Jeu.
09
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Droits de l’enfant, la France au rapport !

En juin 2009,  la France est « mise en examen »  - enfin son rapport périodique - par le Comité des experts des Nations Unies chargé de contrôler le respect des engagements pris par les Etats qui ont ratifié la Convention relative aux Droits de l’enfant. Certaines associations[1] de la société civile et la Défenseure des enfants ont été également sollicitées pour fournir leurs propres rapports. 

Qu’en est-il en 2009 de l’application de la Convention par la France ?

 « Qu’a donc la France contre ses enfants ?», cette expression entendue récemment de l’étranger en dit long sur les dispositions législatives et les politiques mises en œuvre depuis deux ans. Si la France fut pendant une longue période un pays précurseur dans plusieurs domaines des Droits de l’enfant, elle régresse depuis quelques années .

Du point de vue économique déjà, la crise paupérise davantage la population et la pauvreté  s’étend : deux millions d’enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté, plus ceux qui vivent légèrement au-dessus et qu’on ne recense pas. 

Du côté de  la politique éducative de la France, les dernières réformes l’éloignent des « buts de l’éducation » du Comité des Droits de l’Enfant.

Car les nouveaux programmes de 2008  n’apportent pas « les compétences essentielles »[2] qui « ne se limitent pas à la capacité de lire, écrire et compter, mais consistent également en compétences propres à la vie, soit la capacité de prendre des décisions rationnelles, de résoudre les conflits de façon non violente et de suivre un mode de vie sain, d'établir des liens sociaux appropriés, de faire preuve du sens des responsabilités, d'une pensée critique, de créativité et d'autres aptitudes donnant aux enfants les outils leur permettant de réaliser leurs choix dans la vie. »

La  scolarité obligatoire est réduite de deux heures par semaine.

La concentration du temps sur quatre jours ne tient pas compte des besoins spécifiques du développement des enfants.

 Les enfants retenus par les dispositifs discriminatoires d’aide personnalisée et de stages de vacances voient leur temps scolaire alourdi de façon inutile. 

 Les  nouvelles évaluations nationales s’écartent des finalités éducatives et formatives pour classer, sélectionner et sanctionner.

L’éducation civique est transformée en instruction civique valorisant l’accumulation des connaissances au  détriment des pratiques.

Les  connaissances et les pratiques des Droits de l'enfant n’existent plus. 

Certains enfants en situation de handicap, les enfants du voyage, les enfants isolés sans papier ou dont les parents sont sans papier ne peuvent accéder à l’école.

Et il reste un long chemin à parcourir pour que l’enfant soit entendu, que son avis soit pris en considération et que sa participation ne soit pas un faux-semblant.  Si les droits de protection ( droit de …) sont pour tous les citoyens et tous les éducateurs une évidence, les droits de libertés (droit à …) sont encore à conquérir !

Quant au traitement de la délinquance … mais je vais m’arrêter là !

En cette année 2009,  vingtième  anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’enfant, il devient urgent que les éducateurs, les enseignants, les parents, les militants des mouvements pédagogiques et d’éducation, des associations du champ de l’enfance  réfléchissent  à leur défense et à leur promotion.


[1] DEI (Défense de l’Enfant International) a élaboré un rapport alternatif couvrant tous les articles de la Convention, l’ICEM a contribué à  la partie III (parole de l’enfant) et à la partie VII (l’Education)

[2] Rappelées dans la « Première observation générale du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, intitulée « les buts de l’éducation » , § 9

Tous les commentaires

Il existe à Médiapart un noyau (trop petit) d'abonnés qui s'intéressent à l'enfance. Serait-ce parce que la majorité d'entre eux (l'âge?) ont oublié l'importance de tout ce qui a trait à l'enfance pour l'avenir d'un pays? Ils seraient à l'image de ce qu'est la réalité française comme vous l'évoquez à juste titre? Heureusement ce noyau partage totalement votre analyse, comme les quelques commentaires qui suivront le confirmera! Je voudrais me tromper!

Merci pour ce [triste] résumé. Une raison de plus pour être dans la rue le 19 mars 2009 !

J'ai eu, pour un travail à rendre ces jours-ci, à lire et à analyser les tout nouveaux programmes de maternelle et de primaire, j'en étais restée aux précédents et j'avoue que la situation est encore pire que ce que je pensais: une régression incroyable. Il y aurait des pages entière de comparaison à faire.... Ce qui m'a le plus frappée c'est l'isolement de l'acte d'écriture de tout contexte un peu stimulant, la rédaction est séparée de l'écriture, comme si c'était possible intellectuellement, il semblerait que les élèves doivent écrire juste pour avoir une belle écriture et non pour transmettre quelque chose à quelqu'un ou pour le plaisir de produire un beau texte, ou un texte drôle. Mais il ne s'agit pas non plus de s'intéresser au graphisme pour son côté artistique, pour des variantes possibles, non il s'agit de revenir à la "belle" page d'écriture d'autrefois, et surtout à la copie, bien propre, bien soignée.... Déprimant aussi de voir abandonnée cette très belle idée de faire écrire les enfants à partir ou autour de textes de littérature...Ca doit être l'effet "Princesse de Clèves"....Méfions nous, semblent dire ces programmes, de l'effet pernicieux de la littérature, même dite de jeunesse!

Il est vrai que ces nouveaux programmes et les mesures qui les accompagnent ne sont pas rassurants. Il est intéressant de lire dans le rapport alternatif publié par DEI (Défense des Enfants-International) le chapitre VII (l'éducation). http://www.dei-france.org/rapports/2008/index_rapport2008.html Quant à l'écriture dans les programmes 2008, le changement de terme avec "rédaction" n'est pas anodin, dans les programmes de 2002 on trouvait production de textes, expression écrite, des expressions qui mettaient en amont l'expression et la création pour donner sens et fondements aux règles d'écriture, d'orthographe et de grammaire. Avec le terme de rédaction on place l'apprentissage des règles avant l'expression qui se réduit de fait à un simple exercice. On n'apprend à rédiger mais on n'écrit plus ! Mais heureusement, il y a de la résistance !

Peut-être pourrait-on évaluer le degré d'évolution, de "civilisation" de l'humanité au sort qu'elle réserve aux pauvres, aux prisonniers, aux étrangers...à ses enfants... J'espère voir venir le jour où l'évolution de l'indice de développement humain (IDH) remplacera l'indice boursier dont on nous rebat les oreilles à longueur de journées !

Et le PIB ! Dans le calcul du PIB, il est tenu compte de toutes les dépenses, y compris les dépenses pour l'armement et les dépenses de guerre.

Je reprends la phrase de l'article "Car les nouveaux programmes de 2008 n’apportent pas « les compétences essentielles »[2] qui« ne se limitent pas à la capacité de lire, écrire et compter, mais consistent également en compétences propres à la vie, soit la capacité de prendre des décisions rationnelles, de résoudre les conflits de façon non violente et de suivre un mode de vie sain, d'établir des liens sociaux appropriés, de faire preuve du sens des responsabilités, d'une pensée critique, de créativité et d'autres aptitudes donnant aux enfants les outils leur permettant de réaliser leurs choix dans la vie. »". Ce que je note ici, parce que cela m'apparaît très important, c'est la notion de pensée critique. Cela fait un moment que l'on peut constater que la succession des programmes, par petites touches, diminue la part d'analyse dans l'enseignement, que ce soit en français ou en maths, d'ailleurs. En français se sont mises en place plusieurs formes d'écriture, en particulier : développer un argumentaire, ou terminer le texte étudié d'une autre façon (l'enseignement du français lui-même se tournant davantage vers quelque chose qui ressemble à de la linguistique). Cela ne serait pas un problème si ce n'était qu'un des aspects de différentes pratiques d'expression écrite. Mais celles-ci sont, en fait fort rares (parfois, un élève de collège produit une rédaction par trimestre). Et donc remplacent de fait le schéma introduction-thèse-antithèse-synthèse-conclusion qui est peut-être considéré comme passéiste, mais qui avait l'avantage que le jeune auteur était obligé de considérer tout énoncé selon au moins deux points de vue différents. En mathématiques, la façon dont sont abordées les notions mathématiques, dès le début, d'une façon plus descriptive que symbolique, et sans que la notion de logique mathématique ne soit vraiment dégagée, contribue à freiner l'intégration de la conceptualisation mathématique qui est aussi une formation à l'abstraction et à la rigueur de la pensée. Pour ceux que cela intéresse Stella Baruk, mathématicienne, a écrit sur le sujet, notamment "Si 7=0. Quelles mathématiques pour l'école?", chez Odile Jacob. Enfin, la question du projet de transformer l'enseignement de la philosophie de terminale en enseignement de l'histoire de la philosophie me semble bien entrer dans la même problématique. On peut penser que resserrer l'enseignement sur "des fondamentaux" risque appauvrir la compréhension globale, empêchant de faire les liens entre les notions, et les structures logiques sous-jacentes à l'organisation de ces notions entre elles. Je pense bien sûr que l'apprentissage doit s'appuyer sur une base solide, mais chaque notion nouvelle sera d'autant mieux intégrée qu'elle prendra sens dans un ensemble dont la richesse, la complexité, et la logique seront perceptibles dès le départ, même si entièrement compréhensibles plus tard. C'est cela qui donne envie d'apprendre et de comprendre, pour accéder au monde de la connaissance...

Newsletter
Je m'identifie