre Mireille Mathieu.

La supériorité qu'il affirme des "scènes de genre" prétenduement inventées en Hollande en même temps que la démocratie... il n'est jamais allé à Pompéi ! D'ailleurs Velasquez a peint les plus magiques "scènes de genre" pour un roi d'Espagne : lier une forme d'art à un régime politique, c'est complètement absurde. 

Il ne se rend pas compte de sa sottise... 

 

MERCI A VOUS.

L.F. manie le même piège que L.P. Parce que, "au fond, je préfère ma culture à celle des autres", c'est tout pareil à "j'aime  mieux mes enfants que ceux du voisin, etc..." . Viscéralement, on acquiesce. Et, si on en reste là, on ne peut qu'opiner à la "préférence nationale" (ou "occidentale") .

Mais c'est justement parce que j'aime mes enfants que je me sens de la tendresse pour les enfants des autres ; c'est justement parce que j'aime Mozart que j'ai du goût pour les tambours du Bronx. Pas "pile ou face", mais "pile et face"; pour que la pièce soit complète, "et tranche", en plus. Ferry, Le Pen, des pauvres incomplets...

Voilà ce que je voulais dire. Assumer sa propre culture, c'est être ouvert et apprécier les autres. 

                      Sans être un expert, érudit en la matière, il me semble intuitivement que notre civilisation c'est construite sur des guerres, des massacres, une course aux armements dans le but d'imposer au reste du monde la religion des occidentaux et enrichir les états, jusqu'à ce que la religion soit dépassée par la soif de richesse, dénommée aujourd'hui la finance.

                       La civilisation imposée à la plus grande partie du monde, n'est en fait qu'une immense course au profits et à la domination des peuples en bénéficiant sournoisement des découvertes, inventions et richesses des civilisations détruites ou conquises  de force au cour des âges.

Je le disais à la fin de mon billet, Maxpol, attention aux excès dans tous les sens. Vous dites : "Notre civilisation n'est qu'en fait..." Et vous faites suivre une série de choses qui sont certes au débit des sociétés les plus riches aujourd'hui mais qui ne représentent qu'une petite partie de leurs cultures et de leurs savoirs. La libération de la femme, la laïcité, sont quelques exemples de richesses pour lesquelles les cultures européennes ont joué un rôle initiateur et moteur. Nous pouvons nous en réjouir, mais dans ce cas, réjouissons-nous aussi de l'immense contribution de la culture musulmane à l'apport scientifique européen, cette montagne de savoirs est colossale : transmission d'une grande part de la science grecque, de l'algèbre, de l'astronomie, de techniques agricoles, de la technologie du papier, du sucre, de la distillation.... la liste est trop longue pour être exhaustive !

 LES PROPOS CE MATIN M'AVAIENT, COMME BEAUCOUP,  PROFONDEMENT CHOQUEE. QUE PERSONNE NE REPONDE AUX PROPOS ETHOCENTRIQUES ARCHAIQUES DE CE MONSIEUR M'AVAIENT, COMME BEAUCOUP, ATTRISTEE. MERCI DE VOTRE VIGILANTE INTELLIGENCE CONTRE LA "BARBARIE DES IDEES".

J'ai l'impression que le "kantien" qu'est Luc Ferry se mélange un peu dans les différents jugements. Don Giovani relève du goût, donc d'un jugement réfléchissant. Alors que pour les civilisisations, c'est affaire de connaissance, donc un jugement déterminant...

 

Je vous avoue, Hector, ne pas être porté sur les méthodes et les jargons philosophiques qui, à mon sens, embrouillent plus souvent la réflexion qu'ils ne l'éclairent. Vous placez Don Giovanni dans une case goût/jugement réfléchissant et les civilisations dans une autre, connaissance/jugement déterminant. Le chef d'oeuvre de Mozart, comme toute autre oeuvre artistique, n'est pas seulement affaire de goût, mais aussi  (entre autres) de connaissances (musicale, historique, etc.). A l'inverse, une civilisation peut être connue dans ses multiples aspects, mais aussi goûtée, par ses sens (sa musique, sa littérature, ses plats...). Difficile après ce raisonnement de dire que telle chose ressortit à tel ou tel jugement, et surtout, quel intérêt ont ces cases peu intelligibles (pour moi en tout cas) qui réduisent, enferment la réalité complexe dans un corset étriqué ?

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