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Méditations philosophiques : Emil Cioran, Histoire et utopie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le texte date de 1960, mais sa manière de traiter l'histoire est d'un autre âge et m'a tout de suite rappelé ma lecture de Nietzsche :

"Je jalouse, je vous avoue, l'arrogance de nos voisins, je jalouse jusqu'à leur langue, féroce s'il en fut, d'une beauté qui n'a rien d'humain, avec des sonorités d'un autre univers, puissante et corrosive, propre à la prière, aux rugissements et aux pleurs, surgie de l'enfer pour en perpétuer l'accent et l'éclat." (page 17)

"Dans la bataille des idéologies, il [l'Occident] a laissé à l'Orient le privilège de réaliser l'irréalisable, et de tirer prestige de la plus belle illusion moderne. Dans la bataille des idéologies, il s'est révélé timoré, inoffensif : d'aucuns l'en félicitent, alors qu'il faudrait l'en blâmer, car, à notre époque, on n'accède guère à l'hégémonie sans le concours de hauts principes mensongers dont les peuples virils se servent pour dissimuler leurs instincts et leurs visées." (page 25)

"La tentation me prend souvent de me forger une autre généalogie, de changer d'ancêtres, de m'en choisir parmi ceux qui, en leur temps, surent répandre le deuil à travers les nations, à l'inverse des miens, des nôtres, effacés et meurtris, gavés de misères, amalgamés à la boue et gémissant sous l'anathème des siècles." (page 31)

"Le fond du peuple russe étant religieux, il prendra inévitablement le dessus." (page 38)

"Qu'elle les ait provoqués ou subis, la Russie ne s'est jamais contentée de malheurs médiocres. Il en sera de même à l'avenir. Elle s'aplatira sur l'Europe par fatalité physique (...) La Russie pense toujours -en sécularisant et le langage et la conception des slavophiles - ce qu'il lui revient d'assurer le salut du monde, celui de l'Occident en premier lieu, à l'égard duquel elle n'a du reste jamais éprouvé un sentiment net, mais de l'attirance et de la répulsion, de la jalousie (mélange de culte secret et d'adversion ostensible) inspirée par le spectacle d'une pourriture, enviable autant que dangereuse, dont le contact est à rechercher, mais plus encore à fuir. (page 44).

Je m'arrête là. Cette manière de traiter les pays, les sociétés, objets de connaissances complexes, de manière aussi réductrice n'est pas très sérieuse. Les peuples, les langues y sont des personnages de théâtre caricaturaux et le propos est souvent organisé autour d'allégations à la fois lyriques et vagues, qui ne s'arriment à aucun fait et véhiculent une culture archaïque. J'ai noté cependant une page intéressante (page 34) où Cioran évoque la passion du crime chez les empereurs romains, les tsars :

"nous l'avons aussi tous, tant que nous sommes : attentats contre les autres ou contre nous-mêmes. Seulement elle demeure chez nous inassouvie, en sorte que nos oeuvres, quelles qu'elles soient, proviennent de notre incapacité à tuer ou de nous tuer."

Mais de telles affirmations réclament qu'on les argumente, qu'on les étaye, ce que Cioran ne fait pas et je me méfie de ces jeux de l'esprit qui ont une apparence brillante et attractive : il n'est pas rare qu'ils ne soient que des coquilles vides.

sources images :

- http://angoloriflesso.bloog.it/files/2011/12/cioran-3.png 

http://1.bp.blogspot.com/-Tib8BV2ZcGk/TaojSCxgqEI/AAAAAAAAFqg/d3T6AcVHu_I/s1600/77588_film-l-apocalypse-selon-cioran-premiere-diffusion-en-france.jpg

 

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